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Schrtoumpfy
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Dim 17 Fév - 22:07
2. LA BOITE DE PANDORE

Les cartons


Pour retrouver les décorations il a fallu ouvrir et fouiller tous les cartons. Tu veux savoir ce que l'on a trouvé ? Des bouquins, des verres, et aussi tes coupes et tes médailles de basket. D'ailleurs ton neveu a dit qu'il voulait les garder et les mettre dans une vitrine avec ton ballon. Il y avait aussi plein de papiers, des documents d'assurance, les papiers de ton appartement, contrat de travail, fiches de paye et bien d'autres documents qui n'ont plus aucun intérêt aujourd'hui. Il y avait aussi ta veste noire, celle que tu mettais très souvent au lycée. En revanche celle là, le garage ne lui a pas fait que du bien. Il y avait aussi quelques DVD. Si les disques passent encore ton frère pourra les garder, tout comme les CD que tu avais chez toi. Mais tout le reste, il serait vraiment temps de trier et de jeter.

Les derniers cartons que l'on a vidés contenaient des classeurs. Étant certains que les décorations ne seraient pas avec, on les avait laissés de coté. Seize classeurs bien rangés à la verticale. J'ai sourie en les voyant, parce que j'ai tout de suite compris ce que c'était. Disons que je les ais côtoyés de près pendant quatre ans. Mais après réflexion je me dit que je ne les ais visiblement pas côtoyés d'assez près. Ça te fais rire ? Probablement...
Ces classeurs c'était tes cours. Quatre années de cours et quatre classes par année. On peut dire qu'il y a de la matière.

Poussé par la curiosité, ton neveu a ouvert un classeur de terminale S. Il voulait voir si les programmes avaient changés. Après quelques commentaires sur le programme il s'est figé. Il regardait une pauvre page de ce classeur comme si il venait d’apercevoir un fantôme. Et dans un sens je ne suis pas très loin de la vérité.

Pourquoi cette réaction ? Qu'est ce qu'il avait dans ces classeurs ? Et bien … c'est ce que je lui ai demandé. Pour toute réponse, il me l'a mis sous le nez en me disant :

«  - Ça, c'est pas des maths. »

Et effectivement, ce que j'avais sous les yeux ce n'était pas des maths. Plutôt du français en réalité. C'était un texte, écrit de ta main au stylo plume avec une date en haut de la page. Avant même de lire on a ouvert tous les classeurs et on a commencé à tourner les pages. Et là.... on a compris que l'on venait de tomber sur un trésor caché. Enfoui dans ces cartons, au milieu de ces pages depuis plus de 20 ans il y avait ton journal. Tu as passé les quatre dernières années de ta vie à écrire régulièrement dans tes classeurs de cours. Pourquoi dans tes cours ? Parce que c'est la seule chose à laquelle je ne touchais jamais et que tu avais toujours avec toi. Combien de pages ? Combien de textes ? Je n'en ai aucune idée.

On a refermé les classeurs en se disant que l'on aurait besoin de temps pour tout récupérer. Mais peut être aussi par peur de lire ce que tu avais écrit. Peur de lire tes doutes, tes douleurs et tes angoisses vingt ans après. Personne ne s'attendait à un truc pareil. Je cherche et j'extrapole des réponses depuis tellement longtemps. Mais est ce que je suis vraiment prête à les lire de ta main ? En même temps, si après 22 ans ces pages sont toujours là, c'est qu'il y a une raison. Les cartons ont fait trois déménagements donc trois occasions de se perdre ou d'atterrir à la décharge. Mais non ! C'est toujours là. Il faut que je les lise ? Je vais le faire mais donne moi un peu de temps. C'est replonger 20 ans en arrière. C'est  revivre notre histoire de l'autre coté du miroir. Tomber sur ces textes c'est peut être ce que j'ai toujours espéré mais c'est aussi une véritable bombe. Un passeport pour une admission en centre psychiatrique. Le meilleur moyen de confondre passé et présent ou rêve et réalité.  En d'autres termes, de quoi devenir totalement cinglée.

Résultat j'ai deux discours :
Certains me disent :

 « -  N'ouvre pas ça tu ne t'en remettras jamais. »

et d'autres :

«- Ces textes t'étaient destiné. Il faut que tu les lise. Une fois le choc de la lecture passée tu te sentiras plus sereine, plus apaisée et tu pourras continuer d'avancer. »

Mais quoi que tout le monde en pense, quoi que tout le monde en dise je lirais ces pages. Quand ? Quand j'en aurais le courage. Ce que tu as écrit c'est forcément ce que tu ne m'a pas dit, alors je veux savoir. Il me faudra du temps c'est certain. Mais on va commencer par tout remettre dans l'ordre et ensuite on récupérera les textes. D'autant plus que pour nous complexifier la tache on va devoir tout retaper. Tu écrivais à la plume et l'encre s'efface. Résultat : une fois la page passée dans le scanner on obtient un flou artistique bleu et noir, mais surtout illisible. Dans quelques années l'encre aura totalement disparue et le seul moyen de les conserver c'est de tout retaper.
Alors le prochain week-end où je reviens chez ton frère, on va faire de la dictée.
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le Jeu 21 Fév - 23:39
Retour vers le premier jour

Quinze jours plus tard...
Me revoilà de nouveau dans le TGV. Sensation étrange. Comme si après ce week-end quelque chose allait définitivement changer ma vie. Dans quelques heures on ouvrira les classeurs. Dans quelques heures je saurais ce que toi tu pensais. Je saurais comment toi tu as vécue notre histoire. Si j'ai la trouille ? Oh que oui !! Mais je crois qu'inconsciemment c'est ce que j'attends et espère, depuis plus de 20 ans.

Une fois arrivée chez ton frère on a commencé par séparer les quatre années. Jusque là c'était assez simple. Mais il y a une chose à laquelle on ne s'attendait pas. C'est que tout au long de l'année tu écrivais un texte dans un classeur, puis dans le deuxième, puis dans le troisième, pour revenir dans le premier et passer au quatrième et ainsi de suite. Pourquoi ? Parce que tu écrivais dans celui que tu avais dans les mains. Et nous on doit tout remettre dans l'ordre. Heureusement que sur la plupart il y a des dates. Tu avais peur que l'on s'ennuie ? Les quatre classeurs ouverts sur la table, l'ordinateur prêt, il ne reste plus qu'à lire et à taper.

Ce qui signifie retourner au début de notre histoire. A l'époque où j'avais 16 ans, où j' étais en classe de seconde et où tu étais ma prof de Maths.  Elle est loin cette époque. Tu es tombée devant moi un 19 novembre et ton premier texte est daté du 25 novembre. Tu te souviens de ce que tu avais écris ? Non ? Tu veux savoir ? Et bien …. lis....
…..
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le Jeu 21 Fév - 23:44
Premier Automne

25 NOV
Cela fait bien longtemps que je n'ai pas écrit. L'époque du lycée je dirais. Et contrairement à toi, moi mes années lycée elles commencent à dater un petit peu. Mais j'avais besoin, et envie de parler. Mais parler à qui ? Bon c'est vrai, si je n'ai plus personne à qui parler j'en suis responsable, mais c'était un choix délibéré. Voir la pitié dans les yeux des autres je ne suis pas certaine que ce soit ce qui va m'aider. Alors je préfère être seule. On dit bien qu'il vaut mieux être seule que mal accompagnée non ?

Je serais curieuse de savoir ce que mon frère t'a raconté. Mais tu verras, c'est quelqu'un de bien. Il a toujours été là pour moi et c'est le seul en qui j'ai vraiment confiance. C'est la raison pour laquelle je préfère que ce soit lui qui t'explique. D'autant plus que moi j'en serais totalement incapable. J'espère simplement qu'il ne t' a pas effrayée avec tout ses termes médicaux.

Il y a quand même une chose que je ne saisie pas. Pourquoi tu n'es pas partie le soir où j'ai fait mon malaise? Tu venais de me ramasser, jamais je ne serais allée me plaindre au proviseur pour la gifle. Alors pourquoi être restée ? Je t'ai fait peur à ce point là ? Après réflexion et  vue ta réaction je pense que oui, tu as vraiment eu peur. Et mine de rien je pense qu' il a du te falloir un sacrée cran pour me balancer tout ce que tu m'as dit. Mais je dois bien l'avouer... tu as mis dans le mille.
Sans le savoir tu m'as dit exactement ce qu' il fallait, au moment où il le fallait. Tu as quand même réussi à me faire pleurer avec ton discours. Et... je pleure rarement devant quelqu'un, encore moins devant mes élèves. Je m'explique encore moins pourquoi je me suis jetée dans tes bras et  je n'aurai jamais du faire ça. Je ne sais pas ce qui m'a pris. D'autant plus que je t'ai certainement perturbée et ce n'était pas mon intention. T'es douée... et pas seulement en maths visiblement......

Le seul à savoir c'est mon frère et je m'était jurée de n'en parler à personne. Pourtant je t'ai tout dit et je ne sais pas du tout pourquoi. Ce qui était probablement une erreur d'ailleurs. De quel droit je t'impliques dans mes problèmes ? Tu as bien autre chose à faire que de te préoccuper de ce genre de choses. Les problèmes comme celui ci tu auras tout le temps d'y être confrontée... plus tard. La vie ne fait pas de cadeau. Mais tu es jeune et tu auras tout le temps de le découvrir.
…......


2/ 3 DEC
Tu me fais rire à courir comme ça dans les couloirs. Tu n'as pas besoin de faire ça. Je sais, ou plutôt, je me doute que mon frère t'a demandé de me surveiller mais arrête. Tu ne dois pas être en retard en cours. Et surtout pas à cause de moi. Je vais bien, tu n'as pas besoin de vérifier toutes les deux heures. Tu es au lycée pour obtenir le bac et non pour me surveiller, alors il faut que tu arrêtes.

…......

3/ 12 DEC
Tu es plutôt du genre têtue on dirait. Depuis une semaine je te répète tous les jours qu'il est inutile que tu passes vérifier comment je vais toutes les deux heures mais tu continues. Tu crois que je ne te vois pas ? Je t'entends courir depuis le bout du couloir.
Et le pire, c'est que je me suis habituée à te voir débarquer dans ma classe à chaque inter cours. Maintenant je t'attends... c'est du délire !!
…......


4/ 14 DEC
Alors comme ça tu ne déjeunes jamais le matin ? C'est le repas le plus important de la journée. Comment veux tu être réveillée et concentrée en cours si tu n'as rien dans l'estomac ? Le cerveau a besoin de nourriture pour fonctionner correctement, alors dorénavant tu vas manger quelque chose le matin.
…...


C'est après cet épisode que tu m'offrais un croissant tous les matins.

5/ 15 DEC
C'est bientôt les vacances de Noël. Je n'ai rien vu du dernier mois qui vient de s'écouler. Le temps est passé à une vitesse ahurissante. Quand je pense que depuis un mois je t’emmène avec moi tous les mercredi. C'est n'importe quoi.  Oui, la route me paraît moins longue avec toi. C'est vrai ! Mais au lieu de venir avec moi tu devrais être en train de faire tes devoirs. Après les vacances j'irais de nouveau toute seule. Je ne t'embarques pas la dedans. J'ai l'impression de t'avoir enlever à tes amis, a ta vie et je n'en ai pas le droit. Donc dès la rentrée tu reprendras tes habitudes comme avant. D'autant plus que tu es mon élève. Ça d'ailleurs, il ne faudrait pas que je l'oublie. Quand je m'adresse à toi en cours il faut que je réfléchisse à ce que je vais dire et je n'aime pas ça.

…....

C'est vrai, ça faisait déjà un mois que je t'accompagnais tous les mercredi à l’hôpital.

6/ 17 DEC
Et voilà ! Je suis chez moi. Je n'avais pas envie que tu prennes le car ce soir, j'ai préférée te ramener. En fait lorsque j'ai entendue la sonnerie j'ai réalisée que j'étais en vacances. Donc pas de lycée pendant 15 jours. Je déteste les vacances scolaires. C'est du temps de perdu.  Pourquoi tu tiens tant a venir avec moi mercredi ? C'est les vacances, tu dois avoir mieux a faire que de venir avec moi à l’hôpital. C'est à cause de ce que mon frère t'as demandé ? C'est ridicule tu n'es pas obligée. J'ai l'impression de t'embarquer dans une galère malgré toi et je n'aime pas cela du tout.
Et puis.... « Envole moi » Mais pourquoi j'ai eu le besoin de te hurler cette chanson dans les oreilles ? Oui les paroles me parlent. Elles me parlent à moi, mais pourquoi ce besoin de te hurler « envole moi loin de cette fatalité qui colle à ma peau, vers d'autres horizons d'autres mots.. » .je ne peux pas te demander ça. C'est impossible. Et puis même si je l'oublie de plus en plus souvent , tu n'as que 16 ans... c'est n'importe quoi. Je suis désolée.

…......

Je me souviens très bien de ce jour. Envole moi ? Cette chanson est encore aujourd'hui attachée a ce souvenir. Je la chante souvent et je t'entends encore me hurler ces paroles dans les oreilles. Sauf qu'à l'époque les paroles n'étaient qu'un texte parmi tant d'autres. Il m'a fallu du temps pour comprendre que c'était bien plus.
…...
Schrtoumpfy
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le Lun 25 Fév - 23:23
Premier hiver

7/ 22 DEC
Je vient de raccrocher le téléphone. Tu voulais que je t'appelle alors je l'ai fait. Je ne veux pas que tu t'inquiètes pour moi. Mais on a parlé de ta famille, de mon frère, en gros je t'ai quasiment raconté ma vie. Et ne me demande pas pourquoi je n'en ai aucune idée. C'est vrai qu'à part mon frère je ne parle à personne mais ce n'est pas une excuse. Je ne dois pas t'impliquer dans ma vie privée. Je t'ai en cours 5h par semaine, je n'ai pas le droit de tout mélanger sous prétexte que tu es la seule à qui je peux parler. Et puis si j'en suis là c'est de ma faute alors il serait temps que j'assume. Mon frère m'avait prévenue. Il avait raison. Être seule quand on est pas bien c'est difficile à supporter.
Et demain tu viens avec moi. Je devrais te dire de ne pas venir mais je n'ai pas envie d'y aller seule. J'ai l'impression de t'utiliser, de profiter de ta générosité. Alors Ok demain je t’emmène, mais c'est la dernière fois.

….....

Tu m'as bien fait rire quand j'ai lu ça. La dernière fois ? Pas vraiment, mais tu ne pouvais pas le savoir.

8/ 23 DEC
Merci d'être restée avec moi cet après midi. Je n'aurai probablement pas du t'emmener là bas tu n'as rien  a y  faire. Ce n'est pas un endroit pour toi. Tu n'as pas à être confrontée à tout ça. Je ne suis même pas de ta famille. Pourquoi je devrais t'imposer un truc pareil ? Mais égoïstement je n'avais pas envie d''être seule. Depuis 8 mois je viens seule et j'en ai marre. Je suis fatiguée, j'ai l'impression que le traitement me rend encore plus malade et je ne suis pas sure de vouloir continuer. Mais aujourd'hui ça va. Je me sent bien. Enfin... pour l'instant.  Alors merci.

«  Comme un bateau dérive, sans but et sans mobile, je marchais seule.....
jusqu'à ce que tu arrives »

Et puis j'aime bien faire la route avec toi. C'est drôle. Pas de questions stupides, ça me change. Et pourtant... des questions tu dois en avoir plein la tête. Mais je crois que tu as compris que je n'avais aucune envie d'y répondre. Ce qui en fait n'a aucune logique. Et je n'aime pas ce qui n'est pas logique. Tu comprends, alors que l'on ne se connaît même pas. On rie des mêmes choses, on chante les mêmes chansons.  Et il y a bien longtemps que je ne chante plus. Pourtant, petite j'aimais bien chanter. A l'internat, j'écoutais la radio, je connaissais toutes les chansons par cœur et je passais des après midi entières a chanter, seule dans ma chambre.
D'ailleurs, Goldman je comprends, mais  Balavoine est décédé il y a bientôt 5 ans et tu n'écoutes quasiment que ça pourquoi ? Le mal de vivre de l'adolescence ? Je t'observe depuis la rentrée et il y a longtemps que j'ai remarquée qu'à peine sortie de cours tu poses le casque de ton discman sur tes oreilles. Comme si le monde extérieur ne t' intéressait pas. Pourquoi ? Tu as des amis, ils sont assis à coté de toi en cours. Mais une fois sortie de ma classe tu déambules seule dans les couloirs. A quoi tu penses ? C'est moi ? C'est l’hôpital ? Ne te coupes pas de tes amis à cause de moi. Je ne veux pas de ça. Moi il ne me reste plus beaucoup de temps, toi tu as toute la vie devant de toi. Alors laisse tomber, le jeu n'en vaut pas la chandelle.
…....


Que je laisses tomber ? Que je te laisses tomber? J'en déduis que tu n'avais pas encore compris que je ne te laisserai jamais tomber. Je n'avais rien a faire là bas ? C'était sans doute vrai mais la seule chose qui m'importait c'était d'être avec toi. Peu importe l'endroit.
…...

9/ 24 DEC
Quand je pense que tu as fait une formation aux premiers secours. C'est très bien, c'est même très utile mais je me doute de la raison qui t'as poussée à faire ça. Et quand... fièrement tu m'as montrée ton diplôme... oui j'avais les larmes aux yeux. Parce que si tu as fait ça c'est que tu veux pouvoir agir la prochaine fois. Moi j'essaye de te faire comprendre que tu dois reprendre ta vie, ne plus venir avec moi … et toi ??? Toi tu fais tout le contraire. Tu penses à plus tard, a après... juste au cas ou ? Pour moi ? Mais pourquoi faire tout ça ? Je suis grande je vais gérer.  Profite de ta vie, amuse toi au lieu de réfléchir a comment tu vas me ramasser la prochaine fois.
…...


Et bien non ! Je n'avais aucune envie de m'amuser. Aucune envie de profiter de la vie. Ou du moins pas comme tu l'entendais. J'avais le sentiment que j'avais bien plus à apprendre et à découvrir à tes cotés que sans toi.
…..

10/ 30 DEC
Je fais n'importe quoi. Je ne me reconnais pas. Je viens d'appeler ton prof d'histoire. Pourquoi ? Pour voir avec lui si il peut décaler ton cours du mercredi au samedi. Et j'ai fait ça parce que l’hôpital à décalé les horaires de mon traitement. Je répète depuis des semaines que tu ne dois plus venir avec moi et je décale tes cours pour pouvoir t'emmener. C'est vraiment n'importe quoi. J'espère que tu ne m 'en voudra pas, parce que à cause de moi maintenant vous allez avoir cours le samedi matin. Je n'avais aucun droit de faire ça. D'ailleurs ton prof ne m'a même pas demandé pourquoi. Peut être que ça l'arrange aussi, je n'en sais rien.
…....

Je me suis toujours demandé comment tu avais fait. Au moins maintenant je le sais.
…...

11/ 6 JAN
Finalement je suis bien contente que tu puisses venir avec moi cette après midi parce que je n'ai aucune envie d'y aller. Je voudrais juste pouvoir rentrer chez moi et aller me coucher. Marre de l’hôpital, marre des traitements, marre d'être malade, marre de tout ça. Et puis pourquoi continuer de me rendre malade puisque la finalité sera la même ? Il reste 2 mois de traitement mais après j'arrête. Stop ! Résultats ou pas, j'arrête. Je profiterais du temps qu'il me reste mais plus d’hôpital.
…....


Je savais que tu en avais marre, que tu étais fatiguée et que si je ne t'avais pas accompagnée tu n'y serais pas allée. Voilà pourquoi je venais avec toi toutes les semaines. Pour que tu n'abandonnes pas.
…....

12/ 27 JAN
J'avoue que sur ce coup là tu m'as bien eue. Me piquer les clés de la voiture, il fallait y penser. Tu ne voulais vraiment pas me laisser partir ? Je te faisais si peur que ça ? Mais tu sais..... que je meurs aujourd'hui en rentrant dans un arbre, ou dans 6 mois sur un lit d’hôpital, au fond ça ne change pas grand chose. Moi au lycée j’appréciais certains de mes profs plus que d'autres, mais de là à les coucher dans mon lit, il y a une sacrée marge. Je ne suis pas certaine que tu sois bien consciente de ce que tu viens de faire. Et moi je n'aurai jamais du accepter. Passée cette grille j'oublie que tu es mon élève mais il ne faut pas. Dormir dans ton lit... chez tes parents, c'était une énorme connerie. Même si je suis fatiguée, que j'ai mal au crane et envie de vomir je n'ai aucune excuse. C'est la première et dernière fois que tu me fais ce coup là.

…....

Est ce que j'étais consciente de ce que je faisais ? Je crois surtout que l'on ne voyait pas les choses de la même manière. Moi ce que je voyais c'est que te laisser prendre le volant c'était t'envoyer à la morgue et je ne pouvais pas faire ça. Le fait que tu dormes dans mon lit franchement...si ça pouvait te sauver la vie c'était de loin l'essentiel.
…...


13/ 18 FEV
Je n'y comprends rien. Je sais depuis le début que t'emmener avec moi c'est une énorme erreur. Depuis des semaines je me dit qu'il faut que j'arrête. Mais regarde où l'on en est.... tous les mercredi je dors dans ton lit et dans tes bras. Tu es mon élève, tu as 16 ans... alors qu'est ce que je fou dans tes bras ? Je n'ai jamais manquée de volonté mais depuis que je te connais je fais exactement le contraire de ce que je dis. Tu arrives à me faire faire exactement ce que je ne veux pas et à me faire parler de choses dont je ne veux pas parler. Tu lis dans ma tête ou quoi ? Tu as un don c'est pas possible ! Et ce cauchemar, je ne le supporte plus. Tous les jours, toutes les nuits je vie la même chose : mon propre enterrement. Je n'ai pas peur de mourir, c'est la finalité de tous. Ce qui me fait peur c'est la réaction de mon frère. Je l'imagine planté devant ma tombe comme un mort vivant. C'est lui qui souffrira,  pas moi. Depuis tout petit il s'est donné pour mission de s'occuper de moi, de me soigner et de me protéger. Il prenait ma température quand j'étais malade, il me lisait des histoires le soir, il en inventait quand j'étais pas bien, il a toujours été génial. Mais sans moi il devient quoi ? Je sais qu'il perdra une partie de lui même, sa raison d'être. « Toute la misère du monde n'est rien à coté d'un adieu » et ce qui me fait le plus peur c'est de savoir qu'il risque de ne jamais se relever. Et ça je ne peux pas le supporter. Je ne peux pas l'accepter. Alors oui ça me rend folle et ça me hante.
Et toi tu as réussi à comprendre que quelque chose n'allait pas. Comment ? Pourquoi ? Je ne voulais pas en parler et pourtant... je l'ai fait.
Je ne parlerais pas de tout ça avec mon frère il n'a pas besoin de le savoir. Et je ne vais pas lui dire non plus ce que je fais de mes mercredis après midi parce que si je lui en parle je vais prendre un bon savon et il aura raison. Et puis … tu me regardes dormir, vomir... pourquoi tu fais tout ça ? Je pense que tu as bien mieux à faire de tes journées de libre. Tes devoirs par exemple. Ce serait plus intelligent. Qui aurait envie de ça ? A mon avis personne.

La semaine dernière tu m'as regardé vomir pendant 3h en me tenant moi et la cuvette en même temps. Et la seule chose qui te préoccupait c'était de savoir ou était la pince pour m'attacher les cheveux. Tu viens d'une autre planète ? C'est le genre de situation que tout le monde déteste, que tout le monde fuit. Mais toi non. C'est limite si tu ne trouves pas cela normal. Mais c'est toi qui n'est pas normale.
Comment tu peux supporter ça ? Rien que l'odeur, moi je me serais sauvée en courant depuis longtemps. Que l'on supporte un truc pareil pour son mari, sa femme, son enfant... je veux bien. Mais pourquoi toi, tu le fais pour moi ? Même mon frère ne le supporterait pas. Et pourtant c'est mon frère et il est médecin. Mais je sais qu'il ne supporterait pas de me voir dans cet état. C'est la raison pour laquelle on en a jamais parlé. Il ne sait pas ce qui passe après les traitements. Jusqu'à présent personne ne savait. Aujourd'hui, tu es la seule à le savoir.
…...

Oui j'étais la seule à savoir. Ce qui s'est passé les mercredi je suis effectivement la seule à le savoir. Même toi tu ne sais pas tout. Pour la simple et bonne raison qu'il y a beaucoup de choses dont tu n'as aucun souvenir et crois moi sur parole, c'est mieux comme ça. Pourquoi j'ai fait tout ça, pourquoi j'ai été là pour toi ? Parce que j'avais le sentiment d'être à ma place. Et avec le recul je pense que je n'aurai pas supporté que quelqu'un d'autre que moi s'occupe de toi.
…..

14/ 20 FEV
Je suis persuadée que tu t'en veux pour ce qui s'est passé, mais il ne faut pas. Je ne regrette rien et si c'était à refaire je ferais exactement la même chose, peu importe les conséquences. Tu ne croyais tout de même pas que j'allais te regarder te faire renverser en restant devant les bras croisés ? Moi l’hôpital j'ai l'habitude mais pas toi. Alors si l'une de nous deux doit se retrouver couchée sur un lit d’hôpital ce n'est certainement pas toi.  D'autant plus que contrairement à toi, moi je n'aurait pas le courage de te regarder souffrir. Je ne le supporterais pas. En quatre mois tu es devenue la personne qui compte le plus pour moi dans ma vie. Mise à part mon frère évidemment. Mais je n'ai personne autour de moi, à part toi. Alors l'idée qu'il puisse t'arriver quelque chose est inenvisageable. Si l'une de nous deux doit souffrir ce n'est certainement pas toi. Moi, mes jours sont comptés. Que le dernier soit demain ou dans 6 mois peu importe, mais toi, tu as toute la vie. Alors s'il te plaît fait attention à toi. Et la prochaine fois regarde avant de traverser. Au lieu de te précipiter vers moi. Tu croyais que j'allais partir sans te dire au revoir ? C'est ridicule.

…...

Tu m'as sauvée la vie ce jour là. Mais tu as aussi pris un énorme risque. Si je m'en suis voulue ? Bien sur que oui. Parce qu'à cause de moi tu t'es retrouvée à l’hôpital. Comme si tu n'y passait pas assez de temps comme ça.
…...
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le Ven 1 Mar - 13:32
Premier printemps

15/ 14 AVR
Mon traitement est enfin terminé. Il était temps parce que tu dois vraiment en avoir marre de passer tes mercredi a t'occuper de moi. Heureusement que tu étais là parce que sans toi je ne sais vraiment pas comment j'aurais fait. Mais c'est fini et tu vas enfin pouvoir profiter de ton temps libre. Je pourrais peut être t'emmener au cinéma ou au bowling. Ça te dirait ? Ça changerai un peu non ? Et nettement plus sympathique non ? Et puis je peux bien faire ça pour te remercier. En revanche on va choisir le lieu parce que je n'ai pas particulièrement envie de croiser l'un de mes collègues. Autant à l’hôpital il y a peu de chances, mais un mercredi au cinéma.... on ira à coté de chez mon frère.
…...


Effectivement tu m'as emmené au bowling et au cinéma. Si j'en avais marre de passer mes mercredi avec toi ? Tu plaisantes ? J'aurais surtout souhaité qu'il y ai plus de cinéma et moins d’hôpital.
…...

16/ 19 AVR
Merci pour cette journée. C'était vraiment super. On a rie, on a chanté et je t'avoues que cela m'a fait énormément de bien. Depuis des mois je survie bien plus que je ne vie, mais aujourd'hui, pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis sentie vivante. D'ailleurs tu m'as demandé ce que je voulais faire, maintenant que mon traitement était terminé. Pourquoi tu m'as posé cette question ? Et je t'ai répondu un truc totalement délirant, qui ressemblait à la liste de vœux d'un condamné à mort. Mais bizarrement ça n'a même pas eu l'air de te surprendre. Non ! Tu en a rie. Tu t'attendais à ce genre de réponse ? Mais c'est vrai que tu lis dans mes pensées. Je crois que je ne m'y habituerais jamais.
Mais maintenant que je vais bien, il serait temps que tu bosses tes cours. Donc je vais te faire bosser. Et je pense que tu vas moins rire. Mais tu dois travailler. C'est très gentil de t'occuper de moi, mais au bout du lycée il y a le bac à passer. Alors au boulot !
…...


Ah ! Pour me faire bosser t'as réussi. Je ne risque pas de l'oublier. Je serais bien incapable de compter combien d'exercices de maths tu m'as fait faire.
Quand à ce que tu appelles la liste d'un condamné à mort, je crois que j'en ai fait bon usage.
…....


17/ 21 AVR
Je repense à notre conversation de cette après midi et en y réfléchissant il me vient une question. T'as quel age dans ta tête toi ? Parce que je t'ai parlé de choses tout droit sorties de mes cours de fac. C'est de la philo et de la psycho, en clair bien au dessus de non niveau scolaire. Mais tu as quand même réussie à soulever des questions plus que pertinentes. Il y a très longtemps que je n'avais pas eu ce genre de conversations. Et je me rends compte que ça me manquait. En cours je parle de maths, au basket on parle basket et avec mon frère on parle médecine, donc on a vite fait le tour.
Mais... avec toi... on parle de tout. Je pourrais te parler de n'importe quoi, tout t' intéresse, tu veux tout savoir, tout comprendre... j'adore. Et je suis certaine qu'un jour ou l'autre tu réussiras à me battre au Trivial. On peut apprendre de tout et de tout le monde. Rien est acquis et il ne faut pas croire tout ce que l'on te raconte. Cherche par toi même. Réfléchie et fais toi ta propre opinion. Garde l'esprit ouvert c'est le plus important. Et c'est ce que je voudrais que tu comprennes. Mais mon petit doigt me dit que tu as déjà compris. Un jour je ne serais plus là. Mais si le peu de temps que tu auras passé à mes cotés peut te servir pour plus tard, alors c'est que tu n'auras pas complètement perdu ton temps. Si je peux t'apprendre quelque chose en échange de tout ce que tu fais pour moi alors mon existence n'aura pas été vaine. Pourvu qu'il en reste quelque chose... après.
…....

Pourvu qu'il en reste quelque chose après ? Plus de 700 pages ça te convient ? Et je n'ai pas terminé. Ce qu'il en reste ? Tout, absolument tout. Je n'ai rien oublié et j'en suis fière.
…...


18/  2 MAI
Demain les cours reprennent. Et étrangement je suis moins impatiente que d'habitude. C'était chouette cette semaine. Je t'ai emmené au cinéma, je t'ai mis une raclée au bowling et on a regardé des vidéos. Là, pour le coup c'est moi qui aie l'impression d'avoir 16 ans. Passer des journées entières à regarder des vidéos avec un plateau télé... je n'ai jamais fait ça moi. On avait pas le droit à la nourriture dans les chambres. Au fait... tu mets quoi sur tes tartines ? J' adore !!! J'espère juste ne pas être privée de tartines si je t'enlèves des points au prochain contrôle.
Et demain, évite de regarder la couleur de mes chaussettes sinon je ne vais jamais réussir à faire cours. Je ne sais toujours pas comment tu as fait pour le remarquer, moi même je n'y ai jamais fait attention. Mais évite la remarque s'il te plaît ! Sinon je pars en fou rire et je ne vais pas m'en sortir. Déjà que, plus le temps passe et plus j'ai du mal à faire cours quand tu es en face de moi alors on va éviter d'en rajouter. Le problème ne vient pas de toi, c'est moi. Toi ,tu as un comportement exemplaire. En cours tu n'as pas changée. Tu restes discrète, concentrée, bonne élève. Mais rien que de te voir assise en face de moi j'ai des flashs. Je revois nos après midi, je te revois en train de tenir ta glace à la vanille avec les mains gelées, et j'ai juste envie d'éclater de rire. Comment veux tu que je fasse cours ? Et le pire ??? Le pire c'est de t'entendre me dire « Vous ». Je ne le supporte plus. J'ai l'impression de prendre un coup de poignard à chaque fois. Et je dois rester de marbre, ne rien montrer. Et crois moi, c'est plus facile à dire qu'à faire. Une chose est sure, si je suis encore là l'année prochaine, tu ne seras pas dans ma classe et ce n'est pas négociable.
…......


Ah ! Tes chaussettes. Qu'est ce que j'ai pu rire à cause d'elles. Soit disant tu mettais les blanches pour le sport et les noires pour le reste. Mais c'était faux. La couleur de tes chaussettes correspondait à ton humeur du matin. Le jour où je te l'ai fait remarquer tu t'es foutue de moi mais il s'est avéré que j'avais raison.
En revanche, tu aurais peut être pu me le dire que tu n'avais pas l'intention de prendre ma classe l'année suivante. Et peut être m'expliquer pourquoi. Ça m'aurait sans doute évité de me ridiculiser dans le bureau du Proviseur à la rentrée suivante.
…...


19/ 25 MAI
Demain c'est mon anniversaire. Je vais avoir 25 ans. Un quart de siècle et peut être la fin d'une vie. Quand je regarde en arrière je me dit que j'ai eu de belles années. J'ai réussi ce que je voulais. Je voulais enseigner je l'ai fait. Je voulais gagner le tournoi régional j'y suis arrivée. Mais a part le basket et enseigner je n'ai pas eu le temps de faire grand chose. Je pensais avoir plus de temps. Du temps pour voyager, visiter, apprendre autre chose, aimer aussi...
Et j'entends ta question d'ici. Mon ex ? Est ce que je l'aimais ? On est resté 18 mois ensemble et quand j' ai décidé de me séparer je n'ai pas versé une larme. Je l'avais rencontré à la fac. A l'époque on avait eu une histoire. Courte l'histoire. Mais c'est vrai je ne l'ai jamais oublié. Pourquoi ? Parce que c'était le premier tout simplement. Nos vies se sont de nouveau croisées il y a un peu plus de 2 ans. J'étais seule, lui aussi, et après réflexion je crois que lui et moi c'était surtout un moyen de combler la solitude. A part le basket on avait rien en commun. On passait notre temps a se disputer. Et pourtant on ne vivait pas ensemble. Heureusement d'ailleurs. Quand ce n'était pas pour le film que l'on voulait regarder, c'était pour le plat que l'on voulait manger. Quand les médecins m'ont appris ce que j'avais, j'ai décidé que le sketch avait assez duré.
Ce n'est certainement pas lui qui m'aurait accompagné à l’hôpital.  Alors est ce que je l'aimais ? Non et lui non plus. Mais au fond... est ce que l'on aime vraiment un jour ? On s'entend, on s'accorde, on partage peut être mais est ce que c'est vraiment ça aimer ? A mon sens non mais comme dirait mon frère, je crois au père noël. Je crois en l'amour vrai, celui que tout le monde cherche et que personne ne trouve. Celui qui nous surprend, celui qu'on attend pas. Celui que rien ni personne ne peut briser. Tu vois ? Mon frère a raison. Sur le sujet, je crois au père noël. Mon âme d'enfant sans doute....

Mais pourquoi je te parle de ça moi ? Nostalgie d'avoir 25 ans peut être. Je le fête avec mon frère ce week-end. Comme toutes les fêtes de familles d'ailleurs. Je n'imagine pas un Noël ou un anniversaire sans mon frère. C'est comme ça depuis que je suis toute petite et je ne veux pas que ça change. Mais mon anniversaire c'est demain et demain on a cours. Et je me vois mal mettre 25 bougies sur mon livre de maths. On ne choisie pas les jours du calendrier. Mais j'ai peut être une idée. .. tu verras demain. Surprise !!!
…....


Pour une surprise c'était une surprise. Tu m'a fait sécher les cours et on s'est retrouvé au bord de la mer. Le premier coucher de soleil que l'on a regardé ensemble.
La deuxième surprise c'est que pour la première fois tu me parles de ton ex. En quatre ans tu ne m'en a jamais parlé. Je n'ai jamais compris pourquoi, mais je n'ai jamais posé de question non plus. Tu croyais en l'amour vrai ? Alors effectivement vu ce que tu racontes de ton ex il est certain que ce n'était pas le bon numéro. La question qui me vient à l'esprit maintenant c'est : est ce que tu l'as trouvé ?
…...


20/ 28 MAI
Je voulais prendre l'air, changer de décor, voir autre chose et je ne voulais pas le faire seule par peur de déprimer. C'est la raison pour laquelle je t'ai emmené avec moi. Voir la mer, l’étendue vers l'infini, je m'étais dit que cela me ferais du bien. Mais finalement c'est toi qui a compris ce dont j'avais réellement besoin avant que je ne le sache moi-même. Et tu m'as encore volé mes clés. T'es complètement folle. Tu as appelé tes parents et tu leur a menti juste pour que je vois un coucher de soleil sur la mer. C'est complètement délirant. Je te saoule avec « Carpe Diem » depuis 6 mois, mais aujourd'hui, la leçon c'est moi qui l'ai prise en pleine figure. Je n’oublierais jamais. Merci pour ce magnifique cadeau, magnifique souvenir.
«Tous les cris, les sos partent dans les airs et dans l'eau laissent une trace, dont les écumes font la beauté.... »
Dans mes souvenirs reste une trace, dont tes idées en ont fait la beauté.... et je crois que tu sais lire dans l'eau. 

…....

Je ne sais pas si je sais lire dans l'eau, mais il est vrai que j'avais appris à lire en toi.
…...


21/ 14 JUIN
Heureusement que tu étais là la semaine dernière. Une fois de plus....
Je ne sais pas comment j'aurai réagit en sortant de ce bureau, si tu n'avais pas été là. Je me serais probablement jetée sous un poids lourd. Mais je peux savoir ce qui t'as pris ? J'ai bien cru que tu allais passé par dessus le bureau et étrangler le médecin. Ça ne sert à rien. Personne ne peut rien faire. Si le traitement ne fonctionne pas alors il n'y a plus rien à faire. Tu ne peux rien faire contre ça. Je comprends que tu sois en colère, je le suis aussi mais c'est à moi que j'en veux. C'est moi qui t'ai entraîné là dedans. Et même si je sais depuis le début que ce n'est pas ta place, je t'ai laissé faire. C'est même moi qui t'ai demandé de venir à la consultation. Pourquoi ? Parce que ta présence me rassure. Parce que je ne me sentais pas le courage d'affronter cette nouvelle toute seule. Résultat c'est toi qui en souffre. Et je me rends compte que je ne suis qu'une égoïste. Il serait temps que j'apprenne à gérer ma vie toute seule. Et j'oublie trop facilement que tu n'as même pas 17 ans. Ta place n'est pas ici, pas avec moi, pas dans un hôpital, et encore moins dans ce bureau. C'était totalement stupide de ma part. Comme tout ce que je fais depuis 6 mois. Je t'ai fait sécher les cours, je t’empêche de travailler, tu vas redoubler ta seconde, et si je continue je vais t’entraîner dans ma chute.
Moi je suis condamnée, mais pas toi. Je n'ai pas le droit de faire ça.

On arrive à la fin de l'année scolaire et j'espère que les deux mois de vacances vont te permettre de m'oublier. Tu veux absolument que je t'appelle pendant les vacances. Je le ferais, mais à partir de la rentrée tu ne te préoccupe plus de ma santé. Il faut que tu profites de ta vie, de ta famille, de tes amis. Je ne peux pas te voler ta vie.
…....


Encore ce discours stupide ! Tu n'avais toujours pas compris que si je passais tout mon temps libre avec toi c'était par choix. Pourtant ce n'est pas faute de te l'avoir répété.
…..
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le Ven 1 Mar - 13:42
Premier été

22/ 3 AOUT
J'ai toujours dit que deux mois de vacances c'était beaucoup trop long. Le stage de basket est terminé, je suis rentrée depuis 3 jours et je tourne en rond. J'espère que toi tu profites de tes vacances. Tu devais faire les brocantes et aller te baigner, j'espère que tu en profites. Depuis 8 mois tu passes ton temps à t'occuper de moi ou a l’hôpital alors il serait temps que tu profites de la vie, que tu t'amuses. Carpe Diem, n'oublie pas.
Mais je saurais ça demain puisque je dois te téléphoner. Tu me raconteras. Parce que moi personnellement je n'ai pas grand chose à te raconter. Le stage de basket s'est passé comme tous les autres. On s’entraîne sur le terrain, footing, renforcement musculaire, en résumé ...rien d'extraordinaire.
…....



23/ 13 AOUT
Tu as l'air d'aller bien je suis contente. Mais c'est quoi le problème ? Depuis le temps, je connais tes intonations de voix et je sais que tu m'as menti. Chose qui d'ailleurs, ne te ressemble pas. Qu'est ce qui se passe ? Un problème avec ton oncle ? Je ne pense pas tu l'adore. Alors quoi ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Pour ne pas m’inquiéter.... une fois de plus... Arrête de vouloir me protéger, ce n'est pas à toi de le faire. Je te rappellerais vendredi prochain je verrais bien si tu m'expliques ou pas.
…...


Le problème ? C'est que tu me manquais horriblement et je n'osais pas te le dire.
…...

Ressenti

C'est le dernier texte que tu as écris la première année. C'est étrange de lire tout ça après tant d'années.. Mais je me rends compte que sans se le dire on ressentait la même chose. Le manque quand tu n'étais pas à mes cotés. La joie de te regarder sourire, le plaisir de partager une pizza ou un cinéma. Visiblement tout te plaisait autant qu'à moi. Ce qui me plaît moins en revanche, c'est de lire à quel point tu culpabilisais.
Dix mois de ta vie résumés en quelques pages . C'est bien peu, et en même temps tellement inespéré. Quand je lis tes mots, je t'entends. Je t'entends comme si tu étais assise à mes cotés. Et là tout de suite il y a une chose qui me fait peur. C'est la suite. C'est ce que  je vais lire après, ce que je vais découvrir à travers tes mots. Comment tu vivais les choses, ce que tu ressentais vraiment et ce que tu ne disais pas. Peut être même ce que tu ne m'a jamais dit. Est ce que quelque part dans ces pages tu vas finir par me dire ce que tu ressentais réellement pour moi ?
Le jour ou tu es partie tu disais vouloir déménager, mais quels étaient réellement tes projets ? Comment tu imaginais l'avenir? Est ce que j'en faisais partie ? Les mêmes questions sans réponses depuis des années. Et maintenant peut être la chance incroyable de trouver les réponses. Paradoxalement ces réponses me font peur. Peur de comprendre que l'on souhaitait la même chose et de réaliser que l'on est passées à coté. Et peur également de lire que ce n'était pas le cas et de finalement réaliser que je me suis trompée.
Mais je cherche ces réponses depuis tellement longtemps que peu importe ce qui se trouve dans ces pages, je veux savoir. Je veux tout savoir.
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le Jeu 7 Mar - 15:03
3. LECTURE NOCTURNE

Une fois arrivés à la fin des quatre premiers classeurs, il était déjà quatre heures du matin. Mais tout comme ton frère, je voulais lire la suite. Alors on a sortis les quatre suivants. On les a feuilletés et l'on s'est aperçus qu'il y avait encore plus de textes. La deuxième année a été très compliquée. Mais c'est aussi celle qui nous a réellement rapprochées.
La vraie question c'est surtout : comment toi tu l'as vécue ?

24/ 30 AOUT
Dans 8 jours c'est la rentrée. Enfin ! Parce que là je n'en peux plus. Je vais devenir dingue à force de tourner en rond. Ce que j'ai fait de mes vacances ? J'ai loué des VHS et je me suis repassée tous les films que tu m'as fait découvrir. Mais j'avoue que sans tes tartines c'est pas pareil. Je me suis habituée à t'avoir à mes cotés presque tous les jours et là.... ça fera bientôt deux mois . La vérité ? Tu me manque. Je n'aurai jamais imaginé dire ça mais tu me manque horriblement. Nos conversations me manquent. Je parle toute seule depuis trois semaines, je deviens cinglée. T'entendre rire me manque, t'écouter chanter me manque, alors vivement la semaine prochaine.
Et oui ! Je sais ce que j'avais dit. Qu'il fallait que tu m'oublies. Et c'est la vérité. Mais je veux juste te voir, juste te parler. Le reste... je ne sais pas. Je crois qu'il faut qu'on parle.
…......


Alors finalement je te manquais vraiment ? Tu voulais que je t'oublies ? J'ai un petit secret pour toi. Je n'ai pas réussi à t'oublier en 22 ans alors ce n'était certainement pas en deux mois que j'allais le faire.

25/ 6 SEPT
Je viens de rentrer du lycée. Et oui ! Rentrée des classes. Toi tu ne reprends que demain mais moi c'était aujourd'hui. Sauf que j'avais oublié ce détail. Résultat ce matin je me suis garée sur le parking comme d'habitude et puis... je me suis demandée pourquoi tu n'étais pas là. Totalement stupide je te l'accordes.
Mais demain je sais que tu seras là. Je sais que tu vas m'attendre et ne t’inquiètes pas je ne serais pas en retard. Je pense même partir un peu plus tôt, de cette façon on aura peut être le temps de parler un peu avant le début des cours. Je sais que ton car arrive à 7h30, je devrais être là à 35. J'ai vraiment hâte de te revoir et je me rends compte que je me suis beaucoup attachée à toi. A l’hôpital tu passes pour ma demie sœur mais dans un sens c'est vrai que tu pourrais être ma petite sœur. Ma petite sœur que je n'ai pas vue depuis plus de 2 mois. Alors vivement demain matin. Et puis sachant que je te vois demain matin, je vais peut être enfin réussir à dormir.

« Tu n'en sors plus de ma mémoire, ni la nuit ni le jour
tu cours à travers les couloirs et moi je t'attends tous les jours....depuis je compte les jours »
…........


Oh ! Rassures toi. Tu n'étais pas la seule à compter les jours. Ne pas te voir pendant deux mois a été un véritable enfer. Mais je n'aurais jamais imaginé qu'à ce moment là tu pensais la même chose.
…...

26/ 7 SEPT
Je suis vraiment désolée. C'est vrai que j'aurais du t'en parler avant. J'aurais du te prévenir. Pour moi c'était logique mais toi... visiblement tu n'avais même pas envisager cette possibilité. Je ne pensais pas que tu réagirais aussi mal au fait de ne plus assister à mes cours. Tu n'es vraiment pas comme tout le monde toi. Je suis désolée pour la gifle mais tu ne m'écoutait pas et il fallait vraiment que je t'arrêtes avant que tu fasses quelque chose d’irrécupérable. Et encore une fois tout est de ma faute. Mais ce ne sont que des cours. Et c'est justement pour pouvoir passer du temps avec toi que j'ai fait le choix de ne plus t'avoir en cours. Je ne peux plus t'avoir comme élève. C'est impossible. Je ne veux plus t'entendre me dire « madame ou vous ». Je ne le supporte plus. Et puis je serais incapable de faire un cours correct avec toi assise en face de moi. Il m'arrive d' avoir la migraine en cours et dans ces cas là je ne pense qu'à une seule chose parce que c'est la seule chose qui les arrêtent, mais en cours c'est impossible. Je sais que tu ne comprends pas. Je pense même que tu m'en veux mais je commence à te connaître et tu ne vas pas m'en vouloir longtemps. Tu vas vite comprendre que c'est beaucoup plus simple. Et puis … tu auras droit à des cours particuliers ça je peux te le garantir.


J'espère juste ne jamais te revoir dans cet état là. Te voir comme ça.... en colère, triste, déçue... je déteste. Alors... plus jamais...

Je n'avais pas d'autre choix que de te coller une gifle alors que tout ce que j'aurais voulue c'est te prendre dans mes bras pour que tu te calme. Et il est là le problème. Je ne peux plus agir avec toi comme un prof est censé le faire. Et je ne veux plus. Je refuse de continuer à mélanger mon boulot et ma vie privée alors stop ! Ma vie privée est déjà suffisamment complexe comme ça.
….....


Je me souviens très bien de la gifle. Ne plus t'avoir en cours pour moi c'était comme si tu me tournais le dos. Je n'ai pas compris ta difficulté. Je n'ai pas cherchée à me mettre à ta place. Je n'ai pas réfléchie non plus aux conséquences que pouvait avoir notre relation sur ton boulot. Et j'étais très loin d'imaginer que tu n'arriverai pas à faire cours si j'étais en face.
Quand j'y repense c'est vrai que la seule chose qui calmait tes migraines c'était de poser ta tête sur mon épaule et j'avoue qu'au milieu d'un cours ça aurait fait désordre.
…....


27/ 13 SEPT
J'ai oublié de te dire que j'ai rendez vous avec ton ami le professeur mercredi après midi.  Et tu vas venir avec moi parce que si je dois y aller c'est à cause de ton petit discours de la dernière fois. Il nous a dit qu'il n'y avait plus rien à faire et oui je sais ce que ça veut dire, mais au moins ,jusque là j'avais la paix. Tu espères quoi ? Qu'il trouve un miracle ? Encore un traitement ? Laisse tomber, je ne veux plus de traitement. Je veux juste profiter du temps qu'il me reste. Et ce temps là j'aimerai pouvoir le partager. Et la seule personne avec qui j'ai envie de le partager c'est toi. Pourquoi ? Parce que tu es la seule à qui je peux faire confiance. Mon frère ? Oui bien sur. Mais mon frère à une femme et un boulot qui lui prend tout son temps. Il fait ce qu'il peut mais il ne peut rien faire de plus. Une fois de plus il avait raison : j'ai besoin de toi.
…......


Alors dit moi ! Mon petit discours, aujourd'hui t'en penses quoi ? Tu voulais du temps avec moi mais plus de traitements ? Foutaises ! Le temps avec moi tu l'as eu. Et les traitements tu les a acceptés pour moi. J'ai mis du temps à le comprendre, mais c'est pour moi que tu l'as fait.
…....

28/ 15 SEPT
Qu'est ce que je fais de ce dossier ? Je le brûle ? Protocole expérimental ? Super ! Il faut que je serve de cobaye ? C'est censé être une bonne nouvelle ? Même si c'est peu réjouissant je m'étais faite à l'idée de ne plus aller à l’hôpital. Je m'étais dit qu'on pourrait... je sais pas partir quelques jours, voir la mer, manger une glace, un plateau de fruits de mer, peu importe mais pas l’hôpital. Protocole expérimental ? On ne sait même pas si il y aura un résultat. Ou au mieux pour gagner quoi ? 3 mois ? Pour quoi faire ? Qu'est ce que ça va changer ?  Et puis à quel prix ? Etre malade ? Avoir mal ? Encore ? Je ne suis pas certaine de vouloir faire ça. Je n'en ai même aucune envie.

Tu penses vraiment qu'il pourrait y avoir une chance qu'une expérience fonctionne ? Oui je sais Doc à réussi à faire fonctionner le convecteur temporel, mais sérieusement ? T'y crois vraiment ? Mon frère pense qu'il faut essayer parce que c'est la seule possibilité qui existe. Mais c'est faux il y a une autre possibilité : ne rien faire. Je sais que celle là ne te plaît pas, mais dans la vie on obtient pas toujours ce qui nous plaît.
Et puis si jamais j'accepte,  tu sais ce que ça veut dire ? Mais oui tu le sais. T'es vraiment prête à revivre tout ça avec moi ? Je sais que tu me l'a dit mais pourquoi tu ferais ça ? C'est complètement dingue. Seule je n'y arriverai pas. Oui je t'entends d'ici : je ne suis pas seule et tu ne me lâcheras pas. J'ai très bien entendue. Et le pire... c'est que je te crois. J'ai confiance en toi. Même si tout cela n'a aucune raison d'être et aucun sens, je sais que tu ne me laisseras pas tomber. Je sais que tu seras là quoi qu'il puisse arriver. Je ne l'explique pas mais je le sais.

Tu veux vraiment que je signe ce truc ? C'est de la folie.... Tu n'as aucune idée de ce dans quoi on s'embarque. Mais.... tu voulais que je signe, c'est fait.
J'en arrive à la conclusion que tu serais capable de me faire faire n'importe quoi...
Mais... si je récolte un sourire de ta part demain matin quand je te remettrais le dossier, et bien... j'aurais au moins gagner ça.
…....


Et bien voilà ! Enfin ! Enfin tu as compris ce que je m’efforçais de t'expliquer depuis presque un an ? A savoir que j'étais là, que tu n'étais plus seule et que je ne t'abandonnerai jamais. Dans quoi on allait s'embarquer, je n'en avais aucune idée. Mais ce que je savais c'est que je voulais faire ce voyage avec toi.
…....


29/ 15 OCT
Oh la vache ! Je te déteste ! C'est horrible. Quand ils poussent le produit dans la seringue c'est insupportable. Cette brûlure, c'est juste une horreur. Je ne pourrais même pas te décrire cette sensation. Tout ce que je pourrais te dire c'est que je ne souhaite pas ce truc à mon pire ennemi. A ce moment là  j'ai juste envie de hurler : achevez moi ! Mais quand je vois la manière dont tu regardes cette seringue... on dirait qu'à tes yeux c'est la potion magique d' Asterix. Tu en attends tellement de ce traitement. Je tiendrais le coup je te le promets. C'est juste un mauvais moment à passer. Les 10 minutes de l'injection sont insupportables, après ça va. Je supporte. Et ensuite ? Ce qui se passe ensuite je crois que tu le sais mieux que moi parce que je suis tellement mal que je ne me rappelle pas de tout.  Et je pense que ce n'est que le début.
Tu crois que l'on va y arriver ? Tu me répètes que oui. Mais tu le penses vraiment ou c'est juste que tu n'oses pas me dire le contraire ?
…......


Bien sur que j'y croyait. Je ne t'aurais jamais mentis. J'étais morte de peur mais j'y croyait. J'ai cru en ce traitement parce que c'était ta seule chance.
…...

Je ne peux plus. Je n'y arrive plus. C'est trop dur. Regarde moi... j'ai l'air d'un cadavre. Je n'ai plus de force, je n'arrive plus à conduire... je ne suis plus bonne a rien. Ils voulaient me garder hospitalisée mais j'ai refusée. J'ai peut être eu tort d'ailleurs, parce que je vais finir par te tuer en voiture. C'est toi qui passe les vitesses alors que tu n'as jamais touché un volant de ta vie. On joue avec le feu et moi je suis tellement crevée que je te laisse faire n'importe quoi. Tu vas finir par avoir des problèmes à cause de mes conneries. Il faut que je me ressaisisse et vite !! Soit j'encaisse mieux que ça, soit j'abandonne mais je ne peux pas te laisser assumer toute seule. J'oublie que tu n'as que 17 ans. Et parfois, et même souvent je crois que c'est toi la plus adulte de nous deux.
…....

C'est toi qui a fait de moi l'adulte que je suis aujourd'hui. Grâce à toi j'ai appris a prendre des décisions et a assumer mes responsabilités.Alors tu n'as pas à t'en vouloir. Ce que tu ne pouvais pas faire dans ces moments là je le faisais à ta place. C'est aussi simple que cela.
….....

«  Un être humain ce n'est pas rien qu'un tas de boue qui se tient debout … » c'est bien le texte ? Et bien je peux te dire que la tout de suite je me sent comme un tas de merde. «  je voudrais voir le monde à l'envers... c'est peut être plus beau vue d'en haut ».

Mon cerveau va exploser. Ce traitement va me tuer. J'essaye de te cacher la douleur et je crois que je m'en sort pas trop mal mais la peur je ne peux pas te la cacher. Tu lis à travers moi. Ou tu le sent je ne sais pas. La preuve ! Pour que j'arrive à me concentrer tu m'as chanté les Lacs du Connemara. Ah c'est sure que tu pouvais difficilement trouver plus complexe comme texte. Mais pourquoi celle là d'ailleurs ? J'étais au collège quand cette chanson est sortie, toi tu devais avoir … 5 ou 6 ans. Comment tu connais les paroles par cœur ? Moi c'est mon frère qui chantait cette chanson, il rêvait de visiter l'écosse. Mais toi ? D'où tu connais ce texte ? Et sans musique en plus... là... je m'incline. Ce n'est pas une mémoire que tu as c'est un disque dur. Si tes cours pouvait s' inscrirent dessus aussi facilement...

…...

Toi aussi elle t'as marquée cette chanson ? Sur l'instant c'est tout ce j'ai trouvé. Mais depuis je suis incapable de faire plus de cinquante kilomètres sans chanter cette chanson. Autant te dire que je la chante quasiment tous les jours. Et je ne sais pas si ma mémoire est un disque dur mais il n'y a pas que les paroles de nos chansons que je connais par cœur. Je me souviens de tout. De tout,  comme si c'était hier.
…...
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le Sam 9 Mar - 15:26
Deuxième Automne


30/ 23 NOV
Heureusement que tu étais là. Encore une fois. Je ne sais pas ce que tu leur a dit mais je te fais confiance.  La 1ère fois que tu m'as ramassée c'était il y a un an et quasiment jour pour jour. A croire que c'était écrit. Et comme la première fois tu étais là. Tu es toujours là quand on a besoin de toi ? En ce qui me concerne je crois que oui. Je ne saurais probablement jamais comment tu fais mais toujours est il que quand je ne vais pas bien tu es là, quand j'ai mal au crane tu le sais et quand je vais vomir tu le sais aussi. Quand je te dis que tu as un don, tu rigoles, mais alors donne moi l'explication logique. Je t'écoutes.... parce que même si je ne veux pas l'admettre il n' y en a aucune. De l'empathie ? Oui certainement... mais poussée  à l’extrême alors.
….....


Ne t'inquiètes pas. Je leur ai juste dit que si l'un d' entres eux avait la mauvaise idée de parler de ton malaise, je lui cassait les dents.
Comment je devinais ce que tu ressentais ? Aucune idée. Je le savais c'est tout. Peut être à force de t'observer. Un don ? Je ne pense pas. Juste l'envie de soulager des douleurs et tes souffrances du mieux que je le pouvais pour te rendre la vie plus supportable.
….....

Je sais ! Tu voudrais que je me repose, que je prenne un arrêt maladie, mais c'est non ! Je ne peux pas me permettre de prendre du retard dans le programme. Même si tu ne dis rien je sais que tu as eu peur l'autre jour. Mais maintenant je vais bien. C'était juste un petit malaise. On savait qu'il y aurait des effets secondaires, il ne faut pas t'en faire pour ça. Je suis fatiguée, c'est vrai ! Mais je vais bien. A part les nausées et ma migraine qui refuse de me lâcher, je vais bien. Je m'y suis habituée. Ce n'est pas toujours des plus agréables mais je gère. Et arrête de t'en faire pour moi. Tu deviens pire que mon frère.
….....

Que j’arrête de m'en faire pour toi ? Effectivement tu croyais encore au Père Noël.
Il est vrai que mise à part tout ce que tu cites, tu allais très bien. C'est ironique ? Oui...
…...

31/ 16 DEC
Alors là... je n'ai qu'une seule chose à dire. Non deux en fait ! C'est bravo ! Et merci. Ce bouquet est juste sublime et je me doute que c'est toi qui l'a choisi. D'ailleurs... des lys blancs ? Tu étais la seule à le savoir. Et vous voir là devant moi, fiers de vous, souriants... vous étiez combien ? 40, 45 ? Je ne sais pas.... mais tu voulais me faire comprendre quoi ? Que les élèves apprécient mes cours ? Ce n'est que le bonus ça. Moi mon but c'est qu'ils réussissent le bac. Si, grâce à mes cours, ils ont la possibilité de construire leur propre avenir, alors oui... c'est l'une des raisons pour laquelle j'ai choisi ce métier. Et je peux te jurer que je ferais tout mon possible pour terminer le programme et leur offrir un maximum de possibilités.

Ce qui au passage, signifie devoir aller au bout de ce traitement. J'y arriverai. Je vais y' arriver parce que tu seras là. Et je crois que je viens de comprendre où tu voulais en venir avec ta surprise. Si j'ai bien compris tu ne veux pas que j'abandonne. Et moi ? C'est les 40 regards que j'avais devant moi ce soir que je ne veux pas abandonner. Tu peux être fière de toi. C'est bon, t'as gagné ! Je vais terminer le traitement.

…...

A défaut de gagner au Trivial ou au bowling, j'aurais au moins gagné cette partie là.
…..

Tu vas faire quoi pendant les vacances ? Moi, le médecin m'a interdit de jouer au basket pour quelques semaines. Trop faible soit disant... Et comme j'ai eu la mauvaise idée de t'en parler et bien je ne peux pas aller jouer. J'ai 125 copies à corriger mais je ne pense pas en avoir pour deux semaines de boulot. Donc... je vais tourner en rond et l'idée ne me plaît pas du tout. Le mois d’août m'a servi de leçon, je crois que j'étais au bord de la dépression. Et puis … je n'ai pas envie d'être seule. On se fait un cinéma ? Une après midi VHS ? Tu as des devoirs à faire aussi, mais si tu veux je t'aide.
….....
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Sam 9 Mar - 15:33
Deuxième hiver

32/ 23 DEC
Ça fait longtemps que tu me parles de ce film. Aujourd'hui je comprends pourquoi. Tu l'as vu quand tu avais 10 ans et tu dis qu'il t'as marqué. Ah oui !! Tu m'étonnes. Ce film évoque un concept que tu n'es même pas censé comprendre à l'age de 10 ans. Mais visiblement toi oui. Partir du principe qu'il peut exister un lien tellement fort entre deux êtres que même la mort ne pourrait pas le briser, c'est du pur délire. Depuis des milliers d'années, toutes les civilisations cherchent en vain à communiquer avec les morts. Télépathie, medium, réincarnation.... choisie ce que tu veux. Toujours est il que peu importe le choix, il est impossible de prouver quoi que ce soit. Et si l 'on a pas de preuve alors c'est que cela n’existe pas. Dommage ? Sans doute. Mais si on avait la possibilité de communiquer avec les morts, la moitié de la planète deviendrait cinglée.

Le passage n'est pas le moyen de passer de la mort à la vie, c'est l'héritage. C'est les traces que l'on a laissé avant de partir. Jean laisse à son fils, son dessin animé, son scénario, et avec eux, ses idées et ses convictions. En disant à son fils qu'un jour c'est lui qui le tournera. En clair, il lui a laissé un chemin à suivre. Le passage est un couloir à traverser au fil du temps. Un couloir dans lequel David devra avancer jour après jour pour vieillir, et ainsi le ramener aux cotés de son père.

«  Si tu penses à moi aussi fort que je pense à toi alors c'est sure on se retrouvera ».

... mais oui... évidemment ! En marchant dans les traces de son père David deviendra ce que son père aurait voulu devenir. Ils se ressembleront et ne feront plus qu'un.
Alors c'est peut être ça le but notre existence : laisser un passage, tracer un chemin...
Mais comment ? Par quel moyen ? Moi je vais partir mais je trouverais le moyen de le faire exister, je te le promets.
…....


En lisant ce texte, je n'ai pas pu empêcher mes larmes de couler. Tu avais raison. Tu as tenue ta promesse. Le passage tu l'as trouvé. C'est l'héritage, ton héritage. C'est tes idées, tes convictions, tes phrases, ton humour, ta manière d'être, ta façon de voir la vie et d'un point de vue plus général, tout ce que tu étais. Ce que tu as laissé avant de partir ? Tout. Tout, sans aucune exception. Jusqu'à la souffrance et la douleur, tu m'as tout laissé. C'est grâce à cet héritage que j'ai réussie à me construire. Grâce à lui aussi que j'ai survécu sans toi. Et aujourd'hui c'est ton neveu qui suit tes traces. En écrivant le livre je lui ai transmis ton héritage. Et c'est aussi grâce a lui que ton neveu se bat pour remarcher, et qu'il trouvera la force de surmonter le décès de sa mère. Alors merci. Merci d'avoir tenue ta promesse.
…....


33/ 29 DEC
Ces quelques jours resteront gravés au plus profond de moi jusqu'à la fin.  Ce mur de pierres traversé par les guerres et les tempêtes, depuis des centaines d'années. Regarde !! Il tient toujours debout. Ce décor aux milles et une couleurs m'a ébloui les yeux, ces lumières traversées par le brouillard de l'hiver lui donne un air de film fantastique. Tout cela pour te dire que ce château est magnifique. Passer cette grille à provoqué en moi une sensation de bien être, un peu comme si je rentrais chez moi après un très très long voyage. J'ai oublié mon passé, sans penser à mon avenir. Ici c'est vivre l'instant présent à la seconde prêt.
Grâce à toi, je viens de réapprendre a écrire le mot « vivre ».

Pour toi m'emmener ici c'était juste histoire de me faire prendre l'air, de me faire plaisir mais.... tu n'as aucune idée de ce que tu viens de faire. Et je ne pourrais jamais te l'expliquer, je n'ai pas les mots.

Ceux là peut être....

«  Et même si le temps presse, même s'il est un peu court
si les années qu'on me laisse ne sont que minutes et jours
Et même si l'on m'arrête ou s'il faut briser des murs,
j'irais au bout de mes rêves, tout au bout de mes rêves, où la raison s’achève »

Ma raison s'est achevée le jour où tu m'as ramassée. Depuis je fais tout le contraire de ce que je dis. Alors oui, j'irais au bout de mes rêves... et tu vas m'accompagner.
…...


T'accompagner ou te précéder ? Au fil du temps tes rêves sont peu à peu devenus les miens. J'aurais mis tout en œuvre pour avoir une chance de les réaliser un par un, même si j'avais du y passer ma vie toute entière. La plupart de tes rêves sont nés dans le parc de ce château. Un jour je trouverai le courage d'y retourner, je te le promets.
…...

Il s'est passé quelque chose aujourd'hui. Mais je ne peux pas t'en parler. Et à mon frère encore moins. Le jour où les médecins m'ont appris que j'étais condamnée, la première personne que j'ai appelée c'est mon frère. Mais ensuite... j'ai pensé à nos parents. Il y a plus de 10 ans que l'on ne les a pas vus. Non, je n'ai jamais envisagé qu'ils pourraient m'aider et d'ailleurs je ne le veux pas. Mais j'avais envie de leur dire un truc du style : « Vous n'avez jamais été des parents pour moi et bien sachez qu'aujourd'hui il est trop tard parce que je suis condamnée. En clair vous avez vraiment tout foiré ». Pourquoi leur dire ça ? Je ne sais pas, par vengeance peut être...
Alors j'ai cherché à les retrouver et j'ai fini par y arriver.
Sauf que cela ne s'est pas vraiment passé comme je l'avait prévu. Je voulais leur faire du mal mais au final... C'est moi qui aie pris la gifle. Notre connard de Père est condamné et il lui reste encore moins de temps que moi. Cancer des poumons. Je pensais que de le voir souffrir me ferait plaisir mais.... il lutte pour respirer, il lutte pour garder les yeux ouverts, son regard réclame la fin. Et notre mère reste plantée à ses cotés a attendre cette fin. C'est désespérant, et plutôt triste finalement. J'aurais presque de la peine. Non ! Il me fait pitié surtout.
…...

Je ne retournerais pas voir notre père. Je ne lui ferais pas ce plaisir. Mais je dois admettre que même si pour moi ce n'est qu'un inconnu, le voir souffrir c'est presque inhumain. Je ne veux pas finir comme ça. Et surtout , je ne veux pas que l'on me voit comme ça. Je suis restée quoi ? 20 minutes ? Et c'était il y a deux semaines. Pourtant il m'est impossible de me sortir ces images de la tête. Je refuse que vous supportiez ça. Vous ne me verrez pas dans cet état c'est hors de question !

Et toi tu supportes ça toutes les semaines. Comment tu fais ? Pourquoi tu continues ? Pourquoi tu restes ? A cause de cette promesse ? Même les médecins ont parfois du mal a supporter la souffrance de leurs patients alors qu'ils sont formés pour ça. Je me souviens très bien... l'une des premières interventions de mon frère en tant que médecin SMUR c'était pour une femme en fin de vie qui refusait de mourir à l'hôpital. Mon frère est resté plus de 3h à ses cotés à attendre que son cœur s'arrête. Cette intervention l'a ravagé, il n'en a pas dormi pendant des semaines. Mais toi t' encaisses. Peu importe ce qui se passe tu trouves une solution, tu sais quoi faire, quoi dire.... Mon frère a fait 10 ans d'études mais on dirait que chez toi c'est inné. Je ne vais pas te le dire , tu risquerais de prendre la grosse tête mais t'es incroyable. Moi je serais incapable d'en faire autant même avec la meilleur volonté du monde.
…...


Je supportais quoi toutes les semaines ? Tu n'en a quasiment aucun souvenir. Comment j'ai fait ? Il fallait que quelqu'un le fasse et moi j'étais là. C'est la seule explication qui vaille la peine.
…...

34/ 10 FEV
Notre père est mort ce matin. Et j'aurais presque envie de dire : Enfin ! Il lutte depuis un mois alors il était temps. Mais cela prouve que la mauvaise herbe ne crève pas facilement. Maintenant qu'il n' est plus là je vais peut être enfin réussir à dormir.
Est ce que je vais en parler à mon frère ? Pour m'entendre dire que je n'aurais jamais du chercher à les revoir ? Pour qu'on s'engueule ? Je crois que c'est inutile. Il l'apprendra bien un jour...
…...


35/ 14 MARS
Ouhhhh !!!! Ben tu ne t'énerves pas souvent mais quand c'est le cas, on en prend plein la gueule. Je ne t'ai jamais vu comme ça. Non je  ne voulais pas te parler. T'en fais déjà assez. Mes problèmes familiaux tu laisses tomber. Tu ne vas pas en plus m'aider à régler ça. Mais je crois que si en fait ! T'es juste incroyable. Comment t'as compris ? D'accord ces derniers temps je suis à coté de la plaque. Mais le traitement est lourd... je fatigue. Mais non ! Toi tu savais qu'il y avait autre chose. Comment ? Quand je dis que tu lis dans ma tête. Quand mon frère m'a demandé ce que j'avais je me suis contenté de lui dire que j'étais fatiguée à cause du traitement et il n'a pas cherché plus loin. Mais toi... tu ne m'a pas crue.
Tu sais ce que tu m'a balancé ce soir ? Je sais que tu étais en colère, mais tout ce que tu m'as dit n'était pas des paroles en l'air, je le sais très bien. Le temps en abscisse, tes sentiments en ordonnée... et ? Une courbe exponentielle qui tend vers l'infini ? T'as fait le graphique ? Celle là je ne l'ai pas vue venir. C'était juste pour que je comprenne ? Ou c'est vraiment ce que tu penses ? Je ne sais pas ou tu es allée chercher cette métaphore mais si le but était de me faire réagir et bien bravo c'est réussi. Réagir ? Je devrais même plutôt dire réfléchir. Le prof de Maths c'est moi. Mais là je sèche sur ta démonstration. En clair ça veut dire quoi ? Je n'en ai aucune idée mais en tout cas tu m'auras bien fait rire.
Ce qui me fait nettement moins rire c'est le fait que tu tiennes absolument à m'accompagner sur la tombe de mon père. Je ne sais même pas où elle est. Mais je crois que je n'ai trop le choix, tu ne vas pas me lâcher. Et on dit que moi je suis têtue... Et bien je ne suis pas la seule. Quand tu as une idée dans la tête... tu ne l'as pas ailleurs.

…....


Oh non ! Je n'avais pas l'intention de te lâcher. Pour encaisser le traitement tu avais besoin d'être concentrée a 200% sur  toi même. Il était hors de question que le décès de ton père te ronge à petit feu. Il fallait à tout prix déposer cette colère, cette haine et tout ces sentiments malfaisants quelque part. J'ai trouvé qu'au cimetière, c'était le bon endroit.
Quand à ce que ma phrase voulait dire... le prof de maths c'est toi non ? Alors... tu as très bien compris.
….

T'es juste stupide ou complètement sadique ? Tu savais que le fait de rentrer dans un cimetière allait te rendre malade mais tu t'es sentie obligée de venir avec moi. J 'hallucine ! C'est complètement tordu. Pourquoi tu as fait ça ? Pour moi... encore une fois. Le problème c'est que tout ce que tu fais, tout ce que tu me dis je ne pourrais jamais te renvoyer l’ascenseur. Je n'ai pas les moyens de te dire merci comme je le devrais. Parce que contrairement à moi, tu n'as besoin de personne. Mais le pire c'est que tu n'as aucune idée de la valeur que représente tout ce que tu fais. Et je ne suis pas persuadée que je pourrais te le faire comprendre un jour. D'une part, parce que je n'en aurait probablement pas le temps, d'autre part parce que je ne sais pas comment faire.
…...


Besoin de personne ? Si ! Besoin de toi.
Tu voulais me remercier ? Me renvoyer l'ascenseur ? Mais tu l'as fait. Sans le savoir, mais tu l'as fait. Et tu continus encore aujourd'hui. Tous les jours je me sert de notre histoire, aussi bien pour moi que pour mes proches.
…....

Depuis un an et demi ta vie tourne autour de moi et ce n'est absolument pas normal. Je ne devrais même plus être là. Tu n'as plus de vie, plus d'amis, plus de loisir tout cela va trop loin. Il faut que ça s'arrête. Tu es en train de gâcher ta vie à cause de moi et je ne peux pas consciemment te laisser faire un truc pareil. Tu as le droit de vivre une vraie adolescence, tu le mérite. Tu en as assez fait, il faut que tu arrêtes. Mais je sais que tu ne seras jamais d'accord avec ça. Il faut que tu sortes de ma vie. Et pour ça il faut que je t'éloignes de moi. Le voyage scolaire ? Tu vas y aller. De gré ou de force mais tu vas y aller. Ça me laissera le temps de réfléchir à la suite. Je crois que je vais partir. Je ne supporterais pas longtemps de te croiser sans te parler, alors le plus simple c'est que je parte. Tu vas m'en vouloir et même me détester, mais tu comprendras dans quelques années que c'était le mieux à faire.
…..

Comment voulais tu que je sois d'accord avec une connerie pareille ? Tu pensais vraiment réussir à te sauver ? Sérieusement ?
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le Lun 11 Mar - 0:04
Deuxième printemps

36/ 16 AVR
Je viens de te dire que tout allait bien, qu'au lycée tout se passait bien et que je me sentais bien. Pour la première fois... je t'ai mentis. Non ! Je n'en suis pas fière. Je ne dors plus et je n'ai rien mangé depuis 4 jours. Cet après midi en cours, je voyais des étoiles. Mais il va falloir en passer par là. Je n'arrive pas à me faire à l'idée que l'on ne se verra plus en dehors du lycée. C'est mon choix je le sais et je sais aussi pourquoi j'ai pris cette décision. Mais ça ne rend pas les choses plus facile pour autant. Ton visage restera figé dans mes souvenirs aussi longtemps que je serais vivante... et peut être même après ...va savoir... Je n'oublierais jamais tout ce que tu as fait pour moi et je ne pourrais jamais te remercier pour ça. Mais toutes les choses ont une fin et il est temps que tu vives. Te dire tout cela en face j'en suis incapable. Je suis lâche ? Oui c'est vrai. Je vais te l'écrire. Je ne peux pas faire plus, je suis désolée, vraiment désolée, sincèrement désolée....

…..

Me l'écrire ? Oui je me souviens. J'ai toujours cette lettre. Et je me met en colère à chaque fois que je tombe dessus.Je crois que c'est l'idée la plus stupide que tu as pu avoir en 4 ans.
…...

37/ 4 MAI
J'ai lu ton texte mais … laisse moi du temps. Tu viens de me planter un pic à glace en plein cœur. Et je suis persuadée qu'il ne t'as pas fallu plus de 10 minutes pour l'écrire. Tout est vrai, tu as entièrement raison. Mais je dois réfléchir. Si je reste avec toi, tout ce qui se passera ensuite va tracer ton futur. Et même si je ne sais pas encore exactement de quelle manière, je ne peux pas me permettre de faire n'importe quoi. Moi je partirais quoi qu'il arrive, mais toi tu dois pouvoir vivre après. Je ne veux pas que notre histoire te détruise. Le médecin veut que j'entame un nouveau traitement mais je ne veux pas et je sais que tu ne l'accepteras pas. Oui il faut qu'on parle, mais parler de quoi ? Pour que l'on se dispute ? Je ne veux pas. Je ne veux pas te voir en colère, je ne veux pas te faire souffrir. Et puis... il y a autre chose mais je ne peux pas l'expliquer. Je ne comprends pas, je ne l'explique pas alors ne me demande pas de l'écrire.

…...

Autre chose ? Peut être la raison pour laquelle je ne voulais pas que tu partes. La raison pour laquelle tu ne voulais pas vraiment partir non plus...
…...

38/ 11 MAI
J’appréhendais cette conversation depuis des jours. Une fois de plus tu as réussie à me faire dire ce que je ne voulais pas te dire. Le traitement ? Je ne voulais pas t'expliquer. Je voulais t'épargner ça, mais il a fallu que tu insistes. Pourquoi tu voulais savoir ? Parce que tu veux comprendre... je sais. Comprendre pour pouvoir m'aider. Maintenant tu me parles d'inventer un langage, c'est du délire. Mais t'es vraiment sérieuse en plus. Ça me ferait presque peur. Depuis l'age de 10 ans je ne parle à personne. Comment veux tu que je fasse ? Exprimer ce que je ressent ? T'es gentille mais moi je ne sais pas comment on fait. Donne moi la notice. Tu veux que j'essaye ? En même temps est ce que j'ai le choix ? Avec toi en face... pas vraiment ! Quand tu dis que tu ne me lâcheras pas, pour toi ce n'est pas juste une phrase. Tant que je ne ferais pas ce que tu me demandes tu continueras d'insister. Et aussi longtemps que je serais vivante tu insisteras... jusqu'à ce que je cède. Têtue ? Ah non ! Pire ! Déterminée je dirais. Mais.... Surtout...ne change jamais.
…..


Je n'ai pas changée. Avec l'age j'ai appris à négocier. Mais négocier ne veut pas dire céder.
…..

39/ 28 MAI
J'y crois pas ! Tu sais ou je suis là ? Mais oui tu le sais puisque tout ce cirque c'est à toi que je le dois. Florence ?.... mais c'est juste un rêve. Et toi tu te rappelais de ça ? Alors que j'ai du t'en parlé une fois, sans même t'expliquer pourquoi. Je sais qu'avec toi il faut que je fasse attention à ce que je dis parce que tu retiens tout, mais là... je suis scotchée. T'es quand même une grande malade.  Avec mon frère en plus... c'est génial. Merci.
Mais tu ne vas pas t'en tirer comme ça. La prochaine fois c'est à mon tour de te surprendre. Et j'ai déjà ma petite idée. Attend que je rentre et tu vas voir...

…...

Je savais que tu rêvais de visiter Florence, alors quand ton frère m'a demandé si j'avais une idée de cadeau pour ton anniversaire, ce voyage m'est apparu comme une évidence.
…..

40/ 31 MAI
Et bien voilà ! J'ai enfin réussie à te surprendre. Avoue que tu ne t'attendais pas à ça. Surtout venant de moi. Moi qui te répète depuis des mois que les mots ont plus de valeur que les objets. Je le pense et c'est la vérité dans la plupart des cas, mais je voulais que tu comprennes l'importance que tu as pour moi. Je voulais que tu possèdes quelque chose qui vienne de moi. Au moins une. Je sais que les bijoux ce n'est pas ton truc. Moi non plus d'ailleurs, mais si il y a une chose dont je ne me sépare jamais c'est ma gourmette qui me vient de mon frère. Alors de la même manière je pense que tu seras attachée à cette chevalière. Et maintenant que j'y pense, c'est bien la première fois que j'offre une bague à quelqu'un. Saches que tout ce que je t'ai dit, je le pensais. Avant de te dire tout ça j'y ai longuement réfléchie et c'est vrai, tu es l'amie la plus fidèle que l'on puisse rêver d'avoir. Et je suis fière d'être ton amie.

Tu aurais du voir ta tête lorsque tu as ouvert la boite... je n'oublierais jamais. Au moins ça t'as fait plaisir c'est l'essentiel.
…......


Plaisir ? C'était bien plus que du plaisir. J'avais très bien compris ce que représentait pour toi le fait d'offrir une bague. Et je savais que ce geste était très important pour toi. Je l'ai gardée très longtemps cette chevalière. Et puis un jour, j'ai rencontrée quelqu'un qui en avait plus besoin que moi. Je me suis dit que si cette chevalière pouvait lui apporter le réconfort, que moi elle m'avait apportée tout au long de ces années, alors sa place était avec elle. Je ne l'ai pas perdue. Tu peux être rassurée elle est très bien là ou elle est. Elle est en sécurité.
…..

41/ 2 JUIN
L'année dernière ont a fêté mon anniversaire ensemble au bord de la mer et c'était génial. Alors cette année je veux aussi le fêter avec toi. C'était la semaine dernière ? Oui et alors ?  Samedi soir je t’emmène. Même si, quand tu vas comprendre ou je veux t'emmener tu vas hurler, mais je m'en moque.
Laisse moi faire ça s'il te plaît. Quand les médecins m'ont expliqué ce qui se passait, je me suis totalement renfermée. J'ai claquée la porte à tout le monde, je ne sortais plus de chez moi et je passais mes soirées et mes week-end à regarder des trucs débiles à la télévision. Je voulais disparaître. Mais depuis que je te connais c'est différent.
« il y a tant d'envies tant de rêves qui naissent d'une vraie souffrance... » ...Ma chance c'est toi.


J'ai eu une chance incroyable que ce soit toi qui rentre dans cette salle le 19 Novembre. La chance que ce soit toi et personne d'autre. C'était le hasard ? Non je ne crois pas. Je ne crois pas au hasard. Rien arrive par hasard. Tout a une explication même si on ne le sait pas toujours tout de suite.
Tu m'as redonné envie d'aller au cinéma, de sortir, de manger au restaurant... Les 3 jours au château m'ont fait comprendre que ma vie ne s'arrêtait pas là, que je pouvais encore faire des choses. Et je voudrais pouvoir le faire avant qu'il soit trop tard. Tu m'accompagnes ? Ben oui qui d'autre ? Et puis seule, c'est nettement moins intéressant.
Et si on partait en vacances ? Ce serait chouette non ? Mais tes parents ? J'oublie que tu n'as pas 18 ans, alors partir en vacances avec moi je ne suis pas sure qu'ils acceptent. C'est vrai que vu de l'extérieur cela peut paraître étrange, mais personnellement ton age ? Si tu savais ce que je m'en moque. Ce qui m'importe c'est ce que tu as dans la tête, pas le chiffre qui est inscrit sur ta carte d'identité. Et ce que tu as dans la tête et bien j'aimerai bien le savoir. Mais je ne suis pas comme toi, moi je ne lis pas à travers. Je n'ai pas ce don. Et c'est bien dommage...

Mais Samedi … resto. Tu vas voir, je suis certaine que ça va te plaire.
…....


1844 francs. C'est le montant de la facture. Non, ce n'est pas la seule chose que j'ai retenue. C'est aussi la première fois ou je t'ai vue dans cette magnifique robe noire .
…....

42/ 3 JUIN
Depuis combien de temps je ne me suis pas habillée pour sortir moi ? Je crois que la dernière fois c'était pour le mariage de mon frère. Mais ce soir j'en avais envie. Et puis je ne mettrais certainement pas cette robe pour faire cours. Résultat elle prend la poussière dans l'armoire. Mais si je veux mettre cette robe il faut aussi que je mette la main sur mes chaussures et là c'est pas gagné. Mes baskets ? Oui je sais où elles sont mais mes chaussures ? Je ne les aies  pas mises depuis au moins 3 ans... remettre la main dessus c'est un peu partir en expédition. Et je ne m'appelle pas Indiana Jones. Mais je vais trouver. Je ne veux plus que tu me vois comme ton professeur. C'est fini ! Je ne t'ai plus en cours mais on est toujours dans le lycée et malheureusement tu restes élève et moi professeur. Mais je ne veux plus. Je voudrais que tu comprennes que pour moi tu es bien plus. Le lycée c'est le lycée, mais au delà de ces grilles c'est différent. Tout est différent. Arrête de te retenir, laisse tomber cet espèce de respect de la hiérarchie. C'est ridicule et on en est plus là. Plus là du tout. Alors regarde moi autrement... simplement... Tu ne m'a jamais traitée comme une malade, tu n'as jamais fait preuve de pitié mais aujourd'hui je veux que tu me vois comme quelqu'un de normal. Tu ne me surveilles pas, tu ne me protèges pas, vie juste l'instant présent.
…..


Pas comme mon professeur, juste comme quelqu'un de normal ? Tu voulais dire quoi exactement ? Comme une femme ? Alors je vais faire court. Avec la robe que tu portais ce soir là j'aurais eu du mal de me tromper.
…..

43/  5 JUIN
Il est 15h et je viens juste d'émerger. J'ai un mal de crane à se fracasser la tête dans un mur. J'ai peut être un peu abusé sur le champagne. Je ne sais même pas comment je suis rentrée chez moi hier soir. Mais ça valait le coup. Ton expression en montant dans la voiture... tu peux me la refaire s'il te plaît ? Tu as enfin compris ? On a rie, on a parlé de plein de choses, c'était génial. Parler de plein de choses mais pour une fois on a pas parlé du lycée. Tu commences à séparer les deux c'est bien. Pour toi le lycée et ta vie privée c'est la même chose mais pour moi non. C'est là ou les choses se compliquent mais je pense que tu commences à comprendre.
Je voulais que tu me regardes autrement et c'est exactement ce que tu as fait, mais je ne m'attendais pas à ça. De quoi je parle ? En fait je n'en sais strictement rien. Et j'ai tellement mal que je n'arrive pas à réfléchir. Je crois que je vais me recoucher c'est plus simple. On se verra demain.
…....


Je t'ai regardé comment ? On peut savoir ? Tu n'en savais vraiment rien ou tu n'osais pas l'écrire ?
…...

44/ 17 JUIN
Je ne pourrais jamais imaginer ce que tu as du vivre ces derniers jours. Un enfer je pense. Tu devais probablement être morte de peur. Je te répète de ne pas t’inquiéter pour moi et tu te retrouves à venir me voir en réa. Et mon frère t'as laissé faire. Pourquoi il t'as laissé rentrer en réa. Ce n'est pas un endroit pour toi. Cela dit, tu aurais été capable de défoncer la porte. Comment tu as pu le supporter ? Tu es venue tous les jours. Tu m'as regardé sur ce lit, branchée à des tuyaux pendant des jours... moi je serais incapable d'en faire autant. Tu as du te poser 200 000 questions sans que personne ne puisse te donner les réponses. Tu as du vivre un enfer. Je suis désolée. Tu ne mérite pas de vivre un truc pareil. C'est trop difficile. Enfin … pour la plupart des gens en tout cas. Malheureusement un jour je ne me réveillerai pas. Tu ne crois pas que tu ferais mieux de te sauver pendant qu'il en est encore temps ? Tu vas me dire que non mais ce serait pourtant probablement beaucoup mieux pour toi.
Ils m'ont expliqué ce qui s'était passé et ils ont du te le dire aussi. Et te connaissant, tu as du t'en vouloir de ne pas avoir été là. Mais tu ne pouvais pas le savoir, tu n'aurais rien pu faire.
La colère, la peur et l'impuissance, ce sont les sentiments que tu détestes le plus. Et je suis persuadée que pendant 8 jours ce sont les seuls que tu as ressentie et je m'en veux pour ça. Je ne pourrais jamais effacer ce qui vient de se passer. Tu n'en a pas conscience mais cette étape restera malheureusement gravée en toi... à vie. Maintenant je vais bien mais je sais que tu n'oublieras pas.... jamais.
…....


C'est vrai ! Je n'ai jamais oublié. Il m'arrive encore de me réveiller en sursaut après un cauchemar. Un cauchemar rythmé par le bruit de ventouse du respirateur. Mais si c'était à refaire... je ne changerais pas une ligne.
Même si depuis cet épisode la hantise de devoir rendre visite à un proche en réa ne m'a jamais quittée. Le seul avantage c'est que lorsqu'il a fallu y retourner pour ton neveu et ta belle sœur je savais à quoi m'attendre. Je savais a quel point ce serait difficile après. Je savais que mes cauchemars allaient revenir.
…..

45/  20 JUIN
Il faut que je sorte d'ici. Je dois retourner au lycée. Je n'ai pas pu leur donner les derniers examens blancs et je dois encore leur donner quelques conseils avant les épreuves. Oui j'ai terminé le programme. Mais ils ne sont pas totalement préparés et je dois absolument parler aux terminales avant le début des épreuves. Retourner en cours va m'épuiser, je devrais rentrer chez moi et me reposer... je sais. Mais rentrer chez moi pour faire quoi ? Tourner en rond ? Déprimer ?  Je ne veux pas faire cours, je veux juste les voir et leur parler. Ce n'est pas ça qui va me fatiguer. Je ne veux pas d'arrêt maladie. Au pire, il finira en classement vertical.

….

Une année scolaire qui se termine. Une de plus. Cette année à défilée à toute vitesse. Il y a eu des moments difficiles mais tellement de moments magiques. Le dernier en date ? Cette semaine. Comment tu as réussi à faire un truc pareil ? Tu me dis que tu n'y es pour rien mais je sais que c'est faux. Tu ne l'a peut être pas organisé. Ça je veux bien te croire puisque tu étais avec moi, mais l'idée vient de toi je le sais. Tu sais combien de profs seraient prêts à payer pour vivre un seul moment comme celui ci dans toute leur carrière ? Lorsque j'ai ouvert la porte et que je les ai vus tous debout devant moi, je n'ai pas compris tout de suite. Mais quand ils sont montés sur les tables, alors là.... et puis... le coup de grâce « Oh capitaine, mon capitaine ! ». En fait tu voulais juste me faire pleurer, c'est ça ? Et bien c'est réussi. Tu sais très bien que les bibelots, les objets attrape poussière ce n'est pas mon truc. Mais ce ballon, lui, il va aller bien sagement sur une étagère. Il ira avec mes trophées parce que pour moi c'est un trophée. Merci, merci pour tout ce que tu fais.
…..

Tu ne croyais pas si bien dire. Ce ballon va retrouver tes médailles et tes trophées très prochainement. Dès que ton frère aura déménagé.
…..
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Lun 11 Mar - 0:11
Deuxième été

46/  5 JUIL
Demain soir c'est les vacances et je pars Vendredi, en Espagne avec mon frère. Mais tu le sais déjà. D'ailleurs il faudrait peut être que je songe à préparer ma valise. D'autant plus que je dois garder un peu de place pour emmener mes cours. Mon frère va me tuer quand il va s’apercevoir que j'ai emmené mes classeurs de cours en vacances mais si je les emmènes ce n'est pas pour les cours. C'est pour pouvoir continuer d'écrire. C'est devenu une habitude. Je ne peux pas te parler, c'est simple je t'écrie. Et rien que de savoir que je ne vais pas te voir pendant au minimum 1 mois et demi... j'en suis malade. Pourquoi d'ailleurs ? Je devrais être contente. Tu vas enfin profiter de ta famille et faire autre chose que de surveiller comment je dors et compter mon rythme cardiaque. Pour toi c'est très bien c'est juste à moi que ça ne convient pas. Je me suis habituée à t'avoir près de moi presque tous les jours. A l'exception de la semaine où j'étais dans le coma il ne s'est pas écoulé plus de 36h sans que l'on se parle depuis 8 mois. Et là... du jour au lendemain, plus rien ? On se téléphone dans 8 jours ? Je vais faire quoi sans toi moi ? Cela dit, je ne suis pas encore partie, il reste encore demain et je compte bien en profiter. Demain c'est toi et moi. Et juste toi et moi,  on ira pas en cours.

…....

Séparée de toi pendant un mois de demi ne me convenait pas vraiment non plus. Pas du tout même. Mais ce n'était pas vraiment un choix.
…...

47/ 6 JUIL
Je viens de rentrer chez moi. Je t'ai planté sur le trottoir sans même me retourner. Je ne voulais pas que tu vois mes larmes coulées. Je n'avais aucune envie de partir, mais je crois que tu l'a compris. La douleur je connais, mais là... c'est différent. Différent, mais ça fait tout aussi mal. Heureusement que je pars dans deux jours avec mon frère parce que en toute honnêteté je ne me donne pas 3 jours avant de faire une dépression. Ne me demande pas ce qui me met dans cet état là je n'en ai aucune idée. Je ne suis pas malade, physiquement je vais bien et pourtant... ça ne va pas du tout.


«  Je voulais simplement te dire, que ton visage et ton sourire resteront près de moi sur mon chemin... »

…...

«  Pour toi, pour toi
pour oublier tout mes problèmes, souvent à toi je me suis confiée
Pour toi , pour toi
j’écris ma vie sur du papier, mon cœur sert toujours d'encrier
Pour toi, pour toi
je sais que chacun de nos regards restera figé dans nos mémoires
Pour toi, pour toi
J'ai tout donné de moi ce soir, espérant qu'on va se revoir
Mais faut dire... bye bye, bye bye
bye bye, bye bye....

Pour toi, pour toi
pour chaque geste de ta main, c'est une larme que je retiens
Pour toi, pour toi
pour la tendresse que me crie ton cœur, j'irais jusqu'à demain
Pour toi, pour toi,
pour une larme ou un sourire de toi, j'offrirais tout de moi
pour toi , pour toi
pour entendre ta voix encore une fois, je ferais n'importe quoi
Mais faut dire... bye bye, bye bye
bye bye, bye bye.... »
….....


Je connais cette chanson mais les paroles ? Ce n'est pas l'original, c'est tes mots. Mais il faut que tu saches que j'aurai pu les écrire aussi...
…...


48/ 10 JUILL
Tu me manques... à un point que tu es loin d'imaginer. Ce qui n'est absolument pas normal d'ailleurs.

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »... je confirme.


«  quoi que je fasse, ou que je sois, rien ne t'efface, je pense à toi »


Ne pose pas de questions je ne connais pas les réponses. Et j'ai assez de mon frère pour m'en poser. D'accord je n'ai rien avalé depuis 2 jours mais je vais bien. Je n'ai pas faim c'est tout. Il en fait toute une montagne mais je ne vais pas dépérir non plus, n’exagérons pas.
…....


Je te manquais au point que tu trouves ça anormal. Tu ne mangeais rien mais tu n'étais pas malade. Avec le recul, je crois que je peux t'aider. Tu étais juste en train de tomber amoureuse. Si si ! Je t'assures. Et non je ne me moque pas. Je serais très mal placée.
…..


49/ 15 JUILL
Je viens de raccrocher le téléphone et je me suis mise à pleurer. Mon frère n'a rien compris. Il a même cru que l'on s'était disputées. Mais non pas du tout. C'est juste que...je sais pas. Je ne sais pas ce que c'est. La seule chose qui me console c'est que toi tu t'amuses.

…....

Ce que c'est ? Et bien je viens de te le dire. Mais... tu avais déjà été amoureuse avant notre rencontre ? Je demande parce que les symptômes sont quand même flagrants.
…...

50/ 20 JUILL
J'ai l'impression de ne vivre qu'à moitié et je ne te caches pas que c'est franchement désagréable. Il y a plein de choses que je voudrais faire avec toi et là, j'ai l'impression que l'on perd du temps. Il y a encore plein de choses dont il faut que l'on parle.  Mais moi du temps je n'en ai pas tant que ça. Concrètement je joue déjà dans les prolongations. Tu rentres quand ? Il va rester quelques jours avant la rentrée alors je t'emmène. Tes parents ? Oui je sais c'est le seul problème. Mais je suis certaine que tu vas trouver. Au pire, dit leur la vérité, on verra bien ce qui se passe. Tu ne vas pas leur mentir éternellement de toute façon. Et puis tu vas bientôt avoir 18 ans. Ce qui, en passant, va simplifier certaines choses.

…...

Les vacances ? En fin de compte tu avais prévu ton coup depuis longtemps à ce que je vois.
…..

51 /  1er AOUT
Le mois de juillet est enfin terminé. Mais il reste encore plus d'un mois de vacances. Toi tu vas retourner au château....je t’envie. Moi, il faut que je prépare mes cours mais je n'ai aucune motivation, vraiment aucune.

…....

Alors là, je suis sur le cul. Pas motivée pour préparer tes cours ? Tu m'expliques ?
….

52/  10 AOUT
Je devais commencer à préparer mes cours. Et au lieu de ça j'ai fait quoi ? J'ai regardé Top Gun. J'ai pleuré comme un bébé... évidemment. A la mort de Goose ? Ah oui ! Mais je pleurais déjà bien avant. Il ne s'était pas écoulé 30 minutes de film que je pleurais déjà. Pourquoi ? Tu te rappelles quand ils se croisent dans l'ascenseur après le dîner ? Sur le dos, elle a un tee shirt blanc et un blouson de cuir.... comme toi....

«  Il aurait volé de toute façon. Même sans toi. La mort dans l'âme mais il l'aurait fait »

Toi aussi, un jour où l'autre, tu devras continuer de voler sans moi. Et je ne sais pas de quelle manière je peux te préparer à ça. Je ne sais même pas si c'est possible.

« Bon ou mauvais il faut tirer partie de tout. Il faut que ça puisse servir de leçon »

Je sais que ce sera difficile mais surtout ne plaque pas. Il faudra que tu réengages le combat. Le meilleur pilote on ne le laisse pas au sol. Quoi qu'il arrive, on le renvoi combattre.
…....



La vie ne fait pas de cadeau, tu avais raison. Mais je n'ai jamais plaqué. Engager le combat ? J'ai appris à le faire.
…...

53/  26 AOUT
C'est quoi cette histoire d'assurance ? Mon frère et toi, vous vous foutez de moi tous les deux. Je ne suis pas stupide à ce point. Conduite accompagnée c'est bien cela ? Et si je comprends bien, mon frère t'as assurée sur ma voiture. Je ne vais même pas demandé pour quelle raison. Je sais ce que tu as dans la tête. Le traitement ? Je ne sais pas. On en reparlera mais pas maintenant. Mais dit moi depuis combien de temps tu prévois ton coup ? Parce que la conduite ne se valide pas en 8 jours. Comme d'habitude tu penses 6 mois plus loin. Moi j'ai du mal à réfléchir jusqu'à demain, toi tu penses à dans 6 mois, normal... logique... je ne cherche plus à comprendre.

…...

Il fallait bien que l'une de nous deux réfléchisse un peu plus loin. Et puis au final j'ai eu raison de le faire, ne me dit pas le contraire.
…..

54/  29 AOUT
Je sais que tu voudrais savoir ou je t'emmène, mais je ne te le dirais pas. Je veux te faire la surprise. Je sais que c'est bizarre mais je suis très contente de partir quelques jours avec toi. J'y pense depuis 3 semaines. Je devrais même dire que je ne pense qu'à ça depuis 3 semaines. J'ai envie de voir l'océan, de manger une glace sur la plage, de manger un plateau de fruits de mer... on pourrait faire un basket aussi. Tu dis que tu es nulle mais ce n'est pas grave c'est juste pour s'amuser.
…..

Mon sac est prêt. Oui j'ai préparé mes médicaments. J'ai même rangé et nettoyé la voiture. Si si je te jure. En même temps je tourne en rond depuis 3 semaines alors j'avais largement le temps. Je suis debout depuis 4h du matin, je n'arrivais plus à dormir alors je me suis levée. Je te récupère dans 1h et je suis vraiment impatiente de te revoir. Je suis certaine que ces quelques jours vont être super.... Allez j'y vais. Se serait quand même dommage d'être en retard.
….....


Excellente idée ces vacances. De magnifiques souvenirs. Et oui je suis nulle au basket ; Demande à ton neveu il te le confirmera.
…....

55/ 3 SEPT
Je savais que l'on passerai de bonnes vacances mais c'était bien au delà de mes espérances. J'ai adoré ces quelques jours passés à tes cotés. Je crois que je n'ai pas aussi bien dormi depuis des mois. Pas de cauchemar, enfin en paix. Tu n'imagines pas le bien que ça fait de pouvoir se coucher sans avoir peur de s'endormir. A croire qu'il n'y a que dans tes bras que je me sente bien. Ce qui n'a aucun sens. Merci d'avoir partagé ces merveilleux moments avec moi. Ce sont des souvenirs en plus que j'emporterai avec moi.
Je garderai en souvenir chacun de tes mots, chacun de tes gestes, chaque regard, chaque sourire... Un jour on me prendra la vie, mais mes souvenirs, personne ne me les prendra.


« Quand la folie m’envahit, je ne peux plus lutter
je vois ma vie défilée sans pouvoir l'arrêter
mais dans tes yeux, j'oublie ceux qui m'ont toujours trahie 
de voir tes larmes coulées, c'est mon cœur qui va se déchirer...
Alors je me laisse dériver, isolée ou prisonnier
devant les dangers de la vie, j'ai peur de tout j'ai peur de nous
Et si j'aime autant m'évader, si je passe mon temps à rêver
m' imaginer une autre vie, et oui tout ça c'est grâce à toi
Personne ne comprend ce bonheur car personne connaît la chaleur, celle de ton cœur, celle du bonheur»


dans tes yeux, j'oublie tout....


« Et je cours, je me raccroche à la vie, je me saoule avec ta voix … et tes mots, qui m'entourent... »

…....

Dans tes yeux ? C'est sur l'album « Notre monde à nous » ; C'est toi qui m'a fait découvrir cette chanson. Mais tu as encore modifier les paroles... comme d'habitude.....
…...
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le Lun 11 Mar - 0:15
nuit décalée

Il est 9h du matin. On est épuisés et je crois qu'il est vraiment temps d'aller se coucher. A 14h on doit aller voir P'tit loup au centre de rééducation, alors il faudrait vraiment que l'on se repose un peu.

On est à la fin de la deuxième année et donc au milieu de notre histoire. Mais même si nous brûlons d'impatience de lire la suite, il va falloir attendre un petit peu.
On a déjà tapé une quarantaine de pages et je suis certaine qu'il en reste autant, voir plus. En 24h on vient de lire et de revivre deux ans de ta vie. Un bond en arrière doux et violent à la fois.Chacun de tes textes me renvoie à un instant précis de ma propre vie. Lire tout ça aujourd'hui, c'est passé d'une émotion à l'autre, d'un paragraphe à l'autre. J'en arrive même à ne plus savoir si je dois rire ou pleurer. Mais ce sont tes mots, et par extension tes phrases, avec tes sourires et tes intonations de voix. Tes mots qui sont bel et bien devenus les miens. Tu écrivais comme tu parlais et à force de t'écouter j'ai fini par parler avec tes mots à toi. Maintenant c'est plus que flagrant.

Pour certains de tes textes, pour comprendre de quoi tu parlais exactement, j'ai du rouvrir mon propre livre. Et c'est en faisant cela que je me suis aperçue d'une chose. Tout ce que toi tu as écrit c'est exactement la partie manquante du livre. Comme un puzzle dans lequel il manque des pièces. Il suffit de prendre chacun de tes textes un par un, de le placer au bon endroit et l'image se révèle peu à peu.
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le Ven 15 Mar - 12:38
4. REVELATIONS

Un pied devant l'autre


P'tit loup va bien. Lundi c'est une nouvelle étape qui l'attend. Il va commencer à travailler aux barres. Il appréhende mais il est content. Il va enfin pouvoir commencer à marcher. Ou plus exactement réapprendre à mettre un pied devant l'autre.

Moi j'ai repris le boulot et contrairement à ton neveu moi je peux marcher normalement. Pourtant, comme lui, j'essaye de mettre un pied devant l'autre. Plus, j'en suis incapable. Ne me demande pas de réfléchir ou de me battre j'en suis incapable. Je déteste que l'on me fasse faire des choses qui me semblent illogiques. Mais là... j’exécute sans discuter. Je fonctionne comme une machine, comme un robot. Pourquoi ? Parce que mon esprit est ailleurs. Quelque part entre deux pages.

En principe j'utilise mon travail comme un échappatoire. Douze heures de répit pour mon cerveau. Mais en ce moment c'est compliqué. On a trop de travail et pas assez de personnel, ce qui a pour effet de mettre tout le monde à cran et d'engendrer une ambiance détestable. J'aime mon travail mais en ce moment je suis bien contente lorsque la journée arrive à sa fin.

J'ai dit à ton frère de continuer à taper tes textes sans moi. Alors tous les soirs je récupère par mail deux ou trois de tes textes. C'est plus ou moins devenu mon feuilleton du soir. Et tous les jours c'est la surprise. Joyeux ou triste ? Optimiste ou pessimiste ? Explicatif ou révélateur ? Il y a de tout. On avance doucement parce que certains de tes textes sont difficiles à lire, difficiles à encaisser et difficiles à accepter. Mais on avance un pas après l'autre.  Chaque jour on fait un pas de plus. Un pas de plus vers la fin.
Et c'est un problème. Pour moi c'est un problème. Lire l'un de tes textes tous les soirs c'est t'écouter tous les jours. Mais il arrivera forcément un moment où il n'y aura plus de texte. A un moment ou a un autre on écrira le dernier. Il n'y aura rien après. Il n'y en aura plus jamais d'autres.
C'est déjà inespéré d'être tombé la dessus après si longtemps que je devrais m'estimer heureuse. Je le suis, mais ce n'est pas plus facile d'accepter pour autant.
Mais on est encore loin de la fin ? C'est exact ! Ton frère m'a envoyé toute la troisième année par mail jour après jour.
Tu veux savoir ce qu'il y avait dedans ? Et bien je te laisses le découvrir....
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le Ven 15 Mar - 12:49
Retour vers la troisième année

56/ 6 SEPT
Demain c'est la rentrée, pour moi. J'ai hâte de reprendre le lycée. De retrouver nos petites habitudes, de manger avec toi tous les midis, comme avant. Et puis tu vas avoir 18 ans alors à partir de maintenant il est hors de question que je me cache  pour passer du temps avec toi. Je me fou que les élèves ou mes collègues le voit. Tu n'es plus mon élève alors je vois qui je veux en dehors du lycée. Je sais que je vais m'attirer les foudres de certains, voir alimenter certaines rumeurs mais je m'en moque. Si ils n'ont que ça a faire. Moi je n'ai pas le temps de me préoccuper de ce que pense les autres. Alors ce sera toi et moi, un point c'est tout. Au pire, ils auront de quoi alimenter leurs conversations pendant quelques semaines... et après ?  J'en ai marre de faire attention à ce que je fais ou à ce que je dis sous prétexte qu'on est sur le parking du lycée. J'ai l'impression de te mentir, c'est frustrant et je ne le supporte plus.  Oui je passe l'intégralité de mon temps libre avec toi et j'en suis fière. Si ça leur pose un problème et bien tant pis.


« De toi à moi en passant pas nous ça ne les regarde pas »
…....


On peut dire que tu commençais bien l'année. Je ne sais pas quel effet a eu sur toi nos vacances, mais... déterminé ton discours. Pour ne pas dire violent. Tu avais quoi dans la tête pour écrire ça ?
…....

57/ 8 SEPT
Déjà une journée de passée. C'était sympa de manger tous ensemble ce midi on devrait le faire plus souvent. Manger avec des élèves ce n'est pas interdit que je sache. Ce n'est pas comme si je les mettait dans mon lit. Et voilà l'autre raison pour laquelle je ne peux plus t'avoir comme élève. J'imagine le scandale d'ici. Mais honnêtement ? Ça m'est égal. Ils pourront parler longtemps... je serais morte avant. Je sais que tu ne voulais pas prendre le volant justement pour restée discrète. Mais maintenant ou dans 3 mois quelle différence ? Demain c'est ton anniversaire, tu seras majeure donc... tu fais ce que tu veux avec qui tu veux. Et je t'avoues que oui, d'un coté je suis soulagée. Parce que, dormir dans ton lit en vacances au bord de la mer, ne me pose aucun problème, mais chez tes parents... je voudrais éviter de me retrouver devant un tribunal. Au moins maintenant, la dessus, on est tranquilles. Je sais que toi tu ne t'ai jamais posé la question, ce n'était pas un problème. Mais ce n'était pas à toi de te la poser, c'était à moi de le faire. Et si, bien sur que j'y ai souvent réfléchie et je sais que raisonnablement c'était une très mauvaise idée. C'était même la dernière chose à faire. Si mon frère n'est toujours pas au courant ce n'est pas un hasard. Mais je crois qu'il y a des choses contre lesquelles il ne sert à rien de lutter.


Et en parlant de lutter il va falloir que je te dises quelque chose, et rapidement. J' ai appelé l’hôpital, je recommence le traitement à partir de mercredi. Voilà pourquoi il va falloir que tu prennes le volant. C'était déjà horrible la dernière fois, ce sera pire cette fois ci. Je le sais, ils m'ont prévenu. Mais je ne te laisserai pas. Je ne veux pas mourir. Pas maintenant. Je veux revoir le château, repartir en vacances, revoir l'océan... et pour faire tout cela j'ai besoin de temps.  Alors on va se battre pendant 2 mois et ensuite on repartira. Je vais être malade comme un chien mais je sais que tu seras là, alors on y arrivera. Mais je vais vraiment avoir besoin de toi parce que je ne sais pas ce qui va se passer. Ce traitement va m'épuiser, je ne serais peut être même plus capable de marcher. Quand aux effets secondaires alors là... choisie... la liste fait 2 pages. Depuis le début tu as tout gérer alors je sais que tu y arriveras. Si t'es capable de le supporter à 18 ans je peux le supporter à 26.
Alors on y retourne …


En revanche il y a une chose importante dont il va falloir que l'on parle. Je ne veux pas finir au rayon fruits et légumes. Mais comment je vais t'expliquer ça ? Est ce que j'ai le droit de te demander ça ? Mais... a qui d'autre ? Tu en as déjà fait tellement....
….....


Ah ! Ben disons que là je te retrouves. L'esprit de combattant, peur de rien ni personne. Voilà, on y est. Et rien ne pouvait me faire plus plaisir.
Quand au rayon fruits et légumes je vois très bien de quoi tu parles. Cette expression me suit depuis le jour ou tu  l'a prononcée pour la première fois. D'ailleurs, ce jour là je ne l'ai pas comprise. Mais aujourd'hui... je sais que malgré le coté morbide de cette expression tu avais cent fois raison.
…...


58/ 14 SEPT
Je n'avais pas le courage de rentrer chez moi. Je vais dormir à l’hôtel ce soir. Je suis crevée, je vois flou, je ne vais pas faire 45 kilomètres comme ça. Pourquoi je ne t'ai rien dit ? Parce que rester chez tes parents c'est impossible. Et puis je vais me coucher et demain j'irais beaucoup mieux. De toute façon ici ou chez moi il n'y a pas de différence. Au contraire je peux dormir plus longtemps demain matin.
…...



Sauf que ce jour là tu m'as mentis. Tu étais censée rentrer chez toi. Il valait sans doute mieux que tu dormes à l’hôtel, je suis d'accord. Mais ce qui aurait été encore mieux c'est que tu me le dises.
…...


59/  29  SEPT
Je n'ai pas dormi de la nuit. Une horreur. Heureusement que depuis 3 semaines je dors à l’hôtel le mercredi parce que je serais incapable de conduire. Non je ne t'ai rien dit. Tu ne vas pas en plus me surveiller et t'occuper de moi la nuit. Je pars de chez toi je fais 10 kilomètres et je me recouche. Ça va aller. On est à la moitié du traitement je vais y arriver. Oui je préférerais que tu sois là mais tu ne vas pas passer des nuits blanches et aller en cours le lendemain, à cause de moi.
…....

Il est 2h du matin... et je ne me sent vraiment pas bien. J'en peut plus de vomir. Il faut que ça s'arrête. En prime, à cause des médocs je n'arrête pas de pleurer, ce qui bien sur me donne mal au crane. Je n'arrive pas à mettre mes lentilles donc je vois que dalle mais à part ça tout va bien. Une fois que j'arrête de me plaindre tout va bien. Je voudrais t'appeler mais... il est 2h du mat' et je ne suis pas certaine que tes parents apprécient la blague.
Quand je me regarde dans le miroir je me fais peur toute seule et ce n'est pas très rassurant. Si je perds connaissance ici, personne ne me ramassera. Personne ne sait que je suis là, ni toi ni mon frère. Ce n'est pas malin ? Oui je sais. Mais si je vous le dit vous allez débarquer. Et puis seule dans mon appartement ou seule ici je suis peut être mieux ici, c'est plus près.

…....


Quand je lit ça j'ai juste envie de t'étriper. Pourquoi tu ne m'a pas demandé de rester avec toi à ce moment là? Mes parents ? On aurait pu s'arranger. Déjà les après midi c'était une horreur alors je veux bien croire que tu dormais mal la nuit. Sauf qu'évidemment les mercredis après midi tu t'en a aucun souvenir. Ce qui n'est pas mon cas. Je voudrais pouvoir effacer certains passages de ma mémoire, mais c'est malheureusement impossible. Si je les ais appelés les mercredis en enfer, ce n'est pas pour rien.
….

60 / 5 OCT
Je crois que j'ai eu chaud sur ce coup là. La gare ou chez mon frère ? Bah,  la gare c'est bien. Je peux aller à l’hôtel à pied. Je sais que je ne suis pas en état de conduire mais ce n'était pas mon intention. Je dors à l' hôtel comme tous les mercredi. Mais... je ne te l'ai toujours pas dit.

Je ne me souviens de rien c'est horrible. Il y a un blanc entre le moment ou l'on est partie de l’hôpital et celui ou tu as refusé de me donner les clés de la voiture. Qu'est ce qui s'est passé ? Qu'est ce que je t'ai fait ? J'ai mal partout, j'ai même des bleus et je ne sais pas d'où ils sortent. Et je sais très bien que ce n'est pas toi qui m'a donné des coups. En général les coups je me les donnent toute seule. Toi tu serais plutôt du genre à les éviter.
Il faut vraiment que l'on en finisse parce que je ne vais pas le supporter longtemps. Ce traitement me fait peur. Si je m'endors et que je ne me réveille pas ? Et si je perdais la mémoire complètement ? Peut être que la semaine prochaine je ne te reconnaîtrais pas.

….....

Tu avais mal partout ? Je veux bien te croire. Les bleus ? Effectivement ce n'est pas moi mais je sais d'où ils viennent. Le jour où je réussirai à mettre des mots sur la partie manquante de ta mémoire, je comblerais les blancs. Je t'expliquerai mais ...laisse moi un peu de temps.
…....


61/ 15 OCT
C'était une super idée la pizzeria et le ciné tous ensemble. J'ai passée une excellente après midi et je n'avais même pas envie de rentrer. Pourtant je suis crevée et j'ai un match demain matin mais je n'avais pas envie de rentrer. Et puis j'en ai marre de te déposer sur un parking ou sur un trottoir. L'avantage des vacances c'est que je te jette nulle part, on rentre au même endroit. On repart quand ?

…...

Moi aussi j'appréciais nos vacances ensembles. Et à l'époque on avait la chance d'avoir douze semaines de vacances par an. Ce qui n'est plus mon cas aujourd'hui.
…...

62/ 19 OCT
Cette soirée t'as probablement coûté une petite fortune. T'es complètement folle. La raison pour laquelle tu voulais travailler cet été c'était celle là ? Tu avais tout calculer en fait. Surprise ? Non. Venant de toi ça ne m'étonne pas. Je commence à avoir une vague idée de ce dont tu es capable. Juste parce que je t'ai dit un jour que je rêvais de voir un match de NBA ? Tu comptes réaliser tout mes rêve ? A bien y réfléchir... on dirait que oui.

J'ai mal au crane à en vomir mais... au moins pour le coup il a une raison d'être. Cette salle, cette ambiance, c'était vraiment génial. Le basket c'est pas ta passion, c'est la mienne. C'est toute ma vie. Et quand j'ai réalisé que tu as cherché, réservé et payé les places juste pour moi... mais comment veux tu que je réagisse ? Tu l' as fait juste pour me faire plaisir à moi, je le sais. T'es complètement cinglée. Mais t'es géniale. Personne n'a jamais fait ce genre de choses pour moi. Alors crois moi quand je te dis que cela me va droit au cœur. Et en disant droit au cœur, je pense que ce n'est pas une métaphore. Le jour où tu m'as ramassée c'est une flèche en plein cœur que tu m'as plantée, sans même le savoir.

…...

L'essentiel pour moi à ce moment là c'était de te voir heureuse ; Je savais que ce match était l'un de tes rêves alors si je pouvais contribuer à le réaliser et bien tant mieux.Depuis quatre mois j'organisais cette soirée et ce soir là...Oui j'étais fière de moi. Fière parce que j'ai eu ce que je voulais.

Une flèche en plein cœur ? Qu'est ce que tu veux dire ? Dit de cette manière, la seule chose que ça m'évoque c'est la flèche de Cupidon. Tu m'expliques ?
…..


63/ 21 OCT
C'est bizarre ! Quand Jeremy dormait chez moi je le virait à 4h du matin parce que je ne supportais pas de l'avoir dans mes pattes le matin. Me souler avec des questions stupides dès le matin, je ne supportes pas. L'avantage avec toi, c'est que le matin tu ne risques pas de souler qui que ce soit. Tant que tu n'as pas avalé ton café tu ne décroches pas un mot. Je trouve ça drôle d'ailleurs. Tu vas me dire que ce n'est pas la première fois. C'est vrai. Mais en vacances rien ne presse, pas de réveil, pas d'horaire à respecter. Mais hier ?? Tu peux m'expliquer? J'ai toujours vécue seule et je sais que je suis une emmerdeuse avec mes habitudes à la con. Mais toi ça ne te déranges pas ? Tu t'effaces, tu t'adaptes sans même te poser une seule question, ni même dire quoi que ce soit. T'es comme les caméléons en fait. Tu t'adaptes à l’environnement. Avec Jeremy on finissait toujours par s'engueuler et je me suis souvent dit que ça ne venait de moi, et que je ne serais jamais capable de vivre en couple mais finalement j'avais peut être tort. Me réveiller à tes cotés, préparer nos affaires comme deux étudiantes et partir bosser ensembles … c'est plutôt chouette en fait.
…...


Oui c'était chouette. Tes habitudes à la con ? Tu parles du fait que tu passais quatre fois dans la salle de bain parce que tu étais incapable de tout faire en une fois ? Ça me faisait rire en fait. Quand à mon café du matin je te rassures je n'ai pas changée. Si par malheur je n'ai pas eu le temps de boire mon café avant d'aller bosser mes collègues savent qu'il va vite falloir trouver un distributeur. Sinon, ce n'est même pas la peine de me parler.
….
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Jeu 21 Mar - 23:10
Troisième automne

64/  22 OCT
Ta prof de Français commence à m’énerver passablement. Je garde mon calme parce que je ne veux pas qu'elle se venge sur toi mais si elle continue je vais lui rentrer dedans. Elle n'a pas de vie qu'elle s'amuse à espionner la notre ? En quoi ça la regarde ce que je fais avec toi le mercredi ? Tout le monde sait que l'on arrive ensemble et que l'on repart ensemble. Tout le monde s'en moque... sauf elle. Certains pensent que je passe devant chez toi en venant travailler, d'autres pensent que l'on se connaît depuis bien avant le lycée, et le reste se rappelle avoir entendu que tu étais ma demie sœur et je n'ai contredit personne. Mais elle, je ne sais pas ce qu'elle cherche. Ses élèves la déteste, moi ce n'est pas mon cas, mais on a pas non plus la même conception de l'enseignement. Elle est jalouse ou quoi ? Sauf qu'à mettre son nez partout je vais finir par avoir des ennuis. Si elle sait ce que je fais tous les mercredi et qu'elle balance, je suis bonne pour la médecine du travail. Et là je vais avoir un problème. C'est mon frère qui s'occupe de tout ça et il s'arrange pour planquer une partie de mon dossier médical. Et jusqu'ici tout fonctionne très bien, alors qu'elle ne vienne pas foutre sa merde.

Et mon dossier médical ce n'est pas le pire. Je sais à quoi elle pense mais si j’entends un mot sur le sujet je l'accroche au mur. On est bientôt en vacances et j'espère que ça va la calmer. Qu'elle nous oublie ce serait bien.
Et en parlant de vacances, je crois qu'on a du boulot parce que tu n'as pas travaillée beaucoup ces dernières semaines.

…..

Ma chère prof de Français. Elle nous aura bien pourrie la vie celle là. Et mon petit doigt me dit que je ne sais pas tout. Je suis bien curieuse de découvrir ce qu'elle t'a fait. Même si je pense que ça va m'énerver.
…....

65/  24 OCT
Au moins maintenant tu comprends d'où sort cette phrase de Baudelaire. J'adore ce film. Parce que le sujet porte en partie sur l'enseignement ? Oui en partie. T'avais raison en disant que j'aurais bien aimé passer l'agrégation mais malheureusement je n'ai pas le temps nécessaire devant moi. Je me suis faite une raison, le poste que j'occupe aujourd'hui me convient très bien.  Oui ce film est un peu ce que j'aurai voulu faire de ma vie mais ce n'est pas la seule raison. Ce que j'aime c'est leur histoire. Ce mec sorti de nulle part avec qui elle n'a aucun point commun.... et pourtant, il va lui apprendre énormément de choses. Sur elle même, sur la vie. Et finalement, si elle obtient son diplôme c'est grâce à lui. Cette rencontre dans le métro par hasard ( pas sure) provoque son destin. C'est comme si elle était piégée, elle ne peut pas lui échapper. Comme si c'était écrit quelque part. J'adore le concept.
….....


Le film dont tu parles c'est L'étudiante. Et je sais que les passages du film que tu préferais dans ce film c'est celui ou Ned compose son thème au téléphone et la scène finale, celle de l'examen. Celle ou elle dit : « C'est l'union de ces deux êtres si imparfaits et si affreux ». Oui je connais le film par cœur jusqu'à la réplique de Ned au restaurant. La tirade qu'il lui sort juste pour lui prouver qu'il sait finir une phrase. Et bien oui je la connaît par cœur.
…...

66/ 25 OCT
Et voilà c'est repartie ! Demain il faut retourner à l’hôpital. Les manèges ce n'est pas un problème mais je ne sais pas ce que va nous dire le professeur. Je me sent bien, mais j'ai peur qu'il nous dise que le traitement n'a pas fonctionné.  Tu veux tellement que ça marche, j'ai peur que tu sois déçue. Je ne veux pas te voir triste. Je sais que depuis 2 ans tu as beaucoup souffert par ma faute et il serait temps que la chance tourne. J'en ai marre de t'obliger a passer tes journées à l’hôpital avec moi. Tu vas me dire que je ne t'obliges à rien mais j'ai la sensation du contraire. Moi j'ai envie de vivre autre chose. Tu mérites de vivre autre chose. De vivre normalement. Malheureusement je ne suis pas certaine de pouvoir t'apporter cette vie là. Et je le regrette sincèrement, tu peux me croire.
Mais toi ? Comment tu vois ta vie ? Qu'est ce que tu voudrais en faire ? Comment tu l'imagines ? Je ne suis même pas certaine que tu te sois posée la question. A force de te répéter qu'il faut profiter de l'instant présent, je crois que tu n'as jamais pris 5 minutes pour réfléchir à ton propre avenir. Il serait peut être temps de le faire...

…...

C'est vrai je n'avais pas pris le temps de le faire. Ce que je voulais faire de ma vie ? Je n'en avais aucune idée. Comment je l'imaginais ? Aucune idée non plus. Mais je peux te dire ce que je n'imaginais pas. A savoir, passer ma vie sans toi.
…....

67/ 23 NOV
Finalement, elle ne s'est pas si mal passée que cela cette consultation. Un jour tu vas finir à l'étage d'en dessous, à force de creuser le sol, mais ce n'est qu'un détail. J'ai encore du mal à réaliser ce qu'il nous a dit. 6 mois ? 6 mois de plus ? Au minimum ? Ça signifie Noël, les vacances de pâques et peut être les vacances d'été. Je ne voulais pas de ce traitement mais... merci d'avoir insisté. 6 mois ce n'est peut être pas grand chose mais c'est assez pour pouvoir partir en vacances, retourner au château, aller au cinéma, manger une pizza, faire une partie de bowling... On va avoir un planning chargé.
Mais l'opération ? Je ne sais pas. Est ce que cela en vaut vraiment le coup ? Les risques sont monstrueux. Vivante ? Oui peut être mais dans quel état ? Il faut vraiment qu'on parle.

…...
Parler ? Pour me dire que tu ne voulais pas des fruits et légumes ? Je me souviens très bien de cette conversation. Et même si pour moi c'est l'une des choses les plus difficiles que j'ai entendue, tu as bien fait.
…....

68/ 29 NOV
Alors c'est à ça que ressemble une vie normale ? Depuis la consultation la semaine dernière, je te trouves plus calme, plus détendue.Tu as enfin compris que ce n'était pas la peine de t’inquiéter pour moi ?  Ou plutôt... tu le montres moins, c'est déjà pas mal. Et c'est bien. Parce qu'il faut vraiment que tu relâches la pression. Moi j'ai des migraines en permanence, mais c'est ton cerveau qui va finir par exploser. Maintenant on va peut être pouvoir parler d'autre chose que d’hôpital et de traitement, parce que je t'avoues que j'en ai un peu marre. Depuis le début tu es là pour moi et je me suis beaucoup attachée à toi. Un peu trop peut être. Mais la question c'est qu'est ce que tu veux toi ? Mais je ne suis même pas sure que tu connaisses la réponse. Oui, pour connaître la réponse il faudrait déjà que tu te poses la question. Et ça je crois que ce n'est pas pour demain. Non tu préfères te demander :quand est ce qu'ils vont m'opérer ? Ou ? Comment ? Pour quels résultats ? Quels effets secondaires ? ... Je vois ton cerveau fumer d'ici. Tu ne voudrais pas te poser 2 secondes et réfléchir ? Je dis ça mais je ne suis pas mieux. Depuis un moment je sais qu'il y a un problème quelque part mais aucune envie de me poser des questions la dessus.
Il faudrait ? Oui sans doute. Mais j'ai 6 mois devant moi alors j'ai le temps. Et puis je n'ai aucune envie de tout foutre en l'air. J'aime notre vie comme elle est et je ne veux pas que les choses changent. Alors c'est très bien comme ça.

….....

Moi aussi j'aimais notre vie comme elle était alors pourquoi je me serais posé des questions ? Un problème ? Lequel ? Oui je voulais que tu acceptes l'opération. Bien sure parce que je voulais que tu restes à mes cotés le plus longtemps possible, tout simplement.
….....
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le Jeu 21 Mar - 23:24
Troisième hiver

69/ 21 DEC
Cette semaine c'est révisions de Français. Et je ne veux rien savoir. Tu ne m’achèteras pas avec les tartines. Il faut que tu bosses. Je vais très bien alors toi tu bosses. Et il vaut mieux que ça rentre parce que si on termine je t’emmène en vacances entre Noël et Nouvel An.
Et la deuxième raison pour laquelle il faut que tu bosses c'est pour avoir une bonne note au bac blanc, histoire de clouer le bec à l'autre conne. Je ne supporte plus ces réflexions. Si tu n'étais pas dans sa classe je lui casserai les dents. De quel droit elle veut me dicter ma conduite ? Comment elle peut se permettre de juger ? Elle ne sait rien de notre vie.


….
Notre vie ? C'est comme ça tu voyais les choses toi ? Tu savais ce que cela signifiait, Ou tu l' as écrit parce qu'elle t'avais mise en colère ?
…...

70/ 24 DEC
J'ai quasiment passée la semaine chez toi et tu veux que je te dises ? Je voudrais être nulle part ailleurs. Les vidéos, les chansons, nos plateaux télés.. j'adore. J'ai l'impression de revivre. Ou de vivre tout court, tout simplement. C'est peut être ça d'ailleurs. Tu rends les choses tellement simples. On a l'impression que pour toi tout est normal. Même ce qui ne l'est pas du tout d'ailleurs. Mais ça c'est une autre histoire. Tu réalises qu'au jour d'aujourd'hui c'est avec toi que je partage ma vie ? Je ne pense pas. Et si je passe mes journées avec toi ce n'est pas parce que je suis malade et que je ne vais pas bien. Non. Je vais très bien. Je vais même plus que bien.

Il y a longtemps tu m'a demandé ce que je voulais faire de ma vie. Tu te souviens ? Je suis certaine que oui. Et je t'ai sortie une liste stupide que tu connais bien mieux que moi. Mais il y a quand même une chose dont je me rappelle. Je t'ai dit que je voulais rêver et que je voulais connaître l'amour et l'envie.... alors … bravo ! Et merci.


Ce soir c'est le réveillon alors... Joyeux Noël. Et à lundi...
…....

Je me souviens très bien de ta réponse. Elle est même devenue un but a atteindre. Et aujourd'hui je peux dire que je m'en suis bien sortie.
…...

71/ 26 DEC
Hier soir en rentrant de chez mon frère j'avais le CD de Balavoine dans la voiture. Et... il faut vraiment que je te fasse écouter celle là. Je suis certaine que tu la connaît mais tu n'as jamais écouté les paroles.


« Et ta seule insolence, c'est de me faire confiance
un peu de ton absence est une infirmité 
Me laisse pas m'en aller...»


disons que je n'aurais pas dit mieux.
…....


Tu n'aurais pas mieux dit ? Et bien moi non plus.
…...


72/ 3 JAN
Ce que j'aime avec toi c'est que l'on est jamais au bout de ses surprises. T'es complètement cinglée. En quelques jours tu as rempli mon existence comme personne ne l'a jamais fait.. et tu ne le sais même pas. A la base, je voulais te faire plaisir et profiter d'un bon moment en t'emmenant la bas. Et évidemment ça a été le cas. Mais... tout le reste... j'en ai encore la tête qui tourne.
Je le sais. Je n'arrive pas à le dire, ni même à l'écrire mais je le sais. Et je crois qu'au fond de moi je le sais depuis le début. Depuis le 1 er jour. J'ai essayé d'y échapper, j'ai refuser de l'imaginer, j'ai cherché une explication, j'ai trouvé des excuses mais... il arrive un moment ou il faut se rendre à l'évidence.

…....

Tu sais quoi ? Tu n'arrives pas à dire ni même à écrire quoi ? Oui je pense avoir compris. La réponse que j'attends depuis si longtemps je pense que c'est celle là ; Alors vas y... écrit le.
…..

Quand j'ai vu la gravure sur la gourmette, tu n'imagines même pas ce que j'ai ressentie. Et je serais incapable de te l'expliquer. Trop beau, trop fort, alors j'ai pleuré. J'aurai voulu crier, le hurler à la terre entière. Mais c'est impossible, alors j'ai pleuré.

Et puis finir la soirée aux urgences. Le comble ! Comme si je t'avais emmené là bas pour aller à l’hôpital. Sauf que bien évidemment il a fallut que tu insistes. Et comme d'habitude j'ai fini par céder. Cela dit, la tête que tu as fait quand l'interne m'a demandé me déshabiller... je ne suis pas prête d'oublier. Tu veux que je te dise ? T'es jalouse. Oh oui !!!! Et le pire ? C'est que j'adore ça. Rien que pour ça je ne regrette pas d'avoir finie aux urgences.
Et la boite de nuit ? On en parle ?  Qu'est ce qui t'as pris de m'envoyer tout droit dans les bras de ce mec ? Ce n'est pas lui que j'aurai du gifler c'est toi. Tu ne comprends vraiment pas ? Je crois que non en fait. T'es vraiment incroyable !

….....

Et bien non ! En effet, à l'époque je n'ai rien compris. Il aura fallu que je repasse notre histoire des dizaines de fois dans ma tête pour oser me poser la question. L'interne des urgences ? Je suis probablement passée au rouge écarlate en moins de trois secondes. Tu as raison j'étais jalouse. Mais je ne m'en suis pas rendue compte.
…...


73/ 4 JAN
Pourquoi tu es revenue l'autre soir ? Comment tu le savais ? Je suis désolée. Ces derniers jours ont étés tellement intenses que de me retrouver seule ici., je ne l'ai pas supporté. Je me suis effondrée et impossible de me relever. Tu as raison ça devait faire environ 3h que je pleurais toute seule dans le noir. Mais ça aura eu le mérite de me confirmer une chose : sans toi je perds pieds, je m'écroule. C'est toi qui me tient debout, toi qui me fait vivre, toi qui me donne le courage d'affronter le pire et l'envie de vivre le meilleur...

Et.....


« Là tes cheveux qui me frôlent, mon visage sur ton épaule
Donne-moi de ta chaleur, contre ma peau sur ton cœur
Toi si fragile et si belle, emmène-moi sous ton aile
Je sais que tu me protèges, du mauvais sort des sortilèges
Tous mes démons mes délires, pour le meilleur et même pour le pire
Le pire, je n'en ai plus peur
Je deviens fou je deviens fort, je suis déjà soûl j'en veux encore
Encore, que tu m'aimes encore
Comme un animal blessé, lèche-moi le bout du nez
De mes cauchemars de mes rêves, réveille-moi du bout des lèvres
Sans le savoir d'un sourire, tu me touches je te désire
Là mon ventre qui palpite, sur des vagues d'eau bénite
Tous mes démons mes délires, pour le meilleur et même pour le pire
Le pire,… » 


Le pire ??? c'est que tout est vrai, c'est la stricte vérité.
…......


Cette chanson....merci pour les larmes.Je suppose que les erreurs dans le texte ne sont pas des erreurs.Si tout est vrai, alors je crois que je commence à comprendre ce que tu ressentis vraiment pour moi. En revanche, ce que je ne comprends pas c'est la raison pour laquelle tu ne me l'a jamais dit.
…......


74/ 5 JAN
Je crois qu'il faut que j'arrête de te regarder de cette façon parce que je vais finir par te faire peur. Mais c'est plus fort que moi. Je sais que tu sais lire à travers mon regard alors fait le.  Hier soir à table … je … un jour je vais craquer. Je deviens dingue. Tu vas me rendre dingue.
Mais ce n'est pas du tout le moment de te perturber. Tu passes le bac blanc de français dans 1h et je profites que tu sois sous la douche pour écrire. Assure moi ce bac blanc s'il te plaît, que je puisse lui mettre dans les dents. Et qu'elle nous lâche une bonne fois pour toute.

…......

Pas le moment de me perturber ? Hummm, la bonne excuse....
…...


75/  13 JAN
Je ne voulais pas en arriver là mais je n'avais plus vraiment le choix. Stupide comme elle est, elle serait bien capable de te sortir une réflexion, et en plein cours encore. Devant des gamins de 18 ans,. Super !!! Idée de génie. Les rumeurs de la salle des profs, je m'en moque complètement mais qu'elle ne s'attaque pas à toi parce que ça va très mal se passer. De toute façon les gens critiquent forcément ce qu'ils ne comprennent pas, c'est dans la nature humaine. Et je commence à comprendre pourquoi elle ne dépasse pas les 60% de réussite au bac. Avoir l'esprit aussi étriqué en tant que prof de Français c'est spécial quand même. Je ne vais quand même pas lui faire un cours sur Rimbaud et Verlaine, si ?

Mais bon ! Je pense que là, elle a compris. Je l'espère en tout cas. Je l'ai prise à part, et là j'ai encore été sympa, et je lui ai gentiment expliqué qu'au lieu de s'occuper de notre vie privée elle ferait mieux de se concentrer sur son enseignement. Et oui !!! J'en ai profité pour lui rappeler que moi j'obtenais 90% de réussite et pas 60% . C'est méchant ? Oui et bien il ne fallait pas me chercher.


Toujours est il qu'en principe elle devrait la boucler un moment.
…...

Moi je ne pouvais pas la voir. Mais tu lui trouvais des excuses. Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de tout ça ? Visiblement elle t'as poussée à bout, elle t'as pourrie la vie jusqu'à propager des rumeurs. Et aujourd'hui j'imagine très bien ce qu'elle a pu dire. Tu as réglé le problème sans m'en parlé. Pour me protéger je suppose...
…...


76/ 18 JAN
Tu voulais savoir pourquoi j'étais en retard ? Tout simplement parce que j'ai discuté un moment avec Eric. Le prof d'anglais des TS2. Et ben si je m'attendais a ça. On se croise depuis 3 ans mais c'est vrai on avait jamais pris le temps de se parler. Je ne peux pas t'expliquer ça de vive voix alors je vais te l'écrire. Comme tout le monde, il a entendu les rumeurs qui circulent (merci l'autre conne), sauf qu'au lieu d'arrêter de parler quand je rentre dans la salle, lui, il est venu me voir. Pour me dire quoi ? Ben c'est a ce moment là où je suis tombée sur le cul. Il m'a dit de ne pas rentrer dans leur jeu, de ne pas faire attention et que ça finirait forcément par se tasser. Sur le coup, j'ai pas compris. Et puis il a fini par m'expliquer qu'il vivait avec un homme depuis 6 ans et qu'il était très heureux.

…....

Et bien je comprends mieux pourquoi tu fuyais la salle des profs. Sympa les collègues ! Comment tu as fait pour supporter ces rumeurs sans rien dire ?
…....

Alors effectivement il a soulever quelques questions. Voilà pourquoi j'étais en retard.

Parce que si toi, des questions tu ne t'en poses aucune. Moi ce n'est pas mon cas. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quoi te dire. J'ai peur de te faire fuir et je ne veux pas te perdre. C'est même la dernière chose que je veux. J'ai mis du temps à comprendre. C'est vrai, mais je ne peux plus le nier. C'est impossible. Tout ce que l'on vie jour après jour me prouve que je ne me trompe pas. Mais comment je vais te l'expliquer ? Est ce que tu vas l'accepter ? Quand et comment tu vas l'accepter ? Il y a un peu trop de questions sans réponses. Je refuse de prendre le risque. Pas maintenant, pas encore....
…....


Confiance, complicité, affection, réconfort, voilà en quelques mots ce qui définissait notre relation. J'étais bien avec toi et je savais que c'était réciproque. Alors pourquoi me poser des questions ? Notre relation n'a m'a jamais soulevée le moindre problème, alors pourquoi chercher des explications ? Je n'ai jamais eu besoin de le faire.
…..


77/ 24 JAN
Quand je t'ai demandé ce que tu voulais faire plus tard, ce n'était pas uniquement professionnel. Je voulais que tu me dises comment tu imaginais ton avenir. Tu veux te marier ? Tu veux des enfants ? T'es majeur maintenant, il serait normal que tu y penses, ou au moins que tu commences à y réfléchir. Toi qui pense toujours avec 6 mois d'avance là non. Je ne comprends pas. Ça ne te viens même pas à l'esprit. Parce qu'au final tu ne m'a jamais répondu, je ne suis même pas sure que tu m' aie écoutée. Mais bien sur que non tu ne m'as pas écoutée. La seule chose qui te préoccupes c'est la consultation de demain après midi. Tant pis, on aura l'occasion d'en reparler et on va en reparler. Pourquoi ? Tu veux la vérité ? Parce que je veux savoir ou je met les pieds. J'ai vécue trop de déception par le passé pour prendre le risque de prendre une gifle de plus.
….....


C'est facile de te dire ça aujourd'hui mais je peux t'assurer que le risque de la gifle il était nul. Cela dit, je comprends très bien ton hésitation.
…..


78/ 25 JAN
Je suis désolée d'avoir réagi de cette façon. Je m'en suis prise à toi alors que tu n'y es pour rien. En plus, a cause de ma réaction, ce qui devait être une bonne nouvelle à fini par une dispute. Je sais que tu as raison mais quand il a parlé d’opérer en Avril j'ai complètement paniqué. L'opération on m'en parle depuis 3 ans.  Mais... je l'ai espérée longtemps au début, jusqu'à ce que l'on me dise que c'était trop tard. Que c'était inopérable et que j'étais condamnée. Quand on en a reparlé il y a quelques mois j'ai refusée d'y croire. Pour ne pas être déçue. Et maintenant ? Maintenant on me dit que c'est possible. Et là maintenant tout de suite. Dans 2 mois. Je ne peux pas. Le bac des terminales c'est juste une excuse. Cette intervention comporte des risques énormes. Je peux très bien ne pas en revenir. Tu le sais aussi bien que moi. Ce qui veut dire que je dois faire certaines choses avant. Il y a des choses que je veux que tu comprennes, qu'il faut que tu saches. Il faut que tu puisses survivre après. Et te préparer à ça en deux mois c'est mission impossible. J'ai besoin de temps. Alors m’opérer en Avril tu peux oublier l'idée tout de suite. C'est hors de question ! Je ne te laisserai pas de cette manière.

…....

Que je puisse survivre après ? Tu voulais retarder l'intervention pour moi ? Tu voulais me préparer à ton départ ? Mais tu comptais faire quoi exactement ? Je comprends mieux pourquoi tu t'es mise en colère ce jour là et pourquoi tu as refusé de me parler.
…....

79/ 2 FEV
Je peux savoir ce qui t'as pris d'inviter ma mère à manger avec nous samedi midi ? T'es ravagée ou quoi ?  C'est de l'incitation au meurtre. Je sais que c'était pour éviter que je fasse un scandale sur le parking. Mais si tu savais ce que je m'en moque. Je ne suis pas à ça près. Et puis je n'y suis pour rien. La dernière fois que l'on s'est vues s'était à l’hôpital avant le décès de mon père. Depuis ? Rien, néant ; pour ne pas changer. Et là, elle se pointe comme une fleur sans prévenir. Et sur mon lieu de travail en prime. Tu voulais que je reste calme ? Ah non ! Impossible.
Heureusement que j'avais ma sacoche dans une main et ta main dans l'autre parce que sinon je crois que j'aurais été capable de la gifler. D'ailleurs, je crois que je t'ai écrasée les doigts, je suis désolée. Si elle l'a vu ? Ah oui ! Étant donner la manière dont elle t'as dévisagée je peux t'assurer qu'elle a très bien vue que je te tenais la main. Et j'espère, je souhaite  même plus que tout, que ça lui aie fortement déplut. Moi ça fait 20 ans que tout ce qu'elle fait me déplaît, alors laisse moi ce plaisir s'il te plaît.

Et tu veux qu'on mange avec elle samedi ? Tu n'as peur de rien toi ? Arrange toi pour que l'on mange avec des couverts des plastiques. Franchement ? Là je te déteste.  Pourquoi tu veux m'obliger à faire un truc pareil ? Je comprends pas. On va perdre notre temps.

…..

Tu m'as effectivement écrasé les doigts ce soir là. Mais si je tenais tant à ce que tu lui parle, il y avait une bonne raison. La haine et la rancœur que tu avais envers elle n'était pas ce dont tu avais besoin. Il fallait s'en débarrasser une bonne fois pour toute ; Et j'ai trouvé que c'était une excellente occasion de le faire. Et peut être même la seule que tu aurais. Voilà pourquoi j'ai insisté. Et comme tu ne pouvais rien me refuser...
…....


80 /4 FEV
Je dois avouer que tu avais raison. Cette conversation avec ma mère m'a libérée d'un poids. Je disais avoir certaines chose à faire avant de partir et bien celle là en faisait probablement partie. Et c'est vrai, c'est une très bonne chose. Maintenant je vais pouvoir passer à la suivante. Il faut vraiment qu'on parle, mais je ne sais pas par où commencer. Bon ! Pour l'inhumation et les cendres tu le sais déjà. Mais il faut que je te parle de l'ordre NPR, que je veux que tu me laisses partir si je n'ai plus aucune chance, que je ne veux pas de cérémonie. Il faut aussi que l'on parle de l'intervention et de beaucoup d'autres choses. Mais tu as raison on va commencer par le début. Et le début c'est qu'il va falloir que je t'explique que je loue une chambre d’hôtel parce que je ne veux plus rentrer chez moi après les traitements. Je ne peux pas continuer à te mentir et je ne veux plus le faire.
…..


Oui, il était peut être temps que tu me dises la vérité. Tu mérites des baffes, tu le sais ? Je pense que oui. Même ton frère s'est mis en colère en lisant que tu me mentais depuis des mois.
Quand à toutes ces conversations qui t’effrayaient tant, tu as fini par m'en parler. Je sais que pour toi me dire ces choses là étaient loin d'être facile. Parler de ton décès, de cérémonie, d'inhumation, c'était regarder la fin en face. C'est toutes ces choses auxquelles moi je refusais de penser parce qu'elles me faisaient peur. J'ai pleurer en t'écoutant parlé. Pleurer à ne plus pouvoir respirer, mais tu as bien fait de le faire. Et aujourd'hui je pense que l'on devrait tous exprimer nos dernières volontés, d'une manière ou d'une autre, bien avant que nos proches se retrouvent face à une situation qui les dépassent totalement.
…....


81/ 9 FEV
Je ne voulais pas te dire que je ne rentrais plus chez moi le mercredi soir, parce que je sais que tu ne m'aurai pas laissée seule. J'avais raison. Mais là où j'ai eu tort c'est que j'aurai du te demander depuis le début de rester avec moi. Je ne voulais pas le faire parce que tu as cours le jeudi, mais je me rend compte qu'avec ou sans moi tu ne dors pas mieux, ni plus. Alors égoïstement je préfère t'avoir près de moi.
Cette nuit tu as dormi quoi ? 2h ? Mais à 6h du matin tu étais debout et prête a aller en cours. Je sais ce que tu as fait cette nuit, pour une fois je m'en rappelle. Mais je suppose que l'on en parlera pas. Je crois que j'ai fini par m'endormir vers 4h du matin. J'avais la tête sur ton épaule et c'est ton rythme cardiaque qui m'a servi de métronome. Si j'osais, je te demanderais de rester avec moi tous les mercredi soir mais je ne peux pas te demander ça. Et tes parents ? Mais c'est vrai que le fait d'être malade... ta présence me rassure. C'est pas vrai ! Enfin si, mais pas seulement. Disons que c'est surtout une bonne excuse pour dormir dans tes bras. Je sais que c'est complètement tordu mais une fois dans tes bras j'ai l'impression que plus rien ne peut m'arriver, la sensation de pouvoir fermer les yeux en me disant qu'au pire, si je ne les rouvre pas et bien ce n'est pas plus grave que cela parce que j'y suis bien.
…...


Tu réalises ce que tu viens d'écrire là ? Tu trouvais que dormir dans mes bras c'était complètement tordu ? Vraiment ? Vouloir dormir dans les bras de la personne que l'on aime n'a rien de tordu. Toi tu le savais, alors pourquoi tu ne le dis pas ? Tu n'étais pas prête à l'avouer ?
…...

82/ 14 FEV
Tu veux savoir pourquoi je voulais t'inviter au resto ce midi et non pas manger au parc comme d'habitude ? Parce qu'il fait froid et que je voulais manger chaud? Oui, c'est ce que je t'ai répondu mais ce n'est pas la vraie raison. Regarde le calendrier et tu vas comprendre. Tu me fais rire... Je t'invites au resto un midi en pleine semaine mais tu ne cherches pas à comprendre ? Je te dirais on saute dans le lac gelé, tu serais capable de me suivre sans réfléchir. Méfie toi quand même, il m'arrive d'avoir des idées tordues.

Mais je ne regrette pas j'ai passé un très bon moment. Comme tout ceux que l'on passe ensemble.
Demain en revanche, le moment va être nettement moins agréable. Oui, demain on est mercredi. Mais le mercredi... tu restes avec moi. C'est même la seule chose de bien.
….....


Moi qui ai toujours dit que je ne fêtais jamais la St valentin parce que cela n'avait aucune signification pour moi. J'ai toujours défendu le fait que l'on avait pas besoin d'une date sur un calendrier pour faire plaisir à la personne que l'on aime. Que la St Valentin n'était qu'un produit commercial. Et bien on dirait que j'ai menti..
…..

83/ 17 FEV
Il faut que je parle à mon frère. Je pense que c'est les effets secondaires du traitement mais il y a un problème. Et je voudrais savoir ce qui se passe avant de t'affoler. Le problème c'est qu' hier j'étais tellement épuisée que je n'ai rien vue de la journée. Aujourd'hui il bosse, donc je ne pourrais pas le joindre. Et je sais que ce soir il n'est pas là. Conclusion ça va devoir attendre quelques jours. En espérant que d'ici là tu ne te rendes compte de rien. Et là... j'ai des doutes. Le problème c'est que je ne sais pas quoi te répondre parce que je ne sais pas quel est le problème. C'est pas normal, c'est certain. Je pense que je serais au courant quand même. Mais pourquoi ? Je n'en sais rien.
Cela dit, il faut que je fasse quelque chose parce que c'est vraiment galère. Devoir me changer 3 fois par jour, au lycée en plus, c'est vraiment chiant. Et trouver une excuse à chaque fois, là j'arrive en rupture de stock. Et puis cette connerie m'épuise. J'ai l'impression de me vider. C'est le bon terme d'ailleurs. Je ne vais pas tenir longtemps, au moindre effort je vois des étoiles. Je n'arrive même plus à mettre un pied devant l'autre. Oui je sais, tu m'as dit de prendre un arrêt parce que je suis trop fatiguée pour faire cours. Mais c'est bon, on arrive aux vacances, je ne vais pas me mettre en arrêt maintenant.
…...


C'est vrai, pourquoi prendre un arrêt maladie ? Peut être pour éviter de se retrouver aux urgences. Mais ce que j'en dit... Tu as fini dans le véhicule du SMUR, mais il était inutile de te mettre en arrêt. Si tu m'avais écouté au lieu d'en faire qu'à ta tête...
…...


84/ 25 FEV
Le médecin vient de sortir de ma chambre. Il vient de m'expliquer ce que je fais ici. On est vraiment le 25 février ou la télé est mal réglée ? Dit moi que ce n'est pas vrai ! Pourquoi je ne me rappelle pas de comment je suis arrivée ici ? C'est toi qui m'a emmenée aux urgences ? Mais quand ? Et pourquoi ? Il a parlé d'un malaise mais quel malaise ? Quand ? Et ou ? Je ne me souviens de rien.
Je suis ici depuis combien de temps ? J'ai mal au crane, j'ai l'impression de me réveiller après un cauchemar. J'étais en train de perdre un match de basket, donc ça devait être dimanche. Et toi ? Toi tu étais là, dans les gradins. Tu écrivais. Je peux savoir ce que tu écrivais ? Tu prends des notes sur mes matchs ? Mais tu ne m'as jamais vu jouer. Tu ne sais même pas ou est la salle. Je n'y comprend rien. Je me doute que tu vas débarquer dans pas longtemps, au moins tu pourras m'expliquer.
…...

Tu viens de partir et... machinalement j'ai repris mon stylo. Je sentais encore ton parfum dans la pièce que je pleurais déjà. Ce que je t'ai fait vivre est horrible. C'est monstrueux. Le vivre une fois c'est déjà difficile mais toi c'est la deuxième. Venir tous les jours en réa,  sans savoir si je vais me réveiller, mais comment tu as pu supporter ça ? Si je devais restée dans un état végétatif tu viendrais tous les jours ? Je ne veux pas de ça. On a pas encore eu le temps d'en parler mais il va vraiment falloir. Je veux que tu débranches. Laisse moi partir, libère toi. Je refuse que tu vives avec un poids pareil. Mon frère ne pourra pas le faire, il faudra que ce soit toi qui le fasse. Et il va falloir que tu me fasses cette promesse.

Mais pour le moment c'est toi qui vient de partir. Et c'est pas comme ci tu revenais demain. Non, tu reviens dans 8 jours. Je sais que ces vacances au ski tu en as vraiment besoin mais j'ai l'impression que l'on vient de m'arracher un bras. Et toi tu m'as regardé sur ce lit pendant une semaine sans pouvoir me parler...Si tu as réussi à faire ça, alors je devrais réussir a patienter une semaine. Et puis on se parlera au téléphone tous les soirs. Je vais y arriver. Ça va aller.

…........

Bel effort d’auto persuasion. Tu venais de passer 8 jours dans le coma. Et je devais partir au ski. Je n'avais aucune envie de partir mais je n'avais pas vraiment le choix et tu le savais. Je suis partie à contre cœur en te laissant seule, couchée sur ce lit. Mais au moins tu n'étais plus dans le coma. Et c'est bien la seule chose qui m'a consolée.
…...

Mon frère vient de m'apporter mes cours. Parce que je lui ai demandé. Depuis que je suis ici je t'écrie sur des feuilles volantes et je viens de les ranger dans mon classeur. Je viens de réaliser que tout ce que je vie et tout ce que je pense depuis que l'on s'est rencontrées se trouve dans ces classeurs. Et c'est peut être la seule chose qui restera de nous. Et probablement la seule chose que je laisserais derrière moi. Il faudra que tu le lises. Et je sais que tu le feras... un jour ou l'autre.
….....

Un jour ou l'autre ? Oui. 22 ans plus tard. Ce n'était probablement pas ce à quoi tu pensais en écrivant ces lignes.Tu pensais que ces lignes seraient la seule chose que tu laisserais derrière toi ? C'est faux, il y a tout le reste. Tout ce que l'on a vécue, tout ce que tu m'as appris et tout ce que tu étais.
…....


Tu me dis que le décor blanc immaculé est magnifique et je veux bien te croire ; Moi, le seul espace de blanc que je vois, c'est le plafond de cette chambre. Et j'en ai marre de le regarder. Je n'ai pas le droit de me lever. Je ne peux même pas aller pisser toute seule, j'ai 'impression d'être une handicapée. Clouée au lit, à ne rien pouvoir faire, je ne vais pas le supporter longtemps. Tu as raccrochée en me disant que je devais me reposer. Tu parles ! A trop se reposer on fini par crever, je te l'ai déjà dit.
….....

« A trop se reposer on fini par crever » Tu vas rire mais c'est ton neveu qui m'a répliqué cette phrase il n'y a pas si longtemps. D’où il la tient ? De toi bien sur..
…..

Je vais rester ici combien de temps ? Ça va durer encore longtemps ? Je vais bien. Un peu mal à la tête mais je vais bien. Mais non ! Ils ne veulent toujours pas que je me lève. Si tu crois que je vais attendre une autorisation écrite. Ras le bol d'être coincée ici. Et puis... tu me manques. Je voudrais pouvoir te parler. Mais à l'heure qu'il est tu es sur les pistes. J'ai besoin de te parler, besoin de te voir. J'ai besoin de toi tout simplement.
…..

J'en ai marre des prises de sang. Ce n'est plus des bras c'est des passoires. Au lieu de piquer 10 fois ils n'ont qu'a prendre 2 litres d'un coup et on en parle plus. Tout ça parce que je dois modifier mon traitement. Des comprimés supplémentaires... super ! Comme si je n'en prenait pas assez. Et ce n'est pas le pire. Non le pire c'est que je vais devoir avoir 3 injections par jour. Et rien que le mot injection me donne la nausée. Si ils croient que je vais me planter une aiguille 3 fois par jour, ils se mettent le doigt dans l’œil . Je ne suis pas sadique. Les injections... on verra. Et puis tout ça c'est bien beau, mais je voudrai me lever moi. Je vais très bien. Ils ne m'ont toujours pas enlevé la perfusion mais elle ne sert plus à rien, c'est de l'eau. Mon traitement ils me le donne en cachets. Les médocs je peux les prendre à la maison, pas besoin de rester à l’hôpital.…...
…....

On voit que je n'étais pas à tes cotés. Tu t'énerves pour rien. Tu n'avais pas le choix. Sauf que sans moi il n'y avait personne pour te calmer, ni te raisonner. Et on voit le résultat.
…...

Mon frère passe me voir dès qu'il peut. Je crois qu'il s'inquiète encore plus que d'habitude. Il a jeter un œil sur mon dossier. Pour lui tout est normal. Alors pourquoi je suis encore couchée, si tout est normal ? Et puis c'est quoi toutes ses questions ? Comment ça qu'est ce qu'il m'arrive ? Il m'arrive que je suis coincée sur un lit d’hôpital. Il ne faudrait pas en plus que j'ai le sourire, si ?
Il dit que j'ai l'air totalement déprimée. Ben oui ! T'es à 800 km d'ici, normal que je déprime. Il devrait pourtant savoir, que mise à part lui, tu es la seule personne qui compte dans ma vie. Il le sait ça pourtant ! Mais non ! Monsieur insiste. Qu'est ce qui se passe ? Qu'est ce qui m'arrive ? Il veut que je lui parle. Mais il veut que je lui parle de quoi ? Tu me vois lui dire que je suis tombée amoureuse de toi ? La blague ! Comment veux tu que je lui explique ça ? Je n'arrive déjà pas à me l'expliquer à moi même.
Et puis avant de l'expliquer à mon frère ce serait peut être bien que toi tu sois au courant.

…....

Oui ce serait bien. Alors comme ça tu es tombée amoureuse de moi ? Enfin tu l'avoues ? Je me moque ? Oui un peu. Mais l'ironie de l'histoire c'est que je m'en doute depuis des années mais je crois que j'avais besoin de le lire de ta main. Le lire aujourd'hui me rend heureuse mais de ne pas l'avoir compris avant qu'il soit trop tard me rend triste. Pourquoi tu ne m'a jamais rien dit ? Tu as du vivre un enfer.
…...

Ça doit faire 3h que je pleure toute seule comme une conne sans pouvoir m'arrêter. Les effets secondaires des médicaments ? Oui probable, et quoi d'autre ? Mon frère m'a donné les textes que tu as écrit lorsque j'étais dans le coma. Je les ais lu...et là... je voudrais pouvoir te serrer dans mes bras. T'es douée pour me faire pleurer. Je suis ta raison de vivre ? Tu veux traverser le pire, faire mon bonheur et réaliser mes rêves ? Mais c'est exactement ce que tu fais depuis deux ans. Tu m'as écrit :  «  plus rien ne pourra éclairer mes nuits, plus rien ne pourra éclairer ma vie » Mais alors...ce que je pense tu le penses aussi...
En lisant tes textes je comprends à quel point tu as souffert la semaine dernière. Je ne veux pas que tu souffres à cause de moi. Ni maintenant, ni après. Mais je crois qu'il est trop tard, je ne pourrais pas l'éviter. Je voulais te protéger, je voulais t'épargner et je te jure que j'ai essayé. Mais je crois que l'on échappe pas à son destin. Si on m'avait dit que.... j'aurais répondu que c'était absolument impossible. Et pourtant.... regarde !
…..


Oui tes sentiments étaient réciproques. Je les ais tout simplement exprimés d'une manière différente. En ayant aucune conscience de ce que cela signifiait réellement.
…....

Tu as de la chance d'être à 800km. Je vais te tuer. Tu as parlé à mon frère ? De nos parents ? Je rêve ! Mais pourquoi ? Tu sais très bien que mon frère ne veut plus en entendre parler, alors pourquoi lui avoir dit ? Là, il faut que tu m'expliques. Si tu as estimé devoir lui en parler c'est qu'il y a une raison. Laquelle ? Si il y a bien un sujet, et un seul, dont on ne parle jamais avec mon frère c'est bien celui là. Tu le sais très bien, alors pourquoi avoir fait ça ? C'est quoi le but ? Je commence à te connaître, je sais que tu ne l'a pas fait pour rien. Alors explique moi. Je me rends compte que je m'énerve toute seule. Tu ne peux même pas me répondre. Et tu veux que je lui en parle ? J'ai une confiance aveugle en toi, mais là j'ai des doutes. Il va m'en vouloir à mort et me dire que je n'aurai jamais du essayé de les retrouver. Résultat ? On va s'engueuler et je n'en ai aucune envie.
….....

Sur ce coup là il fallait me faire confiance. Tu devais parler avec ton frère. Et une fois la colère passée, tu as finie par le faire. Preuve que j'avais raison.
…...

Je peux enfin me lever. Il était temps. Si on passe sur les vertiges et le fait que je vois le sol se dédoubler sous mes pieds, tout va très bien. Et maintenant je peux sortir ? Je suis debout donc je peux rentrer. Mais bien sur que non ! Quoi encore ? Je vais devoir restée encore combien de temps ?  De toute façon tu rentres demain soir, donc je sais que dimanche tu seras là. Ce qui signifie que lundi on sort d'ici. D'accord ou pas d'accord, lundi on s'en va. Je refuse que tu passes tes journées avec moi à l’hôpital alors on s'en va.
…..

Ce soir là, tu m'as dit exactement la même chose au téléphone. Et vu l'état dans lequel tu étais, je n'ai même pas essayé de te contredire.
…...

Tu m'as dit que tu venais à 14h et il est 10h du matin. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai comme dans l'idée que je vais trouver le temps long.. Si tu savais comme j'ai hâte de voir. Je veux juste pouvoir te prendre dans mes bras. Tu ne seras pas seule, je le sais. Mais je m'en moque. Une semaine c'est plus que l'éternité alors seule ou pas, je ferais ce que j'ai envie. Je ne veux plus être séparée de toi, je n'y arrive plus. Et c'est moi qui dit ça ? Je ne me reconnais pas. Mais c'est la vérité.

Je voulais m' habiller mais j'ai un léger problème d'équilibre. Et pour trouver quelqu'un ici qui te file un coup de main, tu peux t'accrocher. En résumé, il faut que tu m'aides. Fait moi sortir d'ici s'il te plaît. J'en peux plus de ces murs.
…....


Tu voulais sortir, je t'ai fait sortir. Et tu n'as rien trouvé de mieux à me dire que le décor en béton était moche et que ça manquait de verdure.
…...

85/ 5 MARS
Et voilà ! Tu viens juste de partir et moi ? Moi, je recommence à pleurer. J'ai l'impression d'avoir 10 ans,.Je ne sais pas pourquoi je réagis de cette manière. Te voir passer cette porte, j'ai la sensation que tu m'abandonnes. C'est complètement stupide. Je sais très bien que c'est faux. Je me sent ridicule.

Mais la bonne nouvelle c'est que je sors demain. Et c'est quoi cette histoire de voiture ? Comment ça ma voiture est toujours sur le parking ? Depuis quand ? Et... elle est arrivée comment sur le parking ? Ne me dis pas que.... tu n'as pas fait ça ? Mais je pense que si. Te connaissant tu en es largement capable. C'est de la folie. Tu sais ce que tu risques ? Tu mérites des baffes. Cela dit, en y réfléchissant, je crois que si la situation était inversée j'aurai sans doute fait exactement la même ch
ose. Mais ne recommence jamais ça ! Jamais !
…..


Oui, j'ai conduit ta voiture. Et je m'attendais à prendre une gifle, mais finalement.... et bien non.
…...

86/ 6 MARS
Moi je suis prête. Je t'attends. Mais tu vas me dire... ça change ! Tu veux faire quoi aujourd'hui ? Tu ne voudras jamais sortir, tu vas me dire que je dois me reposer. Je me repose depuis deux semaines, tu ne penses pas que j'ai assez dormi ? Mais c'est vrai que toi tu rentres du ski, tu es peut être crevée. Et puis si tu dors aussi bien que moi en ce moment... On se regarde des vidéos ? Ça te va ? Et comme on a le temps... depuis le temps que tu me parles des chevaliers Jedi... On regarde Star Wars ? Parce que, oui je connais l'histoire, mais je ne les ais jamais vu. Pour voir les 3 il faut au moins 7h non ? Au pire on regardera le dernier demain.

….....

Un jour tu m'as dit que j'étais comme les chevaliers Jedi, mais c'est faux ! De nous deux le Jedi c'est toi. Ah si ! Je t'assures. Qui est capable de lire à travers l'autre ? Qui est capable d'encaisser la souffrance et les douleurs de l'autre ? Ce n'est pas moi c'est toi. Et chez toi c'est de l'inné. C'est en toi, c'est bien un don. Tu peux me répondre ce que tu veux mais c'est bien un don. Alors la force c'est quoi ? Mais la force ne s'explique pas. La force elle est en toi.
….....

Spéciale comme théorie ! Et je ne suis pas complètement convaincue mais disons que je t'accordes le bénéfice du doute.
…...


87/ 8 MARS
Je déteste le moment où je dois partir de chez toi. Pour faire quoi en plus ? Rentrer chez moi... génial ! Je sais que tes parents rentrent du travail et que si tu me laisses partir c'est plus par obligation que par choix. Mais me retrouver seule dans cet appartement où je n'ai pour ainsi dire aucun bon souvenir, je le supporte de moins en moins. A part y manger et y dormir c'est tout ce que j'y fait. A se demander pourquoi je paye un loyer. Un garde meuble serait aussi bien. Je dors mieux dans une chambre d'hôtel avec toi que dans mon propre lit. C'est tout simplement n'importe quoi ! Encore une fois.

…...

J'ai toujours eu l'impression que tu évitais ton appartement. Sans jamais vraiment comprendre pourquoi. Tu n'en parlais pas, je dirais même que tu évitais le sujet, alors je n'ai jamais posé de questions.
…...

88/ 12 MARS
Les cours reprennent demain et je sais que tu as 2h de français demain matin. Mais c'est quoi le problème ? Tu ne l'aimes pas, je le sais. Rassures toi, même si je ne t'en parles pas, ce n'est pas vraiment ma copine non plus. Mais pourquoi tu t'énerves à ce point au sujet du cours de demain ? Tu as peur de quoi ? Elle t'as fait une réflexion ? J'espère que non, parce que si c'est le cas, elle a plutôt intérêt à longer les murs. Si elle te jettes à la figure que sortir avec un prof c'est une très mauvaise idée, je l' explose. Qu'elle me le dise à moi c'est une chose. Je suis grande, je gère. Mais si elle te balance un truc pareil alors que toi même tu n'en as aucune conscience, je n'ose même pas imaginer ce qui va se passer.

…...

Je ne voyais pas les choses de cette façon. Mais j'avoue que si elle m'avait balancé quelque chose de ce genre en plein cours je n'ai aucune idée de la manière dont j'aurais réagit.
…...

Eric me disait de laisser tomber et de ne pas répondre à ses conneries. Et c'est vrai, je me moque de ce qu'elle pense. Mais qu'elle n'essaye même pas de se mettre entre nous.
C'est quand même impressionnant ce besoin qu'ont certaines personnes à se mêler de la vie des autres. Ils s'emmerdent à ce point là ? Personnellement je trouve que notre vie est assez complexe comme ça, les histoires des autres honnêtement... je n'aurais même pas le temps.

Je ne sais même pas pourquoi je m'énerve à cause d'elle. Elle ne le mérite même pas. Mais surtout... tu as bien assez comme ça sur les épaules, tu n'as pas besoin de te préoccuper de cette conne. D'autant plus que mercredi il faut retourner à l’hôpital pour commencer la nouvelle chimio. Je ne sais pas comment ça va se passer. Personne ne peut le savoir. J'espère juste que je ne serais pas aussi malade que la dernière fois.
…....


Le nouveau traitement te faisait peur et je le savais.Mais comme toi je n'avais aucune idée de ce qui allait se passer.
…...

89/ 16 MARS
Je suppose que comme d'habitude tu ne me raconteras jamais ce qui s'est passé hier après midi ? C'est si horrible que cela ? Je sais qu'on a finies sous la douche, mais en dehors de ce détail je n'ai aucun souvenir. Si... des mots, des phrases mais leur sens ? Je pense que j'ai le tirage dans le désordre. Tu sais que c'est frustrant de vivre avec des morceaux manquants ? Il me manque 2 semaines de ma vie, et je ne te parle même pas du nombre de demies journées dont je n'ai que de vagues éclairs. En fait, tu pourrais faire de moi n'importe quoi, je n'en aurai aucun souvenir. Je sais !  Ça ne te viendrais même pas à l'esprit. Et si un jour il doit réellement se passer quelque chose entre nous, je voudrais vraiment m'en souvenir.

…...

Moi aussi j'aurai souhaité m'en souvenir. Mais ce dont tu parles ne figure malheureusement que dans mes rêves.
…...

90/ 17 MARS
Heureusement que ce soir j'ai entraînement parce que si je te raconte ce que j'ai fait de ma journée et bien tu n'en fera pas le film de l'année. J'ai probablement regardé ma montre 200 fois. Si je n'ai rien à faire ? Ah si, si ! Le ménage, la lessive, les courses aussi, parce que là on touche le fond des placards. Mais bon!Comme je n'ai pas faim, vide ou pas ce n'est pas très grave. L'avantage c'est que je ne dépasse pas les dates de péremption. Mais je n'ai absolument rien fait de tout ça. Je me suis levée à midi, parce que je n'avais aucune envie de le faire avant et puis je me suis réinstallée devant la télé sur le canapé. Ce que j'ai regardé ? Aucune idée.
Et je viens de réaliser que j'ai oublié d'appeler l'infirmière hier soir pour les injections.  Tant pis tu me les feras demain. Heureusement que tu ne comptes pas les ampoules. Mais je devrais me méfier parce que tu serais bien capable de le faire.

…....

Je n'avais pas besoin de compter les ampoules. Je savais que tu ne faisais pas les injections quand je n'étais pas là.
…...

91/ 20 MARS
Je sais que tu n'aimes pas mon idée, mais franchement laisse moi rigoler un peu. Derrière ses airs de grandes dames elle se prend pour un maître de conférence. Sous prétexte que madame enseigne depuis 15 ans, elle sait tout mieux que tout le monde. Tout le monde doit suivre son exemple, tout le monde doit l'écouter. Madame à causer, il faut exécuter. J'ai l'impression d'avoir la belle mère de mon frère en face de moi. Et crois moi ce n'est pas un compliment. Demande à mon frère il en sait quelque chose. A croire qu'elles ont été fabriquées dans le même moule. Les cons se fabriquent en série ? Remarque ! Oui probablement !
…..


La belle mère de ton frère ? Ah ! Mais je peux t'en parlé aussi. J'ai eu affaire à elle il y a quelques mois et en effet ce n'est pas le genre de personne que j'apprécie. J'ai essayé de faire un effort pour ton neveu. Mais au final c'est lui qui l 'a éjecté de sa vie. Depuis ? Aucune nouvelle de la vieille chouette. Et bon débarras !
…....

Il faut obéir aux directives de madame? Je ne dois pas mélanger le lycée et ma vie privée ? Je n'ai rien à faire avec une élève en dehors du lycée ? Son discours ancestral m'exaspère. Alors elle ne va pas être déçue. Oui je vais m'arranger pour qu'elle apprenne que je t’emmène en vacances. Je vais même faire en sorte qu'elle sache que j'ai réservé l’hôtel. Même si ce n'est pas encore fait. Pourquoi je fais ça ? Juste pour l’énerver. Pour qu'elle comprenne qu'il est inutile de me dicter ma conduite. Elle se prend pour ma mère ? Je lui souhaite bien du plaisir... Pour qu'elle comprenne aussi, qu'il est inutile de me faire des leçons de moral, parce que je me moque royalement de ce qu'elle pense.
C'est typiquement le genre de personne qui a l'habitude d'obtenir tout ce qu'elle veut d'un simple claquement de doigts. Et bien désolée, moi je ne marche pas. Et puis je fais ce que je veux de mes vacances. Le Proviseur ? Et alors ? Il est responsable de ce qui se passe dans l'enceinte du lycée, pas de ce que font les enseignants pendant leurs vacances.

…....

Sur le principe tu avais parfaitement raison. Mais tu ne crois pas que la provoquer c'était prendre un risque inutile ? Je comprends que ses réflexions et ses commentaires t'exaspéraient mais quand même. Il aurait pu y' avoir pas mal de conséquences.
…...
Schrtoumpfy
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Sam 30 Mar - 2:57
Objet mystère

J'ai eu ton frère au téléphone ce soir. Drôle de conversation. Il a réagit comme si il avait gagné au loto. Il s'est enflammé dans un délire auquel je n'ai rien compris. Il a trouvé une enveloppe dans les cartons ou se trouvait les classeurs. A priori il y avait un objet dans cette enveloppe. Ne me demande pas, il a refusé de me le dire. Il saute au plafond comme un gamin, mais refuse de m'en dire plus. Sur l'enveloppe il y avait la marque d'un trombone et il est persuadé que quelque part, se trouve une lettre qui accompagnait cette enveloppe.

Tu peux m'expliquer pourquoi il en est convaincu à ce point ? J'imagine que toi tu sais ce qu'il y a dans cette enveloppe. A priori cet objet m'est destiné, alors je peux savoir ?
J'ai essayé de deviner mais ton frère ne lâche rien. Une vraie tombe. Il me dit que tant qu'il n'aura pas trouvé la lettre je ne saurais pas ce que c'est. Il dit aussi que sans cette lettre, me donner cet objet n'aurait aucun sens. Que cela mérite une explication. Je t'avoues que je n'y comprend pas grand chose. Et la seule qui pourrait me fournir cette explication c'est toi. Ce qui, aujourd'hui ne m'aide pas beaucoup. Si par malchance cette lettre n'est plus là, je n'aurais jamais l'explication ?

Je passe mes jours et mes nuits à imaginer ce que cela peut être. Mais toutes mes idées, ton frère me les démontent en moins de trois secondes. Je n'ai aucune idée de ce que cela peut être et ton frère me répète que je dois arrêter de chercher, parce que je ne trouverais jamais. La seule chose que ton frère a bien voulu me dire c'est :

« - Une fois que tu l'auras dans les mains, il y a une question que tu ne te posera plus jamais. »

Je tourne et retourne cette phrase sans arrêt, mais je ne comprends pas. Je vais devenir cinglée. J'y retourne ce week-end et j'ai bien l'intention d'avoir une explication.
…........

Une fois dans le TGV je n'ai qu'une idée en tête : l'enveloppe. On a passé des heures à tourner les pages à la recherche de cette lettre, mais … elle reste introuvable. Même ton neveu a harcelé son père pour savoir ce qui se trouve dans cette enveloppe, mais il reste muet. Il va nous rendre fous.

A la fin du week-end, je suis remonté dans le TGV sans savoir ce qu'il y avait dans l'enveloppe et je me suis mise à pleurer.
En rentrant chez lui, ton frère, rongé par le remord, a de nouveau tourné toutes les pages.
A 21h je recevais un SMS qui disait :

« - Je l'ai trouvée. Je lit, je te la tape et je te l'envoie par mail ».

Là, je me suis arrêtée de pleurer. J'ai rallumé mon ordinateur et je me suis plantée devant l'écran. J'ai attendu. Attendu une heure, puis deux, puis trois....
A 1h du matin je recevais un autre SMS :

« - J'ai lu. Maintenant je crois que j'ai besoin d'un verre et je pense même que je vais m'en griller une ».

Je précise juste qu'à ce moment là ton frère était sur son lieu de travail et qu'il ne fume pas. Qu'y a t 'il dans cette lettre capable de le mettre dans un état pareil ? Qu'est ce que tu as bien pu écrire ? A 4h du matin je recevais enfin cet e-mail tant attendu. Mais je dois t'avouer qu'au vue de la réaction de ton frère, j'ai peur de lire. Cette lettre l'a totalement bouleversé mais pour quelle raison ?
Je suis restée bloquée devant mon écran, avec la souris dans la main pendant plus d'une heure, avant d'oser cliquer pour l'ouvrir.

…....

Est ce que j'ai finie par la lire ? Bien sure que oui. Je l'ai même lu une bonne dizaine de fois. Cette lettre est magnifique, bouleversante, renversante et totalement inespérée. Ton frère avait raison, je n'aurais jamais pu imaginer quelque chose de semblable. Cette lettre va bien au delà de toutes mes espérances. Et pour le moment je ne sais pas quelle réaction je dois adopter. Je suis partagée entre pleurer toutes les larmes de mon corps et sauter de joie.
Mais il me vient une question. Deux en fait ! Quand as tu écrie cette lettre ? Et pourquoi tu ne me l'a jamais donnée ? Je trouverais sans doute les réponses plus loin dans tes textes. Je l'espère...
Pour le moment j'ai besoin d'un peu de temps pour accepter cette lettre. Mais je t'en reparlerais, je te le promets.

En attendant, je vais continuer de lire tes textes......
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le Mar 2 Avr - 22:25
Troisième printemps

92/ 24 MARS
Ras le bol. Stop ! On arrête ! Je vais crever plus vite que prévu avec ces conneries. Ce traitement était soit disant fait pour stabiliser la situation dans le but de pouvoir opérer. Mais regarde ! Il me faut 3 jours après chaque traitement pour que j'arrive à émerger. Je suis épuisée ( même si je te dis le contraire). Le soir quand je rentre, je vais me coucher directement parce que je n'ai pas la force de faire autre chose.
Il reste une semaine et demie de cours avant les vacances, et honnêtement je ne sais pas si je vais y' arriver. A quoi ça sert d'être malade si je ne peux plus travailler ? A ce rythme là, ils vont vouloir me garder hospitalisée. Mais pour quoi faire ? Dessécher sur un lit ? Je préfère arrêter tout de suite et continuer à vivre. J'ai l'impression d'être une loque, je ne me supporte plus.


Tu me soutiens depuis le début, mais là, ce n'est plus seulement moralement. Seule je deviens incapable de mettre un pied devant l'autre. De l’hôtel jusqu'au lycée il y a quoi ? 800 m ? Et je serais incapable de les faire seule. Je m'accroche à tes épaules comme une araignée s'accroche à sa toile.
Quand je ne pourrais plus marcher, tu comptes me porter ? Oh … je devine ta réponse d'ici, mais je ne veux pas. Tu en a assez fait, déjà trop fait. Je ne veux pas que tes dernières images soient celle de quelqu'un qui ressemble à un cadavre. Je ne veux pas que tes derniers souvenirs ressemblent à un film dramatique. Alors on arrête ! On part en vacances, on va au cinéma, on fait ce que tu veux mais je veux vivre normalement ce qui me reste à vivre.

Mercredi prochain c'est la dernière séance. Mais ce sera la dernière tout court. Que l'on puisse opérer ou pas, je ne recommencerai pas de traitement. C'est fini !
Il se passera ce qu'il doit se passer. On échappe pas à son destin. J'ai déjà gagné beaucoup, grâce à toi. Alors on profitera du temps qu'il nous reste au maximum, et il faudra que l'on se dise au revoir.

Mais … « si tu penses à moi aussi fort que je pense à toi, alors c'est sure .. on se retrouvera ».
Je trouverais le moyen de faire exister le passage. Je te l'ai promis. ...
Et je sais que tu finiras par le trouver.
…....


Il était vraiment temps que l'on arrive au bout. Je savais que tu n'en supporterais pas d'avantage. Mais le lire de ta main... me fait mal. Je revoie ta douleur et tes souffrances. C'est vrai que c'est difficile à lire.
…....

93/ 16 AVR
J'ai l'impression de sortir d'un cauchemar. Tourner en rond la nuit, dormir les yeux ouverts le jour. Je devais ressembler à un zombie. On  aurait pu me prendre pour une toxico. Le moindre mouvement ressemblait à l'effort du siècle et j'ai mal partout. Les entraînements de hauts niveaux ne sont rien du tout comparés à ça. Et en prime j'ai des trous de mémoire, c'est une horreur. Je serais incapable de te raconter ce que l'on a fait la semaine dernière. Je sais que c'est toi qui m'a préparé et donné mes médicaments. Tu as probablement du me faire les injections aussi. Mais ça tu as de la chance, je n'en ai aucun souvenir. Je sais aussi que c'est toi qui m'a donné à manger, comme à un bébé. Et en parlant de bébé, pourquoi il y a un biberon posé sur ta table de nuit ? Laisse tomber, je ne veux pas savoir.
…..


Le biberon ? C'est la seule idée que j'ai trouvée pour te faire boire parce que tu étais incapable d'avaler une gorgée d'eau sans t'étouffer. Alors oui je t'ai fait boire au biberon et je t'ai donné à manger à la petite cuillère.
….....

Tu avais sans doute raison. Je devais avoir besoin d'un peu repos, parce que je me sent beaucoup mieux. Et je ne dis pas ça juste parce que je veux partir quelques jours avec toi. C'est la vérité, je me sent bien. J'ai hâte d'être à Mercredi. Mais il faut encore que je réfléchisse à l'endroit où je vais t'emmener. Tu veux retourner aux falaises ? La dernière fois on a terminées aux urgences, alors on pourrait y retourner. Et tu sais où je voudrais retourner moi ? Au château... Je sais que tu aimes cet endroit. C'est même la raison pour laquelle tu me l'a fait découvrir.  Et tu as eu raison. C'est un endroit magnifique. Et puis la dernière fois c'était en hiver. Il doit être beau le parc au printemps non ? Je crois que finalement c'est là que l'on va aller. Mais je ne vais pas te le dire. A mon tour de te faire la surprise.
…....

En effet, on est retournés au château. Souvenirs de joie et de bonheur ; tes regards, tes rires et tes sourires.... j'en ai encore le sourire aux lèvres.
…....

94/ 22 AVRIL
Toutes les bonnes choses ont une fin. Je le sais ! Je ne le sais même que trop bien. Pourquoi je ne voulais pas rentrer ? Elle est complètement conne ta question. Tu t'en rends compte au moins ? Bizarrement je n'en suis pas certaine. Me demander si je préférerais rester là bas ou rentrer, c'est comme demander à un aveugle si il veut voir clair ou si il préfère rester aveugle.
Et tu veux savoir pourquoi ? On a passées les 3 derniers jours collées l'une à l'autre. Tu ne m'as pas lâchée une seule minute. Ce n'est pas un reproche, loin de là. C'est vrai que ces derniers temps je ne tenais pas debout et j'avais besoin que tu m'aides. Mais là, je vais très bien. Alors c'est quoi ton excuse ? Parce que t'en a pris l'habitude et que tu le fais sans réfléchir ? Parce que pour toi me tenir par le bras ou les hanches c'est devenu naturel ?  Mais.... je n'en doute pas une seconde. Je sais que c'est la vérité. De la même manière que tu prépares mes médicaments, que tu me réchauffes quand j'ai froid ou que tu me prends dans tes bras tous les soirs. Pour toi c'est naturel, c'est normal. Sauf que... vu le regard de certaines personnes que l'on a croisées, je peux te dire que visiblement, ce n'est pas normal pour tout le monde. Moi personnellement, le regard des autres passe bien au dessus de mon épaule, mais toi c'est encore mieux, tu ne le vois même pas.

…..

Les autres ? Quels autres ? Moi la seule chose que j'étais capable de voir c'est toi.
…...

Le seul inconvénient à tout cela dans l’immédiat c'est : comment je fais pour réussir à m'endormir ce soir ? Ben oui ! Moi aussi j'en ai pris l'habitude. Et contrairement à la semaine dernière, là je me souviens de tout.
Tout comme je me souviens très bien de la 1ere phrase que tu m'a dites la première fois ou nous sommes rentrées dans le château.

« La parole que tu gardes est ton esclave, celle que tu as lâchée devient ton maître ». Et bien crois moi, aujourd'hui cette phrase me fait l'effet d'une bombe. Esclave de la parole que je garde ? Tu ne crois pas si bien dire....

…....

N'en dit pas plus. Je vois très bien de quoi tu parles. Aujourd'hui je le voit, parce qu'à l'époque, l'aveugle c'était moi.
…....

95/ 25 AVRIL
Les vacances sont terminées. Vraiment terminées. Non seulement les cours reprennent demain matin, mais on a rendez vous avec le professeur demain après midi.
Il doit nous dire si l'intervention chirurgicale est possible ou pas. Et si ce n'est pas le cas je vais devoir t'expliquer que je ne recommencerai pas un nouveau traitement. Le dernier m'a presque tuée. C'est terminé on arrête. On ira au cinéma on regardera des vidéos, on partira en vacances mais tu ne passeras plus tes journées à l’hôpital avec moi.
Oui je sais ce que je risque. Je le sais ! Aphasie, paralysie, tétraplégie, AVC, hémorragie cérébrale... la liste est longue. Mais peu importe lequel d'entre eux sortira de la liste, j'espère juste que ce sera suffisamment violent pour m'achever. Et si vraiment ce n'était pas le cas, tu sauras quoi faire. Ou plutôt... d'ici là, je me serais arrangée pour que tu le saches.

L'autre alternative c'est que le professeur nous dise que l'intervention est possible. Cette idée me ferait presque encore plus peur . Pourquoi ? Parce que les risques sont les mêmes, à la différence que l'on programme la date. Un peu comme on programme une exécution.
Pour quels bénéfices ? Plus de traitements lourds et une espérance de vie beaucoup plus longue. J'avoue que c'est tentant mais … j'ai l'impression de jouer ma propre vie à pile ou face.

Conclusion, je n'ai aucune idée de la décision à prendre. Mais ne brûlons pas les étapes. Attendons déjà de voir ce que le professeur va nous dire. Ensuite et seulement ensuite, on pourra y réfléchir. Si décision il y a, alors on en parlera. Et on décidera ensemble, parce que je refuse de décider toute seule. Toi aussi tu es concernée dans cette histoire. Si au final c'est moi qui t'abandonnes, je veux que tu saches pourquoi et surtout que tu ne passes pas le reste de ta vie à culpabiliser.

….....

Encore une fois tu voulais me protéger. Cela ne m'avait pas frappé, mais tu as passé 4 ans à réfléchir pour prendre les décisions qui me ferait le moins souffrir.
…....

96/ 26 AVRIL
Je n'oublierais jamais le sourire sur ton visage quand il nous a dit : « Bonne nouvelle ! On peut enfin vous opérer ». Personnellement, c'est la suite que je trouve moins réjouissante. Si tout va bien on peut espérer extraire 80% de la masse. Oui ! Et moi avec des « Si » je suis millionnaire. On peut... espérer ? Ben vous avez raison d'y croire il paraît que l'espoir fait vivre. Mais... parce que bien sur il y a un mais, en cas de complications il faudra pratiquer une craniotomie. Alors là... rien que le mot terroriserai n'importe qui. Ouvrir la boite crânienne à la scie ? C'est une plaisanterie ? Je ne sais pas si vous êtes au courant mais sous la boite crânienne il y a 12 ans de scolarité, la fac, presque 20 ans de basket et surtout tout mes souvenirs. Je dois prendre le risque de devenir débile pour vivre 6 mois de plus ? Le risque de passer 6 mois sur un lit d'hôpital ? Et 6 mois c'est en ayant beaucoup de chance. Sérieusement ? C'est ça l'objectif ? Il doit y' avoir une erreur dans l'énoncé.
Et la meilleure de toute ? L'intervention ne peut pas se pratiquer ici. Non elle doit se faire à l'autre bout du pays. Là, ou tu ne pourras pas m'accompagner. Et tous les deux vous voulez que j'accepte ? Vous êtes devenus fous ? On passe au maximum 34h d'affilée sans se voir depuis des mois et vous voudriez que je parte 1 mois ? C'est juste une blague ?
…....

Je me doute que tu n'as pas compris pourquoi je me suis mise en colère. Mais je ne peux pas partir à 800 km pendant un mois. Je ne peux pas et  je ne veux pas. Et si j'en suis là c'est à cause de toi. C'est vrai que dit de cette façon on pourrait croire que c'est un reproche. Ce n'est pas le cas. Plus exactement ce n'est pas à cause de toi mais à cause de mes sentiments pour toi. Je ne supporterais pas d'être séparée de toi pendant un mois. Je le sais. Je me suis habituée à t'avoir à mes cotés et je suis devenue dépendante de toi. Alors partir sans toi c'est non !

Mais comme bien sur tu n'as aucune conscience de tout cela, forcément tu ne comprends pas. Résultat ? On s'est disputées. Et c'est la dernière chose que je voulais. On a finie par s'engueuler parce que je n'arrive pas à te dire ce que je ressens. C'est vraiment ridicule !
…...


Cette dispute était ridicule, c'est exact ! Mais pourquoi tu n'as rien dit ? Tu as préférée qu'on s'engueule plutôt que de m'avouer tes sentiments. C'est l'éventualité de ne pas t'en sortir qui t'as empêché de parler ? Je pense que oui.
…....

97 / 6 JUIN
Je t'avoue que lorsque madame je sais tout est venue me trouver pour me dire qu'elle devait absolument me parler à ton sujet, et que c'était extrêmement important, j'ai vu rouge. Mais... qu'est ce que tu fous ? Tu écris pendant les cours ? Au lieu de suivre correctement, alors que l'on est à moins d'un mois du Bac? Je n'ai pas bien entendu là ? Moi aussi il m'arrive d'écrire en cours. La preuve ! Mais moi je peux.
Je ne sais pas ce que tu as écrit, étant donné que je ne les ais pas encore lus. Mais vue sa réaction je devrais peut être le faire. Selon elle, tes textes sont très clairs. Maintenant elle comprend tout. Tout s'explique ! Je veux bien, mais expliquer quoi ? Ah oui ! Parce que madame est aussi psychologue. Sa théorie ? Je me suis retenue de ne pas rire. Tu souffrirais énormément du fait que ta mère soit atteinte d'une maladie grave. D'ailleurs.. pourquoi grave ? Malade tout court c'est déjà bien assez non ? Mais ce n'est pas tout. Privée de l'affection maternelle tu aurais cherchée un substitut et effectué un transfert affectif sur moi. Théorie intéressante... mais totalement fausse. Quoique... pour l'affectif à mon égard...il y a peut être un fond de vérité.  Et madame aurait deviné tout cela rien qu'en lisant tes textes ? Même si l'idée me déplaît,  je vais peut être les lire quand même.
…....

Théorie intéressante il est vrai. Mais totalement fausse, c'est vrai aussi. Elle était totalement à coté de la plaque.
Et oui j'écrivais en cours. Je voulais que tu acceptes cette intervention et je ne savais plus quoi faire ni quoi dire pour te convaincre. Alors ce que je pensais, je l'écrivait. Pendant le cours de Français ce n'est peut être pas la meilleure idée que j'ai eu mais ses cours étaient sans aucun intérêt alors il fallait bien que je m'occupe.
….....

98/ 8 JUIN
J'hésitais à lire tes textes parce que j'estime que si tu l’écris c'est soit, que tu ne peux pas m'en parler, soit que tu as choisie de ne pas le faire. J'avais raison.... Et au final, je ne sais pas si j'ai bien fait de les lire. Comme je m'en doutais, notre chère copine n'a rien compris. Mais moi oui ! Ce qui me fait le plus mal ? C'est de savoir que tes mots sont plus que sincères. Tu les choisie ni pour la rime, ni pour faire jolie. C'est uniquement ce que tu as dans la tête au moment où tu as le stylo dans les mains. Tu n'aimes pas le Français ? Et bien quand je lit ça, je me dit que cela doit vraiment venir de l'enseignant. Mais il y a quand même une chose où elle avait raison. Effectivement, tes textes sont très clairs.
« Arrête de déconner ou ta mort va nous séparer ».
Cette phrase résonne encore en moi, elle résonne depuis 2 jours. Mais ma mort nous séparera forcément un jour. Je le sais et tu le sais aussi. Peut être pas totalement mais physiquement c'est une certitude. Mais si je comprends bien tu voudrais que ce soit le plus tard possible. Tu veux repousser le destin ? Mais pourquoi ? Tu ne veux pas me voir partir maintenant ? Je vais être honnête, je ne suis pas prête à te quitter non plus. Et je ne sais pas si je le serais un jour. Mais il y a des choses que l'on ne décide pas, que l'on ne contrôle pas. C'est comme ça, c'est tout.
…....


Que ta mort nous séparerais un jour, je le savais ; Je l'ai toujours su. Mais ce que je voulais, c'est partager un maximum de temps avec toi, vivre le plus de choses possible, apprendre et découvrir à tes cotés.
Et... tu avais raison, je n'étais pas prête à te laisser partir.
…....

99/ 16 JUIN
Tu passes l'épreuve de Français dans 6 jours et la seule chose qui te préoccupe c'est mon intervention. Tous les jours tu me répète, que malgré les risques il faut le faire. Comment tu peux me dire un truc pareil avec autant de certitude ? Je sais que cette intervention te terrorise autant que moi... voir plus, alors pour quelle raison tu insistes autant ? Et si seulement tu étais la seule.. mais non ! Tous les soirs j'ai le remake de ton discours par mon frère. Vous y tenez donc quand que cela, à m'envoyer sur le billard ?
…...


Évidemment qu'on y tenait. Pour la simple et bonne raison que c'était ta seule chance.
….....

Je ne voulais pas prendre cette décision toute seule, c'est vrai ! Je voulais votre avis, je voulais qu'on en parle. Mais depuis 3 semaines on ne parle plus que de cela. Votre avis ? Je l'ai, j'ai bien saisie. Vous êtes vraiment deux emmerdeurs. C'est bon ! Stop ! J'ai compris. Vous avez gagné.

« Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets », c'est moi qui t'ai appris cette phrase. Et aujourd'hui c'est toi qui l'utilise. Mais tu as raison, je n'ai aucune envie de me réveiller un matin en me disant que l'on aurait du essayer.
Mais je suis morte de peur. L'intervention me fait peur, l'idée d'être loin de toi me fait peur, l'éventualité de ne pas me réveiller me fait peur... mais tu as raison il faut essayer.
….....

Pour une fois que tu avoues que j'avais raison. Je le prend comme un compliment.
….....

100 /21 JUIN
Tu voulais prendre le train pour te rendre aux oraux ? Je crois que j'aurai tout entendue. N'importe quoi ! Je viens avec toi. Évidemment que je viens avec toi. Combien de fois tu m'as accompagnée à l’hôpital ? Je te dois bien cela. Et puis... entre creuser une tranchée dans le sol en me demandant comment ça se passe, ou venir avec toi, le choix est vite fait. J'espère juste, ne pas me retrouver nez à nez avec Jeremy. Parce que lui, il sera obligatoirement là.
Cela dit, étant donné la manière dont je me suis comportée avec lui, je lui doit peut être une explication. D'autant plus qu'aujourd'hui beaucoup de choses ont changées et il n'y a aucune chance que ses paroles m'atteigne. Alors au contraire, tomber sur lui serait peut être une bonne chose.

….....

Il aura fallu que je lise tes textes pour connaître le prénom de ton ex. On a parlé de tout. De la vie, de la mort, de cinéma, de littérature, de psychologie, et de bien d'autres choses mais tu ne m'a jamais parlé de lui. J'ai toujours pensé que tu l'avais rayé de ta vie et je n'ai jamais compris pourquoi. Que s'est il passé réellement avec lui ?
….....
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Dim 7 Avr - 23:04
Troisième été

101/ 22 JUIN
La première personne sur qui je tombe en arrivant ici ? Évidemment il a fallu que ce soit lui. C'était un hasard ? Je t'en foutrai du hasard... lequel ? Le hasard n'existe pas. Il n'a jamais existé.  C'est juste le mot magique que l'on utilise pour décrire ce que l'on ne peut pas expliquer. Je pensais que le revoir me ferais quelque chose mais en fin de compte... non. Je me moque de ce qu'il fait, de ce qu'il pense, ou même de ce qu'il devient. Et pire.. je le trouve inintéressant. On a discuté quoi ? 30 minutes ? La demie heure la plus longue, depuis la salle d'attente des consultations. En revanche, lui m'a dit que j'avais l'air d'aller bien, que j'avais l'air d'être heureuse et qu'il était content pour moi. Oui je vais bien, en tout cas pour l'instant. Oui je suis heureuse, je suis même très heureuse. Un peu frustrée, mais heureuse. Quand au fait qu'il soit content pour moi, alors là... si il savait à quel point je m'en moque.
Et pendant que je raconte ma vie, toi tu passes l'oral de Français. Et tu es là dedans depuis déjà 1H30. En somme, c'est quand tu veux... je ne bouges pas je t'attends. Et crois moi je t'attends de pied ferme. Pour deux raisons d'ailleurs. La première c'est que tu as plutôt intérêt d'avoir assuré, et la deuxième c'est que j'ai quelque chose à te dire. Après... je t'invites au resto'. Et la semaine prochaine tu n'iras pas en cour. Moi non plus d'ailleurs. Non ! La semaine prochaine elle est à nous. Et juste à nous. Parce qu'après je pars avec mon frère. Je pars avec lui, à l'autre bout du pays pour me faire opérer.
…....

Tu t'étais enfin décidée. Quand je suis sortie du bâtiment, je t'ai cherché du regard. Au milieu de la foule, c'est toi qui m'a trouvée. Tu m'as sauté au cou, tu m'as soulevé et tu m'a fait tournoyer. A tel point que je voyais des étoiles. Pourquoi as tu fait ça ? Tout simplement parce que tu étais heureuse de m'annoncer ta décision. Et en y repensant, je crois que ce moment restera l'un de mes plus beaux souvenirs. Il signifiait que tu avais décidé de prendre le risque. Prendre le risque de vivre. Rester à mes cotés le plus longtemps possible. Et rien ne pouvait me faire plus plaisir.
…...

102/ 25 JUIN
Je suis HS, ce match m'a épuisée. Si seulement ça pouvait m'aider à dormir cette nuit. Quand je ne suis pas malade, je deviens insomniaque. Je ne sais pas ce que je fais la nuit mais quand je vois l'état de mon lit le matin je comprends pourquoi je suis toujours aussi fatiguée. Je dois faire des combats de catch en dormant, je ne vois que ça.
…..


Combat de catch ou combat de boxe, choisie ce que tu veux. Mais je peux t'assurer une chose, c'était violent. Je crois que je m'en suis bien tirée, j'ai évité l'essentiel des mauvais coups.
…....

Demain après midi je t’emmène au bowling, je me sent suffisamment en forme pour te mettre une raclée. Même si j'avoue que ce n'est pas très difficile. Mais c'est bien tu n'es pas mauvaise perdante, pas comme moi. Moi j'aime gagner. Par pure satisfaction personnelle. Et mardi tu veux faire quoi ? On pourrait aller au cinéma non ? Et je crois que je ne vais pas rentrer chez moi cette semaine, je vais rester à l’hôtel, je gagnerais du temps pour venir et repartir de chez toi. Ce sera beaucoup plus simple. Je n'ai ni chien, ni chat à nourrir alors à quoi bon rentrer ? Même pas un poisson rouge...

La bonne nouvelle c'est que l'année scolaire est finie. Le lycée c'est terminé pour cette année. La mauvaise, c'est que je pars dans 8 jours pour peut être ne jamais revenir...
…..

Cet après midi je voulais faire un peu de rangement. Et comme l'année est terminée, je voulais ranger mes cours avec les autres. Mais... j'ai laissé le dernier sorti. Pourquoi ? Pour pouvoir t'écrire. Et je viens de réaliser une chose. Depuis presque trois ans j’écris dans ces classeurs. Je t'écrie à toi. Je refuse de te laisser des photos ou des bibelots qui prennent la poussières et tu sais très bien pourquoi. Mais si il y a une chose qui restera de notre histoire c'est bien celle là. Et je sais qu'un jour tu les lira. Un jour... quand je ne serais plus là.
…...


Tu avais raison...... une fois de plus....
…..

103/ 27 JUIN
J'imagine cette conversation depuis un moment. Je l'ai même imaginée des dizaines de fois. J'ai cherché le meilleur moyen de t’expliquer tout ça, sans te faire du mal. Mais peu importe les mots où la manière de te le dire je sais que c'est difficile à entendre. Mais je pars dimanche, pour peut être ne jamais revenir, alors je n'avais plus choix, il fallait que je t'en parle. Même si tu t'es mise à pleurer, je sais que tu as compris et je sais que tu feras le nécessaire... quoi qu'il arrive. Cette idée te fais peur ? Et bien heureusement ! Ça prouve que tu es lucide. Mais je sais que tu en seras capable. Comment je peux en être aussi certaine ? Tout simplement parce que même si tu refuses de l'avouer, pour moi tu ferais n'importe quoi, et je le sais.

…....

Je ne pourrais jamais oublier cette conversation. Ce jour là tu m' as demandé de te laisser partir si il n'y avait aucun espoir. Et de faire le nécessaire pour débrancher les machines si la situation s'était présentée. Je sais à quel point il a été difficile pour toi de me demander une chose pareille. Mais c'était aussi une magnifique preuve de confiance, pour ne pas dire une preuve d'amour.
…....

104/ 28 JUIN
Vendredi soir c'est la fête du lycée et je pense à cette soirée depuis 8 jours. Pourquoi ? Parce que c'est la dernière soirée que l'on va passer ensemble. L'idée ne me réjouie pas mais si c'est la dernière alors autant que cette soirée soit remplie de bons souvenirs. D'ailleurs je sais ce que je vais mettre. J'ai hâte de voir la tête que tu vas faire. J'adore quand tu me regardes de cette façon. Je ne devrais pas ? A cause de mes collègues, des élèves... oui, sans doute. Mais si je le fait ce n'est pas pour eux. C'est pour toi et pour moi. Et puis on est plus en cours alors je m'habille comme je veux.
Autre chose.... on va y aller avec les trois mousquetaires et ça me fait très plaisir. Ils sont super ! Mais que les choses soient claires : c'est avec toi que j'y vais. Et je ne vais pas te lâcher.

…....

Tu n'avais pas besoin de l'écrire. Étant donné ton comportement a cette soirée tu t'es très bien fait comprendre. Tu voulais passer cette soirée avec moi et personne d'autre. Au moins une chose que j'avais comprise.
…....

Si j'osais je profiterai de cette soirée pour te faire comprendre certaines choses, mais je ne suis pas certaine d'avoir le cran de le faire. Ou alors, seulement après quelques verres de punch....
Et puis... te dire ça maintenant alors que je pars dimanche en étant pas certaine de revenir, je ne suis pas sure que ce soit une très bonne idée.
…...


Je peux comprendre que tu ne m'aies rien dit ce jour là, mais après ? A ton retour...
…....

105/  2 JUIL
Mes affaires sont prêtes. Mon frère est en train de charger la voiture mais je voulais encore t'écrire avant de partir. C'est peut être même les derniers mots que je t'écrirai. Je veux que tu saches que chaque moment, chaque instant, chaque minute passé à tes cotés restera accroché à ma mémoire comme un rêve. Les 3 dernières années sont les plus belles que j'ai vécue et j'aurai vraiment souhaité qu 'il y en ai beaucoup d'autres. Ce sera peut être le cas et je l'espère vraiment. Mais si malheureusement ce n'est pas le cas, alors saches que je ne regrette rien, rien du tout.
Je t'ai écrit une lettre, mais quand tu la lira moi je serais loin. Je ne voulais pas partir sans te dire certaines choses. Mais tu verras, tu liras toi même.
Il faut vraiment que l'on y aille mais je n'arrive pas à poser mon stylo. Poser le stylo c'est te laisser et je ne veux pas. Je n'ai pas le choix ? Je le sais.
Te voir partir hier midi à été affreux. Je ne voulais pas que tu partes, je ne voulais pas que tu me quittes. Cette semaine a été géniale et je n'avais aucune envie qu'elle s'arrête. C'est un rêve qui s'arrête brutalement à la sonnerie du réveil et qui me ramène à la réalité. Une réalité que je n'aime pas. Tu vas passer les prochaines semaines seule, à broyer du noir... et ne me dit pas le contraire. Et moi je ne pourrais ni te voir, ni te parler. Je ne suis pas certaine de réussir à le supporter.
Pour l'heure, il faut vraiment que je te dises au revoir. Mon frère commence à s'impatienter.
Alors.... tout simplement : au revoir....

Ps : Le baiser, je l'emporte avec moi.... merci.
…...


Pourquoi tu me dis merci ? C'est toi qui m'a embrassée. Soit disant pour faire enrager ma prof de Français. Mais cette version est un mensonge. Ma prof de Français n'avait rien a voir avec ce baiser. Et tu le sais aussi bien que moi. N'essaye même pas de me faire croire le contraire. Tu voulais m'embrasser... au moins une fois, avant de partir. N'oublie pas que j'ai lu ta lettre. Et même si tu l'as écrite bien après, je crois qu'elle est suffisamment claire.
…....
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Dim 7 Avr - 23:05
Lecture amère

En haut de chacun de tes textes il y a une date. Je connais l'histoire et je sais exactement où l'on en est. Ce qui signifie que je sais ce qui nous attend. Je sais quelle partie de notre vie je m’apprête à lire. Séparées par la distance je ne pouvais qu'imaginer ce que tu ressentais. Maintenant tes mots vont remplacer l'imaginaire par la vérité. Je veux savoir, mais je crois qu'il faut que j'inspire un grand coup. Un peu comme si je devais prendre mon élan.

106/ 3 JUILL
Et bien cette fois, on y est. Ça ressemble à ça le couloir de la mort ? Parce que c'est vraiment l'impression que j'ai. Mon frère vient de partir, il va s'installer à l'hôtel. Il s'est occupé de mon admission et il m'a rangé toutes mes affaires. C'est bizarre... bizarre parce que je sais que d'habitude c'est toi qui t'en occupe. Quand j'étais dans le coma c'est toi qui t'ai occupée de tout. Je le sais parce que mon frère me l'a dit.
Il viennent de m'apporter mon dernier repas. Une soupe.... super ! Si c'est vraiment mon dernier repas, j'aurais préféré un plateau de fruits de mer. Cela dit, le manger sans toi.... bof !!!
J'aurai des milliards de choses à te dire, des milliers à t'écrire, mais je n'ai pas les mots qu'il faut.

En venant, sur la route mon frère m'a demandé ce qui s'était passé la semaine dernière. Je ne sais pas pourquoi il m'a posé cette question, mais... il me connaît. Il n'a pas insisté, mais si je m en sort je pense que je suis bonne pour un interrogatoire en règle.

Si je m'en sort... ce qui est loin d'être une certitude. Si tu savais comme je voudrais que tu sois là. Toi aussi ? Je le sais. Et oui ! On a dépassé les 34h donc forcément tu me manques. Tu me manques et je suis morte de trouille. Ce n'est pas le fait de subir une intervention, ni l'anesthésie qui me fait peur, c'est après. Après si je me réveille débile, ou à l'état de légume, il se passera quoi ? Ou pire... si je reste sur la table ?  C'est mon frère qui va devoir te l'annoncer ? Au téléphone ?  Mais c'est juste horrible. Lui ici, toi là bas, et moi.... moi, plus rien. Tracé plat, fini...
Et puis ils m’énervent à tous me souhaiter bonne chance. Comme si la chance avait quelque chose à voir là dedans. Faites votre boulot ce sera déjà pas mal. Je veux bien faire confiance aux connaissances et aux compétences, mais si maintenant il faut aussi compter sur la chance, et bien on est mal barrées.
…..

L'une des choses qui me manque le plus c'est celle là : ton humour. Ta manière de voir la vie, de voir les choses simplement telles qu'elles sont.
…....

Je vais être opérée demain matin, je dois me reposer et je devrais déjà dormir. Ils ont tous appris le même discours par cœur ici ou quoi ? Je sais qu'il est 2h du matin mais non je ne dors pas. Et alors ? Et non je ne veux pas de cachet. Je n'en prend pas assez comme ça ? Si je m'en sort j'espère qu'ils ne vont pas me surveiller de cette façon pendant trois semaines. Parce que si ce n'est pas l'intervention qui va me rendre cinglée ce sera le personnel.
…..


Au moins tu avais gardé ton sale caractère. Mais je pense qu'il y a une erreur dans ton discours. Ce n'est pas le personnel qui allait te rendre cinglée. Non ! A mon sens c'est plutôt le contraire.
…....

J'attends patiemment l'heure de mon exécution. J'ai déjà le costume. Tu sais le costume de Schtroumpf ? Ben aujourd'hui c'est moi qui le porte. Mais dans quelques heures j'aurais changé de costume. Si tout va bien j'aurais droit à une jolie chemise bleue, sinon.... ben je finirais dans un sac. Tu préfères la chemise ? Oui moi aussi. Mais non ! Toi je sais ce que tu préfères, c'est ma robe noire. Allez.... avoue ! Je raconte n'importe quoi, je suis désolée. Mais si ce n'est pas l'intervention qui me tue, c'est l'attente qui va finir par le faire.
Mais plus sérieusement, il y a quand même une chose que je voudrais te dire. Si je dois fermer les yeux et ne jamais les rouvrir, la dernière chose que je verrais, c'est toi...dans mes souvenirs.

…...

Alors là, je dois admettre que tu as fait très fort. Ce que je viens de lire est horrible et en même temps j'ai rarement autant rie. Tourner en dérision un sujet aussi dramatique. Comment tu faisais ? Ou trouvais tu cette force ?
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Schrtoumpfy
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Dim 7 Avr - 23:18
L'espérance

107/ 6 JUILL
Je suis toujours vivante. Et tu avais raison. Tu m'énerves, mais tu avais raison d'avoir confiance. Parce que l'intervention est une réussite. Mais je suppose que mon frère t'as déjà fait un rapport médical détaillé. Donc tu sais tout. Peut être même plus que moi d'ailleurs. Comme toujours le patient c'est toujours le dernier au courant.

Tu veux savoir comment je vais ? Bien, je vais bien. Le drain dans les narines c'est franchement désagréable et ça fait mal, mais avec les antalgiques c'est supportable. Je me bats en permanence avec le tube de la perfusion, chose qui m'énerve passablement . Vivement qu'ils me l'enlève celle là. Mais à ce que j'ai compris ce n'est pas pour tout de suite. Dans ce cas ils auraient pu piquer de l'autre coté, parce qu'a droite c'est franchement chiant. En même temps la veine va finir par claquer, au moins après ils iront de l'autre coté. Et bien sur ils m' ont encore passé un 38 tonnes dans la gorge, je n'arrive même pas à avaler ma salive.
Mais le pire c'est de ne pas pouvoir te parler. Mon frère dit que j'ai la voix d'un canard a qui on aurait tordu le cou. Et il trouve ça drôle en plus. Mais ce n'est pas tout a fait faux. Ils ont du m'anesthésier à l'hélium. Oui, je sais que ça va passer. Mais quand ? C'est maintenant que je veux te parler, maintenant que je veux t'entendre, parce que... parce que j'en ai besoin.
…...

Je sais que mon frère t'as appelé ce matin. J'espère que tu vas bien et qu'il a réussi à te rassurer. Bien évidemment je préférerais te le dire de vive voix mais je vais bien, je me sent bien. Un peu fatiguée mais je vais bien.
Et puis y' en a marre ! Pourquoi lui il a le droit de te parler et pas moi ? Ma voix ? Oui d'accord. Mais mes oreilles elles vont très bien. J'ai le droit de t'entendre au moins ? Ou ça aussi c'est trop demander ?
Attend voir qu'il revienne, je vais lui expliquer comment je vois les choses.
…...

Tu me fais rire. Encore aujourd'hui... tu arrives à me faire rire. Parce qu'en lisant tes mots je peux entendre le son de ta voix. Je t'entends t'énerver après ton frère avec cette voix de canard. Imagine Donald1 qui pète un câble et tu comprendras pourquoi je rigole.
…....

108/ 7 JUIL
C'est quoi cette histoire ? Tu as demandé à mon frère de s'occuper de mes chèques de loyer de juillet/ Août et de ma déclaration d’impôts avant que l'on vienne ici ? Tu descends de quelle planète toi ? J'allais passer sur le billard. Et c'est bien la dernière chose qui m'est venue à l'esprit. Et... c'est la raison pour laquelle tu t'es aussi occupée de ça à ma place. J'hallucine ! T'es incroyable. T'étais convaincue que je m'en sortirais ? Ou tu l'espérais ? Dans le doute tu as fait ce qu'il fallait c'est ça ? Merci. C'est pour ce genre de choses que tu m'énerves quand tu dis que tu n'as que 18 ans. Tu le dis toujours comme si tu t'en voulais de n'avoir que 18 ans. Ben moi à 18 ans je ne pensais ni à mes impôts, ni à mon loyer.
Alors arrête ! L'age, la maturité et les responsabilités sont 3 choses différentes. Je me fou de ton age. Tu vas te le rentrer dans le crane ou il faut que je te fasse une craniotomie ?
T'es plus responsable que moi, quand à la maturité.... alors là tu m'excuses mais certains n'atteignent jamais ce niveau même à 50 ans. Alors arrête de me sortir ce genre de conneries.

….....

Tu crois que je ne suis pas au courant que c'est toi qui a demandé à mon frère de remplir mon frigo quand je suis sortie de l’hôpital ? Ce n'est pas toi non plus qui a préparé les papiers pour la pré-admission ici ? Qui a récupéré les certificats d'hospitalisation de ma dernière hospitalisation et envoyé les factures à la mutuelle ? Le remboursement il est tombé du ciel ? Les dépassements d'honoraires on en parle ? Alors arrête ! Tu pensais que je ne le savais pas ? Ben si tu vois. Mon frère me l'a dit. Je pensais que c'était lui, je me suis trompée. Mais j'aurai du m'en douter.

Et puis c'est quoi ton problème avec le fait que tu n' ais que 18 ans ? Parce que moi j'en ai 8 de plus ? Peut être, mais jusqu'à preuve du contraire, pour l'instant je suis incapable de faire mes lacets toute seule. Pourtant un gosse 6 ans peut le faire. Alors tu vois l'age finalement ce n'est pas très significatif.

Depuis combien d'années tu fais toi même ton ménage et ton linge ? Depuis que je te connais c'est sur. T'en connais beaucoup toi, qui font leur ménage et leur linge à l'age de 16 ans ? Parce que ta mère te l'imposait si tu voulais sortir ? Oui, mais dit lui merci. Tu n'as pas de salaire et très peu de dépenses mais pourtant tu notes tout tes mouvements bancaires sur ton petit cahier. Si je te laissais faire tu ferais encore mes comptes, chose que moi je ne fais jamais. T'es parfaitement autonome, complètement responsable. Tu n'as besoin de personne, ce qui pour le moment, n'est pas mon cas. Alors arrête de me dire que tu n'es pas suffisamment responsable ou pas assez mature parce qu'un jour tu vas vraiment en prendre une.

…...

C'est bon ! Ce n'est pas la peine de t'énerver. D'autant plus que tu t'énervais toute seule dans ton coin, parce que j'étais à 800 km.
Je ne t'ai jamais dit que je m'était occupé de tes papiers avec ton frère parce que pour moi tu n'avais pas besoin de le savoir. L'essentiel c'était que quelqu'un s'en occupe. Je ne pensais pas que cela te surprendrais à ce point là. Je n'ai rien fait d'extraordinaire, contrairement à ce que tu penses.
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109/ 8 JUIL
Mon frère est venu me voir ce matin mais il est reparti, il voulait faire quelques courses. J'ai passé l'IRM hier, tout va très bien. Le chirurgien est satisfait. Maintenant ils disent qu'il faut attendre de voir ce qui se passe pour pouvoir réadapter mon traitement. Si je pouvais me passer des injections ce serait déjà une bonne chose. Parce que moi et les aiguilles.... Et puis ce serait ça de moins dont tu n'aurais plus à t'occuper. Parce que si tu n'étais pas là je ne les ferait pas. D'ailleurs, je ne vais pas te mentir quand tu n'es pas avec moi je ne les fait pas.

Mais si ils pouvaient déjà m'enlever le drain j'apprécierais. J'en peux plus d'avoir ce tuyau dans le nez. Pour respirer c'est une horreur.Je ne peux pas me lever à cause des câbles. Je peux à peine bouger dans mon lit parce que je tire sur les tuyaux. Le tube de la perfusion fait des nœuds avec les câbles du scope. Enfin bref ! Vivement que ça dégage.
Et le comble c'est que j'ai vraiment l'impression d'être un animal de foire. Hier j'avais 12 médecins dans ma chambre. Oui on présente le « cas » aux internes. Ils étaient tous plantés en face de moi à exposer mon dossier médical comme si je n'étais pas dans la pièce. Franchement ils feraient ça dans un bureau ce serait pareil. Parce que personnellement moi mon dossier je le connais. Pas besoin qu'on me le récite. Et puis c'est vexant en fait. Est ce que je leur demande combien ils pissent par jour moi ?
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Mon frère est parti depuis 2h en disant qu'il n'en avait pas pour longtemps qu'il n'avait que deux,  trois bricoles à acheter. Je crois plutôt qu'il achète le magasin. Bon, au moins dans l'intervalle il ne me pose plus de questions. Parce que là  c'est bon ! Il se comporte comme quand j'avais 15 ans.
Pourquoi  je pleure ? Qu'est ce qui ne va pas ? Pourquoi je ne veux rien lui dire ? Et comment veux tu que je lui réponde ?


Oui il va falloir qu'on parle. C'est vrai ! Mais il n'y a pas d'urgence. Si j'ai bien compris, maintenant on a le temps. Alors oui on parlera, mais quand moi je l'aurai décidé. C'est à dire quand j'aurais trouvé les mots et surtout quand tu seras prête à l'entendre. Je n'ai aucune envie de te faire fuir. Et je ne prendrai pas ce risque. Si je dois attendre 2 mois ou 2 ans, peu importe j'attendrai, mais je ne veux pas te perdre.
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Mon frère avait une course à faire ? Mais bien sur !! Vous êtes des bons menteurs tous les deux. Tu m'as dit quoi hier soir au téléphone ? «  Tu me manques, je t'embrasses et a demain » c'était bien cela ?
Je te manquais au point de faire 4H de tgv ? A priori oui. Tu m'embrasses ? Là... j'attends... Mais... me retrouver dans tes bras aujourd'hui.... merci. Merci d'être venue, merci d'être toi, merci d'être là, merci d'être toujours là.
Quand je t'ai vu dans l'encadrement de la porte, j'ai cru que mon cœur allait s'arrêter de battre, qu 'il allait exploser. Pour moi c'était impossible que tu viennes ici, mais tu l'as fait. Et je ne voulais pas que tu partes ce soir. J'ai retenue mes larmes, mais j'aurais voulue que tu restes avec moi. La porte à peine refermée derrière toi je pleurais comme un bébé. En fait, je crois que je ne veux plus te voir partir tout court. Je veux que tu restes avec moi. Je ne veux plus te déposer chez tes parents, je ne veux plus te laisser sur un trottoir pour rentrer seule chez moi. Je ne veux plus être seule, je veux être avec toi. Oui je sais ! Tes parents, le lycée... je connais le scénario par cœur, mais on peut rêver non ? C'est  toi qui m'a appris à rêver, c'est toi qui réalise mes rêves depuis 3 ans, alors peut être que celui là deviendra un jour réalité.

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Impossible de retenir mes larmes. Réaliser tes rêves, j'aurai souhaité pouvoir le faire bien plus longtemps. J'aimerai avoir encore aujourd'hui l'occasion de le faire mais malheureusement on ne refait pas l'histoire.
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110/ 9 JUIL
Je suis réveillée depuis 6h du matin. Et crois moi, ici on ne te réveille pas avec les croissants. Non ! C'est plutôt avec un thermomètre et une aiguille. Mais je me rends compte que....Miracle ! Ma migraine a disparue. Comme si un voile devant mes yeux venait de se lever. Je peux enfin regarder le soleil sans avoir mal. Est ce que ça signifie que l'on va pouvoir vivre normalement ? Sans être obligées de faire attention à tout ? C'est possible de tenir une conversation sans utiliser les mots traitement, médecin ou hôpital ? Même si je sais qu'à plus ou moins long terme ces mots reviendront hantés nos conversations, je voudrais juste qu'ils disparaissent au moins pour quelques temps. Quelques années ce serait déjà pas mal. Tu crois vraiment que c'est possible ? Tu me dis que oui mais tu y crois vraiment ou c'est uniquement pour que moi j'y crois ?
Depuis 2 ans, je dors dans tes bras parce que c'est la seule chose qui calme mes migraines. Mais aujourd'hui ? Aujourd'hui je peux enfin me jeter dans tes bras parce que je le veux, et non plus uniquement parce que ça me fait du bien. Et rien que pour cette raison, oui ça valait le coup de passer sur le billard.


Tu viens dans 1h ? C'est long 1h, ça fait 60 minutes et c'est long 60 minutes. Mais ils ont dit pas de visites avant 9h, donc tu ne seras là qu'à 9h. Mais je sais que tu seras là à 9h pile et que je ne t'attendrais pas une minute de plus.

En revanche, ce qui m’inquiète c'est que tu vas devoir repartir. Et là.... je ne donne pas cher de moi-même.
Oui mon frère sera là, je sais qu'il va rester avec moi, mais parlons en de mon frère. Je suis bonne pour un nouvel interrogatoire. Pourquoi je rie, pourquoi je pleure ? Pourquoi ? Et bien... parce que je ne supporte plus d'être loin de toi. Parce qu'à chaque fois que tu fermes une porte j'ai l'impression qu'elle ne se ré-ouvrira jamais. Parce qu'à chaque fois que tu me dis au revoir j'ai l'impression de me faire larguer. Parce qu'à chaque fois que tu m'embrasses sur le front, mon cœur s'arrête de battre. Il en faut d'autres des réponse ? Je peux en trouver plein d'autres. Mais comment veux tu que je dises ça à mon frère ? Il va me prendre pour une folle. Si il y a un sujet dont on a jamais parlé avec mon frère c'est bien celui là. Sans doute parce que l'idée ne m'a jamais traversée l'esprit. Sauf que maintenant ce n'est pas juste une idée, c'est tout simplement une certitude.
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Quelle certitude ? Que tu étais amoureuse de moi ? A la lecture de tes textes, je te le confirme c'était bien le cas.
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111/ 10 JUIL
Aujourd'hui c'est journée manèges. Et j'ai droit au pass VIP : scanner , IRM, scintigraphie et je ne sais quoi d'autre encore. En clair je vais passer la matinée parquée contre un mur dans les couloirs. Mais  cette fois je prends une couverture. On se  gèle dans les couloirs. Les portes automatiques qui s'ouvrent et se referment à chaque fois que quelqu'un passe ça fait légèrement courant d'air. Le bon coté c'est que je vais enfin sortir de cette chambre. Et avec de la chance, on pourra me libérer de toute cette câblerie et je pourrais enfin me lever. Parce que j'en ai un peu marre de regarder le plafond. Tu sais qu'il y a 26 dalles dont 3 de fendues ? Oui ! Je vais devenir cinglée. Tu vas me dire un peu plus ou un peu moins....
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Enfin libérée ! Mais je ne pourrais me lever que demain et je dois attendre le médecin. Tu crois vraiment que je vais attendre le médecin pour aller pisser ? Et demain je dois aussi voir l'endocrino2. Pourvu qu'il me supprime les injections c'est tout ce que je lui demande. Et tu veux savoir comment je vais ? Demande à l'infirmière. Elle pense que je dois absolument parler à l endocrino du fait que je pleure en continue depuis dimanche soir. Selon elle c'est probablement un dérèglement hormonal. Personnellement, je suis loin d'en être convaincue. Plus sensible ? Peut être, je ne dis pas le contraire mais la cause initiale n'a rien a voir avec mes hormones. Enfin quoique... en y réfléchissant bien peut être que si. Mais je doute que l'on pense à la même chose.
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Et tu pensais à quoi exactement ? On peut savoir ?
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112/ 11 JUIL
J'ai officiellement le droit de me lever. Alors on est descendu à la cafeteria cet après midi. Bon j'avoue, j'ai harcelé mon frère pour sortir de cette chambre. Il a fini par céder à condition de prendre un fauteuil roulant. Comme si j'étais une vieille mamie incapable de faire plus de 15 m à pieds. J'adore mon frère mais parfois il en fait un peu trop. Mais monsieur est médecin, il sait ce qu'il fait donc il ne faut surtout pas le contredire. Sauf que dans ce cas précis, le patient c'est moi, je vais très bien et je peux marcher toute seule. Si il tient tant à jouer à la poussette il n'a qu'à faire un gamin. D'ailleurs c'est vrai, il serait peut être temps qu'il s'y mette. D'autant plus qu'il sera un père génial. Mais si il attend trop longtemps je risque de ne jamais le connaître. Je suis pessimiste ? Non ! Même si aujourd'hui je vais bien ce ne sera pas éternel. Je ne suis pas stupide à ce point là.
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J'ai vu l'endocrino. Lui, je l'aime pas. Bonne nouvelle mon traitement va être beaucoup plus léger. Oui, sauf que je dois toujours faire des injections. Une par jour au lieu de trois, mais c'est déjà une de trop. Il m'a supprimé des médicaments mais j'en ai d'autres à la place. J'ai calculé, il y a quand même 14 comprimés par jour. Traitement allégé ? Bah on doit pas avoir la même conception des menus de régime.
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D'aussi loin que je me souviennes tu n'as jamais eu besoin de faire de régime. En guise de régime je crois que les différents traitements que tu as supporté étaient largement suffisants.
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113/ 12 JUIL
La bonne nouvelle c'est que je devrais pouvoir partir d'ici dans une dizaine de jours. La mauvaise c'est qu'ils refusent de me laisser rentrer chez moi. Il ont décidé de m'envoyer dans un centre de convalescence pour au minimum 3 semaines. Et tout cela bien sur sans me demander mon avis.
Et tu  veux savoir pourquoi ils ne veulent pas me laisser rentrer chez moi ? Parce que je vie seule, et que je dois absolument me reposer. Je le sais qu'officiellement je vie seule, mais ils me balancent ça comme si c'était un reproche. Je ne vois pas en quoi le fait de vivre seule m'empêcherai de me reposer.

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Qu'est ce qui te dérangeais le plus ? Le fait de réellement vivre seule ou l'impression que ce n'était plus vraiment le cas ?
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Je viens de comprendre. Le médecin vient de sortir de ma chambre. Il s'est pointé avec une liste d'interdictions longue comme un annuaire. Il aurait commencé par ce qui m'était autorisé, on aurait gagné du temps. Me faire à manger, étendre une lessive ou passer l'aspirateur... interdit ! Trop épuisant. Regarder la télé, lire ou même écrire... interdit ! Trop fatiguant pour mes yeux. En gros, si je résume j'ai le droit de dormir.
J'ai accepté de me faire opérer, dans l'espoir de pouvoir vivre normalement. Et là ? On veut m'envoyer dans un centre juste pour me donner mes médoc trois fois par jour et m'obliger à dormir. Une bonne dose de tranxène tous les matins et dodo toute la journée, c'est ça ? M'abrutir de médocs c'est ça le but ? C'est hors de question ! Pour que quand tu viennes me voir le soir, tu ais un zombie en face de toi ? Ah non ! Tu en a assez subit comme ça. Moi je veux rentrer.
Mon frère doit venir toute à l'heure. On va s'engueuler mais je n irai pas au centre.
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Celle là on l'avait vue venir depuis le début. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ton frère avait déjà organisé ta convalescence.
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114/ 13 JUIL
Il va falloir que tu t'expliques parce que je n'ai rien compris. Hier soir au téléphone, je m'attendais à t'entendre hurler en te disant que je refusais d'aller au centre. Mais ça t'as presque fait rire, je ne comprends pas. Tu ne m'a même pas demandé pourquoi.
Et il y a encore pire. J'ai dit la même chose à mon frère, il n'a même pas répliqué. Vous mijotez quoi tous les deux ? Je sais que mon frère te téléphone tous les jours. Il t'as raconté quoi ? J'espère juste, qu'il ne t'as pas dit que je pleure tous les jours parce que tu n'es pas là. Le reste, il peut te raconter ce qu'il veut ce n'est pas grave.

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Je ne dois pas m'inquiéter de la suite, vous vous occupez de tout. C'est quoi ce cirque ? Comment ça vous vous occupez de tout ? Quelle suite ? J'ai le droit de savoir ? Je suis très contente que tu t'entende aussi bien avec mon frère. Et je suis soulagée de savoir que mon frère n'est pas tout seul et qu'il peut compter sur toi. Mais vous n'auriez pas oublié un détail tous les deux ? C'est de moi qu'il s'agit. La première personne concernée c'est moi, alors la moindre des choses ce serait de me mettre au courant.
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Mais tu vas arrêter de râler deux minutes ? Si on complotait tous les deux c'était pour toi. C'était pour que ton frère obtienne l'autorisation de te ramener chez lui. Je pourrais presque croire que tu étais jalouse du fait que je m'entende aussi bien avec ton frère. C'est ridicule.
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115/ 14 JUIL
Devine ce que je vois de ma fenêtre. Un feu d'artifice... c'est magnifique ! C'est le premier que je peux regarder depuis 3 ans. Les flashs me faisait mal aux yeux, quand au bruit, le pétard c'est dans ma tête qu'il explosait. Mais aujourd'hui... Je peux le regarder sans plisser les yeux et sans avoir mal à la tête. Je regrette juste une chose. C'est que tu ne sois pas là pour le voir avec moi. Mais je pense à une chose. Les nuits de feux, tu connais ? C'est le concours international de feux d'artifice qui a lieu à Chantilly tous les deux ans. J'ai toujours voulu y aller mais ce n'était pas possible. Maintenant si ! Mes collègues m'en parle souvent. Il paraît qu'une fois que tu as vue les nuits de feux, tous les autres feux d'artifices te paraissent médiocres. A priori c'est grandiose ! Et j'ai hâte de voir ça. Alors la prochaine édition je t'emmène.

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Les Nuits de feux ? Vraiment ? Alors je vais te faire rire. On a malheureusement jamais eu l'occasion de les voir ensembles. Mais.... quelques années plus tard, en tant que secouriste, j'ai eu l'occasion d'y assister. Ensuite, j'ai assisté à chaque édition pendant 10 ans. Et je veux que tu saches que tu avais raison. Après les Nuits de feux, on ne regarde plus jamais un feu d'artifice de la même manière. C'est vraiment splendide. Chaque fusée t’éblouis les yeux, chaque détonation te remue les tripes et c'est une chose que l'on oublie jamais.
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116/ 19 JUIL
Ce n'est pas un hôpital, c'est une prison. Ils m'ont confisqué mes stylos. Pas le droit d'écrire. Ils sont pas net là dedans. Je ne peux pas te voir, on se parle 20 minutes par jour au téléphone, et en plus je n'aurais pas le droit de t'écrire ? Pourquoi m’opérer si c'était pour me tuer après ? Et puis si ils croient que me confisquer mes stylos va m'empêcher de t'écrire. Il suffisait d'en voler un à la cafétéria. J'aurai bien voulu l'acheter mais c'est mon frère qui a mon portefeuille.
Résultat j'ai l'impression d'avoir 12 ans et je me planque pour écrire à la lampe de poche. Ridicule ? Ah oui je confirme ! Vivement que je sorte d'ici. Normalement je sors vendredi. Mais pour aller où ? Ils ne m'ont encore rien dit. Mais je sent que ça ne va pas me plaire du tout. Tu viendras me voir ? Je sais que tu pars chez ton oncle début Août mais tu viendras me voir avant non ? Tu ne me laisses pas 3 semaines toute seule sans te voir ? Tu ne vas pas faire ça ?
Je crois que l’hôpital me rend stupide. Je connais la réponse. Je sais que tu ne me laisseras pas. Bien sur que tu viendras. Ce que je ne sais pas c'est quand.
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Tu as volé un stylo à la cafétéria ? Je rêve ! Mais non je ne suis pas surprise. Au contraire c'était tout toi.
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117/ 20 JUIL
C'est officiel, je sors demain. Enfin ! Et devine... je ne vais pas au centre. Mon frère me ramène chez lui. Mais... je pense que tu le sais déjà. Passer trois semaines chez mon frère ce n'est pas ce qui m'enchante le plus mais c'est toujours mieux que le centre de convalescence. Quand on part en vacances ensemble c'est génial, mais c'est les vacances. Là, c'est sa vie privée. Il est débordé de boulot, il y a sa femme et il n'a pas forcément besoin d'avoir un gamin à la maison dont il doit s'occuper. D'autant plus que si il occupe le peu de temps libre qu'il a à s'occuper de moi, je ne suis pas sure que ma belle sœur apprécie et je la comprend. Franchement, tu te vois toi, si on devait héberger mon frère pendant 3 semaines ? Tu sors de la salle de bain en débardeur ? Je ne pense pas. Et je n'ai aucune envie de m’immiscer dans leur vie privée ou de perturber leurs habitudes.
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118/ 21 JUIL
Il leur faut combien de temps pour imprimer une lettre de sortie ? On me dit que l'on m' apporte les papiers depuis presque 1h. Moi je suis prête, mon sac est prêt depuis longtemps. Mon frère sera là dans un quart d'heure et on a un peu de route à faire. Alors si ils pouvaient accélérer le mouvement ce serait bien.
Il faut vraiment que l'on parte d'ici. Je ne peux plus le voir en peinture cet hôpital. Et j'espère vraiment ne jamais devoir y revenir.
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On vient d'arriver chez mon frère. Ma belle sœur m'avait préparé la chambre d'amis. Elle nous avait même préparé le repas. Elle a été adorable avec moi. Elle a toujours été très distante envers moi et on se parle très peu. Mais c'est vrai que ce soir elle a vraiment été géniale. Elle m'a même prise dans ses bras quand on est arrivés. Et ce n'est pas vraiment dans les habitudes de la famille. Non ! Comme dit mon frère on doit être croisés avec une famille hérisson.
La journée a été longue et je suis crevée alors je vais aller me coucher. Je t'embrasses très fort et j'espère à très bientôt.
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Il est vrai que ta relation avec ta belle sœur m'a toujours semblé très froide. Sans trop comprendre pourquoi d'ailleurs.
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119/ 26 JUIL
C'est vrai que le voyage m'a épuisée, j'ai dormi pendant 2 jours. Mais maintenant je me sent bien. Mon frère ne me laisse rien faire. Pas de télé, pas de lecture et je fais quoi de mes journées ? Ma belle sœur se tape le ménage et le repas en rentrant du boulot à 19h, alors que moi je suis là toute la journée à ne rien faire. Même aller chercher le pain, mon frère ne veut pas. Je ne voulais pas prendre la voiture, je voulais juste aller chercher une baguette. La boulangerie est à 200m, mais non ! Interdit ! Le matin je regarde les aiguilles de l'horloge tournées jusqu'à ce qu'il soit 12H30. Pourquoi ? Parce que je sais c'est que c'est l'heure de ta pause repas et que tu vas me téléphoner. D'ailleurs t'appelle d'où ? Du standard du boulot ? Méfie toi, je ne suis pas certaine que ce soit autorisé. Et l'après midi ? Ben je fais la sieste, au moins ça c'est autorise. Ensuite j'attends qu'il soit 18h30, l'heure à laquelle tu rentres chez toi et que tu m'appelles. Voilà... passionnant comme journées n'est ce pas ? Et … trois semaines comme ça ? C'est une blague ? Je crois que j'aurai tué quelqu'un avant. Je perds mon temps a tourner en rond, je deviens dingue. Résultat je m'en prend à mon frère, qui bien sur n'y ai pour rien. Son seul tort c'est d'être en face de moi. Cela dit je préfère m'en prendre à mon frère qu'à toi. Surtout que le résultat risquerait de ne pas être le même.
Mon frère il encaisse. Il en a ras le bol, je le sais, mais il dit rien. Toi en revanche... si je me comporte avec toi de la même manière qu'avec mon frère, je vais me retrouver coincée sur le rebord d'un lit et je vais en prendre plein la gueule. Mérité ? Oui je l'avoue.
….....

Je dirais fortement mérité. Si ton frère était aussi strict et aussi protecteur c'était pour ton bien. Tête de mule !!!
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120/ 27 JUIL
Si je demande à mon frère de venir te chercher, tu viens ce week-end ? Sort moi d'ici s'il te plaît parce là je vais finir par faire une connerie. Je dois me reposer ? Oui d'accord, mais là c'est plus se reposer, c'est crever dans un coin. Je dois dormir ? Tu sais très bien ce que j'en pense : on aura tout le temps de dormir quand on sera mort. Et moi pour l'instant je suis encore en vie. Il s'en est fallu de peu. C'est vrai, mais je suis toujours en vie.  Alors pourquoi vouloir m'empêcher de vivre ? Perdre son temps à ne rien faire ce n'est pas vraiment ce que j'appelle vivre. Il faut que tu viennes, parce que j'ai besoin de te voir. J'en ai marre de te parler sur une feuille de papier. Je veux te parler face à face. Et pas dans 3 semaines. Je ne tiendrais pas jusque là. Si je ne peux pas te voir ce week-end, je prend la voiture et je viens te chercher. Mon frère m'a confisqué mon permis de conduire ? Oui, je le sais. Je roulerais sans,  ça m'est égal. Et je te vois venir avec une belle leçon de moral. Mais stop ! Je t'arrête. Qui a pris le volant de ma voiture en ayant pas le permis ? C'est toi ou c'est moi ? Donc voilà... Débrouille toi comme tu veux mais il faut que l'on se voit.

….....

Je n'ai aucune idée de ce que tu ressens en ce moment et je n'aime pas du tout. Au téléphone, tu me parles mais... je sais que tu ne me dis pas tout. Et je n'arrive pas à décoder. Le fait de ne pas voir ton regard m'empêche de comprendre ce que tu penses. Qu'est ce qui se passe ? C'est quoi le problème ? Tu ne veux pas qu'on se voit ? Je pense que si pourtant mais... quand on en parle tu dévies la conversation. Explique moi...
…....


Je n'avais aucune intention de t'expliquer quoi que ce soit. Et même si j'avais voulue le faire c'était impossible. C'était une surprise et je n'en savais pas beaucoup plus que toi.
…...

121/  28 JUIL
Vous êtes vraiment salauds tous les deux. Si je suis calmée ? Maintenant oui. Rassurée surtout. Je t'imaginais déjà en train de me dire que maintenant que j'allais mieux, tu voulais reprendre ta vie, retrouver tes amis et ta famille. Que les dernières semaines t'avais permis de réfléchir et que la conclusion était que j'avais raison. A savoir que ta vie avec moi n'était pas faite pour toi.
Je me suis plantée ? Visiblement oui ! Mais de la faute à qui ? J'aurai du te faire confiance au lieu de me faire un film ? Probable....mais met toi à ma place. En fait non ! Garde la tienne, tu ne mérites pas ce que je vie.
Si j'ai bien compris on passe le week-end ensemble. Tout le week-end ? Et mon frère à réservé et payé l’hôtel ? Mais ou ? Et vous mijotez ça depuis combien de temps tous les deux ? Vous trouvez ça drôle de me rendre cinglée ? Je ne le suis pas suffisamment comme ça ? Mon frère sait très bien que si je ne peux pas te voir je vais crever. J'ai eu 800 km pour lui faire comprendre. Autant il y a des choses que je n'ai toujours pas réussi à lui dire ouvertement, mais ça, il l'a très bien compris. Alors pourquoi il joue avec mes nerfs ? Parce qu'il sait qu'au final je vais me sentir ridicule et que je vais devoir m'excuser auprès de lui. Et il adore ça....
…..


Je n'en reviens pas. Mon frère nous a organisé un week-end ? J'ai bien compris là ? Si je voulais savoir ce qu'il avait exactement compris en 800km, je pense que je viens d'avoir la réponse. Et le connaissant... il me ferait presque peur ce week-end. Pourquoi ? Parce que depuis que je suis toute petite il y a une chose dont rêve mon frère. Depuis quelques années je pense qu'il s'était résigné a enterrer son rêve, mais là.... je serais curieuse de savoir ce qu'il a réellement derrière la tête.
D'autant plus qu'à priori ,toi non plus tu ne sais pas ce qu'il nous a prévu. J'espère juste qu'il n'est pas allé trop loin parce que tu ne vas rien comprendre. Et si je dois t'expliquer, je vais avoir un problème. Je le ferais, mais pas maintenant. L'intervention est trop récente. Oui aujourd'hui je vais très bien mais je veux être certaine que ce n'est pas un état éphémère. Si je te parle demain, que tu comprends, que tu l'acceptes, et qu'au final on apprend 3 semaines plus tard que l'intervention n'a servie à rien et qu'il me reste 3 mois à vivre... on fait quoi ? Tu passes le restant de tes jours à imaginer la suite ? Je ne peux pas te faire un truc pareil.
Alors dans un premier temps, je vais déjà essayer de te faire comprendre que je ne veux plus être séparée de toi. On va profiter de ce week-end sans se poser de questions, et la suite on verra plus tard.
…........


122/ 31 JUIL
J'ai la tête à l'envers. Et ce n'est dû ni à l'intervention ni aux attractions. Le responsable c'est toi, et uniquement toi. On a passé un superbe week-end et tu n'en garderas que d'excellents souvenirs, c'est bien ce que tu m'as dit ? Dans l'ensemble, je suis parfaitement d'accord avec toi mais tu es bien en dessous de la vérité. D'excellents souvenirs ? Tu me fais bien rire....En parlant de souvenirs, je ne suis pas certaine que tu te souviennes de tout. Et oui ça m'amuse.
T'es incroyable ! Je te perturbe à ce point là ? Mais je te préviens ce n'est pas moi qui vais te faire la réflexion. Tu finiras bien par t'en  rendre compte toute seule. Enfin j'espère.... Mais si ce n'est pas le cas ne compte pas sur moi pour te le dire. Parce que moi, ça me convient très bien. Et quand je t'ai dit merci pour m'avoir emmener dans les étoiles.... je ne parlais pas que de Star Tour....

Tu crois vraiment que je me mets a chanter n'importe quoi au milieu de la rue sans une bonne raison ? Parce que j'étais heureuse ? Ah oui ! Mais ce que tu ne comprends pas c'est que c'est toi qui me rends heureuse. Alors oui je suis heureuse. Heureuse comme je ne l'ai jamais été d'ailleurs. Et c'est grâce à toi. Tout ce que je vie aujourd'hui c'est grâce à toi... et le drame c'est que tu n'en as aucune conscience. Non ! Pour toi tout est parfaitement normal. Mon comportement est normal et toi tu t'adaptes, donc tout est normal. Le maître d’hôtel nous a fusillé du regard, tu n'as rien compris mais... c'est pas grave tout est normal. Comment tu fais ? Explique moi.

Et maintenant ? Tu pars pour 15 jours chez ton oncle. Là je rigole nettement moins. Mais je pense que je vais dormir au pays de Mickey pendant deux semaines. Je pense qu'il va me falloir au moins ça pour m'en remettre. Et puis je vais en profiter pour préparer mes cours. Et quand tu rentreras.... je t' emmène en vacances. Oui je sais, il faut que mon frère soit d'accord. Mais d'ici là, je pense pouvoir réussir à le convaincre.
Avec un peu de chance tu auras retrouver tes esprits et peut être que tu seras consciente de ce que tu fais. Auquel cas, on pourra peut être enfin avoir cette conversation que je redoute tant.
…......

Là, il va vraiment falloir que tu t'expliques parce que j'ai du louper quelque chose. Si tu ne parlais pas de Star Tour, tu parlais de quoi alors ? Je peux savoir ?
…...
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Dim 7 Avr - 23:23
123/  2 AOUT
Je déteste raccrocher ce téléphone. Tu m'as fait mal au cœur. Tu as l'impression qu'il te manque quelque chose et tu ne sais pas ce que c'est ? Et bien moi je sais.  Mais je ne peux pas te le dire et encore moins au téléphone. Mais il y a quand même une chose que je ne comprends pas. Tu n'en as vraiment aucune conscience ? Aucun souvenir ? C'est impossible !
Je sais que chacun de tes gestes envers moi ne sont absolument pas calculer mais … a ce point là ? Un geste, une fois par erreur, sur le coup de l'émotion je veux bien. Mais.... les autres ??? Tu m'expliques. Ah !! Je voulais savoir ce que tu ressentais vraiment, au moins maintenant je le sais. Mais ce serait encore mieux si tu le savais toi aussi. Parce que te connaissant t'es capable d'en prendre l'habitude sans même t'en rendre compte. Si ça me dérange ? Je ne dirais pas ça. Ce serait même tout le contraire. Mais j'ai l'impression de te voler quelque chose.

….....

Je peux savoir ce que j'ai fait ? Un geste mais lequel ? Les autres... mais quels autres ? Je peux savoir de quoi tu parles ? Je me souviens très bien de ce week-end. Jusqu’à aujourd'hui je pensais même me souvenir de chaque minute de ce week-end. Mais maintenant je me dis qu'il me manque un détail. Il y a un trou, un blanc quelque part.
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124/ 6 AOUT
Punaise ! Mais t'es vraiment impossible. Quand tu ne veux pas comprendre quelque chose il n'y a rien a faire. Si je t'ai demandé si il n'y avait pas trop de monde hier soir au château, il y avait une raison. Pas trop serrés dans la file d'attente ? Pas trop collés les uns contre les autres ? Tu crois que je t'ai posé toutes ces questions pour quoi ? Ça ne t’évoque rien ? Ça ne te rappelle rien ? On efface pas ce genre de chose de sa mémoire. La file d'attente de star tour... c'est bon ? Ça te reviens ? Oui je m’énerve toute seule. En haut, la marche que je n'ai pas vue, tu m'as rattrapée au vol et après ? On a éclaté de rires. Oui et après ? Ce qui s'est passé après je vais te l'expliquer comment si tu ne t'en rappelle pas ? Je fais quoi ? Je te colle sous hypnose ?
En même temps si ton cerveau fait un blocage dessus il y a peut être une raison. Tu n'es peut être pas prête à l'admettre et encore moins à l'accepter. T'obliger à te souvenir, ce n'est peut  être pas la meilleure solution en fin de compte. Je vais me bouffer parce que j'ai l'impression de t'utiliser mais qu'est ce que je peux faire d'autre ? Te mettre devant le fait accompli ? Te braquer et prendre le risque de te perdre ? Ah non ! Tout mais pas ça. J'attendrais le bon moment. Si toutefois il y en a vraiment un.
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Effectivement ça me reviens. Je sais ce qui s'est passé. Ce que je ne sais pas c'est comment j'ai fait pour l'occulter pendant aussi longtemps. Star Tour bien sur que je m'en rappelle. Effectivement t'as loupé une marche. Je t'ai attrapé par le bras et je t'ai tiré vers moi. Dans l'élan on s'est retrouvées face à face, à 3 cm l'une de l'autre. Et.... je t'ai embrassée. Les portes se sont ouvertes et on est entrées dans l'attraction. On en jamais parlé.
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125  / 8 AOUT
Je viens de m'engueuler avec mon frère. Tu vas me dire : y' avait longtemps. Il m’énerve à me poser des questions stupides. Si encore il ignorait les réponses, je comprendrais. Mais c'est loin d'être le cas. Il y a bien longtemps qu'il a compris. Alors pourquoi me demander si je veux me marier et avoir des enfants ? Les enfants il y a longtemps que j'ai fait une croix dessus. Il a toujours été très clair que je ne mettrais pas au monde un futur orphelin. Aujourd'hui les choses sont différentes, je sais que tu seras là mais le problème n'est plus le même. On fait quoi ? On change de pays ? Quand au mariage alors là, c'est juste une blague ! Déjà l'église, la robe blanche et la pièce montée, personnellement, ça ne m'a jamais fait rêver. Mais au delà de ces détails, on a un problème légal. Donc non, je ne comprends pas pourquoi mon frère me harcèle avec ces questions, puisque c'est totalement hors sujet. Parce qu'il voudrait que je lui dise clairement ? Peut être...  Mais je n'y arrive pas.

….....

Si tu veux vraiment connaître la réponse je peux te la donner. Oui ton frère voulait que tu lui avoue de manière claire que tu étais amoureuse de moi. C'est aussi simple que ça.
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126/ 10 AOUT
Vivement Dimanche. Heureusement que tu rentres parce que les deux semaines de téléphone, là je peux plus . Je vais rendre mon frère cinglé. Tous les soirs je fais le pied de grue devant le téléphone comme une gamine de 15 ans. Hier soir je l'ai même engueulé parce qu'il n'a rien trouver de mieux que d'appeler son collègue à 19h. Je l'ai quand même menacé de débrancher la prise si il ne raccrochait pas très vite. Le seul problème c'est que c'est un peu chez lui.
Si tu rentres dimanche, on peut se voir lundi ? Mardi, oui je sais c'est impossible. Tes parents sont là, c'est férié. C'est pas grave on se verra mercredi et jeudi. Et... si tout va bien vendredi on s'en va. Je t'emmène en vacances. Une fois que tu auras demandé l'autorisation à tes parents. D'ailleurs, tu vas leur dire quoi ? Tu crois que ça ne posera pas de problèmes ? Dit moi si je me trompe mais... je suppose qu'ils ne sont toujours pas au courant de mon existence ? Il va peut être falloir que tu leur explique certaines choses. Tu ne crois pas ? Mais c'est vrai que tu ne sais déjà  pas toi même ce que tu fais alors leur expliquer quoi ? T'es pas simple toi... Et tu vas me dire que moi non plus. C'est peut être la raison pour laquelle on se comprend aussi bien.

…...

Oh, je pense que ce n'était pas la seule raison, juste une parmi tant d'autres.
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127/ 12 AOUT
Tu vas me maudire. J'ai terminé de préparer mes cours. Et comme je n'avais plus rien à faire, je t'ai préparé des exercices pour cette semaine. C'est les vacances ? Oui mais la rentrée c'est dans 3 semaines et tu passes le bac à la fin d'année. La terminale S c'est pas la maternelle. Si tu décroches dès le début c'est impossible à rattraper alors on va prendre de l'avance. Je ne sais pas ce que cette année nous réserve, alors je préfère prendre les devants.  C'est vrai que pour l'instant tout va bien. Non, tu ne passeras pas tes mercredi à l’hôpital, ni tes nuits à t'occuper de moi.... pour l'instant. Mais jusqu'à quand ? Je ne veux pas que tu te plantes au bac à cause de moi. Hors de question ! Donc tu vas bosser.
Tu vas bosser pendant que moi je vais regarder... je voudrais bien revoir le passage. Pretty woman aussi, j'aime bien ce film elle me fait rire. Ben quoi ? On m'a dit de me reposer, alors maintenant que j'ai le droit de regarder la télé je peux faire le tour de ta vidéothèque non ?

…....

128/ 13 AOUT
Demain 9h ? Oh que oui ! Ne t'inquiètes pas je ne serais pas en retard. En avance, c'est possible. Mais en retard non. J'ai réfléchie aux vacances. Si on allait rejoindre les autres en Vendée ? C'est une bonne idée non ? On pourrait se faire un resto et passer quelques jours avec eux. Qu'est ce que t'en penses ? Tu me répondras demain ? Oui c'est mieux. Au moins on pourra enfin se parler face à face. Et en parlant de face à face.... je suis curieuse. T'as retrouvée la mémoire ? Je le saurais demain ? Je crois que je vais aller me coucher. Comme ça demain deviendra aujourd'hui.

…....

129/ 14 AOUT
D'habitude le réveil ce n'est pas vraiment mon copain. Mais tu en sais quelque chose. Ce matin j'étais debout avant mon frère. Il s'est gentiment moqué de moi d'ailleurs. Je ne vois pas ce qui le fait rire. Je suis debout depuis 5h30 et alors ? J'ai assez dormi ces dernières semaines. Oui j'ai hâte de te voir. Parce que tu me manques. 15 jours loin de toi c'est au moins 14 jours de trop. Mais ce qui me rassure c'est qu'étant donné ton discours d'hier soir, je pense que je t'ai manqué aussi. La question c'est comment tu vas réagir ce matin ? Je sais que je vais te sauter au cou et que je vais te prendre prendre dans mes bras parce que j'en ai besoin. Chose qui ne va pas te surprendre. Mais après ? Je te laisses faire et je verrais bien ? C'est sans doute ce que j'ai de mieux à faire. Mais c'est un peu déroutant quand même.
…......


Il faut qu'on parle des vacances. Et si tes parents sont d'accord, je m'occupe de réserver, j'ai pris le numéro de téléphone. Et il y a autre chose dont il va falloir que l'on parle, c'est du lycée. Et je ne parle pas des cours. Oui j'ai entraînement tous les jeudi soir et match le dimanche mais à part ça tu peux me dire pourquoi je me tape 80 km par jour ? Je crois que je vais reprendre la chambre à l’hôtel. Je pourrais partir le lundi matin, rentrer le jeudi soir et faire juste l'aller-retour le samedi. Je ferais moins de km, je gagnerais du temps et ce sera moins fatiguant. Mon seul problème c'est que je n'ai aucune envie de dormir à l’hôtel... seule. Si je te le dis, tu vas vouloir rester avec moi, mais tes parents ? Et si je ne t'en parle pas, c'est te mentir, et je ne veux pas faire ça.
Tu vas me dire que je me pose trop de questions . On verra quand on y sera ? Possible. On va déjà voir comment se passe les vacances. Depuis que l'on se connaît tu t' ais occupé de moi parce que je n'allais pas bien. Et en partie parce que mon frère te l'a demandé. Mais maintenant je vais mieux. Tu as le bac à passer, donc tu pourrais parfaitement prendre tes distances. Tu as largement autre chose à faire que de passer tout ton temps avec moi. Oui, ton comportement exprime totalement le contraire, mais ce que tu penses toi ? Ce que tu veux toi ? Je ne connais pas la réponse.
Il est 8h, je prends mon sac, ma veste, le temps de sortir la voiture et j'arrive.
…....


Prendre mes distances ? J'appréciais ton humour mais là c'est vraiment une mauvaise blague ; ce que je voulais se résume en  trois mots: être avec toi.
…...

130/ 15 AOUT
Je suis chez moi. Oui, comme on ne pouvait pas se voir aujourd'hui je me suis dit que j'allais en profiter pour passer chez moi. Il fallait quand même que je récupère mon courrier et puis je voulais récupérer quelques affaires pour les vacances. Résultat ? Je crois que tu as raison, mon coffre devient l'annexe de mon appartement. J'ai même balancé tout mes cours dedans, comme ça je n'ai pas besoin de revenir ici pour la rentrée. En revanche, il va falloir que tu m'aides à ranger parce que là, ton sac ne rentre pas. Et au jeu du Tetris tu es beaucoup plus douée que moi. Et je suis passée chez Norauto aussi. J'ai trouvé une petite glacière. Et non , ce n'est pas pour les sandwichs. Enfin ça peut, mais c'est surtout pour transporter les injections. Si je ne trouve pas un moyen pour les transporter et que je ne les emmènes pas, tu es capable de prendre l'ordonnance et d'aller les chercher. Alors on va gagner du temps.
Et ce soir je retourne chez mon frère. Je n'ai rien de plus à faire ici de toute façon. Et puis je gagnerais du temps pour venir chez toi demain matin.
….....


Je savais que tu avais programmé ces vacances depuis un moment, mais quand je lis ça, je me rends compte que tu avais vraiment tout prévu.
…...

131/ 16 AOUT
Je suis désolée. Je sais que tu ne comprends pas ce qui se passe. Je me suis effondrée, en larmes dans tes bras, je ne sais même pas pourquoi. Mais c'est juste que je ne sais plus où j'en suis. Je n'avais pas mis les pieds chez moi depuis plus d'un mois et hier, je n'avais qu'une envie c'est d'en partir. Je me sent plus chez moi chez tes parents, que dans mon propre appartement. Alors oui, je crois que j'ai un problème. Et toi qui me sort qu' après le bac tu seras soit,  en cité étudiante, soit tu prendras un appartement. Je rêve ! J'avais juste envie de t'étrangler. La cité étudiante c'est de la collocation. Prendre un appartement ? Avec quelle caution ? Il te faut quelqu'un pour partager le loyer, ce qui veut dire aussi collocation. Donc tu me parles de quoi là ? Je deviens quoi  moi dans tes projets ? Tu partages un appartement avec je ne sais qui et on se retrouve à l’hôtel le week-end c'est ça ? Je te préviens tout de suite, je ne vais pas être d'accord. On en est pas là, c'est vrai ! Mais tu vois, tu me reproches de ne  jamais penser à l'avenir. Si j'y pense, mais je ne peux pas t'en parler. Quand tu sauras ce que tu fais au présent, on pourra peut être parler de l'avenir.
Ah oui, parce que ça c'est pareil. Donne moi le mode d'emploi s'il te plaît. Depuis Mickey ?  Ah ben depuis Mickey, moi je vie dans un rêve mais... tu ne voudrais pas le partager ? Que je te saute au cou ou que te prennes dans mes bras, ce n'est pas nouveau je te l'accorde. Mais … que tu m'embrasses pour me dire bonjour, ou... même merci . Là en revanche, c'est plutôt une surprise. Agréable la surprise, mais surprise quand même. Et je ne pense pas que tu fasses la même chose avec tout le monde. Mais arrête moi si je me trompe. Tu attends quoi ? Que je te fasses la réflexion ? Tu peux rêver... moi ça me va très bien.Si je m'énerve ? Oui un peu. Mais met toi à ma place bordel ! Je suis censée faire quoi ? Oui j'ai 8 ans de plus que toi, mais sur ce coup là je te jure qu'on est à égalité. Je n'ai pas le mode d'emploi. Tout ce que je peux te dire c'est que quand tu m'embrasses je perds tout mes moyens. Tu m'as fait le coup lundi matin, j'ai mis plus de 36h à m'en remettre. Tu m'aurais vu hier, j'étais totalement à coté de mes pompes. Incapable de réfléchir ou d'additionner 2+ 2. Et ce matin ? La même chose. Pourtant ce coup ci je m'y attendais. Mais non... idem. Je ne pouvais plus bouger, plus respirer. Il faut que je te parle ? Oui. Mais pour te dire quoi ? Je suis incapable d'expliquer ce que je ressens alors comment veux tu que je te le dises ?
Il faut vraiment que je me calme moi. Parce que ça me donne mal à la tête. Non ! Rassures toi rien à voir. Tout va bien.
….....

Bon ! Une chose après l'autre. Vendredi matin on part en vacances. Vendredi soir je vous invite à manger. Mais ce week-end, il faut vraiment que je te parle. On ne va pas passer toutes les vacances à jouer au chat et à la souris. Je ne vais pas y' arriver et je vais finir par faire une connerie.
…....

Quelle connerie ? Je peux savoir ? Parce qu'au final, de tout ce que je me souvienne, pendant les vacances on en a jamais parlé. Tu ne m'as jamais parlé et je suis curieuse d'en connaître la raison.
…....

132/ 17 AOUT
On part demain matin. Si tu savais comme je suis heureuse de partir en vacances avec toi. Je les attend depuis longtemps ces vacances. Et cette fois ci, c'est moi qui m'occupe de toi. C'est à mon tour de te préparer le petit déjeuner et le repas. Et il faut que l'on teste le jacuzzi aussi. Je vais bien, alors cette fois c'est toi qui va te reposer. Je veux t'offrir de vraies vacances. On ira à la plage, au restaurant, on ira visiter les moulins mais je veux que tu dormes sereinement. Et si je peux en faire autant c'est encore mieux.
On ne parle pas de traitement, pas de médecins et pas d’hôpital. Je veux pouvoir profiter de toi. Enfin je me comprends. Profiter de t'avoir à mes cotés 24h/24. Et c'est le hérisson qui dit ça ? Et bien oui ! Je ne supportais pas d'avoir quelqu'un dans mes pattes plus de 16h d'affilées. Et maintenant ? Si je pouvais rester 24h/24 a tes cotés je le ferais. J'ai l'impression que l'on a encore énormément de choses à partager, beaucoup de choses à découvrir ensembles et énormément à apprendre l'une de l'autre . Tellement que … je ne suis pas certaine que le temps qu'il me reste à vivre suffise.

….....

La vision que tu avais de ces vacances était plutôt sympathique je dois bien l'admettre. Sauf que tout ne s'est pas exactement passé comme tu le pensais.
…..

133/ 19 AOUT
J'ai finie par me lever pour te laisser dormir. Je ne sais pas ce qui se passe. Je suis désolée pour hier soir. Je me suis comportée comme une imbécile. La gifle ? Ne t'en fais pas je comprends. J'avais besoin de savoir ce que tu pensais réellement. Besoin de t'entendre dire que tu voulais être avec moi. Besoin de savoir que notre vie te plaît et que tu ne veux pas en changer. Je n'ai sans doute pas utilisé la meilleure méthode, mais tu devrais savoir que je suis nulle pour communiquer. Tu veux remplacer chacune de mes larmes par un sourire ? Mais c'est exactement ce que tu fais depuis presque 3 ans. Tu veux que rien ne change ? Alors ne changeons rien. Si tu es bien avec moi de cette façon alors ne changeons rien. En tout cas pour l'instant. C'est beaucoup plus frustrant que gênant, mais je crois que je suis capable de m'y habituer. Je peux au moins essayer. Mais je ne suis pas comme toi, moi. Je ne suis pas un caméléon.

…...

Je ne sais pas pour quelle raison j'ai disjoncté cette nuit. Et comme d'habitude je ne me souviens de rien. Chacune son tour. Mais ce que je sais c'est qu'à cause de moi tu n'as quasiment pas dormi. Tu as roulé tout le voyage et tu dois être épuisée. Je vais te préparer le petit déjeuner et ensuite il faut que je te réveille. On a promis aux autres de les rejoindre à 9h et il est déjà 8h. Le seul problème c'est que quand je te regarde endormie paisiblement dans ce lit, je n'ai aucune envie de te réveiller. Et de quoi j'ai envie ? Alors ça, je te l'expliquerai lorsque tu seras consciente de ce que tu fais et quand tu seras prête à l'entendre. Rassure toi, ce n'est pas pour tout de suite. Je ne me l'explique pas moi même donc t'as de la marge. Au moins 4 cm à petits carreaux. Laisse tomber je déraille, je n'ai vraiment pas assez dormi.
….....

De la marge ? Oui en effet. J'attends cette explication depuis 22 ans. Maintenant je crois que je suis prête à l'entendre alors je t'en prie, vas y, explique moi.
…...

134/ 21 AOUT
Il est 4h du matin. Non je ne dors pas. Mais toi oui, et c'est très bien comme ça. J'ai 'impression de devenir folle, je n'en peux plus de ces cauchemars. Je m'endors dans tes bras et d'un seul coup tous les murs se mettent à tourner autour de moi. Je me retrouve prise dans un tourbillon et plus je me débat, plus je m'enfonce. Je n'arrive pas à attraper ta main. Je la frôle mais je ne l'atteint pas. C'est a ce moment là que tu m'as réveillée la première nuit. Hier soir c'était pire. Dans mon rêve je me réveillais sur une table d'opération en plein milieu de mon intervention. A cause du tube dans la trachée j'étais incapable de hurler et pourtant je voyais le chirurgien avec une scie à la main prêt à me découper le crane. J'ai commencé à me débattre et j'ai failli t'éjecter du lit. C'est pour ça que je me suis levée.
Et tu veux que je te raconte ce qui se passe ? C'est hors de question ! Je ne te raconte pas ça. Pour que tu t’inquiètes ? Pour que tu ais peur ? C'est non. Je ne connaît pas la raison de ces cauchemars mais ça finira bien par passer. En attendant, tu vas me faire le plaisir de dormir. Tu as passée combien de nuits blanches à mes cotés ? Je crois que pour une fois on va inverser les rôles.

…....

135/ 23 AOUT
C'est le monde à l'envers. J'ai tellement pris l'habitude que tu fasses tout à ma place que je n'ai même pas pensé à appeler mon frère. C'était pourtant logique. A cause de moi tu ne dors quasiment pas depuis que l'on est arrivées et tout cela juste à cause d'un simple médoc. Si j'avais appelé mon frère tout de suite on en serait pas là. La rentrée c'est dans 8 jours et tu es totalement épuisée. Moi ? Faire cours ? Je vais y' arriver, mais c'est vrai que je suis fatiguée. Je ne suis pas malade, je suis juste fatiguée.
Tu roules toute la journée parce que mon frère m'a interdit de prendre le volant plus d'une heure par jour. Mais c'est fatiguant, je le sais bien. D'ailleurs en parlant de conduire tu en es ou du carnet de suivi ? A mon avis il y a longtemps que tu as atteint le nombre de kilomètres requis non ? Il faudrait peut être songer à t'inscrire à l'examen.
…..

J'ai réfléchie. Samedi on ne fait rien. Tu me laisses faire. Pour une fois ça changera.  On passe la journée juste toutes les deux. Je vais m'occuper de tout et tu vas voir on va passer une super journée. Si au passage je réussissais à te parler ce serait bien. Mais ce n'est pas gagné. Cette conversation me fiche la trouille et je n'ai aucune envie de tout gâcher.
…..

Je trouve vraiment dommage que tu n'aies pas réussie à me parler ce jour là mais je peux comprendre ta peur. C'est dommage parce qu'avec le recul je peux t'affirmer qu'il n'y avait rien à gâcher. Mais tu ne pouvais pas le savoir.
…....

136/  27 AOUT
J'ai encore cette magnifique journée dans la tête. Ton sourire au petit déjeuner, ton regard en voyant le plateau de fruits de mer sur la table... je n'oublierais jamais. Je voulais vraiment te faire plaisir, et sans me vanter, je crois que j'ai réussi.
Alors comme ça tu aimes les massages ? Je m'en souviendrais.  Le nombre de fois ou tu m'as massé la nuque pour que je m'endorme... je te devais bien ça. De ce que j'ai pu constaté tu as apprécié, alors je suis contente. Tu m'as dit quoi ? Que la sensation était troublante, voir perturbante.... oui, je veux bien te croire. Mais si tu pouvais te demander pour quelle raison tu trouves cela troublant...
Tu voulais savoir ce que je fredonnais dans le jacuzzi ? Tu n'as toujours pas trouvé ?
C'était ça :

« Nous ne nous parlerons pas 
Nous oublierons nos voix 
Nous nous dirons en silence
L'essentiel et l'importance 
Utilisons nos regards 
Pour comprendre et savoir 
Et le goût de notre peau 
Plus loquace que des mots 
Nos bras ne tricheront pas 
Nos mains ne mentiront pas 
Mais surtout, ne parlons pas... »


Toujours est il que j'ai passée une excellente journée et j'aurais vraiment aimé la prolonger. Je rêve d'une journée comme celle là qui ne s'arrête jamais. C'est impossible ? D'accord ! Alors que tous les jours qui viennent ressemblent à celui ci. Tous jusqu'à ….«  It'a beautiful day »

Malheureusement il faut rentrer. Dans 8 jours c'est la rentrée, retour à la triste réalité. Tu seras chez tes parents et moi... moi je ne sais pas, je vais peut être restée à l’hôtel. On va retourner en cours, une fois passé cette grille tu marcheras à 1m de moi et je déteste ça.
…....


« It's a beautiful day ». Je sais d’où tu sors cette phrase. C'est l'un des titres du dernier album de Freddy Mercury1. Titre qu'il a écrit en sachant qu'il allait mourir. A l'époque, j'étais nulle en Anglais mais aujourd'hui je connais la traduction et je sais aussi ce qu'elle signifie vraiment. A savoir : c'est un beau jour.... pour mourir.
…...

137/ 28 AOUT
Quand je t'ai déposée hier soir... je n'étais pas au bout de ta rue que je ne voyais déjà plus rien. C'est juste horrible comme sensation. J'ai l'impression que l'on me prend un morceau de moi même. Je n'ai même pas eu le courage de rentrer chez moi. Je suis allée chez mon frère. Je ne voulais pas me retrouver seule. Pourtant je vie seule depuis des années et jusqu'à présent ça me convenait très bien. Mais … je voudrais que les choses changent. Et il ne tient qu'à moi de les faire changer. Je le sais bien. Mais je pense qu'il est encore un peu tôt pour modifier certaines choses.
Je vais passer cette semaine chez mon frère, dimanche j'irais à l’hôtel et lundi au lycée. Je ne veux pas rentrer chez moi. Pas envie de faire la route et surtout pas envie de rouler seule. J'ai beaucoup parlé avec mon frère hier soir, c'est vrai que cela m'a fait du bien. Mais il y a des choses sur lesquelles il ne peut pas m'aider. Il ne peut ni choisir, ni décider à ma place. J'apprécie ses conseils mais j'en suis toujours au même point. Je pensais avoir fait ce qu'il fallait et qu'avec le temps je finirais par oublier. Mais j'avais tort. Dès que tu me quittes cet épisode me revient au visage comme un boomerang. Et je n'arrive pas à m'en débarrasser. Une fois seule, je revis ce cauchemar nuit après nuit.
Et je viens de me rendre compte que tu ne sais absolument pas de quoi je parle. Je ne t'en ai jamais parlé. A mon frère non plus et je ne le ferais sans doute jamais.
Si tu lis ces lignes c'est que je ne suis plus là, alors oui tu as le droit de savoir. Je pense même te devoir une explication.
Le jour où le médecin m'a appris que j'étais condamnée, la première personne que j'ai appelé c'est mon frère. On a beaucoup parlés et je suis rentrée tard. Jeremy devait m'attendre ce soir là, mais voyant que je ne rentrais pas il est allé manger une pizza avec des copains ; Résultat il s'est pointé chez moi à 2h du matin complètement soul. Voyant dans quel état il était, j'ai refusé de le laisser repartir et je voulais aussi lui parler. Mais il n'a rien écouté. On a fini par se disputer. Il voulait ses clés et j'ai refusé … encore. Il a fini par me frapper. Il s'est arrêté quand je lui ai répété ce que le médecin venait de m'apprendre. Pour me consoler ? Monsieur voulait coucher avec moi. Autant te dire que je n'étais pas du tout dans le même état d'esprit. Il m'a fait peur et si il n'avait pas été diminué par l'alcool il m'aurait violée. Je l'ai viré de chez moi. Mais les coups m'ont marqués plus que je ne le croyais.
….......

Ok ! Je comprends mieux certaines choses. Pourquoi tu ne m'a jamais parlé de lui, pourquoi tu fuyais ton appartement aussi. Tu essayais tout simplement d'oublier. Mais tu as eu tort de le garder pour toi, je pense sincèrement que c'était une erreur. Je comprends très bien pourquoi tu n'as rien dit. Mon amie m'a expliqué les raisons qui t'ont poussées à ne rien dire. La peur du jugement, la culpabilité et la honte aussi. Mais ces sentiments ne devraient pas être les tiens. Tu n'as rien fait de mal.
Et maintenant je comprends aussi pourquoi tu es restée bloquée sur ma vidéo des « accusés 2». Tu ne connaissais pas le film mais tu m'as demandé de le regarder rien qu'en lisant le sous titre du film qui n'est autre que : le seul crime pour lequel c'est à la victime de prouver son innocence, le viol.

Je ne te caches pas qu'en lisant ces lignes ma première idée était de le retrouver et de lui faire payer. Mais je sais aussi que la vengeance ne faisait pas partie des choses auxquelles tu croyais. Aujourd'hui elle n'aurait aucun sens. Mais ne me demande pas pourquoi je suis en colère. Quand à ton frère, je pense que tu as eu raison de ne jamais lui dire parce que dans le cas contraire aujourd'hui il ne serait pas médecin, il serait en prison.
…....

138/ 29 AOUT
Tu me manques. Tu veux savoir la première chose que j'ai faite ce matin en me levant ? Je t'ai préparé ton café. Sauf que tu n'étais pas là. Te voir sortir de la salle de bain, avec mon maillot de basket sur le dos me manque. Cette nuit j'ai démoli l'oreiller, parce que sans ton épaule je ne sais pas ou mettre ma tête pour m'endormir. C'est stupide. Oui, je le sais.
Et dire que l'on ne va quasiment pas se voir de la semaine et qu' après on reprend le lycée. Mais tes parents sont en vacances, il fallait quand même que tu passes un peu de temps avec eux. J'ai déjà beaucoup trop souvent l'impression de leur voler leur fille. C'est vrai ! Tu ne les voient presque plus. Tu passes plus de temps avec moi qu'avec eux. Je sais tu vas me dire que tu vas avoir 19 ans et qu'il faut qu'ils s' habituent. Sauf que pour le moment tu vies toujours chez eux et tu es toujours sous leur responsabilité. Sur le papier en tout cas. Moi je suis très contente, mais je ne veux pas qu'ils te reprochent de ne jamais être là. Ils risqueraient de t'empêcher de sortir, alors on va éviter d'abuser de leur confiance.
…...
Tu veux savoir ce qui m'angoisse ? C'est très simple. Dit moi comment on va faire à la rentrée ? Je sais que le mercredi tu resteras avec moi, mais le reste de la semaine ? Moi je vais rester à l’hôtel. Et je ne te laisserais pas prendre le car, je te ramène. Mais te déposer tous les soirs sur un trottoir ? Encore ? J'ai envie d'autre chose. Je sais que c'est compliqué et je ne peux pas te demander de rester avec moi tous les soirs. Pourtant, c'est ce que je voudrais. La question est : Qu'est ce que tu veux toi ?

…...

139/ 3 SEPT
C'est étrange de me retrouver ici toute seule. Tu vas rire, je t'ai laissé le coté gauche de l'étagère. Si je commence à m'étaler tu vas me dire que j'ai encore pris toute la place. Et j'ai fait comme on avait dit. J'ai rangé mes cours dans un bac pour ne pas monopoliser la table. Au moins comme ça on aura de la place pour manger. J'ai rempli le frigo aussi. Enfin... j'ai embarqué les restes dans le frigo de mon frère. Demain soir je passerais rapidement acheter de quoi manger pour mardi midi. Autant que l'on mange ici, tu pourras déposer tes affaires. Ou plutôt les ranger, puisqu'une bonne partie est toujours dans le coffre de la voiture. Mais j'ai déjà rangé le Trivial, il est en haut de l'armoire. Mais cela dit, manger ici c'est bien mais avec quoi ? Je verrais demain, je trouverais bien des assiettes et des couverts. Et puis on fera la vaisselle dans la salle de bain. Si le camping ne te fais pas peur, ça risque d'être drôle.

…....
Et voilà ! C'est reparti. Nouvelle année, nouvelle rentrée. J'ai fait comme les enfants, je viens de finir de préparer mes affaires. J'ai allumé la télé histoire de ne pas parler toute seule, mais il n'y a pas grand-chose. Je ferais mieux d'aller me coucher. Demain matin le réveil sonne à 6h et je n'ai plus vraiment l'habitude. Me réveiller seule non plus, je n'ai plus l'habitude. Ou plus exactement, je n'ai aucune envie de m'y habituer.
…......


C'est avec ce texte que les vacances d'été s'achèvent. La suite, c'est la dernière année de lycée, qui n'est autre que la dernière année de ta vie. Je veux lire la suite, parce que j'aime lire tes mots. Grâce à eux, je sais enfin ce que tu pensais réellement. Je comprends ce que tu n'as jamais réussie à me dire et j'en comprends aussi les raisons.
Depuis des années j' imagine, je pense, je rêve et j'idéalise notre histoire. Mais en lisant tes mots, je réalise que l'on a belle et bien vécues la même histoire. Chaque paragraphe est un morceau de toi qui m'éclate au visage. Certains me font rire, d'autres me font pleurer. Mais ce qui est certain c'est que tout tes textes sont très fidèles à ce que l'on a vécues. Ta psychologie, ta philosophie, ta sincérité, ton authenticité et ta simplicité...tout y est. Ton humour décalé qui me manque tant, je le retrouve dans tes mots, lui aussi.
Tes mots d'hier, que je lit aujourd'hui me console en partie, mais en partie seulement. Et seulement pour un temps. Que se passera t' il lorsque je lirais ton dernier texte ? Le retour au silence, à l'absence....
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le Jeu 11 Avr - 21:08
Troisième partie
Donner un sens



1. DE REFLEXIONS EN REFLEXIONS

Mauvais rhume
La semaine à été difficile et mon petit doigt me dit que ce n'est pas terminé. Mercredi j'ai reçu un appel du centre de rééducation. N'arrivant pas à joindre ton frère c'est moi qu'ils ont contacté. Pour quelle raison ? Là en revanche, je pense que je vais t'énerver.  Au moins autant, que moi je me suis énervée. Quand j'y repense, la pauvre infirmière en a pris pour son grade. Tu veux savoir ce qui s'est passé ? Simple. Ton neveu avait 40 de température depuis 19 h la veille. J'ai reçu l'appel à 11h du matin. Et la question était la suivante : On pense que l'on devrait l'envoyer aux urgences, pourriez vous nous donner votre accord ? P'tit loup étant sous immuno-suppresseur je te laisse imaginer ma réaction. Je lui ai tout simplement répondu :

« - Et vous attendiez quoi depuis hier soir ? Cela fait déjà au moins 11h qu'il devrait être à l'hôpital.
On ne va tout de même pas envoyer tous les patients qui présentent un peu de fièvre aux urgences. Vous vous rendez compte ? »

A oui ! Moi, je me rendais très bien compte. Mais elle, je n'en suis pas certaine. Ton neveu risquait tout simplement le rejet de la greffe sans l'admission d'antibiotiques dans les plus brefs délais.
Rester calme ? Ah non ! Là, j'ai pété un câble. Je lui ai ordonné de faire le nécessaire et vite. Et je te laisse imaginer la réaction de ton frère lorsque je l'ai réveillé pour lui expliquer.
….

Bon ! Finalement P'tit loup à bien été transporté aux urgences. Et heureusement ! Le diagnostic est tombé : pneumonie. Il est sous oxygène et il faut attendre que les médicaments fassent effet. Concrètement, il est épuisé et il passe ses journées à dormir. Tu vas me dire, au moins il ne souffre pas. Et c'est vrai, pour l'instant il ne souffre pas. Espérons qu'il n'y ai pas de complications.

Ne pouvant rien faire de plus pour le moment, avec ton frère, on a continué de taper tes textes. Et on a donc entamé la dernière année. Même si lire tes textes devient de plus en plus angoissant, tourner les pages est irrésistible. Je ne sais toujours pas à quel moment tu as écrit la fameuse lettre et j'ai besoin de le savoir. Tout comme je veux savoir pour quelles raisons tu ne me l'a jamais donnée. Alors on continue.
Tu veux lire ? Pas de problème....
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le Jeu 11 Avr - 21:25
Ton dernier automne

140 / 4 SEPT
Première journée de cours terminée. Le lycée sans toi, c'est nul. Elle m'a semblé longue cette journée, tu n'imagines pas à quel point. Je fais quoi moi pendant les inter cours, si tu n'es pas là ? La salle des profs ? Si je peux l' éviter....
En revanche, j'ai fait la connaissance de ton prof de maths aujourd'hui. Il vient de prendre son poste, alors j'ai joué les guides pour lui. Je voulais surtout savoir à qui j'avais affaire. Je ne te laisse pas dans les mains de n'importe qui. Mais il m'a l'air très bien. Tu verras, je suis certaine que les cours vont très bien se passer. Il enseigne déjà depuis 5 ans à des terminales donc tu peux lui faire confiance. Oui je me suis renseignée. D'ailleurs j'ai bien peur qu'il ai mal interprété ma curiosité. Au pire il finira bien par comprendre que je n'ai pas de temps libre à lui accorder. Il verra bien que je ne suis pas disponible.
Ah !! Et j'ai croisé notre copine aussi. Elle m'a demandé comment j'allais. Alors je lui ai répondu que l'on avait passées de très bonnes vacances. Elle m'a tourné le dos et elle est partie. Je n'ai pas compris.... t'as une idée ? Peut être parce que je n'ai rien suivi de ces précieux conseils. Mais je crois que je suis assez grande pour décider de ce que je veux faire et avec qui. Et je pense que toi aussi.
…..


Tu veux me rejoindre ici demain matin ? Il va falloir que l'on se dépêche mais cela dit, c'est peut être mieux. Je préfère que tu me dises bonjour ici que sur le parking du lycée.
…..

Tu avais peur que mon prof de maths ai mal interprété ? Et bien tu avais raison, une fois de plus. Mais tu avais aussi raison sur le fait que c'était quelqu'un de bien. Il nous l'a prouvé un peu plus tard.
…...

141/  5 SEPT
Pourquoi je n'essaye pas ? Tu étais vraiment sérieuse en me disant ça ? Ou c'était juste un test ? Qu'est ce qui ne rentre pas pas dans ta petite tête ? Je n' ai pas besoin d'un mec, et je n'en veut pas. Je t'ai toi et je ne veux personne d'autre. C'est si difficile que cela à comprendre ? Et quoi ? Qu'il me demande en mariage et de lui faire un enfant ? T'es tombée sur la tête ? Tu t’écoutes parler ou c'est juste une blague ? Je ne veux ni sortir avec lui, ni dîner avec lui. Arrête le café ou prends en un de plus je ne sais pas, mais réveille toi.
…..


Oui ! Effectivement aujourd'hui je comprends pourquoi tu t'énerves. Mais à l'époque, et très naïvement je l'admets, j'envisageais une relation éventuelle entre lui et toi comme étant une bonne idée. Au premier abord en tout cas. Mais après réflexion, j'en ai quand même conclue que l'idée n'était pas si bonne que ça. Mais je ne te l'ai jamais dit.
….

Et je viens de te déposer chez tes parents. Une fois de plus. J'en ai marre. Demain soir tu restes avec moi, mais seulement demain soir. Je vais craquée. Il faut vraiment que l'on trouve une autre solution. Un soir par semaine ? Je te jure que je ne vais pas tenir longtemps. Mais encore une fois, comment je vais t'expliquer ça moi ?
…....


Tu n'avais pas grand chose à expliquer. Pour moi aussi, un soir par semaine ce n'était pas suffisant.
…...

142 / 6 SEPT
On est mercredi. Il faut de nouveau aller à l’hôpital. Même si c'est juste pour une consultation je n'ai aucune envie d'y aller. Tu ne vas pas me laisser le choix ? Oui, je m'en doute. Mais je n'ai pas envie. J'espère au moins qu'il aura de bonnes nouvelles à nous annoncer. Et tu veux faire quoi cet après midi ? Un bowling ça te tente ? Et ce soir on peut aller au cinéma si tu veux. C'est vrai que je vais avoir 58 copies à corriger mais je peux le faire demain soir. Si c'est le seul soir que l'on peut partager ensemble, ce n'est pas ce soir que je vais bosser. Et toi non plus. Oui pour une fois tu es dispensée.

…....

Merci. Dispensée de mes devoirs ? Il faut que je mette une croix sur le calendrier. Le seul problème c'est que je n'aurai pas su sur quel jour mettre la croix. Tu sais bien que moi et le calendrier... on s'ignore.
…...

Je crois que je vais m'amuser avec la classe de seconde cette année. Je viens de leur donner un contrôle. Le premier de l'année et j'en vois déjà 6 qui trichent. Sous prétexte que je suis entrain d'écrire ils sont persuadés que je ne les voit pas. Je ne vais rien dire aujourd'hui. On rigolera à la remise des copies vendredi. Je vais vite te les mettre au pas ceux là. Je t'entends rire d'ici. Je suis certaine que ça ta rappelle des souvenirs. Tu veux leur expliquer comment se passe mes cours ? Je te laisse leur apprendre les règles du jeu ? On peut avoir des difficultés, mais on ne triche pas dans mon cours.
….....

Ah là.... les règles du jeu ? Elles étaient pourtant simples. Tu expliquais une fois, tu expliquais une deuxième fois, tu expliquais de nouveau mais autrement, tu prenais un exemple, puis un autre et encore un autre, jusqu'à ce que tout le monde aient compris. On faisait des jeux en cours, on jouait même au basket. Mais la seule interdiction c'était de tricher.
…..

143/ 7 SEPT
Pourquoi ce n'est pas tous les jours comme ça ? J'adore me réveiller à tes cotés. Tu me fais rire quand je te vois avec ta tasse de café dans la main et la tête prête à plonger dedans. Je sais ! Tant que la tasse n'est pas vide tu n'entends rien, tu ne comprends rien. Mais une fois réveillée.. là tu commences à me parler. Merci pour la soirée d'hier ? Tu plaisantes ? Pourquoi me dire merci ? Si c'était possible je ferais en sorte que chaque soir ressemble à celui ci. Tu comptes me dire merci tous les jours ? Alors laisse tomber. Je ne veux pas de merci je veux juste que tu restes avec moi. D'ailleurs je pense a quelque chose. Si maintenant tu dois me faire l'injection tous les matins autant que tu dormes avec moi. Une bonne excuse ? Alors, bonne je ne sais pas, mais oui je cherche une excuse pour que tu restes avec moi le plus possible.
Et dit moi, tu veux faire quoi samedi ? Samedi soir je sais, tu manges au restaurant avec tes parents mais on se fait un truc l'après midi ? Tu crois que je n'y pense pas ? Je sais que c'est ton anniversaire et on le fêtera ensembles je te le promets. L'avantage c'est que tu vas changer de disque. A la place d'entendre : je n'ai que 18 ans je vais avoir droit à : je n'ai que 19 ans. Je pense que je vais m'énerver tout autant mais au moins on va changer de chiffre.
…....


Oui j'ai changé de chiffre, mais c'est exact je n'ai pas changé de disque. Mais c'était peut être pour avoir le plaisir d'entendre ton discours sur la signification de l'age.
…..

144/ 9 SEPT
C'est ton anniversaire et c'est moi qui devait t'offrir quelque chose mais au final il s'est produit le contraire. Je savais que tu étais douée pour écrire mais là.... Tu ne relis jamais ce que tu écris ? Tu devrais. Tu voulais que je lise, j'ai lu. Et heureusement que j'étais assise. Pourquoi je suis sortie de la voiture ? Parce que j'avais besoin d'air. Parce que j'avais besoin de quelques minutes pour réaliser ce que je venais de lire. Depuis un moment j'essaye de savoir si mes sentiments sont à sens unique ou pas ? Si je me fie à ton comportement j'en déduis que tu ressent la même chose, le problème c'est que tes paroles ne le confirme pas. Quand je t'écoutes essayer de me caser avec ton prof de maths je pourrais t'étrangler.
Mais ce que tu m'as fais lire.... arrête moi si je me trompe, mais c'est une vraie déclaration. Pourquoi je suis sortie ? Parce que la première idée qui m'aie passée par la tête n'était sans doute pas la plus pertinente. Et avant de faire une connerie j'ai préférée sortir de la voiture.
A l'heure qu'il est tu dînes avec tes parents. C'est la raison pour laquelle j'ai fait le choix de ne rien dire. Je ne veux pas te perturber. Profite de cette soirée avec eux, ils le mérite. Et demain je te récupère, je t'emmène avec moi. On passe la journée ensembles et tu restes avec moi demain soir. Enfin une bonne nouvelle. J'espère que tes parents seront d'accord. Tu dis toujours que ça ne pose aucun problème mais même si il y en avait un, tu n'en ferais qu'à ta tête et tu ne me le dirais pas. Alors oui je me pose des questions. Je ne veux pas être la cause d'une altercation entre toi et tes parents. Même si je ne les connaît pas j'ai beaucoup de respect pour eux. Tu réalises que pour t'élever dans les meilleures conditions possibles ils ont choisis de faire 4h de transport par jour et de ne dormir que 6h par nuit ? Si tu es qui tu es aujourd'hui c'est grâce à eux. Et rien que pour cette raison, personnellement je leur dirait bien merci. Et tu devrais en faire autant.
…....


Après ton départ ma relation avec mes parents a été très compliquée et conflictuelle pendant des années. Mais aujourd'hui tout va très bien. Le temps et les événements de la vie ont beaucoup aidés. On apprend, on relativise et au final... on dit merci.
…..

145/ 11 SEPT
Je ne sais pas encore si c'était une très bonne idée de t'emmener au basket avec moi. Cela fait un moment que tu me dis que tu aimerais bien me voir jouer. Mais si je ne t'ai jamais emmené il y a certaines raisons. Pour moi le basket c'est un échappatoire. Ça l'a toujours été. Au club on ne parle ni de boulot ni de nos problèmes. Ce qui me convient très bien. Pas de traitement, pas de médecins, du basket et juste du basket. Alors oui c'est vrai, personne n'est au courant de rien. Et je sais ce que tu as dans la tête. C'est dangereux. Et si jamais il m'arrivait quelque chose ? Oui, possible. Mais ici ou ailleurs quelle différence ? Il arrivera ce qui doit arriver.
Et puis je les connaît. Je savais qu'elles te poserait plein de questions et je ne voulais pas t'imposer ça. Je voulais éviter que tu te sentes mal à l'aise. J'avais peur que tu ne te sentes pas du tout a ta place. Je ne voulais pas que tu t'ennuies et surtout, je ne voulais pas que tu regrettes d'être venue. Mais une fois de plus je t'ai sous estimée. Comme d'habitude tu as jouée les caméléons. Le temps que j'aille me changer et tu discutais déjà avec la moitié de l'équipe. D'ailleurs, vous avez parlé de quoi ? Et je suis très contente que tu n'aies pas passée la matinée seule dans ton coin parce que... le tournoi en novembre, je veux que tu viennes avec moi. Ce tournoi est très important pour moi et je voudrais que tu sois là.
…..


Moi un caméléon ? J'aime bien l'image mais j'ai beau avoir un tatouage sur le bras, ma peau ne change pas de couleur pour autant.
…..

146/ 15 SEPT
J'hésite. Je ne sais pas si je vais repartir ce soir ou demain matin. J'ai corrigé mes copies, je me suis occupée de mon linge et je crois que je n'ai rien d'autre à faire ici. Ah si ! Je vais récupérer le café, le chocolat et le sucre. Et puis je n'aurai plus qu'à refaire mon sac. Tu vas rire mais ici je n'ai plus de gel douche. Ben non ! Il est à l’hôtel. Donc effectivement je vais repartir ce soir, je prendrais ma douche là bas. Au moins, je pourrais dormir un peu plus longtemps demain matin. Seule, mais plus longtemps. Comme ça je passe à la boulangerie acheter les croissants et je te retrouve au lycée. En principe je devrais y être avant toi. Je t'attendrais dans la voiture ce sera plus simple.

…....

Tu n'avais plus de gel douche ? C'était surtout une bonne excuse pour fuir ton appartement, et je sais pour quelle raison. Maintenant je le sais.
…..

147/ 16 SEPT
Pourquoi j'ai préféré t'attendre dans la voiture ? Excellente question ! Mais fait un effort s'il te plaît. Disons qu'il y a certaines choses que je préfère éviter. Du moins pour l'instant. Autant, si ton prof de maths pouvait voir certaines choses, j'avoue que ça m'arrangerait, mais notre chère copine.... disons que je préfère éviter. Je ne supporte déjà pas ses réflexions maintenant alors j'imagine le discours d'ici. Elle serait capable de courir dans le bureau du proviseur. Je serais obligé de m'expliquer et de me justifier, chose que je n'ai pas du tout l'intention de faire.

…...

C'est pas vrai, je rêve ! Je crois que je n'ai pas été assez claire. J'ai dit : on ne triche pas dans mon cours. Et ça rigole en plus. Attend. On va bien voir qui va rire le plus. Je vais te l'envoyer faire l'exercice au tableau ça ne va pas traîner. Quand il se sera ridiculisé devant toute la classe, il comprendra peut être. Qu'il n'est pas le niveau, ce n'est pas grave je peux m'en occuper. Mais si il triche je le vire de mon cours et le niveau il ne l'aura jamais.
…....

Je plaints ce pauvre élève. Il venait de réveiller le dragon qui sommeillait en toi. Ce qui était très mauvais, surtout pour lui.
…...

Tu peux me dire ce que je fabrique arrêtée sur un parking à 21h avec un classeur de maths sur les genoux ? J'écris. Oui et c'est tout à fait le lieu et l'heure pour écrire. Tu veux savoir pourquoi je me suis arrêtée ? Parce que je viens de te déposer chez tes parents. Et je dois rentrer chez moi. Résultat ?  Comme d'habitude, je me suis mise à pleurer. Je n'ai aucune envie de rentrer chez moi. Et te jeter de cette façon sur le trottoir je ne le supportes plus. A chaque fois tu sautes de la voiture et tu passes par dessus  le portail sans te retourner. Oui je sais pourquoi. Enfin du moins je m'en doute mais … à chaque fois j'ai l'impression que l'on ne se reverra jamais. C'est comme si tu me disais adieu. Et je ne veux pas.
Le pire c'est qu'un jour où l'autre c'est moi qui te dirais adieu. Et si tu réagis aussi mal que moi, tu vas souffrir. Tu vas souffrir énormément et c'est exactement ce que je voulais éviter. Ne pas m'attacher pour ne pas souffrir. Ne laisser personne s'attacher à moi pour ne pas faire souffrir. L'objectif était pourtant simple. Sauf qu'un jour.... tes paroles m'ont percuté et ton regard m'a traversé. Et depuis ? Et bien depuis je vie. Je vie grâce à toi, je vie pour toi. Avec toi je me sent vraiment vivante et je voudrais que cela dure éternellement. Tu vois... mon frère a raison. J'ai 27 ans mais je crois toujours au Père Noël.

….....

Je sautais par dessus le portail sans me retourner pour ne pas que tu vois mes larmes couler, tout simplement.
…..

148/ 19 SEPT
J'ai croisé Eric ce matin. Il m'a demandé comment j’allais et si tout se passait bien. On a discuté un petit moment. Je ne le connaissait pas mais je l'aime bien et il est sympa. Et puis disons que maintenant on a un point commun. Il m'a bien fait rire. Il m'a demandé si tes parents étaient au courant. J'ai éclaté de rire. Non pas que ce soit particulièrement drôle, c'est juste que pour que tes parents soient au courant, il faudrait déjà que toi tu le sois. Et quand je lui ai expliqué ce qui se passait entre nous il était sur le cul. Il a commencé par me dire que c'était impossible que tu n'en ai pas conscience. Et puis il a continué en m'expliquant que c'était peut être tout simplement du au fait que tu n'as aucun point de comparaison. Pas d'histoires vécues, pas d’expériences passées non plus. Et il a probablement raison. Mais je me voit mal tout te balancer au visage, là maintenant. Parce que je n'ai aucune idée de comment tu vas prendre les choses. Même si fuir, ce n'est pas ton genre, la peur peut nous faire faire ce que l'on ne veut pas. Et je refuse de prendre ce risque. Je tiens beaucoup trop à toi pour ça. Selon Eric si je ne te parles pas très vite, c'est moi qui vais en souffrir. Mais ce qu'il ne sait pas c'est que souffrir je sais faire. Je peux gérer ça.  Je vais souffrir ? Trouver la situation gênante ? Frustrante ? Je vais m'énerver ? Peut être... sans doute... probablement... Et après ? Tout ce que je veux c'est t'avoir à mes cotés. Le reste... je ferais comme toi, je trouverai des solutions.
…...


Aujourd'hui les comparatifs sont faciles. Et l’expérience acquise me fait dire qu'Eric avait parfaitement raison. Je n'ose même pas imaginer à quel point ton silence à du te peser lourd.
…...

149/ 21 SEPT
Je crois que je t'ai un peu gâchée la bonne nouvelle. Oui le médecin nous a dit que tout allait bien. L' IRM est satisfaisant, pas d'évolution, les analyses sont bonnes, pour lui tout va très bien. Mais il y a quand même deux questions auxquelles il n'a pas répondu. Jusqu'à quand ? Et quelles sont les résultats d'analyses de ce qu'ils ont enlevé ? Alors bonne nouvelle oui mais j'aurais voulu être sure. Tout va bien pour l'instant ? Génial. Donc je prend mon courage à deux mains et je t'explique tout . Et ensuite ? En admettant que tout ce se passe comme je le souhaiterai, on fait des projets, on vie, on rigole, on part en week-end et puis dans un mois il me dira que ce n'est pas bon. C'est ça ? Que finalement ce n'était qu'éphémère. Et retour à la case départ ? Cette nouvelle t'anéantirais. Je ne peux pas faire ça.
Alors effectivement je n'ai pas sauté de joie autant que toi. Oui c'est bien et je suis contente mais je suis quand même déçue. Je m'attendais à plus. Et là je me rend compte qu'il va falloir attendre le mois prochain. Alors non je ne saute pas de joie. Un mois de plus à faire semblant, un mois de plus à me taire et peut être un mois de perdu tout simplement. Je n'aime pas ça. J'ai presque l'impression de te mentir et ça ne me plaît pas du tout.

….....

En regardant les choses de ton point de vue, je comprends mieux les raisons de ton silence. Mais ce que je comprends encore plus c'est que ton silence n'avait qu'un seul but : me protéger de la souffrance.
…...

150/ 23 SEPT
Tu veux faire quoi cette après midi ? Je suppose que tu n'as pas prévue de prendre le car ce midi ? On se fait un resto ? Je ferais bien un Trivial aussi, enfin si tu veux... Mais je ne dois pas rentrer trop tard ce soir. J'ai un match demain et il faut que je me lève à 5h. Si je veux tenir le choc dimanche soir je crois que je vais prendre un peu d'avance. Pourquoi dimanche soir ? Ben j'ai ma petite idée en tête mais je t'en parlerai toute à l'heure. Mais à une condition. Dimanche tu bosses. Tu as des devoirs à faire, à commencer par des maths. Et si je me souviens bien tu as aussi une dissertation de philo pour mardi. Donc tu vas commencer par tout ça et si tu as fini on peut peut être se débrouiller pour se rejoindre dimanche soir. Si tu veux rester avec moi...évidemment.

….....

Si je veux rester ? C'est une blague ? Elle était totalement stupide ta question.
…..

151/ 24 SEPT
Je savais que tu me dirais oui. Je ne vais peut être pas te le demander toutes les semaines parce que je ne suis pas certaine que tes parents soient d'accord, mais … une fois de temps en temps... Et puis j'ai l' impression que ça te fait plaisir autant qu'à moi. Tant mieux d'ailleurs. Je vais enfin réussir à dormir correctement. Bonne nouvelle parce que je suis crevée. Ce match m'a tuée mais on a gagné. D'ailleurs je crois que je vais dormir un peu sinon ce soir je pose la tête sur ton épaule et je ne me donne pas 2 minutes avant de m'endormir. Je n'ai pas grand chose à faire, à part attendre que la machine aie fini de tourner alors autant que je dorme un peu. Cinéma ce soir ? Ça te va ? Popcorn crunch ? Mais on prendra 2 pots sinon tu vas encore piquer le mien. Non pas que ça me dérange mais je voudrais surtout qu'il m'en reste.

….....

Le mélange salé- sucré c'est toi qui me l'a fait découvrir. Il n'y avait rien d'exceptionnel à priori. Le porc au caramel est très connu. Mais toi, les différents médicaments avaient modifiés une partie de tes goûts et c'est à cause de cela qu'un jour je me suis retrouvée à manger du jambon à la compote de pomme, du popcorn salé mélangé au chocolat, des pattes au Nutella et bien d'autres.
Le plus drôle c'est que j'en mange toujours.
…...

152/ 28 SEPT
J'ai passé une excellente soirée hier soir. Pourtant on a rien fait d'extraordinaire. On a juste mangé et regardé la télé. Mais … c'est le fait de partager cette soirée avec toi qui la rend excellente. Je n'avais aucune envie de me lever ce matin. Quand le réveil à sonné je me suis demandé si c'était une blague ou un rêve. Mais non il était vraiment 6h30. J'adore me réveiller dans tes bras mais la question qui me vient à l'esprit c'est : Est ce que c'est réciproque ? C'est vrai ! Je suis partie du principe que si tu me laissais venir dans tes bras c'est que tu en avais envie mais c'est peut être tout simplement parce que j'en ai pris l'habitude et que tu n'oses pas m'éjecter. Pour moi chacun de tes baisers signifie quelque chose mais pour toi c'est peut être juste une marque d'affection. Moi j'ai des sentiments pour toi je le sais. Ton comportement envers moi m'a amené à la conclusion que c'était réciproque. Mais … si je me trompais ? Si c'était juste de l'affection ? Une profonde amitié ? Je sais que je ferais mieux de te parler au lieu de poser les questions à moi même. Mais si la réponse ne me plaît pas ? Je fais quoi ? Je te laisses partir ? Je n'y arriverais pas. Je ne peux pas. Je ne peux pas parce que je n'imagines plus ma vie sans toi à mes cotés. Alors oui peut être que je me plante mais au moins dans l'état actuel des choses, tu es là.

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Tu ne te trompais pas. Tu avais même très bien compris. Compris beaucoup mieux que moi d'ailleurs. Et je voudrais vraiment m'excuser. A ne rien comprendre j'ai probablement contribué à te faire vivre un enfer sentimental.
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153/ 09 OCT
Il n'en loupe pas une celui là. Il était obligé de parler de ce repas devant toi ? Si moi même je ne t'en ai pas parlé c'est pour une bonne raison. C'est un mercredi soir et le mercredi soir c'est le seul soir ou tu restes avec moi. Tu crois vraiment que je préfère aller manger avec mes collègues ? Te demander de venir avec moi ? Je pourrais mais franchement tu te vois te taper une soirée entourée de tes profs ? Je ne vais pas te faire un truc pareil. Si je t'en parle, j'imagine ton discours d'ici. Ça me ferais du bien de voir du monde. A part mon frère et toi je ne parle à personne. C'est vrai. Et alors ? Ça me convient très bien. Pourquoi perdre mon temps a passer une soirée avec des personnes que je croise tous les jours, avec lesquelles je n'ai aucune affinité particulière si je peux passer la soirée avec toi ? Tu peux me le dire ? Parce qu'ils vont encore dire que je fais bande à part ? Que je ne veux pas me mêler à eux ? Que je me crois supérieur à eux ? Tu sais, des conneries de ce genre j'en entend tous les jours. Si je ne veux pas que tu mettes les pieds en salle des profs ce n'est pas pour rien. Alors laisse tomber ce repas. Je n'irais pas.
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Oh si tu vas y' aller. Et je vais même venir avec toi.
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154/ 13 OCT
Je me disais bien que tu allais mettre ce sujet sur le tapis à un moment ou a un autre. T'es vraiment une emmerdeuse. Tu es prête à te farcir un repas entourée de la moitié de tes profs juste pour que moi j'y aille. Mais pourquoi ? D'accord on va y aller. Mais moi je n'y vais pas sans toi. T'aurais voulue que j'y aille seule ? C'est hors de question ! Et je me fou de ce qu'ils pensent.  A l’extérieur du lycée je mange avec qui je veux et je viens accompagnée de qui je veux. Collègues ou pas je m'en moque. Ce qui me préoccupe c'est toi. Je n'ai pas envie que tu te sentes mal à l'aise. Et encore moins que tu te fasses agresser par des questions débiles. Cela dit, ils pourraient être surpris par tes réponses. Et je ne veux pas que tu t’ennuies. Au pire... on s'en ira.

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Oh non ! Je n'avais aucune intention de partir. Tu avais insisté pour que je t'accompagne, alors ce que je voulais moi, c'est que tu assumes jusqu'au bout. Évidemment c'est ce que tu as fait. Finalement, on a bien rigolé lors de cette soirée.
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155/ 14 OCT
Si j'en crois ce que nous a dit le médecin hier, tout va très bien. Les clichés sont bons, pas d'anomalies notables, les analyses sont dans la normale, je supporte très bien le nouveau traitement et c'est  vrai que je me sent bien. J'ai même fini par m'habituer à tes saloperies d'injections.Tous les matins j'ai le droit à la même question : je pique de quel coté ? Si tu savais ce que tu peux m'énerver avec cette question. Pas du tout. Ça te va comme réponse ? Non ? Oui je me disais aussi...

Une IRM et une prise de sang tous les 15 jours. Et c'est tout ? Oui c'est tout. Bon, il y a quand même les 12 comprimés que je dois avaler tous les jours mais si on imagine que c'est des pop corn alors ça passe. C'est peut être le moment où je suis censée m'armer de courage et te parler. Il faut que je le fasse, je le sais. Mon frère me répète tous les jours que l'on doit se parler. Je repousse cette conversation depuis un bon moment déjà, mais il est certainement temps d'arrêter de chercher des prétextes ou de me trouver des excuses. Je n'ai jamais eu peur d'affronter qui que ce soit mais là... je suis morte de trouille. Que ce soit mes collègues, mes supérieurs, mon entraîneur ou même encore ma mère je n'ai jamais eu peur. J'ai toujours exprimé ce que je pensais, peu importe les conséquences. Mais toi... je n'y arrive pas. La différence ? C'est que je me moquais royalement de leur réaction ce qui n'est pas ton cas. Et il est peut être là mon problème.

Et si tu ne comprenais pas ? Si tu me prenais pour une folle. Ou bien me dire que ce n'est pas vrai. Que je délire. Que tout cela n'est qu'une invention de mon esprit. Que tu n'as pour moi qu'une profonde affection ; Ou que tu voulais juste m'aider. Qu'est ce que je pourrais te répondre à ça ? Te prouver que ton comportement en dit bien plus que ce que tu veux bien admettre ? Oui, mais comment ? Te rappeler les faits ? Tu regardes la télé dans mes bras et je dors dans les tiens. On passe le plus clair de notre temps collée l'une à l'autre. On marche bras dessus bras dessous dès que l'on sort du lycée. Tu me prends la main dans la salle d'attente ou au cinéma. Tes gestes tendres, tes caresses sur mon bras ou sur ma nuque.... on en parle ? Je n'ai pas un cœur de pierre, je n'y suis pas insensible loin de là. J'en profite sans réagir. Mais jusqu'à quand ? Je ne veux pas te choquer, ni te braquer mais sans t'en rendre compte tu joues avec mes nerfs. Tu te souviens du massage dans le jacuzzi ? C'était pour moi une manière de te rendre ce que tu m'offres jour après jour. Pour une fois je voulais échanger les rôles. Toi, tu fonctionnes à l'envie, à l'instinct, sans réfléchir. Moi je n'y arrive pas. Je réfléchis à chacun de mes gestes en me demandant systématiquement comment tu vas l'interpréter.

Tu rigoles souvent du fait que je suis toujours la première en tout. Et bien tu vois, il y a un domaine ou je suis carrément nulle. Sur ce coup là tu es beaucoup plus douée que moi. Il serait peut être plus facile de te faire comprendre ce que je ressens avec des gestes qu'avec des mots mais je n'y arrive pas. La communication et moi ça fait deux, mais tu le sais déjà. Pourquoi crois tu que je te passe « Nous ne parlerons pas » en boucle dans la voiture ? Oui j'adore cette chanson. Oui je la connaît par cœur et toi aussi. Mais s'il te plaît écoute les paroles. Avant de te connaître je n'ai jamais envisager de vivre une histoire avec une femme. L'idée ne m'a même jamais traversé l'esprit. Mais... explique moi pourquoi j'en rêve la nuit. Parce que moi je ne comprends pas. Et non je ne te raconterais pas mes rêves. Bizarrement ceux là je m'en rappelle.

Il est 22h, je n'ai toujours pas mangé, je n'ai absolument rien fait ce soir et je n'ai toujours pas la solution à mon problème. J'ai juste l'impression de tourner en rond. La sensation d'être dans une voix sans issue. Le pire c'est qu'a l'entrée de la rue il y avait un sens interdit, mais je crois que j'ai fait semblant de ne pas le voir. Comment sortir de cette impasse ? Un demi tour en trois temps ? Mais faire demi tour c'est aussi faire marche arrière et je ne veux pas faire marche arrière.La seule solution c'est d'abattre le mur qui m'empêche de passer ; Mais là il va me falloir une pelleteuse et quelques bâtons de dynamite.
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La chanson disait : « On écrit bien mieux qu'on ne dit, on ose tout ce que la voix bannie. En quelques phrases, en quelques lettres il me semble si bien vous connaître.... »
Je pense que tes mots en sont la preuve parfaite.
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156/  16 OCT
J'en ai marre des discutions à voix basses derrière mon dos. Marre qu'ils s'arrêtent de parler quand je rentre dans la salle des profs. En plus, ils sont persuadés que je n'entends pas mais c'est faux. Qu'est ce que je fou avec une gamine ? Déjà, je pense que la gamine en question,elle pourrait leur donner pas mal de leçons. Et entre tous, les gamins c'est eux, pas toi. Ils feraient mieux de s'occuper de leur propre vie au lieu de s' intéresser à la notre. Oui je sais. Eric m'avait prévenu. Il m' a dit de ne pas y prêter attention et de ne pas répliquer. Je n'ai pas à m'expliquer, ni à me justifier. Mais si tu savais ce que ça peut m'énerver. Ce n'est pas normal ? Je suis à coté de la plaque ? Je devrais avoir honte ? Je ne sais pas ce que je fais ? Et bien si, je sais très bien ce que je fais. Je sais très bien ce que je veux. Et puis... qu'est ce qui n'est pas normal ? Aimer quelqu'un c'est interdit ? Être heureux ce n'est pas normal ? Ce qui n'est pas normal c'est de donner des cours sur la liberté de choisir et la liberté de penser, quand on est pas capable de respecter les choix des autres. Voilà ce qui a mon sens est anormal. Ils ne comprennent pas ? Mais personne ne les obligent à le faire, je ne leur ai rien demandé.


Voilà pourquoi je n'ai aucune envie d'aller manger avec eux. Mais ne pas y aller ne fera qu'alimenter leurs conversations stupides. Alors je vais y aller. Et si je tient temps à ce que tu m'accompagnes c'est justement pour leur prouver que je n'ai rien à cacher. Je n'ai absolument pas honte de quoi que ce soit. Si ils veulent vraiment comprendre il suffit de poser les bonnes questions au lieu de baver sur mon dos. Je risque de m'attirer des ennuis ? Lesquels ? T'es majeure et c'est ma vie privée. Si le Proviseur l'apprend ? Mais qu'il apprenne quoi ? Que je te ramène chez toi le soir et que je te paye un croissant le matin ? Jusque là je pense qu'il va bien rire. Le reste ? Mais le reste ne concerne pas le lycée. Il n'a donc pas à le savoir.
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D'accord. Depuis des années je suis convaincue que ta relation avec tes collègues devait être compliquée. Tu ne disais jamais rien c'est vrai, mais pour avoir été dans la même position que toi des années plus tard, je sais que la différence peut rendre les gens totalement stupides.
Tout doucement les choses évoluent. Mais il y a 20 ans, avant internet, on en était encore aux clichés archaïques.
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157/ 18 OCT
Pourquoi tu boudes depuis ce matin ? Qu'est ce qui ne va pas ? C'est le repas de ce soir qui t'angoisses ? Si c'est le cas pourquoi tu ne le dis pas ? Tu me répètes en permanence que je dois te dire les choses et ne pas les garder pour moi, mais c'est valable aussi pour toi. C'est quoi le problème ? Tu as peur de ne pas te sentir à ta place ? Peur que l'on t'ignore ? C'est ridicule. Ta place elle est à mes cotés. Peu importe qui se trouve en face. Et je ne vais pas te lâcher. Fait moi confiance. C'est stupide ce que je viens de dire. Je sais que tu as confiance en moi. Bien plus que moi même d'ailleurs.
Au fait j'ai une idée pour ce midi. Si on passait au restaurant chinois ? On se prend des plats à emporter et on mange chez tes parents. Pour une fois çà nous évitera de taper dans leur frigo . Qu'est ce que t'en pense ? Non parce que je vais encore payer ? Oui je vais payer, et alors ? Si tu savais ce que je m'en moque. Tait toi et mange !
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Payer ? Tu as toujours tout payé.  Et si je devais faire l'addition, elle serait très très longue. Mais est il possible, que sortir sa carte bleue aussi vite qu'un stylo soit génétique ? Je te demande ça parce que ton frère est exactement comme toi. Pas plus tard qu'il y a quinze jours, je lui ai proposé de prendre quelque chose à emporter pour notre repas du soir. Moi je pensais pizza ou hamburger. Mais non ! Monsieur s'est arrêté à la poissonnerie pour commander un plateau de fruits de mer.Tu vas me dire que c'est bien un plat à emporter. Je suis d'accord, sauf que ce n'est pas du tout le même prix.
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158/ 20 OCT
D'accord déposer Romuald à la gare ce n'est pas la meilleure idée que j'ai eu. Mais ils ont tous compris que l'on repartait ensemble alors pourquoi se cacher ? Tu sais... ce que les gens ne savent pas avec certitude ils l'invente, alors autant jouer franc jeu. Oui on est rentrées ensemble et alors ? J'aurais très bien pu te déposer quelque part. Ils ne peuvent pas savoir ce que l'on a fait après. Jusqu'à présent personne ne nous a vues sortir de la même chambre d’hôtel. Alors ou est le problème ? Et même si c'était le cas... franchement, ils parleront pendant 15 jours, et puis ils passeront à autre chose. Rien de ce qu'ils pourront dire ou faire ne changera ce que je pense, ce que je veux, ni ce que je fais et encore moins ma façon d'agir envers toi. Notre relation a bien plus de valeur à mes yeux que toutes les conneries que je peux entendre. Il serait vraiment temps que les esprits évoluent. C'est vrai ! Autant l'idée d'une relation homosexuelle ne m'avait moi même jamais effleuré l'esprit mais qu'est ce qu'il y a de choquant là dedans ? Ce n'est pas parce qu'on en parle pas que ça n'existe pas. Les écoles de garçons en 1930, les couvents de bonnes sœurs... on veut nous faire croire qu'il ne s'est jamais rien passé entre deux personnes du même sexe ? On ne nous prendrait pas un peu pour des cons ? Parce que c'est mal, ce n'est pas bien, ce n'est pas normal, ce n'est pas naturel. Mais c'est écrit ou tout ça ? Pas naturel ? On en parle de la nature ou des animaux ? On ne confondrait pas sentiments et reproduction par hasard ? Parce que moi je parle de sentiments. Je sais ce que je ressens et pour qui. C'est tombé sur toi. Oui ! Et bien c'est comme ça. Qu'est ce que tu veux que j'y fasse ? Je ne l'ai pas choisie, ni même imaginé et pas prémédité non plus. Un jour ou l'autre on demandera homme ou femme de la même manière que l'on demande chocolat ou vanille, on a juste un peu d'avance c'est tout.
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Je suis bien d'accord avec toi. Mais comme tu l'as si bien dit, tu avais un peu d'avance. Et par un peu, je veux dire à peu près 30 ans. Rien que ça.
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159/ 25 OCT
Ton regard noir ce matin, c'était pour me faire comprendre que la vodka d'hier soir était une mauvaise idée ? Rassure toi, je l'ai compris dès que j'ai voulu me lever. Mais en fait je voulais te parler hier soir. Si je t'ai proposé d'aller boire un verre en ville, c'est tout simplement parce que je suis partie du principe que tu ne me collerai pas une gifle en public ; Que tu ne ferais pas de scandale non plus. Trop bien élevée pour ça. Alors on a pris un verre et on a discuté. On a rie, parlé de plein de choses et j'ai passé un très bon moment. Je me sentais tellement bien que je n'ai pas eu le courage de tout gâcher. A un moment je me suis dit que j'allais y arriver. On a commandé un autre verre, comme si un verre de vodka pouvait me donner le courage de te parler. C'est totalement ridicule. Tout ce que ça m'a donné c'est mal au crane. Je ne sais même pas comment on est rentrées. A pied visiblement. Je me suis probablement écroulée dans le lit et ce matin quand j'ai ouvert les yeux, tu étais là. Mais ce mal de tête... punaise ! Je n'ai plus l'habitude. Il fait une chaleur à crever dans cette salle, je vais finir par tourner de l’œil. C'est l'alcool ? Oui peut être. Mais il faudrait que je prenne l'air parce que je ne me sent vraiment pas bien. Et je me voit mal vomir devant toute ma classe. C'est ça qu'on appelle avoir la gueule de bois ? Alors si c'est le cas je passe mon tour. Une fois mais pas deux. Je sais que je vais avoir droit à une leçon de moral de ta part, bien avant ce soir, et ce sera mérité. Mais épargne ta salive, je crois que j'ai compris.
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Effectivement, je n'ai pas eu besoin de dire quoi que ce soit. Ton regard était suffisamment limpide pour moi, et brumeux pour toi, pour que je sache que tu avais très bien compris la leçon.
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160/ 26 OCT
Je devrais être triste. Je devrais probablement pleurer mais non ! Je suis juste en colère. En colère parce que je vais devoir régler tout l'administratif et je n'ai aucune envie de m'occuper de ça. Elle n'a jamais rien fait pour nous de son vivant et malgré tout, moi je dois m'occuper d'elle ? La banque, le notaire et quoi d'autre ? Je vais perdre mon temps. La seule bonne chose dans toute cette histoire c'est que du coup tu es restée avec moi hier soir.  Sauf que je ne vais pas perdre ma mère toutes les semaines pour que tu restes dormir avec moi. Mais merci. Merci de m'avoir accompagnée, merci d'être restée. Si tu n'avais pas été là je crois que j'aurais pété un câble. Pleurer non, parce que en toute honnêteté.. bon débarras. Mais m'occuper de tout ça, je n'en ai aucune envie et ça me fait royalement chier.
Mais comme d'habitude c'est toi qui m'a rendue les choses plus facile. De toute façon avec toi tout devient facile. J'ai l'impression que moi je ne fais qu'attirer les emmerdes et que  toi tu passes derrière pour tout arranger. C'est juste hallucinant. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi aujourd'hui. Oui j'y arriverai, mais ce serait beaucoup plus compliqué. Un jour je t'ai dit : Il n'y a que dans les moments difficiles que l'on sait vraiment qui l'on est. Et bien aujourd'hui je peux te le dire : je sais qui tu es. Tu veux savoir qui tu es vraiment ? Quelqu'un de génial. Quelqu'un qui sait écouter, qui sait trouver les mots ou les gestes qu'il faut. Quelqu'un qui sait comprendre, apprécier et partager les choses de la vie. Quelqu'un sur qui on peut compter dans les bons comme dans les mauvais moments. Quelqu'un qui sait rire et faire rire, mais qui sait pleurer aussi. Et surtout.... quelqu'un qui sait aimer. Qui sait aimer bien plus que l'on peut rêver d'être aimer. Et si un jour quelqu'un te dis le contraire, alors casse lui la gueule !
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Merci. Tes mots me touchent énormément. Et même si je pense que ton jugement est plus ou moins faussé par tes propres sentiments, je dois admettre que c'est très agréable à lire. Par le passé j'ai vécu quelques belles histoires sentimentales, mais avec le recul, je pense qu'aucunes d'entre elles ne me voyait de cette manière, alors merci beaucoup.
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161/ 29 OCT
C'est vrai je n'ai aucune envie d'y aller seule. Je ne connais aucune des relations de ma mère, ce ne sont que des inconnus pour moi. Mais .. que tu loupes les cours pour m'accompagner je ne suis pas vraiment pour. Ce n'est pas ta famille. Ce n'est même pas vraiment la mienne non plus. Tu n'as pas besoin d'être là. Tu n'as pas à faire ça. Mais mon petit doigt me dit que si j'essaye de t’empêcher de venir tu vas t'énerver. Et je n'aime pas quand tu t'énerves, surtout si c'est à cause de moi. Alors d'accord je demanderais à mon frère de te faire un mot d'excuses. Au moins on pourra passer le reste de l'après midi ensemble. Et … cerise sur le gâteau, tu restes avec moi demain soir. Donc cette semaine tu restes ce soir, demain soir et mercredi soir... génial ! J'adore l'idée.
Mais je ne me fais pas d'illusion je sais que c'est exceptionnel. Je dois me contenter des dimanches et des mercredi. Ce qui n'est pas si mal quand on y réfléchie. Mais je voudrais pouvoir profiter de toi le plus possible. Pendant qu'il m'est possible de le faire.

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Tu n'avais tout de même pas imaginé que j'allais te laisser assister à l'enterrement de ta mère toute seule ? Heureusement tu n'as pas trop insisté pour que j'aille en cours ce jour là. Et comme prévu c'est ton frère qui m'a fait fait mon mot d'excuse.
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162/ 31 OCT
Je sais que tu t’inquiètes par rapport au fait que je viens d'enterrer ma mère. Mais rassure toi je vais bien. Elle n'est plus là, fin de l'histoire. Je n'ai aucun souvenir avec elle, elle ne me manque pas. On a jamais rien partagée c'était une inconnue pour moi.
Ce qui m'a fait le plus mal, ce n'est pas d'enterrer ma mère c'est d'assister à un enterrement. Je me suis imaginée, moi dans le cercueil et vous en face. Plantés comme deux cons, perdus, désemparés. Cela m'a juste confortée dans l'idée que je ne veux pas être enterrée, je veux être incinérée. Les choses ne seront pas forcément plus faciles pour autant. Mais disons que je ne veux pas finir manger par les vers, j'ai d'autres projets. Et là encore je vais avoir besoin de toi, mais ça c'est une autre histoire. On en parlera. Mais le plus tard possible.

…....

Je confirme, on en a parlé. Longuement parlé je dirais. Après la conversation sur les fruits et légumes, après m'avoir demander de débrancher les machines si nécessaire, j'ai eu le droit à un discours sur l'inhumation. Je pense que tu comprendras que ce ne sont pas mes meilleurs souvenirs. Cependant, il est vrai que ces différents sujets étaient réellement un mal nécessaire.
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163/  2  NOV
J'ai repensé à notre conversation de l'autre jour. Je ne sais pas pourquoi mais cette conversation sur le mariage m'a fait réfléchir. Et ne rigole pas ce n'est pas drôle. J'ai toujours dit que la cérémonie, l'église, la pièce montée... c'est juste pour épater la galerie. Et je n'ai pas changé d'avis. Une signature sur un registre ? Ce n'est pas plus compliqué que de signer un chèque. Et selon le montant du chèque l'engagement peut être pire que le mariage. Le mariage est censé avoir une valeur sentimentale et au final on juge la valeur d'un mariage au prix qu'il a coûté. Il n'y a pas une erreur quelque part ? Sous prétexte que la robe était belle, que le repas était bon et le décor sympa on dit que c'était un beau mariage. C'est complètement ridicule quand on y réfléchie. Aujourd'hui la plupart des gens se marient pour payer moins d' impôts ou obtenir les allocations familiales. Mais les sentiments ils sont ou là dedans ? On échange des alliances pour montrer à tout le monde que l'on appartient à quelqu'un. Appartenir ? C'est vraiment ça la symbolique de l'alliance ? Pourquoi pas se tatouer un code barre pendant qu'on y est ? Regarde mon frère. Il aime sa femme je le sais. Mais si il s'est marié à l'époque, c'était pour faciliter l'achat de la maison. Pour moi c'est une mauvaise raison. L'engagement il n'est pas sentimental il est administratif, et je n'adhère pas du tout à cette conception. Donc effectivement, le mariage tel qu'on le pratique aujourd'hui je suis contre.

Pourquoi je te dis tout ça ? Parce que j'y ai beaucoup réfléchie. Et oui j'essaye de te dire quelque chose mais je ne suis pas certaine d'y arriver. Le fait de se sentir proche de quelqu'un comme si c'était une partie de soi même. Tu sais... quand tu commences une phrase et que l'autre la termine à ta place. Quand tu es capable de comprendre la colère ou les désirs de l'autre d'un simple regard. C'est qu'il y a un lien entre les deux. Un lien très fort. On parle des liens du mariage. Mais le lien c'est les sentiments, c'est ce que l'on ressent pour l'autre, ce que l'on voit dans le regard de l'autre. Mais certainement pas un morceau de papier.

Tu m'a demandé ce que moi je voudrais pour mon mariage. Et je n'ai pas réussie à te répondre. Tu veux savoir pourquoi ? Tout simplement parce que jusqu'à présent la réponse était simple. Pas besoin d'imaginer parce que je ne veux pas me marier. Mais... quand tu m'as posé la question je me suis vue sur une plage au bord de l'océan. Une coupe de champagne à la main. Un tête à tête avec pour seule vision l'infini de l'océan. Je me suis vue exprimer ce que je ressens les yeux dans les yeux et sans témoins. Pourquoi sans témoin ? Parce que ça ne regarde personne.


Quand aux alliances... alors là... Symbole d'appartenance ? Ah ça non ! Personne n'appartient à personne. Pourquoi on a choisie un anneau pour représenter le mariage ?  Tu veux ma théorie ? La forme... c'est rond. Donc sans début, ni fin. Le lien indéfinissable, que l'on tient dans ses doigts. Ce lien si simple et si fort à la fois, c'est ça la symbolique de l'alliance. Quoi qu'il arrive, peu importe les événements ou la distance qui sépare deux êtres.  La vision de cette alliance te rappelle en permanence que tu n'es pas seule, que tu es liée à quelqu'un que tu aimes et qui t'aimes en retour. Finalement, je trouve l'idée assez attrayante. Alors... un jour peut être... Un jour sûrement.
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Ok ! Alors toi tu passes de l'enterrement de ta mère à une théorie sur le mariage en trois jours. Heu... donne moi deux secondes parce que je n'ai plus l'habitude de te suivre. C'est quoi le message ? Tu avais changé d'avis sur le mariage ? Tu trouves l'idée des alliances attrayantes ? Si je comprends bien, c'est à partir de là que l'idée de la lettre à commencé à germer.Ce qui me fait dire ça?Et bien sans doute le fait que je connais par cœur ce qui figure dans ta lettre et qu'il m'est impossible de ne pas faire le rapprochement entre les deux.
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164/ 5 NOV
On a passé l'intégralité des vacances ensemble. Et tu sais quoi ? Moi qui pensait que vivre avec quelqu'un ça devait être un enfer, aujourd'hui je pense le contraire. Partager mes jours et mes nuits avec toi c'est plus un rêve qu'un cauchemar. Que l'on bosse ou que l'on regarde un film du moment que tu es à mes cotés tout me va. Je n'aurais jamais imaginé que manger une salade de crevettes dans une chambre d’hôtel pouvait me rendre aussi heureuse. C'est stupide ? Ben oui j'avoue mais c'est pourtant le cas. J'aime nos conversations et même nos disputes. Parce qu'après les disputes il y a tout le reste, les excuses, les explications, tes regards qui en disent long et tes sourires encore plus. J'ai longtemps douté sur mes sentiments. J'ai mis du temps à l'avouer. Mais aussi longtemps que je vivrais je veux être avec toi. Et je sais qu'un jour j'aurais le courage de te l'avouer. Un jour j'aurai le courage de te dire que je veux passer le reste de ma vie avec toi. Quand ? Bonne question. Je n'en ai aucune idée mais je finirais par le faire. Comment je peux en être aussi certaine ? C'est très simple. Ma vie n'a aucune autre issue. Ce sera toi et personne d'autre.

…...

STOP ! On peut revenir en arrière s'il te plaît ? J'ai raté quelque chose ? J'ai lu de travers ? Il y' a erreur sur le destinataire ?
Mais non, il n'y avait aucune erreur. La seule erreur c'est que le jour dont tu parles n'est jamais arrivé. La bonne nouvelle c'est que ce jour précisément,  tu venais de répondre noir sur blanc à l'une des questions que je me pose depuis le jour ou tu es partie.
…....

165/ 9 NOV
Tu ne dis rien mais je sais que tu me détestes depuis deux semaines. Le peu de temps que l'on peut passer ensemble je sors courir. Je t'ai réveillée à 5h du matin parce que je suis sortie faire un jogging. Je n'ai pas voulu que l'on mange une pizza pour être au top de ma forme pour le tournoi. Et je sais que tu ne comprends pas pour quelle raison. Je joue tous les dimanche, je m’entraîne depuis des années mais là je veux vraiment mettre toutes les chances de mon coté. Je veux offrir cette victoire à l'équipe. On joue ensemble depuis des années alors je leur doit cette victoire. Les filles la mérite. Il me faut cette victoire. J'en ai besoin. J'ai besoin de cette victoire parce que je veux terminer ma carrière en beauté. Ne me demande pas pourquoi mais j'ai l'intime conviction que ce tournoi sera mon dernier match. Si je te le disais tu me répondrais que je délire et que l'on ne sait pas de quoi demain sera fait. Je suis d'accord mais je sais que ce sera mon dernier match. Ce que je ne sais pas c'est pour quelle raison. Pourquoi je ne pourrais plus jouer ? Je vais de nouveau être malade ?
…...


Et tu disais que moi j'avais un don ? Si moi j'avais la capacité de lire certaines choses en toi, et bien visiblement, toi tu avais la capacité de ressentir ton propre avenir. Parce qu'en effet ce tournoi fut ton dernier match.
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166/ 14 NOV
Depuis les vacances tu restes avec moi quasiment toute la semaine. Et j'avais peur qu'à cause de ça tu ne puisses pas venir avec moi ce week-end. Je ne sais pas ce que tu as dis à tes parents mais égoïstement je crois que je ne veux pas le savoir.  Je n'imagine pas participer à ce tournoi sans toi. Depuis des semaines je t'imagines dans les gradins pendant que je joue. Je veux que tu sois présente, je veux que tu me voit jouer. Ce sera sans doute mes derniers matchs et je veux les partager avec toi.

Depuis 3 ans tu as toujours été là. De jour comme de nuit, dans les bons comme dans les mauvais moments tu as toujours été là. Je sais que ce tournoi marquera une étape importante de ma vie. Et j'ai besoin de ton aide. Dire adieu au parquet, a ce public devant lequel je joue depuis que je suis toute petite, a cette ambiance... je n'y arriverais pas toute seule. Il y a longtemps déjà que je ne devrais plus jouer. J'ai eu de la chance d'avoir pu continuer jusqu'ici. Mais c'est fini. Je sais que c'est fini. Je ne t'en ai pas parlé parce que je ne veux voir ni la peine, ni la nostalgie dans tes yeux, pendant que je joue. Au contraire, j'ai besoin de voir que tu aimes me voir jouer. Je veux que tu sois fière de moi, fière de ce que je suis et fière de ce que je fais.
Et puis je suis certaine que ce week-end va être génial. Épuisant mais génial.
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Je n'aurais voulue rater ce tournoi pour rien au monde. Et puis du moment que j'étais à tes cotés, peu importe l'endroit où l'on se trouvait. J'étais heureuse, tout simplement.
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Schrtoumpfy
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Jeu 11 Avr - 21:26
167/ 19 NOV
Tu t'es endormie. Pour une fois c'est moi qui te regarde dormir. Je suis fatiguée mais... je ne sais pas, l'adrénaline sans doute. Merci pour tout. Pour tes encouragements, tes cris, tes applaudissements, c'est exactement ce dont j'avais besoin. Tu me surprendras toujours. Comme d'habitude tu as joué les caméléons. Tu ne connaissais quasiment personne et en deux heures tu semblais être dans ton univers. Ce qui est complètement faux puisque tu ne connais rien au basket. Mais pour ce qui est de donner le change tu es très forte.
J'ai quelque chose à te dire aussi. Tu veux savoir pourquoi personne n'a été surpris lorsque je t'ai embrassée dans les gradins ? Tout simplement parce que tu as fait la même chose ce matin au petit déjeuner dans le restaurant. Tu n'étais pas réveillée ? Je sais. Tu ne t'en rappelle pas ? Ça aussi je le sais. Mais je crois que ça m'est égal. Habituellement je ne peux pas te le rendre mais là … c'est toi qui me l'a demandé. Je n'allais pas louper une occasion pareille. Alors oui ! Je t'ai eu.
Et tu sais quel jour on est aujourd'hui ? Dimanche, jusque là on est d'accord. Et la date ? Mais c'est vrai que tu ne regardes jamais le calendrier. Comme si voir les jours qui défilent te faisait peur.
Ça fait 3 ans aujourd'hui. Trois ans que tu partages ma vie. Trois ans que je suis heureuse, grâce à toi.
…....

J'ai fait un truc pareil moi ? Je n'en ai aucun souvenir. Mais si tu le dis je te crois.
En revanche, le baiser que moi je t'ai demandé, celui là je m'en souviens très bien. Je ne m'attendais pas exactement à ce genre de baiser mais... au moins, je ne risque pas de l'oublier.
…...

168/ 21 NOV
Oui je me suis fait mal à l'épaule pendant le tournoi. Mais tu veux vraiment passer la soirée à la maison médicale ? Tu n'en a pas marre des salles d'attente et des médecins ? Moi si ! C'est juste musculaire, je ne vais pas en mourir. On a pas besoin d'aller chez le médecin pour ça. Mais pourquoi je discute moi ? Que je veuille ou pas tu vas m'y traîner quand même. C'est mon frère qui va être content, parce qu'il avait raison. Hier soir il m'a dit que de toute façon si tu t'en apercevait tu m’emmènerais voir un médecin. Je lui ai répondu que je n'irais pas et il a rigolé. Maintenant je comprends pourquoi. Je ne sais pas te dire non.

…...

C'est bien, tu es arrivée à la bonne conclusion toute seule. Je n'ai même pas eu besoin de me fâcher.
…...

169/ 22 NOV
Finalement ce n'était pas une si mauvaise idée que cela d'aller chez le médecin. La pommade je ne peux pas la mettre toute seule. Et le médecin à dit trois fois par jour. Pour une fois je crois que je vais suivre le traitement à la lettre. Quoi ? Si je veux guérir rapidement je dois faire ce qu'il a dit. Tu l'as entendu comme moi. Pour toi c'est juste étaler de la crème sur mon épaule, mais pas pour moi. Je te demanderai de beurrer un plat ce serait pareil. Ou tout du moins c'est l'impression que tu donnes. C'est vraiment la même chose pour toi ? En y réfléchissant je n'en suis pas si sure.
 Tu caches tes sentiments en banalisant les choses. Mais je crois que ce qui m'énerve le plus n'est pas que tu me les caches à moi. D'autant plus que ce n'est pas vraiment exact. Mais c'est à toi que tu le caches le plus. Arrête de te voiler la face, tu te mens à toi même. Eric avait raison c'est frustrant. Tu  veux savoir pourquoi ? Je vais te le dire. La manière dont tu dégages mes cheveux pour ne pas qu'ils trempent dans la pommade. A chaque fois je sent tes doigts glisser le long de ma nuque et j'en ai des frissons rien que de l'écrire. Sentir tes mains sur mon épaule et s'approcher de ma colonne vertébrale.... tes gestes doux et tendres provoquent en moi un sentiment que je ne sais pas expliquer. La seule chose que je suis capable de te dire c'est qu' à cet instant mon esprit s'envole et il me vient des images que je ne peux pas décrire. Je ne peux pas les décrire parce que je n'ai pas les mots qu'il faut. Ben oui ! Je ne suis pas très douée pour ces choses là. Ou disons le franchement, je suis carrément nulle. Jeremy disait que j'étais un hérisson parce que je fuyais les contacts physiques et mon frère n'étant pas très expansif non plus j'ai toujours pensé que c'était de famille, mais c'est faux. Avec toi c'est tout le contraire. Je me sent bien dans tes bras, j'aime tes baisers et j'adore sentir ton souffle dans mon cou ou encore tes mains sur mon corps. C'est là où ça se complique d'ailleurs !
…...


Je vais reprendre mon souffle. En lisant ton texte moi je n'ai pas des frissons mais plutôt un coup de chaud, si tu vois ce que je veux dire. Parce que ta blessure, la pommade trois fois par jour... maintenant que tu en parle... cela n'avait rien d'anodin. Je pense que j'y prenait autant de plaisir que toi mais je refusais de l'avouer. Mais pourquoi? Tu m'explique ?
…..

170/ 1er DEC
Mon épaule va beaucoup mieux. Dommage ! On ne peut pas renouveler l'ordonnance ? Depuis deux semaines je profite de tes massages et je vais être honnête, je m'y suis habituée. Limite,  le soir après la douche je n'attendais que ça. Mais je ne vais quand même pas me blesser volontairement. Et puis je ne vais pas me plaindre maintenant tu restes avec moi cinq soirs par semaine. Et sincèrement, je n'en espérait pas autant. Tu as de la chance d'avoir des parents comme les tiens. Tu vas me répondre que si ils savaient toute la vérité ils seraient peut être moins cool. Tu as probablement raison d'ailleurs.
Et en parlant de ça il me vient une question. Moi mes parents ne sont plus là alors la manière dont je mène ma vie et avec qui, ne regarde personne. Je n'ai de comptes à rendre à personne et besoin de l'approbation de personne. Mon frère ? Oui, juste mon frère. Mais mon frère est génial et il acceptera n'importe quoi du moment que je suis heureuse. Mais toi ? Tes parents ? Je ne les connais pas et je n'ai aucun moyen de savoir de quelle manière ils vont réagir. On en est pas là ? Oui c'est certain. On en est même très loin. Mais ça ne m'empêche pas d'y réfléchir. Une fois au courant ils pourraient très bien t'interdire de me voir ou pire... t'envoyer en fac à l'autre bout du pays. Je sais que tu les respecte énormément. Tu serais prête à les affronter ? A leur tenir tête ? Je sais que tu en est capable mais là il s'agit de tes parents et non d'un médecin ou d'un inconnu. Je me pose trop de questions ? On verra le moment venu ? Oui certainement !
…....


La réaction de mes parents ? Et bien pour faire court je vais juste te répondre que tes doutes étaient légitimes et que tes peurs étaient justifiées. Quand à savoir si j'étais capable de les affronter, la réponse est oui.
…...

171/ 4 DEC
J'ai discuté avec Eric toute à l'heure. Je voulais savoir comment sa famille avait réagit quand il leur a annoncé qu'il voulait faire sa vie avec un homme. La réponse n'est pas très encourageante. Il m' a répondu : « Mal. Je n'ai plus de famille. Mais je suis libre et heureux, » Pourquoi réagir aussi mal, je ne comprends pas. Parent, sœur, frère ou enfant, ce que l'on veut c'est voir les gens heureux non ? Mais la minorité a toujours tort c'est ça ? Ridicule ! Galilée était le seul a essayer de démontrer que la terre était ronde et pourtant il avait raison.
J'ose espérer que ta famille comprendra. Et si par malheur ce n'est pas le cas et bien je serais là. J'ai largement les moyens de t'entretenir. Si je dois te payer tes études je le ferais. Mais je ne laisserai personne nous séparer. Et puis peut être que dans quelques années la société verra les choses autrement.  Ils verront peut être de l'amour et non plus des animaux en cage. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit : d'amour. Le cœur à ses raisons que la raison ignore. A priori, nombreux sont ceux qui n'ont pas compris le sens de cette phrase.

…...

Je suis désolée de te contredire mais là tu avais tort. Lorsque mes parents n'ont pas compris, tu n'étais malheureusement plus là. La rupture entre eux et moi s'est faite dans la violence, et je les ais quittés en claquant la porte et sans laisser d'adresse. Eux non plus n'avaient pas compris le sens de la phrase. Et ils ont mis 10 ans à le faire.
…..

172/ 5 DEC
Demain c'est direction le tour de manège . Si tu savais ce que j'en ai marre. On va passer la moitié de l'après midi à l'hosto... génial ! En même temps il y a quand même un truc étrange. Au moins si il y a vraiment quelque chose ils devraient le voir. Cette sensation de brûlure, je ne l'avais jamais eu avant le tournoi. Ils auraient touché quelque chose pendant l'intervention ? On le saurait depuis longtemps non ? Tu vas me dire que je devrais en parler au médecin. Oui certainement.... mais pour quoi faire ? Qu'ils programment d'autres examens ? Un autre traitement ? Et au final qu'est ce que ça va changer ? Pour le moment on peut vivre presque normalement. On peut profiter de nos jours de libre, des samedi et de nos soirées ensemble. Je n'ai aucune envie de gâcher tout ça. J'en parlerai peut être à mon frère mais pour le moment je ne te dirais rien. Je ne veux pas que tu t'inquiètes ou que tu sois déçue en apprenant que finalement l'effet magique n'avait rien de magique et que nous voilà revenues à la case départ. Et puis ce n'est arrivé qu'une seule fois alors inutile de t'affoler pour rien.

…....

Et tu crois vraiment qu'à ce moment là je n'avais pas déjà compris qu'il se passait quelque chose d'anormal ? Mais il était inutile de m'affoler pour rien. Ben voyons ! Tu as une drôle de définition du rien. Mais c'est vrai qu'avec toi le nul n'existe pas.
…...

173/ 8 DEC
Le médecin n'a pas appelé, c'est donc qu'il n'y a rien d'alarmant sur l'IRM. D'un coté je suis rassurée. De l'autre, je me dis que l'on ne voit peut être pas tout. Mais je crois que je préfère ne pas savoir. En tout cas pour l'instant. Je préfère de loin passer mes mercredis à regarder des vidéos ou à t'aider à faire tes devoirs que de les passer à l’hôpital. Alors plus longtemps ça durera et mieux ce sera.  Un jour il faudra y retourner, je le sais. Mais le plus tard possible. Dans l'intervalle il y a beaucoup de choses que je voudrais pouvoir faire. Ce que je veux faire ? Ah.... j'ai quelques idées. Je sais qu'ils doivent faire une rétrospective de Star Wars prochainement. Tu vas aimer j'en suis certaine. Je voudrais retourner aux falaises et au château aussi. Et puis je veux t'emmener voir les Nuits de feux mais c'est en juin. Je me débrouillerais pour avoir des places. Tu sais ce que je voudrais faire aussi ? Un baptême en hélicoptère. C'est vrai ! Je ne suis jamais montée dans un hélico, la vue doit être magnifique de là haut. Et en parlant de vue magnifique, tu connais Notre Dame de la Garde ? De nuit, une fois là haut, c'est splendide. On ira peut être cet été, si tu en as envie.

…..

La rétrospective était géniale. Surtout si on oublie le fait que tu m'as plantée, moi et la voiture, en plein milieu d'un rond point, au beau milieu de la capitale. Et tout ça uniquement, parce que je te harcelais pour savoir ou tu m'emmenais, et que tu refusais de me répondre. Complètement ridicule quand j'y repense.
…..

174/ 11 DEC
Tu crois qu'ils vont mettre combien de temps à faire 3 pauvres exercices ? A ce rythme là on y est encore à Noël. Je leur laisse encore 10 minutes après je ramasse les copies. Tu veux manger quoi ce soir ? Parce que notre petit frigo est vide. Donc on a 3 solutions. La première c'est de lécher les réglettes, ce qui n'est pas très nourrissant. La deuxième c'est de manger à l'extérieur, mais tu vas encore râler parce que je vais payer. Et la troisième c'est de faire des courses. Cela dit il faudrait peut être parce qu'il n'y a plus de sucre.
Ah ! Mon petit tricheur a terminé ses exercices ? Alors là je suis curieuse. Mon petit discours de la semaine dernière aurait fait son effet ? Tu te souviens de l'accident de car sur l'autoroute en 82 ? Pas sure t'étais trop petite. L'accident avait fait plus de 50 morts dont la plupart étaient des gamins. Sa sœur en faisait partie. Depuis, il vit dans l'ombre de sa sœur et il joue les cancres pour que ses parents s’intéressent à lui. Alors j'ai essayé de lui expliquer que plutôt que de faire en sorte qu'ils s'intéressent à lui il devrait faire en sorte que ses parents soient fiers de lui.

…..

Oui je connais l'histoire de cet accident. Un véritable drame. Des familles entières anéanties par la douleur.Le gamin dont tu parles n'a pas du avoir la vie facile. Mais ce n'était pas une raison pour tricher ? C'est vrai. Mais l'une des raisons pour lesquelles tu étais un excellent professeur, c'est que tu te préoccupais autant des élèves en tant que personnes, que de leurs notes. Ton but n'était pas seulement qu'ils obtiennent un diplôme scolaire mais aussi celui de la vie.
…..

175/ 13 DEC
La semaine prochaine c'est déjà les vacances de Noël. Tu veux faire quoi ? La première chose c'est que tu dois réviser pour le bac blanc. Mais si on s'organise, tu peux très bien réviser le matin. Et on pourra profiter de nos après midi. Pour la philo, l'histoire et la biologie je peux te faire un programme de révision. En revanche pour les maths tu réviseras ce que tu veux. Je connais l'énoncé du bac blanc. Si je te fais réviser, je vais t'orienter et je ne veux pas. Il faut aussi que je trouve un cadeau pour mon frère. On ira au centre commercial. Je pense savoir ce que je vais lui offrir pour Noël. Et toi ? Ton cadeau ? J'ai ma petite idée aussi. Mais tu le sauras le soir du Nouvel An. Ben oui ! Tu ne crois pas que l'on va le fêter à l’hôtel quand même ? Non,non. Je t’emmène...

Tu sais que t'es en retard ? Ça a sonné depuis déjà 10 minutes. Tu comptes faire du rab aujourd'hui ? Ton cours d'histoire te passionne ? C'est nouveau ça. Quelqu'un a retenu ton attention ? On peut savoir qui ? Quelqu'un d'important j'imagine, parce que tu n'es jamais en retard.

…....

Et tu disais que moi j'étais jalouse ? A priori c'était réciproque.
….

176/ 15 DEC
C'était qui la fille de mercredi ? Elle est dans ta classe, oui jusque là j'ai compris. Mais c'est qui pour toi ? Elle te voulait quoi déjà ? Tes cours de la semaine dernière parce qu'elle était malade. Tu n'as rien trouvé d'autre comme excuse bidon ? Tu sais que je suis capable de demander à Franck ? Mais oui tu le sais en plus. Et puis pourquoi tu me mentirais ? C'est bon ! Épargne moi la leçon. J'ai compris, je suis ridicule. Mais.... elle a ton age, elle est plutôt mignonne, alors avoue que le doute est permis. Non ? C'est bon je me tait.
…..


Oui ! Ne dit rien c'est mieux. Ridicule ? Franchement ? Oui totalement ridicule. Je ne sais même pas comment t'es venue cette idée stupide.
…...

177/ 17 DEC
Je viens de me disputer avec mon frère au téléphone, et je déteste ça.. J'aurais mieux fait de me taire. J'ai eu la mauvaise idée de lui parler de cette espèce de brûlure dans mon crane. Résultat il voulait que j'en parle au médecin. Mais moi je ne veux pas savoir. Pour l'instant je vais bien, alors je n'ai aucune envie de repasser je ne sais combien d'examens pour chercher ce qui ne va pas.
Mon frère à la trouille et je peux le comprendre mais c'est mon problème. Il part du principe qu'il vaudrait mieux savoir ce qui se passe avant qu'il ne soit trop tard. Il a peut être raison mais moi je pense que quoi qu'il se passe, au final le résultat sera le même. Alors pour l'instant je veux juste qu'on me foute la paix.
T'imagines bien que lorsque j'ai dit ça à mon frère il n'a pas trop apprécié. Et c'est la raison pour laquelle on a fini par se disputer. Mais je connais mon frère il va se calmer. Et puis cela ne s'est produit qu'une seule fois. Si je ressent ce truc de nouveau, à ce moment là on verra. Mais pour le moment je vais le garder pour moi.

…..

Tu t'attendais à quoi ? Tu appelles ton frère parce que tu veux son avis. Et quand il te dit quoi faire tu refuses. Normal qu'il s'énerve non ?
…....

178/ 20 DEC
Dans une heure c'est les vacances de Noël. On a rendez a 14h pour l'IRM encore.... Mais ensuite on va passer toutes les vacances ensembles ou presque. Tu fêtes le réveillon de Noël avec tes parents et moi chez mon frère, mais tout le reste on sera ensembles. Et oui, j'ai hâte. On ira au cinéma, au bowling, on regardera des vidéos mais surtout tu ne passeras pas tes journées à t'occuper de moi. Parce que je ne serais pas malade. Pas cette fois.
Pas de médecins, pas de traitements juste toi et moi. Quand au Nouvel An... je t'enlèves. J'ai déjà réservé l’hôtel et le restaurant. Les billets de train sont déjà payés aussi mais ça tu comprendras le moment venu. Te restes plus qu'à demander à tes parents si tu peux partir. Mais je te fais confiance, je sais que tu vas trouver.

…...

Ah oui oui, j'ai trouvé. J'aurais raconté n'importe quoi pour pouvoir partir avec toi.
…....

179/ 23 DEC 1995
Je suis chez mon frère depuis hier soir. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser à toi. Je n'avais pas envie de partir hier soir. J'adore mon frère et je n'imagines pas passer Noël sans lui mais... je sais pas. Comme si Noël ici signifie aussi sans toi et j'ai la sensation stupide d'être déchirée entre les deux. Bien sure que tu dois passer Noël avec tes parents c'est évident. Tu ne les vois quasiment jamais alors ils ont aussi le droit de profiter de leur fille.
Mais je me dis que c'est aussi du temps que je ne peux pas passer avec toi. On aurait toute la vie devant nous je crois que cela me serait complètement égal. Mais je sais que c'est loin d'être le cas, malheureusement. Un jour je partirais et tu te retrouveras seule. Je déteste cette vision des choses mais c'est la réalité. Souvent je me demande ce que tu vas devenir après. Comment tu vas réussir a gérer. Et je n'arrive pas à l'imaginer. Je n'y arrive pas parce que si la situation était inversée je crois que je ne m'en remettrais jamais. Je ne sais pas ce que je ferais de ma vie sans toi. Je ne sais même pas si j'aurais la force de continuer à vivre.  Mais pourtant, il va bien falloir. Ne t'arrêtes pas de vivre une fois que je ne serais plus là. Au contraire, profite du temps qui passe, de chaque jour que la vie t’offriras. Je sais, ou plutôt je me doute, que c'est facile à dire. Mais je sais que tu y 'arriveras. D'une manière ou d'une autre.
…....


Continuer à vivre ? Je n'ai pas vraiment eu le choix.Tu m'avais interdit le suicide alors que me restait il comme solution ? Je n'en voit qu'une seule : survivre.
…...
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le Dim 14 Avr - 1:32
Le temps qui passe

Maintenant c'est moi qui passe mes week-end de libre chez ton frère. Qui aurait pu l'imaginer ? Et pourtant je suis là. Aujourd'hui ton frère et ton neveu sont ma famille. Celle que j'ai choisie, celle que je ressent. Ton frère à même fait de moi son exécuteur testamentaire et il a demandé le partage de l' autorité parentale à mon nom. On doit passer au tribunal le mois prochain. Son seul but est de protéger son fils et c'est à moi qu'il a demandé. C'est une magnifique preuve de confiance. J'en suis consciente mais c'est aussi une sacrée responsabilité. Surtout lorsque l'on connaît le patrimoine financier que cela représente. Mais toi tu le sais puisque la moitié vient de toi.

P'tit loup est sous oxygène et entre les antalgiques et les antibiotiques il passe le plus clair de son temps à dormir. Je ne peux même pas lui parler au téléphone. Ton frère est inquiet parce que depuis que son fils est hospitalisé il a perdu pas mal de poids. Et si l'on prend en considération le fait que ton neveu mesure 1m78, on se retrouve devant la morphologie typique préposée aux pneumothorax spontanés.Ce qui est l'une des complications possibles. Sachant que dans la famille vous ne faites jamais rien à moitié, je comprends son inquiétude.

Moi je remonte dans 15 jours. J'espère que d'ici là ton neveu ira mieux. Mais ce qui me préoccupe c'est surtout le fait qu'il soit alité. Plus longtemps il restera hospitalisé et plus la suite sera difficile pour lui. Qu'est ce que j'entends par là ? Simple. Le fait d'être privé de kiné va le faire régresser. Et j' appréhende sa réaction quand il réalisera qu'il ne peux plus tenir debout, et qu'il va devoir repartir de zéro.  En quelques mois il avait fait des progrès énormes, mais cette hospitalisation risque de réduire ses efforts à néant. Est ce qu'il aura la force et le courage de tout recommencer ?
On est déjà début février et ton neveu s'était mis dans la tête de sortir du centre fin mars. Autant te dire qu'étant donné ce qui vient se passer, sa sortie n'est absolument pas envisageable.
….....

Une semaine plus tard....
P'tit loup est descendu au bloc ce matin. Ils ont du lui poser un drain. Tu devines pour quelle raison ? Pneumothorax. C'était prévisible c'est vrai, mais ça signifie qu'il n'est pas prêt de sortir de l'hôpital. Et il l'a très bien compris. Ton frère ne sait plus quoi lui dire pour l'encourager. C'est difficile pour lui. Il regarde son fils souffrir et se battre, pour pouvoir remarcher depuis des mois. Le tout, en étant totalement impuissant. Lui aussi, je me demande combien de temps il va tenir le coup.

Ton frère vient de me téléphoner. Il m'a dit :

« - Le drain lui fait mal mais c'est efficace. Il n'a plus de température et l'antibiothérapie fonctionne. »

Enfin une bonne nouvelle ? Oui, enfin ! Il va bientôt pouvoir se passer de l'oxygène et je pourrais de nouveau lui parler au téléphone. Ensuite, il pourra retourner au centre et reprendre sa rééducation.
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le Dim 14 Avr - 1:33
La convocation

Si je suis revenue chez ton frère ce week-end c'est également pour une autre raison. Nous sommes convoqués au tribunal mardi matin.Nous devons nous présenter à 9h45 pour le contrôle d'identité et le juge doit nous recevoir à 10h.
L'avocate de ton frère sera là aussi. En revanche ton neveu, lui, ne pourra pas y assister. On a du faire remplir des documents par l’hôpital pour excuser son absence. Mais concrètement, il a une bonne excuse.
…....

Mardi matin....
Une fois le détecteur passé et le contrôle d'identité effectué, on nous dirige vers un couloir, dans lequel nous devons attendre notre tour. Attendre ? Oui, encore !
Il est 10h20 lorsque nous entrons dans la salle d'audition. J'avoue que je ne me sent pas très à l'aise. L'avocate nous rassure en nous expliquant que nous n'aurons probablement rien à dire, juste à écouter et acquiescer ce qui va se dire.
Après avoir énoncer le motif de la requête, le greffier se lance dans la lecture d'une rétrospective de nos vies respectives. Tout y passe : enfance, éducation, antécédents familiaux, employeurs, rapports bancaires, adresse actuelle... je comprends maintenant ce que signifie le terme : enquête sociale. Une fois la lecture terminée, le juge nous dit simplement qu'il rendra sa décision par écrit.
L'avocate nous explique que la procédure va suivre son cours et que l'on recevra le document dans environ deux mois.
En ressortant du tribunal, la seule pensée qui nous vient à l'esprit c'est : pourquoi s'être déplacés ? Tout simplement parce que c'est la procédure légale. Vive l'administration ! Pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliqué ?

Mais ton frère est content. Pour lui c'est une chose dont il n'aura plus à se préoccuper. Si il devait lui arriver quelque chose demain, il sait que je serais là pour son fils. Qu'il ne sera pas dépouiller financièrement par des gens sans scrupule, à commencer par sa belle-mère, et qu'il lui restera une famille : moi.
Il est plutôt rassuré. Et moi ? Et bien moi je me dis que c'est une drôle de responsabilité. Devenir le responsable légal de quelqu'un ce n'est pas rien. Cela dit, il me vient une question idiote. Maintenant ton neveu, c'est toujours mon neveu mais je suis aussi son responsable légal. Pourtant ce n'est pas mon fils et il a déjà une mère. C'est donc un peu plus que mon neveu mais un peu moins que mon fils. Alors il est quoi exactement pour moi ? J'avoue que ce n'est pas très clair tout ça.

P'tit loup est très content de la procédure engagée par ton frère. Il a très bien compris qu'en aucun cas je ne remplacerais sa mère. Mais il sait qu'en cas de problème il aura quelqu'un à ses cotés. Quelqu'un en qui il a toute confiance.
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le Dim 14 Avr - 1:34
Une fois de plus

Quinze jours plus tard....
On est samedi. Je suis arrivée chez ton frère hier et cette après midi on va voir P'tit loup à l’hôpital. Ton frère dit qu'il va beaucoup mieux. Il pourra retourner au centre dès la semaine prochaine. Déjà deux semaines et demi qu'il est hospitalisé et j'ai peur qu'il ai énormément perdu physiquement. Il va devoir s'accrocher psychologiquement parce que le retour en rééducation va être très difficile.
…...

Il est 14h, on se gare sur le parking de l’hôpital. Direction le service de pneumologie, là où se trouve ton neveu.
En entrant dans le couloir on entend les bips d'alarmes d'un scope1 qui s'affole. Ce qui nous, ne nous affole pas vraiment. On sait très bien que ses petites bêtes sont un peu capricieuses. Mais lorsque l'on voit l'infirmier sortir en courant de la chambre de ton neveu, et y revenir aussi vite avec un masque a oxygène dans les mains ; là, on commence à se poser des questions et on accélère le pas.
En rentrant dans la chambre notre premier réflexe a été de lire ce que la machine affichait. A savoir : pulsations cardiaques, 132 et saturation en oxygène 78%. Ce n'est pas très bon ? Ah non ! Pas bon du tout. Et ce qui l'est encore moins c'est que même une fois relié au masque à oxygène la saturation ne remontait quasiment pas. Il nous a fallu environ 5 secondes pour comprendre que P'tit loup avait de l'eau dans les poumons ce qui l'empêchait de respirer. Le risque ? Il est simple. Sans une intervention très rapide pour remonter le taux d'oxygène c'est la mort. La seule chose à faire était de passer un tube dans sa trachée pour l'alimenter en oxygène, en quelque sorte de force, au moyen d'une machine. Le seul problème c'est que le samedi il y a beaucoup moins de médecin. Et le seul capable d'effectuer cette technique était l'anesthésiste que l'interne venait d'appeler. Le seul ? Pas tout à fait. Je sais a quoi tu penses et j'y ai pensé aussi. L'anesthésiste tardant a arriver, on était cinq dans la pièce à regarder P'tit s'étouffer, sans pouvoir faire quoi que ce soit. A ce moment là j'ai dit :

« - Vous avez un chariot de réa ?

Et l'infirmier m' a répondu :
«- Oui je vais le chercher, on gagnera du temps »

Il a préparé le plateau d'intubation, et l'anesthésiste n'était toujours pas là. Alors j'ai ajouté :

« - On est cinq dans la pièce et il n'y en qu'un qui est capable de l'intuber, alors on fait quoi ? »

L'infirmier :
« - Comment ça ? Qui ?
- Son père est médecin urgentiste depuis plus de 25 ans.
- Vous voulez quel calibre ? »

Et oui ! Tu as très bien compris. Ton frère a du intuber son propre fils . Et heureusement qu'il l'a fait. P'tit loup a été transféré en réanimation, après avoir subit une intervention pour extraire le liquide de ses poumons.
Il n'est plus en danger, mais on peut dire qu'il nous a vraiment fait peur. Dans la série des complications, il aura eu le tableau complet. En revanche, pour ce qui est de retourner au centre dans quelques jours c'est loupé. Il va falloir patienter encore un peu.  Il va falloir lui expliquer ? Oui, je le sais.

Ne pouvant rien faire de plus, nous sommes rentrés chez ton frère. Totalement abattus, je dois bien l'admettre. Chacun de notre coté on visualisait ce qui s'était passé l'après midi. Tu veux connaître le fond de notre pensée ? Il s'en est fallu de peu. Ton neveu a bien failli mourir cette après midi. Mais il va bien maintenant. Il va rester quelques jours en réanimation mais il ne risque plus rien.
Nous on va continuer à lire et taper les textes que tu as écrit. On s' était arrêtés à ton dernier Noël. Alors on va voir ce que tu as écrit après....
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le Dim 14 Avr - 1:40
Ton dernier hiver

180/ 25 DEC
Un Noël de plus de passé. Un de ceux que je n'aurais sans doute pas vécu si tu n'avais pas été là. Le sourire de mon frère quand je lui ai offert la montre... je n'oublierais jamais. D'ailleurs, tu as très bien choisi, elle lui plaît beaucoup. Merci. Tu voulais savoir pourquoi je tenais tant à lui offrir une montre, je vais te répondre.
Parce qu'une montre c'est la représentation du temps qui passe. Tu vas me dire : Et alors ? Le temps est une chose mystérieuse et immuable que l'on ne peut ni modifier, ni voler, ni acheter. On dit qu'il faut prendre le temps de vivre et c'est la vérité. Mais quoi que l'on fasse il n'y aura jamais plus de 60 secondes dans une minute. Et souvent ce n'est pas assez. Alors on court. On court après le temps qui passe pour gagner des secondes ou juste quelques minutes. Mais est ce que l'on gagne vraiment ?

Moi mon temps est compté depuis quelques années et depuis que j'en ai conscience je me bats contre lui. Vivre un maximum en un minimum de temps. Mais je sais très bien qu'au final c'est le temps qui gagnera, ce n'est pas moi. Et c'est pareil pour tout le monde. On répète tous en permanence que l'on a pas le temps et c'est vrai. Mais regarde ta montre et n'oublie jamais que la façon dont tu utilises ton temps n'appartient qu'a toi. Le temps est précieux alors ne le gâche pas en faisant quelque chose que tu ne veux pas faire si tu n'y est pas obligée.

Tu veux savoir ce que mon frère m'a offert ? Un livre. Un livre que j'ai trimbalé pendant des années et que j'ai fini par perdre. Je suis surprise que mon frère s'en rappelle d'ailleurs. A posteriori je pense même que c'est ce livre qui m'a fait aimer la littérature, la philosophie et la psychologie. C'est surtout celui qui m'a poussé à m'y intéresser plus tard. Oui parce que la première fois que je l'ai lu j'avais 16 ans et comme toi je n'ai rien compris. Si tu le connais ? Oh oui ! Tu l'as même étudié pour le bac, comme tout le monde. Passage obligatoire je dirais. Quel livre ? Et si je te dis :

« Dieu sinistre, effrayant, impassible, dont le doigt nous menace et nous dit : Souviens toi ! », ça te parle ?

Tu connaissais ce texte par cœur en entier, avant même de savoir qui en était l'auteur original.
Ce texte est un extrait des Fleurs du mal de Baudelaire. Je sais que tu n'as pas aimé ce livre mais tout simplement parce que tu ne l'as pas compris. Relit le dans 10 ou 15 ans, tu comprendras.
…..

Je vais te faire rire. Ton frère porte toujours cette montre. Même si il doit changer la pile tous les deux mois, il refuse d'en changer. Quand à la citation... évidemment qu'elle me parle. Avant que l'on m'oblige à lire du Baudelaire en cours, j'étais persuadée que c'était du Mylène Farmer1. Ben oui ! C'est L'horloge. Et   livre des Fleurs du mal, il est posé quelque part dans ma bibliothèque. Je l'ai relu il y a quelques années et c'est vrai que je l'ai apprécié.
…...

181/ 29 DEC
Moi qui pensait que je n'aurais peut être jamais l'occasion d'y retourner.... on part demain.

« Terre brûlée au vent
Des landes de pierres
Autour des lacs, c'est pour les vivants
Un peu d'enfer, le Connemara
Des nuages noirs qui viennent du nord
Colorent la terre, les lacs, les rivières
C'est le décor du Connemara ….2 »

Je t'entends déjà....

J'ai hâte de voir la tête que tu vas faire lorsque l'on va récupérer les trois mousquetaires à la gare demain soir. Je crois qu'ils sont très heureux de venir passer le réveillon avec nous et je t'avoue que ça me fait plaisir de les revoir. Je me suis dit que c'était une bonne occasion. Et en parlant de bonne occasion je pense que c'est la meilleure que j'aurais pour pouvoir te parler.
Je tourne et j'évite cette conversation depuis des mois, mais je crois qu'il est vraiment temps de me jeter à l'eau. Au pire... la mer ne sera pas loin, si ça se passe mal je pourrais me jeter vraiment.

Comment faire pour que tu comprennes ? Comment te le dire ? Comment te l'expliquer ? Je cherche les réponses à ces questions depuis des mois. Mais quand je pense à nous je me dis que l'on passe l'intégralité de notre temps l'une à coté de l'autre. On partage le même frigo et la même salle de bain. On prend le petit déjeuner ensemble. On mange ensemble. On dort ensemble. On part en vacances ensemble. On va au lycée ensemble. Et tout ça depuis quand ? Je suis incapable de répondre. Si on me demandait une date, même en y réfléchissant bien je n'en ai aucune idée. Quasiment depuis le début.

Et le début c'était il y a plus de trois ans. La seule date que je pourrais te donner c'est celle du jour où tu m'as ramassée dans ma salle de cours. Parce que c'est ce jour là que tout à commencé. C'est ce jour là où tu as changé ma vie. La suite n'est finalement qu'une suite logique. Un peu comme la suite de Fibonacci.3 Peu importe l’enchaînement, la suite était écrite à l'avance et elle n'a aucune fin.

Comment faire pour que tu comprennes ? Ben je crois que je viens de le faire en fait ! Ce qu'il faut que je te dises c'est exactement ce que je viens d'écrire. Pourquoi faire compliqué? Il suffit d'énoncer les faits. Au moins tu ne pourras pas nier, ni te défiler non plus.
…...


Le réveillon aux falaises... magnifiques souvenirs. Mais je ne comprends pas. Elle était là la réponse. Tu avais la solution. Alors pourquoi tu ne m'as rien dit ? Une fois de plus....
…...

182/  3 JAN
Je me déteste. Comment peut on être lâche à ce point là ? Je voulais vraiment te parler en rentrant du restaurant. Et j'étais prête à le faire. Mais tout s'est mis à tourner dans ma tête et d'un seul coup je me suis demandé ce qui allait se passer après.  Après, une fois que tu aurais compris. Et là, j'ai eu la trouille, j'ai carrément paniqué. Ce n'est pas dans mes habitudes ? C'est vrai, mais là... une peur bleue. Peur que tu partes ? Non même pas. Parce que je sais que ce que je ressent est réciproque. Tu n'as même pas besoin de le dire. J'ai plutôt peur du contraire en fait.

Une fois que tu auras compris que ça fait trois ans que l'on est en couple. Que tes baisers ne sont pas que du réconfort ou de l'affection. Que tes massages ne sont pas des massages de kiné. Il se passe quoi ensuite ? Je parlais de suite logique, et justement c'est quoi la suite logique ? A ton avis ? Je n'ai pas le mode d'emploi. Toi non plus ? Je le sais. Et c'est censée me rassurer ? Alors désolée mais c'est loin d'être le cas. Eric ma dit : « Tu sauras quoi faire le moment venu ». C'est bien gentil mais je ne suis pas beaucoup aidé. Il m'arrive d'en rêver la nuit, c'est vrai !. Mais entre rêve et réalité il y a deux mondes.

La première fois j'avais 18 ans et c'était Jeremy. Mais à l'époque toutes mes copines racontaient leurs ébats. Alors oui j'avais la trouille mais je savais à quoi m'attendre. Là, je suis dans le flou le plus total. Eric m'a dit qu'il n'y avait aucune comparaison entre les deux et que cela n'avait rien a voir. Je veux bien le croire mais si je ne peux pas comparer comment je fais pour ne serait ce qu'imaginer les choses ? Je ne sais même pas ce que je veux réellement.

Te le dire en face je crois que je n'y arriverai jamais. Je pense que je vais finir par te l'écrire. Au moins tu pourras prendre le temps d'y réfléchir et on en parlera ensuite. Si tu le veux. Ou l' on en parlera pas du tout, c'est toi qui décidera.
…...


Ah ! Effectivement, je comprends mieux pourquoi tu ne m'as rien dit. Mais aujourd'hui je peux te répondre que ta peur était à la fois légitime et ridicule. Je crois que pour une fois tu as pris les choses à l'envers.Tu disais toi même que tu avais une confiance aveugle en moi et tu savais que cette confiance était réciproque. On était chacune capable de lire en l'autre si on le désirait.
Chaque sourire, chaque geste, chaque regard était un message entre toi et moi. Alors maintenant je te laisse imaginer ce qui se serait réellement passé. C'est bon ? Tu visualises ? Tu voudrais te mordre les doigts ? Je m'en doute, mais il est beaucoup trop tard pour ça.

….....

183/ 5 JAN
Il s'est passé une chose étrange ce week-end et je n'ose pas t'en parler. Cette brûlure bizarre dans mon crane, elle est revenue. C'était quand on s'est misent a courir sur la plage. Je ne t'ai rien dit parce que je me doute de ce qui ce serait passé. Et finir aux urgences c'était hors de question. Cette sensation est horrible mais heureusement elle ne dure que quelques minutes. Je ne sais pas ce que c'est et je commence à en avoir peur. On a rendez vous pour la consultation la semaine prochaine, alors on verra a ce moment là. Pour le moment je préfère ne pas t'en parler. Même si je sais que tu vas me tuer quand tu vas l'apprendre, il est inutile que l'on soient deux à s'inquiéter à cause de ça.

Mais ce dont j'ai le plus peur, ce n'est ni la douleur, ni le diagnostic. Non ! C'est de ne pas avoir le temps. Il me reste encore tellement à te dire, tellement à t'apprendre. Et surtout ! Il nous reste tant de choses à vivre, tellement à découvrir et encore plus à apprendre l'une de l'autre. L'une et l'autre, c'est ça qui m'effraie le plus. Parce que toi et moi.... l'une ne va pas sans l'autre. Alors...quand l'absence aura envahie ton existence, que se passera t' il ? Tu m'as tout donné, et malheureusement en un clin d’œil je vais tout te voler. Tout va se briser, tout va s'envoler. Il ne restera que toi. Toi sans moi.
Contrairement à pas mal de monde, moi j'ai l'avantage de savoir que je vais partir. Mais pour ce qui est de t'y préparer... je cherche encore. Existe t' il un moyen de soulager ta peine ? Existe t' il un moyen pour t'aider à avancer ? Te pousser à continuer ?...  Je n'en ai aucune idée. Mais je vais chercher et je ferais tout ce qu'il m'est possible de faire pour soulager ton existence.
…....

Je vais te rassurer. Tu as réussi. C'est justement toutes nos conversations, tout ce que l'on a partagé, tout ce que tu m'as appris qui m'a permise de continuer d'avancer. Depuis plus de 20 ans j'essaye de continuer ce que l'on avait commencé ensemble. Et je crois que je m'en sort pas trop mal.
Quand à soulager la peine, là malheureusement, tu n'avais aucun moyen de le faire.
…...

184/ 8 JAN
Arrête de me regarder comme si tu attendais une réponse. Je ne peux pas t'expliquer. Je sais que je suis distante depuis le réveillon mais ce n'est rien. Je vais bien. Je me pose simplement beaucoup trop de questions.  Lorsque notre quotidien deviendra ton passé, comment tu réagiras ? Lorsque les heures deviendrons des jours, que nos souvenirs deviendrons tes cauchemars, qu'une simple chanson fera couler tes larmes.... comment tu réagiras ? J'ose à peine l'imaginer et je n'ai pas vraiment envie de le faire. Mais tout comme tu l'as fait pour moi, si je veux avoir une chance de pouvoir t'aider, il faut que je comprenne. Alors vas y, dit moi la vérité. Ta vie n'aura plus d’intérêt, elle n'aura aucun but, aucun sens. La colère, la haine, la tristesse, la mélancolie, la douleur, la rancœur... ce sont les seuls sentiments que tu seras capable d'exprimer ? Le sentiment d'abandon, l'envie de s'isoler, ne plus vouloir parler à personne, ne plus faire confiance, ne plus s'attacher... c'est en partant de là que tu devras tout reconstruire ? Sur des ruines ? A moins de 30 ans ?
Je m'en veut. Je m'en veut horriblement, mais je ne regrette rien.
Cette victoire ne sera que la tienne, et toi seule en saura le prix. Cher, très très cher . Je suis désolée.
…....


Ne soit pas désolée. Je ne regrette absolument rien. Si je devais tout recommencer je n'hésiterais pas une seule seconde.
Mais... en lisant tes textes, il y a une chose qui me saute aux yeux. Au quotidien tu étais d'une spontanéité  débordante. Tu agissais à l'envie, à l'instinct, comme si tu ne prenais jamais le temps de réfléchir à demain. Mais je me rends compte que c'était tout le contraire.Tu vivais chaque instant passé à mes cotés, comme si c'était le dernier. Mais une fois seule, tu te laissais aller à la réflexion. Et quelle réflexion !  Je viens de comprendre que chacune d'elles n'avait qu'un seul but : assurer mon propre avenir.
Il me vient juste quelques questions ? Pourquoi ? Comment étais tu capable de réfléchir à mon avenir ? Qui en est capable ? La manière dont tu visualisais les choses n'était que la stricte vérité. Tu voyais mon avenir ? C'est impossible. La seule erreur dans ton raisonnement c'est que j'ai du tout construire à moins de 20 ans et non 30.
…....

185/ 10 JAN
Ok ! Je le reconnais, j'ai merdé. Que tu m'en veuille c'était prévisible. Mais tu vas vraiment me faire la gueule ? Que tu sois en colère je peux comprendre, mais parle moi. Je peux t'expliquer pour quelle raison j'ai préféré ne rien dire, mais laisse moi au moins une chance de m'expliquer. Ne me tourne pas le dos pour une raison aussi stupide. Je peux m'excuser et même me faire pardonner mais laisse moi ma chance.  On voit le médecin cet après midi, tu ne vas quand même pas me laisser y aller seule juste parce que je ne t'ai rien dit pour la brûlure, si ? Tu ferais ça ? Je ne sais pas ce qui se passe, mais cette sensation ne m'évoque rien de bon. Et je n'ai aucune envie d'être seule lorsque le médecin me dira que l'on est revenues à la case départ. Ne me laisses pas tomber maintenant s'il te plaît. Ne me laisses pas tomber tout court. Je sais bien que c'est de ma faute mais ne me jette pas comme ça.

J'y ai beaucoup réfléchie et les deux fois où cela c'est produit j'étais en train de courir. Tu sais ce que ça veut dire ? Que j'avais raison, le basket c'est terminé. Si tu me lâche maintenant et que je n'ai plus le basket pour m'accrocher je ne me donne pas deux mois.
Mais attend. Si moi j'en suis arrivée à la conclusion que le basket c'était terminé, c'est que tu l'as compris aussi. Ce n'est pas réellement contre moi que tu en avais ce matin. C'est contre le fait que je ne puisse plus jouer. Parce que tu sais ce que cela représente pour moi. Moi j'ai presque eu le temps de me faire à l'idée mais toi tu ne l'as compris que ce matin. Je suis désolée, je n'ai pas compris.
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Tu ne fais plus la gueule c'est déjà pas mal mais j'ose à peine te parler. J'espère que ton devoir avance plus vite que mes corrections. Je n'arrive pas a travailler parce que je pense a autre chose. Il faut que je te demande quelque chose. Je ne veux pas signer l'ordre de ne pas réanimer mais je ne veux pas du rayon fruits et légumes non plus. En cas de problème il faudra que ce soit toi qui prenne la décision. Je sais ! Ce que je te demande est horrible. Et tu vas me répondre que l'on en est pas là.
Mais j'en suis nettement moins certaine que toi. Si la seule issue devait être de me laisser partir alors fait le, s'il te plaît ! C'est peut être même la dernière chose que tu feras pour moi mais ce sera aussi celle dont tu pourras être la plus fière. Pourquoi ? Parce que laisser partir ceux qu'on aime c'est la chose la plus difficile à faire.
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C'est vrai ! La dernière chose que j'ai faite pour toi, c'est libérer tes cendres et briser l'urne, comme tu me l'avais demandé. Tu sais qu'aujourd'hui c'est totalement interdit ? Si je t'assures. On est même plus libre de faire ce que l'on veut, même mort. Nous vivons dans un système merveilleux !
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186/ 12 JAN
Et voilà ! Exactement ce que je craignais. Passer des examens et après ? Les images nous confirmerons qu'il y a bien un anévrisme ? Et ensuite ? Pas d'excitants, ne pas courir, ne pas faire d'efforts violents et surtout ne pas m'énerver. J'ai le droit de marcher ? Génial ! Mais combien de temps ? Je peux vivre combien de temps avec ce truc dans la tête ? C'est tout ce que je veux savoir. En l'espace de 6 mois je m'étais faite à l'idée d'un avenir plutôt sympa. Court, trop court sûrement, mais un avenir quand même. Je fais quoi ? J'enterre tout mes projets ? Le problème c'est que si moi je m'arrête de vivre maintenant je t'empêche de le faire aussi. Tu te bats à mes cotés depuis si longtemps, tu mérites d'être heureuse. Tu mérites d'être aimée. Je n'aurais peut être pas le temps de te rendre heureuse comme je le souhaiterais mais je ferais le maximum. Je ferais tout ce que je peux pour te voir sourire jusqu'au bout, jusqu'à mon dernier souffle. Après tout, personne ne connaît la date de sa mort. Moi, pas plus que n'importe qui.  Alors dans l'intervalle... je veux continuer d'avancer. Je veux continuer de marcher à tes cotés. Je refuse de me morfondre et de me mettre à pleurer parce qu'il y a un truc qui cloche. Je ne veux pas gâcher le peu de temps qu'il nous reste.
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Rassure toi, tu n'as jamais rien gâché. Bien au contraire. Même dans les moments les plus difficiles, j'étais heureuse d'être à tes cotés. Et je l'ai été jusqu'à ton dernier sourire, jusqu'à ton dernier souffle. C'est uniquement après, que les termes « être heureux » et « bonheur » on perdus toute leur signification.
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187 / 14 JAN
La semaine prochaine je dois aller au club pour leur annoncer que j'arrête. Ce que je vais leur dire ? Je n'en ai aucune idée. Peut être la vérité. Maintenant cela n'a plus d'importance. Bien sur que le basket  va me manquer, mais je me dis que c'est peut être le moment de changer certaines choses. L'endroit où je vie par exemple. J'y ai déjà pensé mais il y a une inconnue dans l'équation. Laquelle ? Ce que toi tu vas faire l'année prochaine. Parce que dans l'absolu si je déménage c'est pour vivre avec toi. Oui je sais, je ne t'ai encore rien demandé. Je vais le faire, mais laisse moi réfléchir à la bonne formule. Il y a déjà une chose que j'essaye de t'écrire depuis un petit moment, mais si tu savais le nombre de feuilles que j'ai déjà jetées. J'y arriverai, mais résoudre une équation c'est quand même beaucoup plus simple. Je sais ce que je veux te dire mais je ne sais pas comment l'écrire.
Et pour ce qui est d'écrire.... tout ce que je n'aurais pas le temps, ou pas le courage de te dire, je vais aussi devoir te l'écrire. Et crois moi il y a du boulot.
…....


Dit moi.... ce que tu essayais d'écrire, ce n'est pas la fameuse lettre par hasard? Je rie, mais je veux bien croire que tu ais passé énormément de temps à l'écrire.
Te connaissant, tu as du te faire violence pour réussir à m'écrire un texte pareil. Mais finalement, tu l'as écrit quand ?
Et tu comptais aussi m'écrire ce que tu n'aurais pas le temps de me dire ? Heu... tu commences à me faire peur. Je sent les réflexions et les théories philosophiques arrivées a grands pas. Et je suis curieuse de savoir sur quels sujets tu voulais encore débattre. On a parler de tellement de choses ensemble, que je me demande ce qu'il reste.
…...

188/ 19 JAN
Je vais te faire rire quand je vais te dire ce que j'ai fait aujourd'hui. J'ai commandé ton cadeau d'anniversaire. Oui je sais, je ne serais pas en retard. Mais on ne sait jamais ce qui peut se passer d'ici là. Et puis je ne pourrais le récupérer que dans une quinzaine de jours. Mais en allant au magasin de sport je suis passée devant la bijouterie, dans la galerie commerciale. Oui, celle où l'on a acheté la montre pour mon frère. Et là il s'est passé un truc étrange.
Devant la vitrine, il y avait deux femmes qui regardaient les alliances. Tu vas me dire : Et alors ? Et bien sur le coup, rien de spécial. Je me suis juste dit qu' elles avaient l'air heureuses. Mais depuis que je suis rentrée je me pose des questions. Je te parle d'alliances et je me pose des questions. Tu ne commences pas à avoir peur là ? Parce que moi je me ferais presque peur toute seule. Depuis l'age de 10 ans je répète à qui veut l'entendre que je ne me marierais jamais. Parce que j'ai toujours été intimement convaincue que l'idée que je me fais du mariage est au dessus de ce que je vois au quotidien. Tellement au dessus, que j'ai fini par me convaincre que ce n'était pas fait pour moi. Comme dit mon frère : je crois au Père Noël. Alors ma vision du mariage est restée dans un monde imaginaire. Jusqu'à aujourd'hui.
Elles avaient l'air tellement heureuses que j'ai fini par me dire : Pourquoi pas moi ? Pourquoi pas nous ? Et non ! Je n'ai pas changé d'avis sur la cérémonie, l'église ou sur le fait de signer un registre. Mais l'alliance... c'est le symbole de ce lien unique, impérissable et inaltérable. Et j'ai tendance à penser que si sa valeur d'aujourd'hui n'est qu'un prix, elle sera toute autre dans deux, dix ou trente ans. Alors je me demande si.... et je vais prendre le temps d'y réfléchir.
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Attends ! Là, il faut que je reprenne du début. Tu avais commandé mon cadeau d'anniversaire 6 mois à l'avance ? Quand on sait que je l'ai récupéré 22 ans après, c'est le comble !
Quand au reste de ton texte, il explique beaucoup de choses. A commencer par la lettre. C'est à ce moment là que tu as enfin trouvé ce que tu voulais écrire ? Je pense que oui. Et heureusement que moi j'ai déjà lu cette lettre, parce que te voir parler d'alliances et de mariage... il faut être bien assis.
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189/ 21 JAN
En philosophie on apprend que l'être humain c'est un corps, un esprit et une âme. Le corps c'est l'enveloppe, la chair, les cellules... c'est physique, c'est palpable. Jusque là c'est simple.  L'esprit c'est la conscience, les facultés intellectuelles, en d'autres termes les paroles et les pensées. Là encore c'est facile à comprendre. Mais l'âme ? C'est quoi ? Si on prend la définition, c'est le principe vital, virtuel et spirituel de l'être.Là en revanche je visualise beaucoup moins. Le principe spirituel ? Mais encore ? Imaginaire ? C'est sans doute le coté attaché à toutes  les croyances auxquelles je ne crois pas du tout. C'est sans doute la raison pour laquelle le principe spirituel ne me parle pas. Mais... le principe virtuel ? Une projection de soi ? Un effet miroir ? L'âme en latin signifie le souffle. L'âme serait donc le souffle vital ? Respire devant un miroir et regarde ce qui se passe. Il y a des traces de buée.

On dit : se jeter corps et âmes dans les batailles. On dit aussi : se donner corps et âme.
Et « si la mort me programme sur son grand ordinateur, elle ne prendra que mon âme mais elle n'aura pas mon cœur », en fait c'est faux, c'est l'inverse.
Une fois mort le corps se décompose ou devient cendres, le cœur s'arrête de battre et disparaît lui aussi.  L'esprit n'existe plus, on ne pense plus, on ne parle plus, notre conscience disparaît. Mais si l'âme est une projection de soi alors il est possible de la transmettre. Comme la buée sur le miroir, notre âme peut laisser des traces. Alors..... si la mort me programme, elle prendra mon cœur c'est certain, mais elle ne prendra pas mon âme. Non ! Parce que mon miroir c'est toi. Mon âme je te la donnerais. Tu la gardera au plus profond de toi aussi longtemps que tu le voudra.
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Moi qui parlait de théorie il n'y  pas si longtemps, et bien en voilà une. J'ai très bien compris ce que je viens de lire et je te répondrais : «  oui, c'est une possibilité » . Mais je m'interroge. Qui essayes tu de convaincre avec cette théorie ? Toi ou moi ? Ton texte ressemble plus à une réflexion personnelle qu'à une véritable théorie. J'ai l'impression que tu cherches une explication. Mais une explication a quoi ? Tu m'explique ?
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190/ 22 JAN
Vivement que l'on passe à autre chose parce que les mêmes exercices depuis 15 jours j'en ai un peu marre. Plus de 80 copies et 80 fois les mêmes erreurs. Je me demande pourquoi je parle moi. Après tout ce ne sont que les copies du Bac blanc. Mais visiblement certains trouvent çà drôle. Non ! Les résultats ne sont pas mauvais mais ils peuvent faire beaucoup mieux. A condition de se concentrer un peu plus.
Je n'ai pas vu Frank ce matin, du coup je n'ai pas vu ta copie. Mais elle a intérêt à être meilleure que celles là. Dans le cas contraire, crois moi tu vas m'entendre. Si je veux que l'on puisse vivre ensembles, il faut que tu sortes de ce lycée, sinon tu n'accepteras jamais. Et tes parents... je n'ose même pas y penser. Alors débrouilles toi pour obtenir le bac. Après ? Peu importe, on trouvera une solution. D'ici là, tu auras ton permis et une voiture alors on s'arrangera.
J'ai parfois l'impression de planifier ta vie à ta place parce que tout mes projets tu n'es toujours pas au courant. Mais si je continue de le faire c'est tout simplement parce que je suis convaincue que peu importe la proposition, tu me suivra.
…...

Oui tu planifiais ma vie à ma place. Quand je lit ça j'en suis convaincue. Mais je ne peux pas t'en vouloir. Il fallait bien que quelqu'un le fasse, puisque moi je n'y pensais pas. Et puis tu savais presque mieux que moi ce que je voulais vraiment, alors je me dis que tu avais raison de le faire. D'autant plus que comme tu le dis, peu importe ton idée, je t'aurais suivie.
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191/  25 JAN
Je crois que c'est bien la première fois que je n'avais aucune envie de faire cours. Venir au lycée sans toi... J'ai l'impression d'être un poisson rouge sorti de son bocal. Mais il était hors de question que tu viennes en cours aujourd'hui. Tu dois avoir 40 de fièvre alors tu es bien mieux couchée. Je viendrais ce midi voir comment tu vas, et si ce soir tu ne vas pas mieux je t’emmène direct chez le médecin. Oh ! Je t'entends d'ici. Mais pour une fois on va inverser les rôles et je ne veux même pas t'entendre discuter. De toute manière j'ai réfléchie, je sais comment te convaincre. Si tu as la grippe je vais l'avoir aussi ; Sauf que moi la température je la supporte relativement mal. Tu veux prendre le risque ou tu préfères aller chez le médecin ? C'est bien ce que je pensais.
Mais j'espère vraiment que tu dors parce que partir ce matin, en te laissant seule dans la chambre... tu aurais vu tes yeux, c'était vraiment à faire peur.

Je t'ai laissé un mot sur la table de nuit. Si vraiment ça ne va pas j'espère que tu composeras le numéro. Oui c'est le numéro du CPE et alors ? Je m'en moque.
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Il reste 1h de cours. Ensuite je vais t'acheter quelque chose à manger et j'arrive. Tu vas me dire que tu n'as pas faim mais ça m'est égal, il faut que tu manges. Et tu as intérêt à avoir vidé la bouteille d'eau que je t'ai posé à coté du lit. Tu vas te déshydrater alors tu dois boire.
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Pourquoi je suis revenue à midi ? C'était bien ta question ? Tu te rends comptes que ta question est totalement stupide ? On va dire que c'est la fièvre qui te rends stupide. Sérieusement, c'est juste une blague ! Parce que je voulais savoir comment tu allais. Et je voulais surtout le voir de mes propres yeux. La réponse c'est : pas mieux que ce matin . Mais ça c'est un autre problème. Je sais que les salles d'attentes c'est loin d'être ce que tu préfères mais là, tu vas venir avec moi.
…..

Tu t'es rendormie, c'est bien. J'irais à la pharmacie demain matin pour te chercher tes médicaments. Après je reste ici. Demain c'est moi qui m'occupe de toi. On est vendredi donc non moi je ne bosse pas. Et demain soir je te ramène chez tes parents. Je sais que tu voudrais rester mais je pense que ça ne va pas être possible. Moi je ne rentre pas ce week-end mais toi tu vas te reposer et tu reviendras dimanche.

…....

Utiliser le fait que tu risquais d'être malade à cause de moi pour me traîner chez le médecin ce n'était pas très sympa. Mais il est vrai que ça à très bien fonctionné.
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192/ 26 JAN
Je crois que tu n'as même pas fait attention que j'étais sortie. J'ai tes médicaments. Pour une fois que ce ne sont pas les miens. Même la pharmacienne était surprise. En revanche, il faudra que tu envois la feuille à la mutuelle parce que j'ai trouvé ta carte de sécu mais pas ta carte de mutuelle. On s'en occupera la semaine prochaine.
J'avais prévu de repasser chez moi faire une lessive aujourd'hui mais au lieu de çà, je crois que je vais me recoucher avec toi. J'irais à la laverie automatique dimanche matin ce n'est pas très grave.
…....

Je n'aime pas te voir dans cet état là. Dit moi ce que je peux faire. Hier je disais que pour une fois on allait inverser les rôles, et que j'allais m'occuper de toi. Alors oui c'est vrai, je suis là, mais je n'ai aucune idée de ce qu'il faut que je fasse. Je ne suis pas comme toi moi, garde malade je ne sais pas faire. Chez toi c'est inné, mais moi.... mise à part rester à tes cotés et te donner tes médicaments je ne sais pas quoi faire de plus. J'ai même appelé mon frère, mais il m'a répondu que c'était un virus et que je ne pouvais rien faire de plus. Donc je reste là et j'attends que tu ailles mieux, c'est ça ?
…...

Je te regarde dormir depuis 2h et il me vient une question. Tu vas me dire : encore une ? Oui, une de plus. Comment tu fais pour me supporter depuis 3 ans ? Tu as juste une grippe et déjà je me sent mal alors toi, comment tu fais ? Même si je n'ai aucune idée précise de ce qui se passe réellement les jours de traitements il y a quand même des choses dont je me souviens et d'autres que je n'explique pas. Je sais que tu ne veux pas m'en parler. A chaque fois tu me répètes que c'est mieux comme ça et que cela ne m'avancerait à rien de le savoir. Mais... qu'est ce que tu me caches ? C'est si horrible que cela ? Qu'est ce que je t'ai fait que je ne me souviens pas ? Je n'en ai aucune idée mais ce que je sais c'est que depuis trois ans tu es là pour moi. A chaque fois que j'en ai besoin tu es là. Je me doute que pour toi ce n'est pas tous les jours facile. Tu as certainement dû te retrouver dans des situations qui te dépassaient complètement, mais tu as toujours fait face. Tu n'as jamais montré un seul moment de doute, ni de faiblesse. Et je t'admire pour ça. Tu ne sais pas ce que tu veux faire de ta vie ? Tu ne sais pas vers quelle profession t'orienter ? Moi je pense que ton métier, il s'imposera à toi comme une évidence, un jour où l'autre. Et je ne serais pas surprise que tu t'orientes vers le domaine médical plus tard. Mais.... on en reparlera.
…....


Si tu veux, on peut en reparler maintenant. J'ai commencé par être secouriste dans une association. Des chutes, des traumatismes et des fractures j'en ai vue des dizaines. Et j'ai compris que la douleur des autres ne me faisait pas peur, que j'étais capable de les rassurer et de les aider. J'ai compris que ce que j'avais fait pour toi quelques années auparavant j'étais capable de le faire pour d'autres. C'était même beaucoup plus facile puisque je n'avais aucun lien affectif avec les victimes. Alors j'ai décidé d'en faire mon métier et je suis devenue ambulancier. Les victimes sont devenues des patients avec chacun leurs propres douleurs et leurs propres souffrances. Qui peuvent être physiques, psychologiques ou même les deux. Et quand je me retrouve dans une situation ou la procédure à suivre ne figure pas dans les manuels, je me pose toujours la même question. A savoir : « Et si c'était toi qu'est ce que je ferais ? »
…....

193/ 27 JAN
Qu'est ce que tu as raconté à tes parents pour rester avec moi ce week-end ? Je n'étais pas censée te ramener hier soir ? Mais finalement tu ne rentres que jeudi soir ? C'est bien ce que tu m'as dit ce matin ? J'ai probablement mal compris parce que l'on est samedi et que tu n'as pas vu tes parents depuis dimanche dernier. Je doute qu'ils soient d'accord pour que tu ne rentres pas pendant 15 jours en période de cours, et je peux le comprendre. Mais on réglera ça toute à l'heure. Avec de la chance tu dormiras encore quand je vais rentrer.
…...


Ah ! J'avais bien compris en fait. Tu ne rentres que jeudi soir. Je trouves ça génial mais... tes parents ? Si j'ai bien compris tu ne leur a même pas demandé, tu les a juste informés. Heu... ils sont cool mais ne pousse pas trop loin quand même.
….

Si tu as trouvé le courage d'aller prendre une douche, j'en déduit que tu vas mieux. Mais ne rêve pas, cet après midi on ne va nulle part. Tu as loupé 2 jours et demi de cours alors au boulot. Tu as des cours a rattraper, et ça tombe bien ils sont dans ma sacoche. Et oui !!! Tu ne croyais pas que tu allais t'en tirer comme ça ?
…..


Pour être honnête j’espérais m'en sortir et faire autre chose que recopier mes cours. Mais tu en avais décidé autrement, alors j'ai recopié mes cours.
…...

194/ 28 JAN
On est dimanche, c'est le seul jour où l'on a pas besoin de mettre de réveil et je suis réveillée depuis 6h. Je n'ose pas allumer la télé pour ne pas te réveiller. Je crois que je vais te piquer ton discman. Balavoine je suppose ? Gagné. « Au grand loto de l'univers, j'ai pas tiré le bon numéro ».
Du jour où j'ai appris que j'étais condamnée je me suis dit que moi non plus je n'avait pas tiré le bon numéro. Pourquoi moi ? Qu'est ce que j'ai fait pour que l'on m'empêche de vivre ? Mais aujourd'hui je me dis aussi que sans ça, je n'aurais jamais fait de malaise dans ma salle de cours, tu ne m'aurais jamais ramassée, je ne t'aurais jamais parlé comme je l'ai fait et... on en serait pas là. Tu me crois maintenant quand je te dis que bon ou mauvais rien arrive par hasard ? Le hasard n'existe pas. Le fait que tu partages ma vie aujourd'hui ce n'est pas un hasard. Le loto est un jeu de hasard, mais si la vie est un jeu alors je crois que j'ai eu la chance d'avoir le tirage dans l'ordre. Tu m'as déjà offert trois ans de ton existence et je le considère comme une véritable chance. C'est même la meilleure chose qui me soit arrivée. Mes dernières années seront mes derniers souvenirs mais ces souvenirs seront aussi les plus beaux, les plus durs et les plus intenses.
Un jour je te parlerais du sens de l’existence. De Sartre4, entre autre. Parce que grâce à toi j'ai trouvé un sens à la mienne et je voudrais que tu comprennes pourquoi.
…...


Le sens de l'existence ? Jean Paul Sartre ? Et bien... j'ai hâte de lire ta théorie.
Préviens moi quand même. Le jour ou tu décides de m' expliquer je préparerais un bon café.
…....

195/ 30 JAN
Demain on aurait pu profiter de notre après midi, mais non. Il faut retourner à l’hôpital. On va perdre notre temps juste pour que le médecin nous dise dans 3 semaines qu'il y a un truc qui cloche. Comme si on avait pas déjà compris. Passer des examens ? Pour quoi faire ? Le diagnostic sera le même. Finalement c'est uniquement pour expliquer à quelle vitesse je vais mourir. On ferait mieux d'aller au cinéma. Je n'ai aucune envie de le savoir pour être honnête. Parce que j'ai besoin de temps. Dans deux ou trois ans la situation sera différente. Ça ne rendra certainement pas les choses plus faciles mais je voudrais simplement avoir le temps de vivre un peu. Le temps de te voir trouver ta voie, de te regarder vivre et d'être heureuse à tes cotés.

Après ? Je sais, après tu vas souffrir. Tu vas souffrir horriblement, et tout ce que je pourrais te dire ou t'écrire n'y changera rien. Rien ni personne ne pourra soulager le manque, l'absence, la douleur et tous les sentiments affreux que tu devras affronter... seule. Je voudrais tant pouvoir anticiper, pouvoir t'aider, mais je ne suis pas certaine qu'il existe un moyen de le faire. Je ne serais jamais à ta place. Malheureusement, je ne peux qu'imaginer. Et ce que j'imagine n'est pas brillant. Si tu venais a disparaître, je sais comment moi je réagirais. Et je n'ose même pas te l'écrire. Ta vie c'est ma vie et ma vie c'est la tienne aussi. Partant de ce raisonnement, que reste t 'il d'une vie après ? Le 'nous' n'existe plus, il se transforme en 'je'. Le 'tu', deviens 'moi' et le problème c'est que moi c'est toi. Une partie de toi va mourir avec moi. Je le sais et je ne pourrais rien faire contre. Ce n'est pas ce que je voulais et j'ai essayé de l'éviter. Crois moi, j'ai vraiment essayé mais je pense que c'était peine perdue, c'était inévitable. La vraie question n'est pas de savoir si tu vas t’effondrer, je connais la réponse. Mais plutôt, comment tu vas te relever ? Et là.... je n'ai pas la réponse. Comme quoi, non je n'ai pas réponse à tout, malgré ce que tu penses.
Je crois que je vais aller préparer le petit déjeuner, sinon dans deux minutes je commence à pleurer. Et je crois que tu m'a assez vue pleurer. On fait un Trivial après ? J'aime bien quand tu réponds au hasard. Étant donné que tu n'as jamais de chance, tu tombes toujours sur la mauvaise réponse mais au moins c'est drôle. Et puis je finie toujours par gagner, j'aime bien aussi.
…...


Je suis presque choquée de lire avec quelle lucidité tu voyais les choses. Dans l'absolu, ce qui va se passer après c'est ce que la plupart des gens ne veulent pas savoir. Mais toi tu faisais l'inverse, tu cherchais à savoir, tu cherchais à comprendre. Je suis sans voix.
…...
Schrtoumpfy
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Dim 14 Avr - 1:44
196/  2 FEV
Je sais, j'ai la tête ailleurs depuis quelques jours. Tu ne dis rien, mais je sais que tu l'a remarqué. Je suis désolée. Mais je n'ai pas envie d'en parler. On a passé l'après midi de mercredi à l’hôpital, juste pour faire la tournée des manèges. Et maintenant ? Maintenant on attend. Mais je me doute de ce qu'il va nous dire. Je ne peux plus jouer au basket. Le problème c'est que c'est toute ma vie. J' y ai passé tellement de temps, tu peux me dire ce que je vais faire de ma vie maintenant ? A part enseigner, il me reste quoi ? J'aime enseigner mais le basket était pour moi une manière de m'évader, de souffler et d’évacuer. J'ai peur de devenir exécrable et de m'en prendre à toi. Je suis en colère parce que je ne peux plus jouer, mais je ne peux même pas me mettre à la boxe. Rien que le fait de passer devant le gymnase du lycée me donne envie de tout casser. Non seulement ça ne me ressemble pas, mais en plus c'est totalement ridicule. Je te gâche tes soirées, à faire la gueule dans mon coin sans même m'en rendre compte. Je m'en veut, mais là, je ne sais plus ce que je dois faire.  Je suis déjà privée d'un avenir a long terme, maintenant on me prive d'une des choses auxquelles je tient le plus. Il ne manquerait plus que quelqu'un t'empêches de me voir et là.. je me suicide. Même si de base je suis contre, je crois que je serais quand même capable de l'envisager. Pourquoi ? Parce qu'il ne me resterait plus rien. Et quand on a plus rien, on a plus rien à perdre.
Tu vas me répondre que tu es là et que tu n'as aucune intention de me laisser tomber. Je le sais mais ce n'est pas toi qui me fait peur.
…..


J'ai l'impression que tout se mélange dans ma tête et je n'arrive plus à réfléchir correctement. D'un coté j'ai envie de faire plein de choses, j'ai plein de projets en tête, et de l'autre... je me dit que c'est inutile, que mes projets ne verront malheureusement jamais le jour. M' imaginer pouvoir être heureuse, avoir la chance de vivre avec toi, pouvoir voyager, c'est ce que je désire le plus mais … il faut être lucide, je n'en aurait probablement jamais le temps. Je suis épuisée à force de me battre contre le temps qui passe. Chaque jour qui passe, est un jour de plus passé à  tes cotés, mais c'est aussi un jour de plus qui nous rapproche de la fin... de ma fin.
…...

Je sais que psychologiquement c'était très difficile pour toi. Et même si tu ne montrais rien, il me paraît logique que tu ressentais quelques passages à vide. Tu avais le droit de déprimer, tu avais le droit de ressentir de la colère ou de la haine. Mais tu te l'exprimait quasiment jamais, convaincue que c'était du temps de perdu. Tu as toujours agit de cette manière et je t'admirai pour ça.
«  Cette force de penser que le plus beau reste à venir »
…....

197/ 4 FEV
J' ai l'impression d'être prisonnière d'une boucle sans fin. On passe des moments formidables, des soirées comme je souhaiterai en vivre jusqu'à la fin de mes jours. Chacun de tes sourires, chacune de tes phrases me conforte dans l'idée que la vie dont j'ai toujours rêvée tu es la seule à pouvoir me l'offrir. Si on me demandait ce que je voudrais de mieux ou de plus je serais incapable de répondre. Incapable parce que rien ne sera mieux et je ne veux rien de plus. Je suis comblée. C'est ce que l'on vie ensemble qui me donne l'envie de faire des projets. Et puis... systématiquement il y a toujours quelque chose qui m'arrête. Un malaise, un nouveau traitement, l'hôpital et à chaque fois je recommence à douter. A douter de moi, de notre futur et de ton avenir.
Je sais que chacune de nos décisions engendre forcément des conséquences. Je sais que mes décisions peuvent avoir des conséquences dramatiques sur ta vie à toi, et je suis terrifiée à l'idée de ses conséquences.
Alors je devrais peut être ranger mes projets, les garder pour moi. Ce que tu ne sauras pas ne pourras pas te faire souffrir.
Je devrais peut être me contenter d'imaginer ce que l'on fera la semaine prochaine et ne plus penser à notre avenir. Le seul problème c'est qu'en faisant ça, je t’empêche également de réfléchir à ton propre avenir. C'est peut être même une manière de t’entraîner dans mon tombeau. Et je ne veux pas. Quoi qu'il arrive moi je disparaîtrai, mais pas toi. Toi tu devras continuer à vivre. Tu devras te construire une vie. Je voudrais t'aider, mais là encore je n'ai pas le mode d'emploi.

Je me suis demandé de quoi tu aurais besoin pour construire ta vie. Pour construire une maison, il faut des fondations solides, des murs, des fenêtres et un toit. Finalement la vie est similaire à une maison. Des fondations solides ? Tu les possèdent déjà. C'est ton éducation et l'instruction que tu as reçue. C'est tout ce que tu as appris et compris, autant sur le plan éducatif que humain et personnel. C'est quelque chose que l'on ne pourra jamais ni t'enlever, ni te voler ni briser. Et crois moi en ce qui te concerne les fondations sont impressionnantes. Mais bien sur elles ne suffisent pas pour construire une maison. Il va falloir monter les murs et poser les fenêtres. Mais attention ! Autant les fondations sont en sous sol, bien encrées et protégées, mais les murs, eux, sont exposés à tous les éléments. Le soleil qui brûle, le vent qui dessèche, les tempêtes qui arrachent et la pluie, la grêle ou la neige qui imbibe les murs et les fragilisent. C'est contre tout ces éléments que tu devras te battre jour après jour et sans moi.

Moi, j'ai eu la chance de réussir tout ce que j'ai entrepris. Grâce à mon frère. Parce qu'il m'a donné confiance en moi, parce qu'il a cru en moi. Il m'a toujours soutenue et poussée en avant. Je n'y serais jamais arrivée sans lui et je lui doit beaucoup. Ce qu'il a fait pour moi, j 'aurais voulu le faire pour toi mais j'ai peur de ne pas en avoir le temps. Je ne vivrais pas assez longtemps pour ça. J'ai bien peur qu'aux moments de ta vie ou tu auras le plus besoin de moi, malheureusement je ne serais plus là. Le fait d'en être consciente me rend les choses encore plus difficiles. Comment je pourrais parer à ça ? Y' a t' il un moyen de le faire ? Je n'en ai aucune idée.
…...

J'adore ta métaphore. Prendre un exemple basique pour expliquer quelque chose de compliqué. C'est de cette façon que tu construisais tes cours et tu faisais la même chose dans ta vie. Et pour reprendre ta métaphore, la maison a subit quelques tremblements de terre, mais les fondations n'ont jamais bougées. Après la dernière secousse j'ai du remonter les murs pierre par pierre. Le toit est suffisamment stable pour qu'il ne s'envole pas au moindre coup de vent. La seule fragilité c'est les fenêtres, alors pour le moment je laisse les volets fermés.
…...

198/ 7 FEV
Je ne suis pas très drôle en ce moment. Je le sais et je m'en excuse. D'ailleurs mercredi prochain je t'invites au resto'. Pour me faire pardonner et puis parce que je trouve que c'est une bonne occasion. On en profitera pour fêter ton permis de conduire puisque c'est le jour de l'examen. Tu verras on va passer une bonne journée, je te le promets. Je déprime un peu en ce moment c'est vrai. Mais tu n'y peut rien. Les examens, l'hôpital, plus de basket et probablement un nouveau traitement qui m'attend. Disons que ce n'est pas exactement ce que j'avais prévue. Alors j'ai besoin d'un peu de temps pour encaisser. On parlera de tout ça mais pas maintenant. Je te demande juste un peu de temps. Ne me pose pas de questions, je ne pourrais pas te répondre.
D'ailleurs... depuis combien de temps tu ne m'as pas posé de questions ? Tu ne fais pas la gueule et moi non plus, mais... tu ne me demandes rien. Tu as compris que je n'étais pas prête à en parler ? Mais oui c'est vrai ! J'oubliais que tu lis dans mes pensées. Donc oui ! Tu le sais. Voilà pourquoi je me sent comblée. Je n'ai besoin de rien d'autre, de rien de plus, de personne d'autre, je n'ai besoin que de toi.

….

Bien sur que j'avais compris. Pourquoi te poser des questions ? Je savais que tu me parlerais quand tu aurais décidé de le faire.
….

199/ 9 FEV
La machine tourne et je n'ai rien à faire qu''attendre alors j’écris. Quand je regarde les murs autour de moi, j'ai la nausée. Non seulement je ne supporte plus d'être ici mais surtout je n'y trouve plus ma place. J'ai la sensation de n'avoir rien à faire ici. Je me sent bien plus chez moi à l'hôtel que dans mon propre appartement. Tu veux savoir pourquoi ? Parce qu' ici c'est ma vie d'avant. C'est mon passé dont je voudrais bien oublier quelques passages.
Alors que l'hôtel... c'est ma vie d'aujourd'hui, c'est ma vie avec toi, c'est celle qui me plaît, c'est celle que j'aime. Ce que je voudrais dans l'avenir ? Me débarrasser de mon passé, à commencer par cet appartement. Mon passé je veux l'oublier, et mon avenir, c'est avec toi que je veux le construire.
Mais construire quoi ? Notre avenir, on va nous l'arracher. Et au final tu devras tout construire toute seule.

…...

Je vais rentrer à l’hôtel. Je ne veux pas dormir ici. Je ne veux pas parce que je ne peux pas. Ici je passe mon temps les yeux rivés sur la porte d'entrée. La peur au ventre, j'ai la sensation qu'elle va s'ouvrir en permanence. J'ai fermé à clé mais cela ne change rien.  J'ai toujours peur de le voir débarquer ici.  Il n'y a aucune raison et je le sais mais c'est plus fort que moi. Rester seule à l’hôtel je m'y suis habituée, je me suis même remise à lire. Oui, maintenant que je n'ai plus mal aux yeux je peux de nouveau lire. Et puis disons que ça m'occupe quand tu n'es pas là.

Tu veux savoir ce que je lit? Je viens de finir  les fleurs du mal et je m’apprêtes à attaquer l'être et le néant1. Je l'ai déjà lu quand j'étais au lycée mais j'ai envie de le relire. Oui je sais ce que tu penses. Qui peut avoir envie de lire un truc pareil ? Disons que si un jour tu souffres d'insomnies, essaye. Mais attention il y a un piège. Soit tu trouves le texte hyper soporifique et tu retrouveras le sommeil ; soit tu cherches à comprendre, tu décortiques le texte et une fois que tu l'auras compris, il changera ta vision des choses à jamais.
…..

Moi qui aie des tendances à l'insomnie je devrais peut être essayer. Mais je crois que je serais encore capable d'être dans la deuxième catégorie. Celle qui cherche à comprendre et à décortiquer le texte. Et franchement... l'être et le néant ? 700 pages et un 1kg, tu n'aurais pas autre chose à me proposer ?
…...

200/ 11 FEV
J'espère que tes parents ne t'ont pas entendue rentrer cette nuit. Il était quand même trois heures du matin quand je t'ai déposée. Je crois que l'on a un peu abusé sur ce coup là. Mais je n'ai pas vu le temps passer. Pourtant on a rien fait d’extraordinaire, on a juste discuté. Il est vrai que l'on ne parle pas beaucoup ces derniers temps et c'est de ma faute.
On avait visiblement quelques conversations en retard. Mais d'habitude je te dépose au maximum à 23h , là il était quand même 3h. J'espère que tes parents ne se sont pas inquiétés. C'est exactement le genre de connerie qui pourrait tout foutre en l'air. Trahir leur confiance, c'est prendre le risque qu'ils ne te fasse plus confiance du tout. Auquel cas ils t'interdiront de dormir à l'extérieur la semaine. Ce sera mérité, mais ce n'est pas ce que je veux et je sais que toi non plus. Alors trouve quelque chose de convainquant à leur dire sinon on va avoir de sérieux problèmes. Et si on pouvait éviter celui là, ce serait mieux pour nous deux.
…....


Ce n'est arrivé qu'une seule fois. Un retard en 4 ans, je crois que c'est correct non ?
…..

201/ 14 FEV
Voilà ! J'ai ce que je voulais. Frank n'avait pas oublié. Il m'a donné le numéro de téléphone du restaurant. La réservation est faite : ce soir 20h. Sauf que si toi tu ne regardes jamais la date sur le calendrier, lui en revanche, il sait quel jour on est. Ce qui m'a valu un gentil interrogatoire. Au départ je voulais lui mentir, mais il est plutôt sympa alors j'ai décidé de lui dire la vérité. Finalement il était presque soulagé. Au moins maintenant, il a compris pourquoi je n'ai jamais cédée à ses avances. Je crois l'avoir rassuré dans son orgueil de mâle.
Il m'a juste dit :
«Je suis idiot. J'aurais du comprendre que je n'avais aucune chance. Quand on vous voit toutes les deux, c'est flagrant. »

Oui, bah apparemment pas assez flagrant pour toi, parce que tu n'as toujours rien compris. Mais au fond  c'est quoi le plus important ? Le comprendre ou le vivre ? Le comprendre tu auras tout le temps de le faire mais le vivre... c'est maintenant ou jamais. Alors ce soir... on dîne en tête à tête dans un cadre sublime et ce n'est pas uniquement parce que tu auras ton papier rose dans les mains. Et non ! Je suis très heureuse que tu obtiennes enfin ton permis. Et oui tu l'auras, je n'ai aucun doute là dessus, mais le reste n'a rien à voir. Le reste c'est juste pour toi et moi. Disons que si j'ai décidé de porter ma robe noire ce soir, c'est pour toi, et ton regard quand tu me vois dans cette robe, il est pour moi. C'est ce que j’appellerai un échange de bons procédés.
…...

Donc en clair l'invitation au restaurant ce n'était pas pour fêter mon permis de conduire ? Contrairement à ce que je crois depuis 23 ans.  Non ce soir là tu avais décidé de fêter la St Valentin avec moi. Donne moi deux minutes... que je réalise à coté de quoi je suis passée. Mais est ce que je peux vraiment dire que je suis passée à coté ? Peut être pas. Comme tu l'as si bien dit, ce repas, cette soirée c'est bien avec toi que je l'ai vécue. En comprendre la signification ? Je crois que je viens de le faire.
…...

202/ 16 FEV
Merci. Merci pour cette magnifique soirée. Merci pour ton sourire et tes regards. Merci pour tout ce que tu as dit. J'espère qu'un jour tu seras capable de comprendre que si aujourd'hui je suis capable de dire que la vie est belle, que je suis heureuse de vivre et que j'ai envie de vivre c'est parce que tu m'as donné envie de vivre. Parce que c'est toi qui me rend heureuse et parce que c'est toi qui me rend la vie plus belle. Si j'avais encore des doutes sur tes sentiments pour moi, ta réaction avec ce pauvre serveur m'a plus que convaincue. Tu aurais du te voir. Si tu avais pu lui arracher les yeux tu l'aurais fait. Et oui je trouve ça très drôle. Sauf que, lui il a fini par comprendre, chose que toi tu es toujours incapable de faire. Pourtant ton attitude envers moi est plus qu'explicite mais toi... non tu ne percutes pas, c'est juste normal.
T'es pourtant loin d'être idiote, mais quand tu refuses de comprendre quelque chose il n'y a rien à faire.

Et il y a autre chose pour laquelle je voulais aussi te dire merci. Pour la piscine. C'est vrai que c'est une bonne idée. Mais tu y' avais déjà réfléchie ou quoi ? Tu me l'a proposé comme si tu avais déjà la réponse à la question que je n'avais pas encore posée. Quand je te dis que tu es incroyable ! Comment fais tu pour deviner ce que je pense ou  quelles questions je me pose ? Tu anticipes mes moindres gestes et mes moindres faux pas. Comment c'est possible ? Il paraît que l'on a tous un ange gardien quelque part, je pense avoir trouvé le mien.
Ta plus grande faculté c'est de voir bien plus loin que la plupart des gens. T'es capable d'envisager le meilleur comme le pire à long terme. Mais méfie toi ! Comme tous les gens qui possèdent des facultés particulières ils ne sont pas toujours bien compris. Mais là dessus je te fais confiance tu feras vite le tri. En revanche, chaque don particulier comporte l'inconvénient qui va avec. Il y a le coté face qui est génial, et il y a le coté pile, beaucoup moins attrayant. Voir plus loin que la plupart des gens signifie aussi, voir l’échec éventuel de ses idées ou de ses opinions. Le piège ? C'est que le fait d'en être conscient peut t'empêcher d'entreprendre et par extension t'enfermer dans l'inaction. Ton esprit visionnaire m'a sauvé la vie mais il ne faudrait pas que ce même esprit devienne ta prison. Prison de verre certainement, mais prison quand même.
….......


Prison de verre ? Je vois très bien de quoi tu parles. Je l'ai appris au fil du temps. Le plus difficile c'est d'en sortir, parce que peu de gens sont capables de comprendre. Il est beaucoup plus facile de traiter les gens de cinglés, plutôt que d'accorder un minimum de crédit à leur discours, qui au premier abord, semble totalement délirant, alarmiste ou trop réaliste.
…...

203/ 18 FEV
C'est déjà les vacances d'hiver. Toi cette semaine tu dois bosser. Moi je vais squatter ta vidéothèque. Et mercredi c'est direction la salle d'attente. Autant te dire tout de suite que je m'en passerai volontiers. On a pas le choix ? Merci je suis au courant. Mais tu as vraiment envie d'entendre qu'effectivement il y a un problème ? Que je vais devoir recommencer un traitement ? Que tu vas de nouveau passer tes mercredi à t'occuper de moi jours et nuits ? Tu veux vraiment entendre ça ? Moi pas. Retour à la case départ sans toucher les 20000 du Monopoly.2 Je n'ai pas tiré la carte chance et toi tu vas direct en prison. Parce qu'en gros c'est exactement ce qui va se passer. J'exagère ? Non je ne crois pas. La seule chose que je veux savoir c'est combien de temps. Deux ans ? Un an ? Ou peut être six mois. Combien ? J'ai besoin de savoir. Il me reste des choses à faire avant de quitter ce monde alors j'ai besoin de savoir de combien de temps je dispose pour les accomplir. Pas assez ? Oui, j'en ai bien peur.

Et tu pars au ski vendredi. Une semaine que l'on ne passera pas ensemble. J'y pense depuis un moment. Je dois utiliser cette semaine pour finir ce que j'ai commencé. Il y a une chose que je n'arrive pas à faire en ta présence alors c'est le moment ou jamais. De toute façon je n'ai plus le choix et surtout, je n'aurais peut être aucune autre occasion.
….....


Finir ce que tu avais commencé ? Écrire la lettre ? Tu ne pouvais pas le faire en ma présence ? On se demande bien pourquoi...
Cela dit je te fais confiance, tu vas finir par y arriver.
…...

204/ 24 FEV
Tu vois j'avais raison. Je savais bien que ce qu'il allait nous dire n'allait pas me plaire, pas me plaire du tout. Rien est programmé ? On peut vivre des années avec un anévrisme ? Avec un peut être mais avec deux ? Rien est programmé, il se fou de moi ? Ma mort est programmée depuis longtemps. J'ai juste obtenue les prolongations. Grâce à toi d'ailleurs. Mais les prolongations ne sont pas éternelles. Ensuite viendra le moment des tirs au but. Le plus tard sera le mieux ? Je suis d'accord avec toi, mais il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas lutter. On ne peut pas tricher non plus. Tu vas me demander d'accepter le traitement et je le ferais. Je le ferais parce que même si je n'ai que quelques mois à gagner, j'ai besoin de ces quelques mois et toi aussi. Mais il faut que tu sois consciente que j'ai une bombe dans le cerveau. Cette bombe on vient d'allumer la mèche et rien de ce que l'on pourra faire ne l'empêchera d'exploser.

Un avion qui ne peut pas atterrir tu ne peux pas l’empêcher de se crasher. Tu peux le faire voler le plus longtemps possible. Tant qu'il y aura du carburant il restera en l'air, mais une fois le réservoir vide il se crashera à coup sur. Alors la mauvaise nouvelle c'est que le voyant de la réserve vient de s'allumer.
Je ferais peut être mieux de couper les réacteurs. Mais je sais que tu ne vas pas être d'accord.
…...

Couper les réacteurs ? Qu'est ce que tu voulais dire par là ? Partir ? Abandonner ? Je ne sais pas.
…...

205 / 25 FEV
Je viens de rentrer à l’hôtel. Dans quelques heures tu prendras la route et dimanche tu seras sur les pistes. Et moi ? Je n'ai pas sommeil, je crois que je vais lire. Je vais attendre ton appel et je dormirais ensuite. Je n'ai pas grand chose d'autre à faire de toute façon. Et puis... dormir ? Comment veux tu que je dorme sans mon doudou ? Je rigole a chaque fois que tu le dis parce que petite je n'ai jamais eu de doudou. Mais aujourd'hui ? Je n'arrive pas à m'endormir sans toi. Alors oui je rigole, parce que je me sent ridicule.
Lundi j'irais chez mon frère et mardi j'ai quelque chose à faire. Je dois finir ce que j'ai commencé. Tu comprendras plus tard. Mais pas trop tard j'espère.
…..


Plus tard mais pas trop tard ? Et bien... je suis désolée, sincèrement désolée. J'ai fini par comprendre. Aujourd'hui je sais. Mais il aura fallu que 22 années s'écoulent, pour que je puisse enfin dire : « Je sais ».
…....
Schrtoumpfy
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Mar 16 Avr - 2:17
Sortie difficile

Ton neveu sort de l’hôpital aujourd'hui. Mais monsieur fait la gueule. Il n'a plus de force et ne peut plus se mettre debout. Il a peur de reprendre la rééducation. Mais ça c'est sa version. Il a surtout peur de décevoir. Il est persuadé qu'il n'est plus capable de se mettre debout. Pourquoi ? Parce qu'étant resté alité plusieurs semaines, ses muscles se sont pour ainsi dire atrophiés. Ce qui est tout a fait normal. Il devra commencer par des massages et des exercices de stimulation, mais il pourra se remettre debout et continuer sa rééducation.
Sauf que monsieur n'écoute pas ce qu'on lui dit. Il joue les têtes de mules et nous tient un discours tout droit sorti d'une série noire. Il ne pourra plus jamais marcher. C'est inutile qu'il retourne au centre puisque la kiné ne servira à rien. Et la pire de toute, il a dit à ton frère qu'il aurait mieux fait d'y rester, ce qui lui aurait évité de s'emmerder avec un fils handicapé. Oui, oui, ce sont propres mots. Tu vois où l'on en est ?
Et je suis certaine que ça te fait rire. Pourquoi ? Parce que tu aurais réagit comme lui. Il va se calmer ? Je le sais mais je te laisse l'expliquer à ton frère. Parce que lui, à moyennement bien accepté la réflexion de ton neveu.  
Je ne vais pas essayer de lui parler pour le moment. Il est en colère et il n'écoutera rien. Il va se calmer tout seul. Il va réfléchir et dans quelques jours, il demandera de l'aide pour pouvoir remarcher. Moi je le sais parce qu'il fonctionne de la même manière que toi. Mais ton frère ne comprends pas sa réaction. C'est vrai que cette partie de toi, ton frère ne la connaissait pas. Je suis la seule à avoir subit tes colères.
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le Mar 16 Avr - 2:22
2. LA BONNE DIRECTION

Ta lettre

Ce qui m'a permise de dire :

« Aujourd'hui je sais. Je sais ce que tu ressentais réellement pour moi »

c'est le texte qui suit. Et il aura fallu que l'on aille jusqu'à cette date : le 27 février. C'était environ 6 mois avant ton départ. Mais c'est ce jour là qui devait construire la suite de notre histoire.
Ce jour là tu avais écrit :

206/ 27 FEV
Je la tient. Enfin ! J'ai terminé. Je crois que le manque provoqué par ton absence m'a aidé à trouver les mots justes. C'est exactement ce que je voulais et je n'échangerai aucun mot pour un autre. J'ai largement pris le temps de réfléchir à ce que je voulais réellement t'écrire et là maintenant, je sais que je n'ai rien oublié.
Je dois retourner au centre commercial cet après midi, il faut que je récupère ce que j'ai acheté ce matin. Une fois le tout dans une enveloppe il ne me restera plus qu'à trouver le courage et la bonne occasion pour te la donner. Si je suis fière de moi ? Oui, très fière. Exprimer ce que je ressens c'est loin d'être mon point fort et ce n'est pas à toi que je vais l'apprendre. Mais là, je crois que je peux difficilement être plus honnête et plus sincère.

Tu avais raison, je vais rester chez mon frère cette semaine. Ça me fait du bien de passer un peu de temps avec lui. Et puis lui aussi je dois lui parler. Je veux qu'il me dise la vérité ; je veux savoir exactement ce qu'il va se passer. Quelles sont mes chances, et quels sont les risques aussi.
…...


On y est ! C'est ce jour là que tu as écrit la fameuse lettre. Celle qui contient les mots que je rêve d'entendre depuis si longtemps. Celle qui va au delà de mes rêves les plus fous. Elle ne me quitte plus depuis que j'ai mis la main dessus. Elle est dans la poche intérieur gauche de ma veste, je n'arrive pas à la ranger. Cette lettre était inespérée. Même en ayant trouvé tes classeurs de cours, et découvert ce qu'ils contenaient, ni ton frère ni moi ne nous attendions à quelque chose de semblable. Encore moins venant de toi. Tu te souviens de ce que tu avais écrit dans cette lettre? Tu veux la lire ? Alors prend une chaise. Si ! Si ! Prend une chaise.

Ta lettre, elle disait ça :

« Ce matin j'ai fait une chose complètement dingue. Et en même temps.. parfaitement réfléchie.Je suis allée au centre commercial. Avant que tu en doutes, je ne suis sous l'emprise, ni des médicaments, ni de l'alcool et je suis parfaitement consciente de ce que j'écris. Depuis presque 2 ans, mon appartement me sert plus de garde meuble qu'autre chose et j'ai décidé de déménager. Mais si je veux déménager c'est aussi et surtout pour une autre raison. Et cette raison c'est toi. Depuis plus de 2 ans on passe l'intégralité de notre temps libre ensemble. On a passé plus de nuits ensembles à l’hôtel que moi dans mon appart' et toi chez tes parents.  Alors je te le demande : Viens vivre avec moi.
Oui mais quoi ? Oui mais vivre avec quelqu'un c'est vivre en couple, c'est ça ? Alors oui c'est ce que je veux, et c'est que je te demande.

Mais ??? Mais quoi ??? Mais réfléchie deux minutes .C'est exactement ce que l'on fait depuis plus de deux ans. Alors il serait peut être temps de se l'avouer non ? Tu crois que l'on a partagé une chambre d’hôtel juste parce que j'étais malade ? Ouvre les yeux. Regarde la vérité en face.
Depuis plus d'un an, je tourne le problème dans tous les sens et je ne sais pas comment te le dire. J'ai d'abord pensé que c'était une illusion et que les circonstances avaient démultipliés les sentiments. Ensuite j'ai cherché des explications à ce que je ressentais. J'ai cherché à interpréter ton comportement et mes réactions. J'ai essayer de deviner ce que tu ne disais pas. Mais STOP !

L'explication elle est très simple. C'est même la seule possible. C'est tout simplement que je suis tombée amoureuse de toi et je devrais même dire, raide dingue amoureuse de toi. Pas possible ? Ah oui ? Tu veux des preuves ? Facile... Dès le premier jour tes paroles m'ont touchées à un point que tu ne peux imaginer. Je faisais confiance à personne, je t'ai tout balancé sans hésiter une seule seconde. Je t'ai laissée lire en moi comme dans un livre, parce que ça me faisait du bien.
Au lieu de te repousser j'ai acceptée ton aide, parce que j'étais attiré par toi comme un aimant, sans même savoir pourquoi. Tu m'as poussée à faire des choses dont je me croyais incapable. Grâce à toi j'ai vécue des choses incroyables dont je ne garde que de merveilleux souvenirs. Et j'aurai voulu partager ces moments avec personne d'autre que toi. Alors ne me demande pas si je suis certaine de ce que je ressent parce que la réponse devrait t' exploser au visage. Et j'en crève de ne pas te le dire. Depuis trop longtemps...

Pourquoi je n'ai rien dit jusqu'à présent ? A cause de la réciproque. J'ai préféré me taire et t'avoir à mes cotés que de prendre le risque de te perdre. Et tu vas me dire : alors pourquoi t' écrire tout  cela maintenant ?
Pour trois raisons.

La première c'est que la réciproque je la connaît. Tu ressens la même chose et je le sais. Comment je le sais ? Parce que tu me le prouves tous les jours depuis 4 ans. Tout ce que tu m'as dit, tout ce que tu as fait pour moi et uniquement pour moi me prouve que j'ai raison. Chacun de tes mots , chacun de tes gestes, chaque sourire, chaque regard, chaque larme aussi... tout me fait dire que j'ai raison.  Te regarder dans les yeux c'est comme regarder dans un miroir, je vois la même chose...
Alors qu'est ce que je pourrais attendre de plus ?

« Tout  le monde dit je t 'aime à tout le monde et ça ne veut plus rien dire » , c'est vrai !

On utilise le verbe aimer pour tout et n'importe quoi. J'aime le champagne et le chocolat mais ça n'a rien à voir avec mes sentiments pour toi.
Alors pourquoi attendre que tu me le dises ? Je n'ai pas besoin de l'entendre.Je le sais !

La deuxième raison ? C'est qu'il faut que je dise à mon frère que le Père Noël existe. Je disais que l'amour vrai c'est celui qu'on cherche sans jamais le trouver. J'avais tort c'est celui qu'on trouve sans  chercher. Celui qui nous surprend, celui qu'on attend pas. Là en revanche, je ne suis pas déçue. La surprise elle est de taille. Mais surtout... l'amour vrai c'est celui qu'on ne laisse pas passer.

Alors assieds toi s'il te plaît. En 4 ans on a parlé de beaucoup de choses et tu connais ma vision de la vie. Les vieux notaires à barbe blanche... tu sais ce que j'en pense. Tout comme ce que je pense d'une signature sur un registre.
Mais au delà de tout cela, je veux que tu comprennes que je suis liée à toi. Alors ouvre l'enveloppe. Oui elle contient deux anneaux en argent (je sais, tu ne supportes pas l'or). Je te le confirme, c'est bien des alliances.( Et ne me demande pas le prix ce n'est pas le moment). Si tu acceptes de la porter alors on fera graver l'extérieur. Mais uniquement quand tu seras prête à le faire. Pour le moment, seul l'intérieur est gravé.

Et tu veux connaître la troisième raison ? Alors assieds toi et prend un verre parce que la suite est interdite aux moins de 18 ans. La troisième raison c'est que je deviens cinglée. Et c'est toi qui vas me rendre cinglée. Pourquoi ? Très simple.

Tous les soirs.... La simple odeur de ton parfum sur l'oreiller me fait tourner la tête. T'entendre respirer me donne envie de chanter. Me blottir contre ton cœur me fait totalement fondre. Sentir tes mains sur mon corps me donne la chair de poule. Et c'est à ce moment là que je commence à rêver.
Je rêve de chaleur et de tendresse, je rêve de tes caresses.
Je connais par cœur, la sensation de tes baisers sur mon front, et j'ose imaginer, ces mêmes baisers découvrant mon corps tout entier.
Je connais par cœur la chaleur de ta main posée sur mon cœur, et j'ose imaginer, la douceur de tes caresses.
Rempli de regards tendres et de gestes maladroits j'imagine ton regard, étincelant de bonheur.
Contre quelques baisers, je t'offrirais le reste de mon intimité.
Du bout de tes doigts tu provoqueras en moi des instants de plaisir que depuis longtemps je désire..
Toi et moi c'est idem on chantera sur le même thème.
Lorsque mon cœur se servira du tient, il se calera comme un pendule. Mes peurs et mes angoisses disparaîtront. et alors, nous ne ferons plus qu'une.
Je crois que c'est ça l'ivresse !

Vas y respire... tout va bien se passer.
Je ne te demande pas de me répondre dans la seconde. Je me doute que tu as besoin d'un peu de temps.
Cela dit, sans vouloir jouer les rabats joies, je te rappelle juste que moi mon temps est compté. Alors n'attends pas 10 ans.
En gros... je te laisse 3 minutes pour me dire OUI !! »
…...


A la lecture de cette lettre, j'ai pleuré. Des larmes et encore des larmes pendant des heures. Mais je serais incapable de te dire si c'était des larmes de joie ou de tristesse. Triste parce que cette lettre arrive dans mes mains avec 22 ans de retard. Mais heureuse parce qu'elle représente quelque chose que je ne pouvais qu'imaginer. Elle transforme mes fantasmes en réalité. Et je me rend compte a quel point il a du être difficile pour toi de l'écrire. Tu as réussi à trouver les mots justes et les seuls qui devaient être écrit. A travers tes mots, figurent des messages que je suis seule à comprendre. Des allusions a certaines choses qui accentue la portée de chacun de tes mots.

« ...L'univers a ses mystères, les mots sont nos vies
Nous pourrions tuer une vie avec des mots
Si nos vies sont si fragiles,
les mots sont des mystères
Les mots des sentiments
Les mots d'amour, un temple....1 »

Cette lettre c'est la preuve qu'entre nous tout était possible et là tout de suite je voudrais pouvoir te hurler que la réponse est OUI. Bien sure que la réponse est oui.

Mais..... cette lettre à 22 ans de retard et toi tu n'es plus là. Alors est ce que ta question mérite vraiment une réponse ? Quelle importance aujourd'hui ? Tu n'est plus là pour entendre la réponse.
J'ai trouvé les alliances. Deux anneaux d'argent dans lesquels tu as fait graver la date ou tu as fait ton malaise devant moi, et le mot : « idem ». Pourquoi cette date ? Parce que c'est la seule qui aie réellement un sens. Celle par où tout a commencé. Quand au mot « idem », il suffit de regarder le film Ghost pour comprendre.

Mais je suis censée faire quoi ? Qu'est ce que je fais des alliances ? Je vais laisser la tienne à ton frère, c'est pour moi une évidence. Il rêvait d'assister un jour à ton mariage alors je veux qu'il garde cette alliance.
Mais la mienne ? Je la range dans un coin ? Je la pose sur une étagère ? Les objets qui prennent la poussière sur une étagère, ce n'est pas ce que tu aurais voulue, mais alors je suis censée en faire quoi ? La porter ? L'idée me paraît folle pour ne pas dire légèrement psychotique. Je ne sais pas. Mais il n'y a pas d'urgence non plus. Elles sont dans une enveloppe depuis 22 ans alors elles peuvent attendre encore un petit peu.
Pour le moment je me contente de la regarder, posée devant moi, comme si j'attendais qu'elle me parle. Ce qui est complètement ridicule je te l'accorde.

….....
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le Jeu 18 Avr - 23:49
Vers ton  dernier printemps

Il nous a fallu un peu de temps pour passer aux textes suivants.Pour des raisons différentes, ton frère et moi avions besoin de prendre un peu de recul. Lire et comprendre quels étaient tes véritables intentions après si longtemps, il nous fallait l'accepter. Mais poussés par la curiosité et la sensation que nous n'étions pas au bout de nos surprises, nous avons repris la dictée.
…....

207/ 28 FEV
On vient de raccrocher. Et pour la première fois je ne suis pas triste, je n'ai pas pleuré. J'ai juste hâte que tu reviennes. J'ai parlé à mon frère. Selon lui j'ai l'avantage de savoir ce que j'ai. Tu parles d'un avantage ! En quoi savoir que ma tête peut exploser à tout moment est un avantage ? A limiter les risques. Ah oui, bien sur ! Pas d'efforts, pas s'énerver et pas courir. Je peux peut être rester couchée sur un lit et attendre que ça se passe. C'est tout à fait mon style. Qu'est ce que tu en penses ? Je crois que je vais surtout arrêter de réfléchir.
Je veux utiliser le peu de temps qu'il me reste pour vivre. Après tout personne ne peut savoir avec précision à quelle date il va mourir. Et moi, pas plus que n'importe qui. Alors autant profiter un maximum pendant qu'on le peut encore. Et j'ai plein d'idées, dont une complètement tordue. Je ne sais pas à quel moment de ta vie tu seras capable d'accepter et d'admettre tes sentiments. Mais il est certain que je refuse de te forcer à le faire. Alors je sais ce que je vais faire. Notre vie on va la vivre comme on le devrait. Et je n'attendrais pas plus longtemps. Je suis certaine de pouvoir te faire vivre des choses sans même que tu saches ce que cela signifie réellement. Et même si tu ne comprends pas aujourd'hui, ce que je lit dans tes yeux me suffit. Mais plus tard... je sais que tu comprendras.

Tu te souviens de cette phrase :
« Sucer toute la moelle secrète de la vie, pour ne pas, au soir de la vieillesse découvrir que je n'avais pas vécue.1 » ?

Je suis certaine que oui. Et bien, c'est exactement ce que je veux. Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets. Si plus tard tu as des remords parce qu'il y a des choses que tu n'as pas comprises, ce n'est pas grave, tu auras toute une vie pour comprendre. En revanche, je refuse que tu regrettes de ne pas avoir vécue certaines choses. Alors on va remédier à ce problème. Fait moi confiance.
Ce que je vie à tes cotés au quotidien depuis plus de 3 ans faisait partie de mes rêves depuis l'age de 10 ans. Tu as remplacé mes rêves par des souvenirs et je voudrais pouvoir faire la même chose pour toi. Tu n'auras pas besoin de rêver. Il suffira de fouiller dans ta mémoire et là dessus je te fais confiance. Je sais que pour certaines choses ta mémoire est un vrai disque dur. Tu as cette chance alors utilise là à bon escient.

…....


Cette mémoire dont tu parles, il m'arrive souvent de la détester. Revivre certaines scènes nuits après nuits comme si les événements avaient eu lieu hier, parfois je m'en passerait . Mais c'est aussi cette mémoire qui m'a permise d'écrire notre histoire le plus sincèrement possible. C'est grâce a cette mémoire que ton neveu peut aujourd'hui se vanter de savoir qui tu étais. Grâce à elle aussi, qu'il m'a été possible d'aider certains de mes proches. Alors si en me demandant d'utiliser ma mémoire à bon escient, tu envisageais quelque chose comme ça, et bien tu vois je l'ai fait.
…...

208/ 29 FEV
J'ai passé la moitié de la journée couchée. Super non ? Finalement je suis contente que tu ne sois pas là.Tu aurais passé la journée à t'occuper de moi, une fois de plus. Et même s'il est vrai que je préfère quand tu es là, je pense que tu as bien mieux à faire. Tu es bien mieux au ski. J'avais oublié à quel point une migraine pouvait me pourrir la vie. En dehors de rester couchée dans le noir, je n'ai rien fait de la journée. Passionnant n'est ce pas ? Tu sais ce que ça signifie ? Que tout recommence. Je dois commencer le nouveau traitement la semaine prochaine. Encore un. Et je n'en ai aucune envie. Je vais le faire parce que je te l'ai promis. Mais saches que sans toi il y a longtemps que l'on ne parlerai plus de traitement. On ne parlerai peut être même plus de moi non plus. Alors profite de tes vacances parce que ce qui nous attend va être difficile. Les semaines a venir vont être horribles.  Par ma faute tu ne vas pas pouvoir travailler autant qu' avant. Et ne viens pas me dire que ce n'est pas grave.
Je vais reprendre un cachet, parce que tu dois m'appeler toute à l'heure et je ne veux pas que tu saches que ça ne va pas très bien aujourd'hui. Je ne veux pas que tu t'inquiètes. Tu es trop loin et tu ne peux rien faire.
…....


Comme si le fait de prendre un cachet allait m’empêcher de comprendre que tu n'étais pas bien. Le Père Noël avait vraiment frapper ton enfance. Plus sérieusement, peu importe la distance qui nous séparait, je ressentais ta douleur. Et ne me demande pas de t'expliquer comment, parce que je n'en ai aucune idée. Mais souviens toi de ton intervention, ton frère ne comprenait pas ton agitation malgré l'anesthésie. Et j'avais finie par lui dire que tu étais agité parce que tu avais mal. Après avoir vérifié, il s'est avéré que j'avais raison. Tu étais à 800 km, comment je pouvais le savoir ? Si tu as une explication rationnelle ce serait sympa de la partager. Parce que moi je n'en trouve aucune. D'autant plus que des phénomènes de ce genre  il m'arrive d'en vivre encore aujourd'hui. De plus en plus ces derniers temps d'ailleurs. Je t'en parlerais sûrement, mais plus tard.
…...

209/ 1 MARS
Encore une journée de passée. On se voit dans deux jours, mais c'est long deux jours sans toi. Je tourne en rond, je m'ennuie. Mes cours ? Corriger mes copies ? Il y a longtemps que j'ai terminé. Mon frère et ma belle sœur travaillent, donc je passe mes journées seule. A une époque j'aimais bien être seule. Faire ce que je voulais quand je le voulais, c'est quelque chose que j'appréciais. Mais j'ai pris l'habitude de préparer à manger pour deux. De décider ce que l'on allait faire de notre journée ensemble. Et là, quand je pose la question je n'ai personne pour y répondre. Je me sent complètement perdue. Tu me manques. Je n'ai rien d'autre à faire que réfléchir. C'est sans doute la raison pour laquelle j'ai de nouveau des migraines. Les mêmes questions sans réponses qui reviennent sans cesse. Comment tu vas prendre cette lettre ? Est ce que tu vas dire oui ? Qu'est ce que tu vas faire l'année prochaine ? Est ce que tes parents vont l'accepter ? Si non, est ce que tu auras le courage de les affronter ? Est ce que tu serais prête à les perdre pour nous ? Même si ce n'est pas ce que je souhaite, je sais que c'est une éventualité. Une éventualité qui me fait peur. Parce que je sais que tu as énormément de respect pour eux et que tu les aimes beaucoup. Alors, est ce que tu prendras le risque de tout gâcher pour nous ? Je n'en ai aucune idée. Je sais que tu en est capable mais je suis incapable de faire ce choix à ta place, et je n'ai pas le droit de le faire.
…...


Ce choix là, j'ai été obligé de le faire quelques années plus tard. J'ai fait le choix de les affronter et de vivre ma vie. Et je ne regrette rien. Je l'ai fait pour une autre, je l'aurai fait pour toi, tu peux en être certaine.
…...

210/ 2 MARS
Je dois refaire mon sac, je rentre à l’hôtel ce soir. Je vais en profiter pour faire quelques courses, pour que l'on puisse manger cette semaine. On va à la piscine demain ? Ou tu es trop fatiguée ? Oui, je sais ce que tu vas me répondre. Fatiguée ou pas, si moi je veux y aller, on ira. Et c'est vrai, j'ai envie d'y aller. Je suis quasiment restée enfermée toute la semaine, je pense que ça me ferait du bien de sortir.
…..

Et voilà ! Les courses sont rangées. J'en ai aussi profité pour ranger la salle de bain. J'avoue que tu avais raison, je me suis un peu étalée. Je suis déjà couchée. Toi je sais que tu es encore sur la route. Fait attention. Tu viens à quelle heure demain ? On a dit 14h, mais j'espère que tes parents vont te laisser repartir. De toute façon je ne bouge pas, je t'attends.
…...


A part m'attendre tu n'avais pas grand chose d'autre à faire de toute façon. Quand je lis ton texte tu me fais rire. Tu parles de cette chambre d’hôtel comme si c'était notre appartement. Et même si ce n'est pas complètement faux, le lire de cette façon, c'est étrange.
…...

211/ 3 MARS
Enfin dimanche ! Tu veux manger quoi ce soir ? Je me suis dit que je pourrais peut être préparer quelque chose. Bon...  froid bien sur, mais je peux peut être faire une bonne salade. Un appartement avec une vraie cuisine ce serait quand même plus pratique. Sincèrement, il faut que l'on envisage sérieusement de prendre un appartement. Il faut que je te donne cette lettre. Même si la réponse me fait peur. Je voudrais que tu acceptes de venir vivre avec moi, même si concrètement c'est déjà ce que tu fais. La différence c'est qu'il n'y a rien d'officiel et que personne ne le sait. Personne, à part Eric et Franck. Même mon frère n'est pas au courant de tout. Il s'en doute mais je ne lui ai rien dit.

Cela dit, je vais devoir lui en parler parce que je vais avoir besoin de son aide. Et pas uniquement pour le déménagement. Peu importe ce que tu décideras de faire l'année prochaine, je n'attendrais pas plus longtemps. Si tu continues tes études, tu n'auras pas de salaire et donc pas les moyens de payer un loyer. Dans l'absolu ce n'est pas le problème. Ce n'est pas pour te faire payer le loyer que je veux vivre avec toi. Mais je ne veux pas faire n'importe quoi non plus. Je veux que le bail soit au deux noms. Je veux que ce soit chez toi, autant que chez moi. Sur le principe, rien de plus facile. Mais si je meurs il se passe quoi ? Tu n'auras pas les moyens de payer et je ne veux pas que tu te retrouves à la rue. Voilà pourquoi j'ai besoin de mon frère. En cas de décès, mon frère sera le seul héritier. Et crois moi, il aura largement les moyens de payer ton loyer. Au moins pendant trois ans. Ce qui te laissera largement le temps de trouver un boulot et de pouvoir t'assumer financièrement. Tu pourras garder l'appartement, si c'est ce que tu veux. Et c'est de cela, dont il faut que je parle à mon frère.
Je sais qu' il fera exactement ce que je lui demande. Mais il faudrait aussi, que toi tu sois d'accord. En clair, je dois m'armer de courage et te donner cette enveloppe. Et tu vois, même si je te donnes l'impression de n'avoir peur de rien, je peux te jurer que c'est faux. Te donner cette enveloppe me terrorise.

…...

Ah, oui ? Quand même ! J'hallucine en réalisant que ton raisonnement était allé aussi loin. Jusqu'à me protéger et assurer mon avenir après ta mort. Tu avais réfléchie à tout. Je m'en rend compte aujourd'hui. La seule chose que je n'explique toujours pas, c'est pourquoi cette lettre n'est jamais arrivée jusqu'à moi.
Tu avais évoqué le fait de déménager peut être une fois, au hasard d'une conversation mais c'est tout. La seule fois où tu en as vraiment parlé, c'est le jour où tu es partie. Et je me dis que c'est vraiment le temps qui à joué contre nous.
…..
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le Jeu 18 Avr - 23:51
Mercredi en enfer, l'explication

212/ 4 MARS
Je sent que la journée va être compliquée. Je me suis réveillée avec une migraine et elle ne veut pas me lâcher. Je n'ai plus l'habitude et franchement ça me convenait très bien.  J'ai même à moitié fermé les volets de ma salle de cours parce que cette lumière est insupportable. Je sent que je vais devoir avaler cette saloperie de médoc, mais tant que je peux m'en passer j'aime autant. Je vais attendre encore un peu. Et mercredi on y retourne, super !! Je me demande ce que ça va donner. Déjà là, j'ai la tête dans un étau alors ajoute le traitement et c'est bon, je vais encore vomir.
Tout va bien se passer parce que le traitement est moins lourd ? Oui bien sur ! Tu y crois toi ? Parce que moi pas. Ce sera comme d'habitude... un enfer. Un enfer pour moi et peut être encore plus pour toi. Un jour tu m'expliqueras ? Je sais que tu ne veux pas m'en parler, mais j'ai suffisamment d'imagination pour envisager le pire. Alors c'est quoi le problème ? Je me vois crier, pleurer, mais le reste... aucune idée. Je sais qu'il m'arrive de délirer à cause de la fièvre, mais il se passe quoi exactement ? Si tu refuses de me le dire c'est qu'il y a une raison, laquelle ? Je te fait souffrir ? Je t'ai insulté ? Je t'ai peut être même frappé. En fait, je n'en sait strictement rien, je n'ai aucun souvenir. Et tu veux remettre ça ? Quand je pense que c'est moi que tu traites de cinglée... je n'en suis pas si sure.
…....

Ce n'était pas par plaisir que je voulais remettre ça, tu peux me croire. L'enfer dont toi tu n'as aucun souvenir, moi j'en ai... malheureusement. Je crois qu'aujourd'hui il y a prescription, alors je pense que tu as le droit de savoir. Il m'a fallu du temps pour mettre des mots sur ce que j'ai appelé « mes mercredis en enfer », mais aujourd'hui je peux combler quelques blancs de ta mémoire.

Ces scènes m'ont hantées pendant des années. Après ton décès, la peur, l'angoisse et la vision de la douleur sont devenus mes pires cauchemars. Je ne supportais même plus de voir quelqu'un vomir. Entendre un inconnu hurler de douleur me renvoyait systématiquement à ce que j'avais vécu. Il m'a fallu des années pour enfouir ces « mercredi en enfer » au plus profond de moi même.
Mon métier m'a permise de banaliser cette horreur, même si je ne pourrais jamais l'oublier. Toutes les semaines, pendant des mois, pendant 4 ans, j'ai fait ce qu'il fallait sans me poser de questions. Parce qu'il fallait que quelqu'un le fasse et j' aurais voulu que ce soit personne d'autre que moi. Alors j'ai accepté, j'ai encaissé, et j'ai géré du mieux que je pouvais, en me disant que je finirais par oublier. J'avais tort, il y a des choses qui ne s'effacent pas... jamais.
Grâce à l’expérience acquise en 13 ans de métier j'ai les explications à tout ce qui s'est passé et je sais aujourd'hui que ce n'était qu'un enchaînement logique. Juste les réactions du corps humain à cette saloperie. Système de défense, contre un poison injecté volontairement pour ton bien. C'était le prix à payer pour pouvoir vivre. Pouvoir vivre quelques mois, quelques années de plus. Et sincèrement je suis bien contente que tu n'en aie eu aucun souvenir parce que c'est très cher payé.

En médecine, on appelle ça les effets secondaires. Lesquels ? Tachycardie, troubles de la vue, fièvre, délires,  vomissements, .... Tout ça ? Mais ce ne sont que 5 mots et 5 mots c'est rien du tout. Secondaires ? Par rapport au problème de base, oui c'est peut être secondaire. Mais dans la réalité des faits je ne pense pas que ce soit si secondaire que ça. Derrière chacun de ces mots il y a tout le reste. Les détails. Ceux dont on ne parle pas. Ceux que l'on écrit pas.

Tachycardie pour nous ce n'est rien d'autre que l’accélération du rythme cardiaque. C'est la vérité, mais c'était aussi sentir ton cœur frapper tellement vite et tellement fort que j'avais l'impression qu'il allait exploser. Quand le cœur bat si vite que l'on arrive plus à compter les battements on a qu'une seule peur c'est qu'il s’arrête de battre. Ce rythme t'épuisais totalement, et je voyais la sueur coulée de ton front. En 30 minutes tu avais les cheveux trempés et je savais qu'un rythme aussi haut était dangereux dans la durée. J'avais vu dans un reportage à la télé, que le fait de poser un bébé contre la poitrine de sa mère calmait l'enfant. Alors j'ai enlevé mon tee shirt et je t' ai posé la tête contre ma poitrine. A ma grande surprise ça a marché. Le rythme a ralenti peu à peu jusqu'à se caler sur le mien. Après... je le faisait à chaque fois.
Mais chaque fois c'était l'angoisse que cette fois ci rien ne fonctionne. La peur de devoir appeler du secours. La peur qu'ils arrivent trop tard. L'angoisse de ne pouvoir rien faire, de ne pas être capable de faire un massage cardiaque.

Troubles de la vue ? Le traitement et la tumeur additionnés à la fatigue provoquait des troubles de la vue. Vision double ? Vision floue ? Oui parfois. Mais aussi... le noir total. Tu te réveillais et tu ne voyais plus rien. On savait que ce n'était que passager. Mais si aujourd'hui ce n'était pas le cas ? Tu t'endormais en voyant normalement et tu te réveillais 2h plus tard... aveugle. Et bien sur tu  hurlais. Tu hurlais de peur, de colère avec une seule envie : que tout s'arrête. L'unique envie de se foutre en l'air. Parce que aveugle, ta vie n'avait plus aucun sens. Te raisonner ? Impossible dans ces moments là. Je me contentais de pousser les meubles pour éviter que tu te blesse. On en a jamais parlé parce que 2h plus tard tu ne te souvenais de rien et j'ai toujours considéré que c'était mieux comme ça. Pour ne pas que tu te blesses en te balançant la tête dans le mur de ma chambre je me mettais entre les deux. Et oui, bien sur j'ai pris des coups. Dommages collatéraux. Le lendemain je voyais apparaître quelques bleus, mais je m'en fichait ; L'essentiel c'est que tu n'étais pas blessée.

La fièvre ? L'augmentation de la température corporelle. C'est la réponse hypothalamique servant à stimuler les défenses de l'organisme. Exact ! Le corps se défend contre les infections. Et l'injection était reconnue par ton organisme comme une infection. Le seul problème c'est que le produit était tellement agressif qu'il provoquait une montée en température extrêmement violente et rapide.
Au delà des 40°,  l'organisme affaiblit ne le supporte pas. Tu  commençais par délirer. En parole dans un premier temps, puis tu hallucinais. Ce qui provoquait des réactions violentes. Genre combat de boxe. Et là, moi en face je ne faisait pas le poids. Régulièrement j'ai du t'attacher les mains dans le dos et les chevilles. Encore une fois, pour éviter que tu te blesses. A cause de la température et du combat de boxe tu transpirais et ton tee shirt devenait une serviette éponge en moins de quinze minutes. Je te déshabillais, je te mettait mon peignoir et je posais des serviettes humides. Jusqu’à ce que la température redescende. Mais parfois ce n'était pas suffisant.... tu perdais connaissance. Alors c'était direction la douche. Il fallait à tout prix faire descendre la température et très vite. Alors je te portais et direct sous la douche. Après j'étais bonne pour me changer mais aucune importance du moment que tu reprenais tes esprits. Si j'avais peur ? Bien sur que oui. Mais la seule phrase que j'étais capable de sortir ressemblait à «  Je suis la, je ne te lâcherais pas, ça va aller ».Après ? Ben je te recouchais... je mettais toutes les fringues dans le sèche linge et dès que je pouvais je te rhabillait.
Dans tes délires tu me demandait de te laisser crever. Tu disais que je perdait mon temps. Un jour tu m'a même demandé de   t'achever. L'effet que ça fait ? Mal … très mal. Beaucoup plus que les coups que je prenais en balles perdues. Et pourtant... des balles perdues j'en ai prises quelques unes...

Et pour finir... vomir. On sait tous ce que ça veut dire. On a tous été malade un jour. Une indigestion ou une cuite un soir d'anniversaire. Le repas de midi qui fini dans la cuvette, tout le monde l'a vécu.  Mais. là... rien à voir. La seule chose que tu avais dans l'estomac ces jours là c'était le croissant du matin. Mais les vomissements pouvaient durer plus de 2h. C'était de l'eau, de la bile ou je ne sais quoi. C'était acide et ça te brûlait l'estomac et la gorge. Tu avais tellement mal que tu pleurais. La douleur provoquait des contractions musculaires. Une séance de musculation à coté d'un truc pareil c'est juste une séance de relaxation. Tes bras, tes cuisses et tes mollets devenaient aussi raides qu'un rouleau a pâtisserie. Tu étais incapable de faire le moindre mouvement. Grâce au basket tes muscles avaient l'habitude d'être sollicités et heureusement. Parce que lorsque tu arrêtais de vomir tous tes muscles se relâchaient d'un seul coup. Et quand je dis tous c'est tous. Et là... la douche était pas loin, au moins c'était pratique. Tu étais tellement épuisée que tu étais à moitié consciente. Une fois douchée, je te recouchait. Au réveil tu allais beaucoup mieux. L'enfer était terminé, jusqu'à la prochaine fois.

En mémoire de tout ça tu n'avais que quelques crampes, mal à l'estomac et la migraine. Je ne t' ai jamais raconté. Je ne l'ai même jamais raconté à personne.
J'en ai fait des cauchemars pendant très longtemps et ils reviennent encore de temps en temps.
Résumer cet enfer en quelques pages, on va dire que c'est vraiment le résumé, mais c'est tout ce dont je suis capable. Du moins pour le moment. En même temps est ce que ça mérite vraiment d'en dire plus ? Ce qui n 'est pas écrit je pense que n'importe qui peut l'imaginer.

…...
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le Lun 22 Avr - 1:58
Ton dernier printemps

213/ 5 MARS
Moi qui voulait que l'on passe une soirée sympa hier soir, je crois que c'est raté. Je ne me rappelle même pas comment on est rentrées. C'est Franck qui t'as filé un coup de main ? C'est une blague ? Mais tu lui a dit quoi ? Rien j'espère. En gros, si j'ai bien compris, il ne me reste plus qu'à lui dire merci. Je le ferais quand je le croiserait.
…..

Ah ! Je ne t'ai pas dit, j'ai vu Eric, ce matin en salle des profs. Il m'a dit que je devrais songer à me reposer, au lieu de faire des folies la nuit, parce que j'avais l'air épuisée. Des folies ? Bof, pas vraiment. Si seulement !! Mais non, rien à voir.
Et le pire c'est que jeudi ce sera pire. Me reposer ? Je ne crois pas que cela soit au programme de la semaine. Et pour toi non plus ce ne sera pas de tout repos. Et on en a pour deux mois, tu crois vraiment que l'on peut y arriver ? Tu vas bosser tes cours quand ? En salle de permanence au lycée. Oui, et quoi d'autres ? Tu ne vas pouvoir tenir la cuvette et faire tes devoirs en même temps.  Rien que pour la semaine prochaine, tu as un devoir de physique à rendre, une dissert' de philo et un TP de biologie. Sans parler des autres matières, dont les exercices ne sont pas encore affichés sur le tableau. Comment tu vas réussir à tout faire ? Je t'avais prévenue, la Terminale S ce n'est pas la maternelle, et je refuse que tu te plantes au Bac à cause de moi. Tu vas me dire que je parle sans savoir. On a même pas encore commencé le traitement que j'imagine déjà le pire. Disons que si ce traitement doit mettre tout mes projets KO, j'aimerai autant le savoir tout de suite.
…..


Il y avait un tableau en salle des profs ? Voilà comment tu savais ce que j'avais comme devoirs. En fait tu trichais.
…...

214/ 8 MARS
Je suis désolée, j'avais dit que je préparerais le repas pour ce midi, mais je crois que tu vas manger toute seule. Le simple fait d'ouvrir le frigo me donne envie de vomir. Je ne me souviens même plus du dernier truc que j'ai mangé. J'espère que demain ça ira mieux. Je t'avais promis une savoyarde pour samedi soir, mais je t'avoue que ce n'est pas gagné. J'espère que l'on pourra aller à la piscine dimanche parce que honnêtement aujourd'hui j'en serais incapable. Les 10 mètres entre le lit et la salle de bain c'est déjà de trop, je vois des étoiles. Je sais ! C'est parce que je n'ai rien mangé. Je vais attendre que tu rentres, mais cette après midi je pense que je vais me recoucher. Je dois faire cours demain matin, et là je ne suis pas en état. D'ailleurs, il va falloir que tu passes me chercher demain matin. Je ne pense pas être en état de prendre le volant. De toute façon, je ne sais même pas ou sont les clés de la voiture. Tu les a embarqués pour être certaine que je ne prenne pas le volant ou quoi ? Mais au fait, elle est ou ma voiture ? Parce qu'elle n'est pas garé devant. Pour ne pas changer j'ai encore loupé un épisode. Si moi je ne sais absolument pas ce que l'on a fait de ma voiture, je suppose que toi tu le sais. Tu m'expliqueras quand tu rentreras.
…...

Tu peux me dire ce que je ferais sans toi ? Je demande, parce que plus le temps passe et plus je me demande comment je faisais avant. Comment j'ai fait pour vivre sans toi ? Tu t'occupe de tout. De moi, de mes papiers, tu me fais à manger et tu m'aides même à m'habiller. Mais il y a pire, c'est quoi cette histoire ? Tu as pris rendez vous pour la révision de ma voiture ? Je sais qu'elle est dépassée mais il n' y avait pas d'urgences non plus. En même temps, tu as eu raison parce que je n'y pensais plus du tout. Est ce que ça t' arrives de te poser deux minutes et de penser à toi ?  A ce rythme là c'est toi qui va t'écrouler. Et dans pas longtemps. Si demain tu devais disparaître, ma vie n'aurait plus aucun sens. Je n'aurais même plus envie de vivre. Alors n'en fait pas trop, parce que j'ai besoin de toi.
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Ta voiture était tout simplement avec moi. Je ne pouvais pas conduire deux véhicules en même temps. Alors si la veille au soir je t'ai ramené avec ta voiture, tu crois que le lendemain matin je suis allée au lycée comment ? Et puis quand on partait en vacances on prenait toujours ta voiture, alors il me paraît normal que je m'en préoccupe. Notre vie était déjà compliquée alors si on pouvait s'épargner la panne de voiture.
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215/ 10 MARS
Je ne t'ai même pas entendue partir hier soir. Je crois que je me suis endormie comme une masse en rentrant de la pizzeria. Et je suppose que tu n'as pas voulue me réveiller en partant. Mais si je veux que l'on aille à la piscine cette après midi, il faudrait peut être que je prépare le sac. Et j'ose espérer qu'à l'heure qu'il est tu bosses sur ta dissert' de philo, elle ne va pas se faire toute seule. Et si ce n'est pas le cas, je te préviens que ce soir on est pas couchées. Il est hors de question que tu rendes un devoir en retard.

Je sais que je t'énerves à chaque fois que je te dis que le bac est plus important que tout le reste. Plus important que moi, plus important que nos vacances et ma santé. Mais il faut que je t'avoues quelque chose. Ce discours est un mensonge. Ce n'est pas réellement ce que je pense. Personnellement, je suis convaincue que le Bac n'est qu 'un morceau de papier. Que tu ais le diplôme ou pas, tu choisiras ce que tu veux faire de ta vie. Je sais que tu seras capable d'obtenir ce que tu désires avec ou sans le Bac.
Tes compétences humaines et tes capacités à t'adapter à n'importe quelle situation, sont de bien meilleures armes qu'un simple diplôme. Mais je ne peux pas te dire une chose pareille. Je ne peux pas, parce que ce que je pense te concernant va à l'encontre de tout ce que j'enseigne et de tout ce que je répète à mes élèves tous les jours. D'autre part, si j'insiste à ce point pour que tu obtiennes le Bac c'est pour tes parents. Je me doute que c'est très important pour eux et je pense que tu leurs doit bien ça, en échange de leur confiance et de la liberté qu'ils te donne.

La plupart des gens imaginent qu'obtenir le Bac c'est gagner le Saint Graal. Il est vrai que c'est le billet d'entrée pour les grandes écoles mais est ce vraiment si important ? Je n'en suis pas certaine. Tu as raison. Faire des études juste pour faire des études n'a aucun intérêt. C'est uniquement le meilleur moyen de perdre plusieurs années de sa vie en faisant quelque chose qui ne nous intéresse pas vraiment. Pour au final changer de voie après, c'est inutile. Je voudrais sincèrement que tu choisisses un métier que tu aimes, dans lequel tu pourras t'épanouir. Que tu décides de faire caissière ou médecine n'a aucune importance du moment que ton travail te plaît. Même si je pense que caissière tu vas bien te faire chier. Te connaissant, faire la même chose tous les jours sans avoir besoin de réfléchir, et ne rien en apprendre, c'est quelque chose que tu vas vite abandonner. La routine tu vas détester. Avec moi au moins tu ne risques pas de la connaître, il y a toujours un truc qui cloche. Tu ne risques pas de t'ennuyer. Et pour ce qui est d'apprendre, je suis fière de te dire qu'en 3 ans tu as appris énormément. Et bien plus que des maths. Mais saches que l'inverse est vrai aussi. J'ai énormément appris de toi, à commencer par tout ce que j'ai appris sur moi même, alors.... merci.

J'ai choisie d'enseigner les mathématiques parce que, bien que j'adore la psychologie et la philosophie j'ai toujours été nulle avec les mots. Je n'ai jamais réussie à exprimer clairement ce que je pensais avec des mots. J'exprimais mes colères avec un ballon dans les mains, la joie avec un simple sourire et la tristesse avec des larmes. Mais si aujourd'hui je l'écrit au passé c'est tout simplement parce qu'aujourd'hui ce n'est plus le cas. Tu m'as appris la puissance et le pouvoir des mots. Un jour tu m'as dit : « On peut faire bien plus de mal avec des mots qu'avec un coup de poing » et tu avais raison. J'ai mis du temps à le comprendre, mais dès le premier jour, c'est bien tes mots qui ont changés ma vie. Ils m'ont secouée, percutée, ravagée, dévastée... choisie les adjectifs, t'es plus douée que moi. Nos multiples conversations m'ont énormément aidé. Ta patience et ta sincérité ont provoqués chez moi quelque chose que je suis incapable d'expliquer. Chacun de tes mots, qu'ils soient durs ou pas, a toujours été le bon, au bon moment. Même tes silences signifient quelque chose.
Et regarde.... maintenant je suis capable d'écrire ce que je ressent. J'en aurait été incapable il y a 4 ans.
…..

Je suis ravie de lire ça. Tu n'imagines pas à quel point j'en suis fière.Si ce que tu dis est vrai, et je pense que c'est le cas, alors mes paroles n'ont pas été vaines. Ma patience a finie par payer.
…....

216 / 12 MARS
Je sais que je ne vais rien pouvoir manger pendant 3 jours alors ce soir on mange en ville, je t'invites. Steack frites ça te va ? Je pensais à la brasserie, ce n'est pas loin comme ça on ne rentre pas trop tard. D'autant plus qu'il faut que tu bosses ce soir, parce que ce n'est pas demain après midi que tu vas le faire. Hier soir tu disais vouloir finir ton TP de biologie, mais je crois que je me suis endormie. Tu  l'a terminé ? Tu t'es couchée à quelle heure ? Je ne t'ai pas entendue. Mais il faudrait aussi que tu dormes.
J'espère que la séance se passera mieux que la semaine dernière, parce que je ne pense pas être capable de supporter ça toutes les semaines pendant deux mois. Je sais que les effets secondaires ne durent pas, c'est l'affaire de quelques jours. Mais ce sont aussi des jours où je ne vie pas. Trois jours par semaine à être totalement dans le cirage. Fait le calcul. Ça fait 24 jours, quasiment un mois dont on ne profitera pas. Un mois de volé, un mois de perdu. Je sais ce que tu vas me dire, mais je ne veux pas l'entendre. C'est 24 jours que tu vas passer avec moi, dont moi je n'aurais quasiment aucun souvenir. Cette réalité me déplaît mais je sais que tu ne vas me laisser le choix. Tout simplement parce que tu as estimé que ça en valait la peine. Je ne sais pas si tu as raison mais j'ai envie de te faire confiance.
Lorsque j'ai parlé de ce traitement avec mon frère, il m'a dit que je n'avais rien à perdre. Mais c'est faux. Ce que je risque de perdre c'est toi. Oui je sais ! Tu vas me dire que tu ne me lâchera  pas, que tu n'abandonnera pas. Je le sais. Mais si les choses tournent mal, si il devient trop difficile pour toi de le supporter, alors c'est moi qui partirais. Je refuse que tu souffres à cause de moi. Et si le seul moyen de te protéger c'est de m'en aller, alors je partirais. Et je ne te demanderai pas ton avis. Tu m'en voudras c'est certain, mais un jour tu comprendras et tu me pardonneras.
….....

Ah ça non ! T'en vouloir c'est certain. Comprendre ? Peut être. Mais te pardonner ? Jamais. Tu n'avais pas le droit de partir. Pas le droit de décider à ma place ce qui était le mieux pour moi. J'ai eu du mal à te le faire comprendre mais ce qui s'est passé après m'y a aidé.
…...

217 / 15 MARS
Alors c'est ça ? Il va se passer la même chose toutes les semaines ? Mercredi à l’hôpital, suivi d'une nuit blanche dont je ne me rappelle pas, et puis faire cours le jeudi à la manière d'un zombi et passer le vendredi couchée à attendre que tu rentres manger.  Et toi ? Tu fais quoi pendant trois jours ? Tu fais tes devoirs la nuit, tu ne dors pas et tu vas en cours malgré tout. En cours avec la peur au ventre, parce que tu passes tes journées à imaginer ce qui va se passer la semaine prochaine. Oui ! Je commence à te connaître. Je ne peux pas t'imposer un truc pareil. C'est tout simplement invivable. Et puis... pourquoi j'ai des bleus sur les bras ? J'ai été violente ? Ne me dis pas que.... non ! Même si je ne suis pas moi même, ne tolère jamais la violence, jamais. Mais tu ne me diras rien. Tu ne diras rien parce que si j'apprends que j'ai osé lever la main sur toi, même inconsciemment, tu ne me reverras jamais. Si seulement tu pouvais m'expliquer ce qui se passe. J'ai confiance en toi et tu le sais mais n'accepte jamais l'inacceptable, même par amour. Parce que si tu ne l'as toujours pas compris, c'est bien de cela qu'il s'agit... d'amour. Tout ce que tu me dis, tout ce que tu fais pour moi, c'est par amour, et j'ai une chance inouïe.
….

C'est exact ! Tout ce que l'on a vécu, tout ce que l'on a partagé, tout se résume en un seul mot. C'était de l'amour. Celui auquel personne ne croit plus, celui que l'on ne vit qu'une fois (si on a de la chance), l'amour véritable.
Et je ne sais pas laquelle de nous deux a eu le plus de chance. Peut être moi, parce que je suis toujours en vie.
…..

218/ 17 MARS
Je viens de finir de corriger mes copies. Disons que je profite du fait que tu ne sois pas là pour le faire. De cette manière on pourra profiter de notre après midi et on aura toute la soirée de libre. J'espère juste que tu auras réussi à terminer tes devoirs ce matin. Je pensais simplement qu'après la piscine on pourrait sortir manger et aller au cinéma. Qu'est ce que t'en penses ? De toute façon je vais te poser la question par principe, mais si je te dis que j'ai envie d'aller au cinéma, on ira au cinéma. Méfie toi quand même. Si un jour je te dis que je veux monter dans un hélicoptère, ne m'emmène pas, je n'ai pas le droit. J'adorerais, et si je le pouvais ce serait déjà fait, mais je n'en ai pas le droit. Monter dans un hélicoptère c'est quelque chose que tu devras faire sans moi... plus tard. Ce jour là tu pourras répondre à ma question. Est ce que c'est vraiment plus beau vu d'en haut ?

Et en parlant de plus tard, il faut que je te dises quelque chose. Il y a énormément de choses que j'aurais rêvé de faire avec toi mais c'est malheureusement impossible. Alors tu devras le faire sans moi. Voyager, partir à l'étranger, découvrir de nouveaux paysages, admirer d'autres décors, ailleurs, autrement. Monter sur une moto, sentir le vent et la vitesse, c'est probablement génial. Mais tout cela m'est interdit. La haute vitesse et les écarts de pression me sont interdit. Alors pas de moto, pas d'avion et pas d'hélicoptère. Mais toi tu pourras. Il faudra juste que tu apprennes l'anglais. Et arrêtes de dire que tu es nulle. Je ne te demande pas d'apprendre du Shakespeare. Tu devras apprendre l'anglais pour partir à l'étranger. Mais part, part voyager, prend l'avion, monte sur une moto et continue de vivre. Fait le à ma place, fait le pour moi.
…...


C'est drôle ! Tu lisais l'avenir ? Je te demande parce que l'hélicoptère, non seulement je suis montée dedans, mais j'ai fait une initiation au pilotage. C'était génial. Et pour répondre à ta question, oui c'est magnifique vue d'en haut. Je pars à l'étranger tous les ans et j'adore ce qui j'y vois et ce qui j' y apprend. Les décors ? Les images ? Et bien j'en fait des films que je poste ensuite sur le net, comme si je te les envoyait. C'est ma manière à moi de te dire :
« - Regarde ! »

Quand à la moto, j'en ai possédée une pendant quelques années. Je l'ai revendue parce que le problème que j'ai eu à l'épaule m’empêche de la conduire, mais je reste nostalgique de la moto. Tu aurais adoré.
…...

219/ 18 MARS
J'ai fait un drôle de rêve cette nuit. Et je ne vais pas te le raconter parce que tu vas me traiter de cinglée et pour le coup tu auras une bonne raison de le faire. Je vais te l'écrire, peut être qu'un jour tu le comprendras, parce que moi je ne comprends pas ce rêve.
On était séparées et je ne sais pas pour quelle raison. Je me promenais dans la forêt, le décor ressemblait au parc mais il y a un truc qui cloche. Au beau milieu de cette forêt, il y avait un ravin. Un truc immense, impossible de le contourner, d'une profondeur d'au moins 15 mètres. Tellement profond qu'il y avait un mur de chaque coté pour retenir la terre. Tu étais là, en face de moi, de l'autre coté. Mais je ne pouvais pas traverser. Protégé par des fils barbelés et des grosses barres métalliques il m'était impossible de me rapprocher. J'essayais de crier mais tu ne m'entendais pas. J'ai crié, hurlé, j'ai essayé de passer, mais je me suis prise les pieds dans les câbles et je suis tombée. Quand je me suis relevée... tu avais disparue. Et le réveil a sonné. Ce lieu ne m'évoque rien. Un ravin en plein milieu d'une forêt ? Avec des murs ? Et pourquoi des barbelés ? Cela n'a aucun sens. Si Freud pouvait m'aider j'apprécierais.
…...


Alors là, il faut vraiment que tu t'explique. Cet endroit ne t'évoquait rien ? Je veux bien te croire. Mais ton rêve me pose un problème. Cet endroit, moi je le connaît. Aujourd'hui je le connaît, il se trouve à 20 km de chez moi. Je peux me tromper ? Oui possible, mais des endroits comme celui que tu décris il n'y en a pas 50. Or, cet endroit existe juste à coté d'ici. Le problème ? Tu ne connaissais pas ce lieu. Tu n'es jamais venue ici, ton frère me l'a confirmé. Et lorsque j'ai montré la photo de ce fossé à ton frère il m'a dit :
« - C'est ça. C'est exactement ça. Mais comment elle le savait ? »

Je t'avoues que l'on a aucune explication. Hasard ? Coïncidence ? J'en doute. Le hasard.... lequel ?
Et il y a pire encore. Lorsque j'ai proposé à mon amie de m'accompagner lors d'une randonnée, il y a quelques années, c'est exactement à cet endroit que je l'ai emmenée. Dit moi pourquoi .
…...

220/ 20 MARS
On est mercredi. Je déteste les mercredi. C'est reparti pour un tour. Trois jours dans le brouillard. Et ce n'est que la 3ème séance. Ma migraine ne me lâche pas, mais je ne veux pas de ce médicament. Tu as vu les effets secondaires ? Je crois que le traitement me rend assez malade comme ça. Tant que je pourrais lire ce que j'écris au tableau je ne prendrais pas ce médicament. Le marteau dans mon crane est insupportable mais s'il te plaît, n'insiste pas. Je ne veux pas de ce médicament. Je me doute que pour toi c'est difficile de me regarder souffrir. Mais ce n'est qu'une migraine. On ne m'a pas encore ouvert le cerveau. Et puis je suis persuadée, que dans l'espace temps dont je ne me souviens absolument pas, tu assistes à bien pire que ça. Je me trompe ?

Et Eric voulait nous inviter à déjeuner ce midi, mais je lui ai dit que ce midi ce n'était pas possible. Du coup, on mange avec lui et son ami samedi midi. Tu t'étais bien entendu avec lui la dernière fois, alors je me suis dit que tu n'y verrais pas d'inconvénient. Et puis si tu pouvais faire le rapprochement, j'avoue que ça me faciliterai la tache. L'enveloppe est toujours dans ma sacoche, au moins je suis sure que tu ne tomberas pas dessus par erreur. Mais le but n'est pas de la promener éternellement. Ce que j'attends ? Le bon moment. Mais je suis curieuse de savoir à quel jour ça correspond. Et je sais que tant que ce traitement ne sera pas terminé j'ai les mains liées. Je ne peux rien faire pour l'instant. L'objectif est d'arriver au bout de ce traitement. Après ? Après j'irais mieux et on pourra parler d'avenir.
…....

J'ai envie de te dire qu'il serait temps. Après le traitement ? Oui c'était une bonne idée. Sauf qu'il n'y aura jamais de bon moment. Tu étais curieuse de savoir à quel jour ça correspondait ? Je ne suis pas sure que tu ais envisagée le fait que ce jour soit 22 ans plus tard.Je me trompe ?
…..

221/ 22 MARS
Et bien je m'en tire plutôt pas mal sur ce coup là. Heureusement que tu as fermé la porte avant que je finisse ma phrase. Oui ! Et bien désolée mais c'est sorti tout seul. Que veux tu que je te dises ? Tu crois que c'est facile de refouler ses sentiments ? Je te garantie que ça ne l'est pas. J'ai beaucoup trop de respect pour toi pour prendre le risque de faire une connerie, mais je ne te caches pas que ce n'est pas l'envie qui m'en manque. Tu n'as vraiment pas froid aux yeux toi. Sérieusement, depuis ce matin tu te balades dans la chambre avec mon maillot sur le dos, et juste mon maillot, c'est bien là  le problème. Si ça me gène ? Non, je ne dirais pas ça. Mais ce n'est pas le pire. Tu m'as préparé mon petit déjeuner, tu es allée te préparer pour aller au lycée, tu as débarrassée mon plateau alors que moi j'étais encore couchée et tu es venue m'embrasser pour me dire au revoir.
Le problème ? C'est justement qu'il n' y en a aucun. Je t'observe depuis que tu t' es levée et je me dis que tu es un ange tombé du ciel. Mais pas tombé n'importe où. L'ange, il est tombé dans mon lit. Et crois moi, à agir de cette façon, il arrivera un jour où je ne te laisserai pas passer cette porte. Non ! Je refuserais de te lâcher, je ne te laisserais pas te sauver, lycée ou pas. Monte moi dessus, encore une fois comme tu l'as fait ce matin et tu vas voir ce qui va se passer. Je suis morte de trouille c'est vrai, mais à force de me chercher tu vas finir par me trouver. Et dans l'histoire, t'es partie au lycée en me laissant là comme une conne. Je vais te tuer. Je vais aller prendre ma douche, au moins ça me calmera.
….....

J'ai éclatée de rire en lisant ce texte. Je suis désolée. Je t'ai probablement fait vivre un enfer. Mais tu exagères quand même. Ton maillot de basket oui, mais je n'étais pas nue en dessous. Cela dit, il est vrai que maintenant que j'y repense, le comportement que j'avais avec toi je ne le reproduirais pas avec n'importe qui.
…...

222/ 24 MARS
Il y a quelques temps je te disais que c'est toi qui a donné un sens à mon existence. Mais cette phrase ne veut rien dire sans l'explication qui va avec. Le sens n'est qu'un synonyme de la direction. Et la direction d'une existence, elle est très simple. Là dessus on est tous égaux. Elle se résume en trois mots : naître, vivre et mourir. C'est la seule direction connue à l'avance, et commune à chacun d'entre nous. La naissance, est ce qui nous permet d'exister, c'est le point de départ. Et la mort symbolise le point final de notre existence. Mais entre les deux, il y a le mot : vivre. Et c'est là où les choses se compliquent.

On nous distribue des cartes à la naissance. Un milieu familial, social, un type d'éducation ou encore un milieu culturel. Et là déjà, il est vrai que l'on a pas tous les mêmes cartes. Certains ont plus de chances que d'autres. Mais le plus important ce n'est pas les cartes que l'on a reçu au départ, c'est ce que l'on va en faire. En gros, notre existence à plus ou moins deux grandes directions possibles.
La première ? Celle pour laquelle nous sommes prédestinés. C'est l'histoire du fils de bonne famille à qui on dit à l'age de deux ans, qu'il deviendra avocat comme son père. Ou encore, l'orphelin qui grandira en foyer, à qui on dira qu'il devra s'estimer heureux si il fini caissier dans un supermarché. Tout ceci est stupide. Il y a une autre direction possible. Celle que l'on choisie, celle que l'on décide. C'est loin d'être la plus simple c'est vrai. Elle comporte des risques. Mais c'est bien en faisant des erreurs que l'on apprend non ?  Pourquoi se laisser porter dans une vie que l'on ne veut pas ? C'est comme manger un plat qui n'a aucun goût, aucune saveur, on y prend aucun plaisir.

Et c'est là où intervient le pouvoir des sens. Oui, je te parle des 5 sens de l'être humain.Ce sont eux qui te permettent de lire, écrire, écouter, parler, penser, voir, toucher, goûter... et bien plus encore. Bien plus, parce que c'est en développant ses propres sens que l'on apprend. On apprend la joie, le plaisir, l'amour, la douleur, la souffrance, la colère, la haine, la patience, l'empathie, l'humilité, et tous les sentiments dont l'être humain peut être doté. Ce sont nos propres expériences qui font que l'on devient un jour nous même. Et c'est sans doute ça le but de notre existence : devenir nous même.
Jean Paul Sartre disait : « L'existence précède l'essence », théorie qu'il développe dans L'existentialisme est un humanisme1 . Lit le, ce n'est pas si compliqué à comprendre. Mais pour te résumer il explique que l'être humain existe à la naissance :il est. Puis il se défini ensuite : il devient, par ses choix et ses actes. Tu vois ce n'est pas si compliqué.
Personnellement, moi je dirais que : les sens forgent l'essence de l'existence. Mais tu vas me dire : Quel est le rapport avec ma propre vie ? J'y vient.

J'ai grandit entre les 4 murs d'un internat. Le seul décor que je pouvais admirer c'est celui du parc de la propriété, jusqu'à l'age de 16 ans. Les seuls adultes que je connaissais faisaient parti du corps enseignant, alors ne me demande pas pourquoi j'ai choisie d'enseigner plus tard. Je crois que la réponse est juste logique. Je passais mon temps libre, le nez dans les livres et mon plus grand voyage se trouve dans «  Le tour du monde en 80 jours 2». Grâce à l'argent de nos parents mon frère m'a sorti de l'internat après le bac. J'avais une chambre d'étudiant à la fac. Mais là encore, en dehors de mes bouquins, la seule raison pour laquelle je sortais de ma chambre c'était pour aller jouer au basket. J'ai gagné des tournois, j'ai réussi mes examens et j'ai trouvé un poste d'enseignant. C'est ce que je voulais ? Oui bien sure. Mais quand on y réfléchie, jusque là j'ai fait exactement ce pourquoi j'étais prédestinée au départ. Je n'ai rien choisie, j'ai accepté ce qui s'imposait à moi comme une évidence. Je me suis laissée porter par ma propre existence.

Jusqu'à ce fameux jour où j'ai appris que j'étais condamnée. Ce n'est pas une gifle que j'ai prise ce jour là, c'est bien pire. C'est le genre de chose qui anéantit n'importe qui et je ne fais pas exception. J'ai décidé de faire table rase et de repartir de zéro. Je me suis enfermée.  C'est vrai ! Mais j'avais besoin de prendre un peu de recul. Besoin de réfléchir à ce que je voulais faire du temps qu'il me restait. J'ai pensé tout plaquer et partir. J'ai même envisagé le suicide. Et puis j'ai pensé à mon frère, alors j'ai décidé de me battre. Mais me battre, cela signifiait rentrer dans un univers inconnu et pour la première fois de ma vie j'ai eu peur. Peur de ce qui allait se passer, et surtout peur de moi même. Et puis les questions : Pourquoi ? A quoi ça sert ? Pour gagner quoi ? Est ce que ma vie en vaut vraiment la peine ? Est ce que je serais capable de le supporter ? J'ai tourné et retourné ces questions dans ma tête pendant des jours et même des mois, sans trouver les réponses.

Et puis un jour de Novembre.. tu es rentrée dans ma vie. Et là.... c'est comme si tu avais ouvert la porte de la cellule dans laquelle je m'étais enfermée. La lumière a remplacée le noir, comme si j'avais retrouvé la vue. Toutes mes questions, c'est toi qui a fini par y répondre. Tu m'as poussée à choisir entre la facilité et le risque, entre prendre le risque de vivre ou celui de mourir. Tu m'as fait découvrir des sentiments auxquels je ne croyais pas. J'ai compris que mon existence avait des répercutions sur celles des autres. Tu m' as appris la vraie signification de l'altruisme. J'ai appris à écouter, à regarder et même à parler. Quel effet ? Je ne me suis jamais sentie aussi bien. J'ai l'impression d'avoir brisé la coquille dans laquelle je m'étais enfermée. Comme l'oisillon qui casse la coquille de son œuf à la naissance. On en est pas loin. C'est presque une deuxième naissance. La sensation d'être enfin moi même, sans mensonge, sans artifice, pas de faux semblant...juste moi même. Et je crois que la vraie liberté, c'est celle là, c'est de pouvoir être soi même. A qui je le dois ? A toi, et rien qu'à toi. Alors oui, je te le confirme, c'est toi qui a donné un sens à mon existence.
…....

Je savais bien qu'on allait avoir droit à un cours. Le voilà. Et je t'avais aussi demandé de me prévenir, histoire que je me prépare un bon café avant de commencer à lire.
Je me moque, mais en même temps j'adore ça. C'est tout a fait le reflet de toutes nos discussions. Et c'est l'une des choses qui me manque le plus. Débattre sur la vie, la mort, la société, tout ceci me manque.
Tu sais qu'il est très difficile d'entamer ce genre de débats avec la plupart des gens ? En général tout le monde veut tirer la couverture à soi. Chacun veut avoir raison et au final l'échange est bien souvent impossible.
…...

223/ 25 MARS
Encore deux semaines de cours et c'est les vacances. Les dernières vacances avant le Bac. Cette année est passée à une vitesse folle. Déjà un mois que je balade cette enveloppe dans ma sacoche et je n'ai pas trouvé une seule occasion. J'espère que l'on aura un peu plus de temps à nous pendant les vacances. Il faut vraiment que tu lises cette lettre, je vais devenir cinglée.

A chaque fois que tu m'embrasses je m'empêche de répondre à tes baisers et j'ai l'impression de te mentir. Une marque d'affection ? Tu parles ! C'est bien plus que cela. Et moi je vais devenir folle si je ne fais rien. Eric parlait de frustration, et bien il avait raison. Je crois qu'aujourd'hui j'ai bien compris la définition. Pour vivre heureux vivons cachés ? Oui, remarque c'est plus ou moins ce que l'on fait. Mais ce n'est pas un choix.
Au contraire, moi je ne veux pas me cacher. Je n'ai honte de rien. Je suis fière de partager ta vie et très fière que tu partages la mienne. J'ai peur de certaines choses c'est vrai, mais certainement pas du regard des autres. Avec toi, je n'ai quasiment peur de rien. Pour le meilleur ou même pour le pire, le pire... je n'en ai pas peur. Et le meilleur ? Le meilleur c'est toi qui me l'offre tous les jours.

…...

Je comprends très bien que tu allais devenir cinglée, mais tu attendais quoi pour me donner cette lettre ? Une jour sans nuit ?
…..

224/  1er AVRIL
Mercredi on sera à la quatrième séance et donc à la moitié de mon traitement. Si tu savais à quel point j'ai hâte que cela se termine. J'en ai ras le bol de l'hôpital, et puis, j'ai d'autres projets. Mais cette semaine tu ne pourras pas m'accompagner. J'ai fait la fière hier soir, en te disant que tout irait bien et que pour une fois je pourrais me passer de toi, mais la vérité c'est que je suis morte de trouille.
Depuis trois ans tu m'accompagnes à chaque séance, chaque examen et tu assistes à toutes les consultations. Je ne sais pas si j'aurais le courage d'y aller sans toi. Oui je sais... je n'ai pas le choix. Tu veux vraiment me rejoindre en sortant du lycée ? Tu ne vas rien manger et au final tu vas faire 60 km juste pour une heure. C'est stupide ! On pourrait très bien se rejoindre après, pour une fois je conduirais. Il n'y a qu'une demie heure de route pour aller chez tes parents, je devrais y' arriver. Mais j'imagine que tu n'as pas l'intention de me laisser conduire pour rentrer, je me trompe ? C'est bien gentil mais tu peux me dire comment je vais récupérer ma voiture ? Mais je suppose que là encore tu as déjà la solution. Tu l'avais probablement déjà, avant même que je me pose la question.
…...

Je me souviens très bien de ce jour là. Et heureusement que je ne t'ai pas écouté. Heureusement que je suis venue te rejoindre. C'est le jour ou tu m'as cassé le bras. Alors oui, je m'en souviens très bien.
…...

225/ 4 AVRIL
Je ne sais pas ce qui s'est passé hier. J'ai la désagréable sensation que tu ne m'a pas tout dit. Un problème avec le traitement ? Oui et je peux savoir dans quel genre ? Je savais bien que je ne supporterais pas ces médicaments. Si je ne voulais pas les prendre il y avait une raison. Ils m'ont donné un calmant parce que je devenais violente ? C'est à dire ? Ils commencent sérieusement à m’énerver a ne rien dire. Jusqu'à preuve du contraire la patiente c'est moi, alors je crois que j'ai le droit de savoir ce qui se passe. Et crois moi, tu ne vas pas t'en tirer comme ça. Quand j'irais un peu mieux on va devoir avoir une petite discussion toutes les deux. Et puis c'est quoi cette histoire ? Comment tu as réussi à te casser le bras ? Tu as fait quoi ?

…...

Ce que moi j'ai fait ? Ah mais rien du tout. Mise à part t’empêcher de te jeter dans la fenêtre.
…..

226/ 9 AVRIL
C'est un vrai cauchemar. Dit moi que c'est juste un cauchemar de plus. C'est impossible ! Je n'ai pas pu faire une chose pareille. Tu es la dernière personne à qui j'oserais faire du mal. Je ne rêve que d'une seule chose et tu me dis que je t'ai cassé le bras. C'est tout simplement exactement le contraire de ce que je désire. Inconsciemment ? Et c'est censé me rassurer ? Tu plaisantes ? Je suis capable de te blesser. Que je m'en rappelle ou pas ne change rien. Les faits restent les faits. Tu as le bras dans le plâtre par ma faute. Et ce n'est même pas un accident ou une chute. Non, c'est pire ! Je t'ai cassé le bras de mes propres mains.
En clair, je suis devenue un véritable danger pour toi. Je commence par te casser la bras et la prochaine fois je t'étrangle dans ton sommeil. Quand on est capable de frapper une fois on est capable de recommencer. Et je refuse d'accepter un truc pareil. Tu peux encaisser beaucoup de choses, je le sais, tu me l'a prouvée. Mais pas la violence. N'accepte jamais la violence. Il n'y a aucune excuse à la violence. Consciente ou pas, traitement ou pas, ce ne sont que de mauvaises excuses. N'accepte jamais la violence un point c'est tout. Pas plus de moi, que de n'importe qui d'autre. Je dirais même que venant de ma part c'est pire. Je ne te laisserais pas subir les coups, c'est hors de question. Et je trouverais la solution. Qu'elle te plaise ou pas, je trouverais la solution. Je te le garantie.

…....

Ta solution je la connaît. Et en effet elle ne va pas me plaire. Tu pensais sincèrement qu'elle marcherait ?
…...

227/13 AVRIL
Ne me demande pas ce que je fais garée ici, je ne sais pas. Je ne voulais pas en entendre plus. Ce que mon frère m'a dit m'a largement suffit. Il en a assez dit pour que je comprenne que je devais partir. Je refuse de vous faire du mal. Ni à lui, ni à toi. Étant devenue visiblement incontrôlable, je suis un vrai danger pour vous.  Et le seul moyen de vous protéger c'est de m'en aller.
Tant pis pour les cours, le lycée et tout le reste, mais je ne prendrais pas le risque de te tuer... jamais. Dans une phase de délire ou d'hallucination je serais capable d'attaquer n'importe qui. Pire qu'un animal sauvage. Sauf que les animaux dangereux on les met en cage. Ce qui me laisse le choix entre la prison ou la psychiatrie. Alors tu comprendras que j'ai besoin de quelques jours pour faire mon choix. Je n'avais pas envisagé cette éventualité. Tu parles d'un choix. La peste ou le choléra ? Mais si je dois renoncer à tout nos projets pour te protéger je n'hésiterais pas une seconde. Laisse moi juste un peu te temps pour l'accepter. Le temps que tu comprennes ou je suis, je devrais avoir un peu de temps devant moi.

Et lorsque tu voudras venir me chercher, il sera trop tard, je serais enfermée quelque part. Tu vas me haïr, mais au moins tu ne seras plus en danger. Finalement, le fait que l'enveloppe soit toujours dans ma sacoche c'est peut être mieux. La savoir entre tes mains auraient rendu les choses encore plus difficiles. Surtout.. si tu m'avais dit oui. Il est peut être plus sage de ne pas connaître la réponse.
…..


De toute façon si j'avais la moindre chance que tu me dises oui, tu m'en aurais déjà parlé. Ou tu aurais au minimum évoqué l'idée. Mais non, rien, strictement rien. L'année prochaine on en parle surtout pas. Je me fait peut être des idées. Toute notre histoire n'existe peut être que dans ma tête. Un mélange entre délires et hallucinations ? Probablement. Le problème est que ce que moi je ressent n'est ni un délire, ni une hallucination. Et je n'en peut plus de le garder pour moi.

J'en ai marre de faire semblant de n'être que ton amie. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est faux. Je voudrais pouvoir le crier à qui veut bien l'entendre. Même si tout le monde s'en moque, ce n'est pas grave. Moi j'ai besoin de le hurler. Parce que c'est entrain de me dévorer de l'intérieur. Mais la première personne à qui je voudrais le crier c'est toi. Tu n'es pas mon amie. Tu ne l'est plus depuis longtemps. A se demander si tu l'as été un jour. Tu n'es pas mon amie, tu es bien plus. Pour moi tu es ma femme depuis longtemps. Et je n'ai pas besoin d'une signature ou d'une cérémonie pour le savoir. Regarde nous... c'est juste une évidence. Mais c'est beaucoup plus facile à écrire qu'à dire.
…..

Et bien là au moins c'est on ne peut plus clair. Si j'avais encore le moindre doute sur tes sentiments et bien... ils viennent de s'envoler.
En revanche , tu pensais avoir le temps de te faire enfermée quelque part avant que je comprenne ce que tu étais en train de faire. Tu avais tort. Sur ce coup là je suis allée beaucoup plus vite que tu ne le pensais.
…....

228/ 18 AVRIL
Je ne sais pas comment tu as fait pour deviner ou j'étais partie. Moi même je ne savais pas où la route m’emmènerait. Comme d'habitude, tu as lu dans mes pensées ? Sans doute.
Ce voyage m'aura au moins permise d'éclaircir un point. Notre histoire n'a rien d'imaginaire. Tu as finalement décidé de ne pas poursuivre tes études l'année prochaine. Je ne sais pas trop si je dois me réjouir ou pas. Tu m'as donné de bonnes raisons mais pour être honnête je n'y crois qu'à moitié.
La vraie raison pour laquelle tu ne veux pas aller en fac, elle est pourtant très simple. Tu es venue me chercher à 300km, ici, avec une seule idée en tête, celle de me ramener avec toi. Et je dois dire que tu t'es donnée beaucoup de mal pour y arriver. Alors je pense que si tu t' es donnée autant de mal, ce n'est certainement pas pour partir loin de moi l'année prochaine. Mais dit moi si je me trompe... Est ce qu'un jour tu accepteras la réalité ? Mais surtout, est ce que tu l'accepteras avant qu'il soit trop tard ? Si tu ne le comprends qu'après ma mort, tu vas t'en mordre les doigts. Et si je pouvais éviter ça, j'aimerai autant.
…....


Je m'en mords les doigts depuis 22 ans mais tu ne pouvais pas l'éviter.Ce n'est pas de ta faute.
….

229/ 21 AVRIL
Je me sent soulagée. Je sais que j'aurais du parler à mon frère depuis longtemps mais je n'en ai jamais eu le courage. Mais là j'en avais vraiment besoin. Il fallait qu'il le sache. Même si, en réalité, il le savait déjà. Depuis presque un an, il me harcèle avec ses questions, il était temps que je lui réponde. Jusqu'à présent je l'avait gardé pour moi et cela me convenait très bien. Mais il y a un problème. Toi, tu n'as conscience de rien. Le traitement est de plus en plus difficile alors si demain il devait m'arriver quelque chose, un jour ou l'autre tu finiras par te poser des questions. Moi je ne serais plus là, donc je ne pourrais pas y répondre.
Le seul qui pourra répondre à tes questions c'est mon frère. Voilà pourquoi il fallait impérativement qu'il connaisse la vérité. Je redoutais quand même un peu sa réaction, mais j'avais tort. Il est très content pour nous. Il m'a même demandé depuis combien de temps on était ensemble. Et là.... depuis le premier jour. C'est la seule chose que je pouvais lui répondre. Mais là encore, il n'a même pas eu l'air surpris. Entre nous, c'est bien le seul.
En revanche, il y a une chose sur laquelle il refuse de me croire. Comme si je ne m'en mordais pas assez les doigts comme ça, mais en prime monsieur refuse de me croire. Pour lui c'est impensable qu'en plus de trois ans, il ne se soit rien passer de concret. Et bien non ! Ou du moins, pas ce à quoi il pense. Dommage ? Oui sans doute. Mais si toi tu as réussie à apprendre la patience, je vais essayer d'en faire autant. L'avantage c'est que le jour où... on ne pourra pas dire que c'était irréfléchie.
…...


Le jour où ? Si seulement ce jour existait quelque part dans ma mémoire. Mais non, il n'existe que dans mes rêves.
…....
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Lun 22 Avr - 2:03
230/ 22 AVRIL
Tu es quand même incroyable. Tu t'occupes de moi presque tous les jours depuis des années, mais tu ne veux pas que je t'aide à t'habiller quand tu as le bras dans le plâtre. C'est une blague ? Je sais que tu peux y arriver toute seule, mais laisse moi au moins faire ça pour toi. Pour une fois que je peux rendre un peu. D'autant plus que si tu as le bras dans le plâtre, c'est complètement de ma faute. Tu me tiens la cuvette toutes les semaines, alors laisse moi couper ta viande. Laisse moi l'illusion que, pour une fois tu as un peu besoin de moi, s'il te plaît.

…...

Je peux savoir ce que tu as raconté à Frank ? Parce que je n'ai absolument rien compris de ce qu'il m'a dit ? C'est quoi cette histoire d'escalier ? Tu lui a dit que tu étais tombée chez toi dans l'escalier, c'est bien cela ? Oui remarque, je vois mal comment tu aurais pu lui dire la vérité. L'escalier ce n'est pas mal, classique mais efficace.
…...


Ben oui ! Tu voulais que je lui raconte quoi ? La vérité ? Peut être pas. Et comme je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il me demande comment je m'étais cassé le bras, sur l'instant, la chute dans l'escalier c'est la seule chose qui me soit venue à l'esprit.
…..

231/ 26 AVRIL
Il reste encore une séance. Il faut vraiment que ça cesse, ce traitement va m'achever. Il nous reste des choses à faire, des choses à vivre et j'ose espérer qu'il n'est pas déjà trop tard. J'ai l'impression d'avoir vidée une bouteille de Vodka dans la nuit, mais ce n'est pas le cas. Je crois que je vais rester couchée jusqu'à ce que les murs arrêtent de tourner autour de moi. Il faut juste que je réussisse à me lever avant que tu rentres pour manger ce midi. Et là tout de suite ce n'est pas gagné.
Je sais ce que tu vas me dire. Il fallait en passer par là. Ce traitement va permettre de gagner du temps et c'est presque fini. On est presque à la fin et je ne dois pas me décourager maintenant. Tu as raison, je tiendrais le coup. La semaine prochaine sera encore difficile mais ensuite on pourra reprendre une vie normale. On pourra parler de nos prochaines vacances. Mais tu dois passer ton bac d'abord.
…...

Au moins une leçon de morale que je n'ai pas eu besoin de faire, tu l'as comprise toute seule.
…....

232/ 3 MAI
Enfin ! Promets moi qu'il n'y aura plus jamais de traitement. Je n'en supporterai pas d'avantage. Maintenant, on va vivre normalement le temps qu'il nous reste. Même si je ne sais pas combien de temps, je ne lit pas l'avenir. Le plus possible je l'espère. Mais je ne peux que l'espérer, rien de plus.
On fait un bowling dimanche ? On ne peut pas aller à la piscine alors bowling ça te va ? Mais tu vas réussir à jouer ? Je propose de sortir dimanche parce que après, les sorties c'est terminé pour un petit moment. Les épreuves du Bac approchent à grands pas. Il ne reste que quelques semaines et tu dois terminer tes révisions. Tu vas me répondre que tu es à jour et que tes résultats sont bons. Je le sais mais ça m'est égal. Les prochaines semaines tu vas bosser. Je refuse de t'entendre me dire dans deux mois :  « Ah si j'avais su, j'aurai profité des dernières semaines pour travailler. » Je veux que tu mettes toutes les chances de ton coté. Parce qu'il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets.
…....

Tu passes ton bac et ensuite... j'ai quelque chose pour toi. En juillet tu iras travailler pendant que moi je pars avec mon frère. Et en Août, on partira en vacances. Je ne sais pas encore où je vais t'emmener, mais on partira. Et dès la rentrée, je commence à chercher un appartement et toi tu vas apprendre à faire un CV et chercher du boulot. C'est ça où je t'envoie à la fac, à toi de voir.
Et non, je ne veux pas de ton argent. Mais au moins tu pourras assumer tes frais personnels. Ce qui pourrait s’avérer être un gros avantage, surtout si malheureusement tes parents n'acceptent pas tes choix. Ce n'est pas ce que je souhaite. Mais tu sais, les gens sont toujours d'accord, à partir du moment ou ça ne les impliquent pas personnellement. Lorsque la situation devient personnelle, là, c'est une toute autre histoire. Et puis c'est toi qui ne veut plus vivre à leur crochets. J'imagine que ce n'est pas pour que je t'entretienne non plus. Tu vas me casser les pieds pour payer une partie du loyer. Je le vois venir comme un et un font deux. On ira t'inscrire dans une agence d’intérim, on verra bien ce qu'ils proposent. Tu découvriras peut être des jobs intéressants.
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A quelques détails près c'est ce que j'ai fait. J'ai appris à faire un CV et je me suis inscrite dans une agence d’intérim. Pour ce qui est de trouver des jobs intéressants, j'ai surtout découvert ce que je ne voulais pas faire toute ma vie. Travailler à la chaîne par exemple.
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233/ 5 MAI
Il m'arrive parfois d'oublier que ce que j'écris dans ces classeurs, tu ne le liera qu'après ma mort. Et je ne sais pas combien de pages je vais encore pouvoir t'écrire. Dix ou cent, je n'ai aucun moyen de le savoir.

Il me reste tellement de choses à te dire. Je ne sais même pas par où commencer. Ce que je sais c'est que je n'aurais probablement ni le temps, ni l'occasion, ni le courage de te le dire en face. Disons que je n'ai aucune envie de gâcher les bons moments. Mais …  je ne veux pas non plus que ce soit un vieux monsieur à barbe blanche qui t'explique tout ça. De toute façon il ne comprendra rien et il ne t'expliquera pas. Vas y... sourie...
Non ! Je préfère te le dire moi, alors je vais te l'écrire. J'écris dans ces classeurs depuis plus de 3 ans, et je sais qu'un jour tu lieras ces pages. Tout ce que je veux que tu saches et tout ce que je veux te laisser se trouve dans ces pages.
Alors vas y.. prends un paquet de kleenex (ça t'éviteras de t'essuyer sur tes manches).

Tous les jours je me demande de quelle manière tu vas encaisser ma disparition. J'y pense tous les jours. On a eu des moments difficiles, et il y en aura probablement encore. Mais le pire... le pire, il sera pour toi … après...quand je ne serais plus là. Je n'ai aucun moyen de savoir de quelle manière je vais disparaître, j'espère juste que ce sera suffisamment rapide pour que tu n’aie pas le temps de te poser des questions.  Tu devras me laisser partir, tu n'auras pas le choix.

Dans mes cauchemars, je t'imagines à mes cotés jusqu'à la dernière seconde. Tu serais encore capable d'en coller une au gars des pompes funèbres pour ne pas que l'on nous sépare. Ne le fait pas, laisse moi partir. Et puis la cérémonie. Tu vas devoir t'en occuper. Mon frère t'aidera bien évidemment, mais c'est surtout lui qui va devoir signer le chèque. Ben oui ! Soyons honnêtes. Mais le reste ? Tu es la seule à savoir ce que je veux vraiment.  Je te le dis et je te le répète, je ne veux pas de discours. Les discours ne font qu'accentuer la peine. Tu n'as pas besoin d'une rétrospective de ma vie. Pour la simple et bonne raison, que ma vie c'est la tienne aussi. Reste près de mon frère, ne le quitte pas des yeux. Mais tel que je le connaît, c'est sûrement lui qui s'accrochera à toi. Après la cérémonie, récupère l'urne, jette les cendres et brise l'urne. Je me doute que ce ne sera pas facile, mais renverse l'urne là ou bon te sembleras. Je sais que tu choisiras le bon endroit. Je sais aussi que parcourir 300km ( oui, j'ai une vague idée) avec une urne en tant que passager, tu vas devoir rouler avec les essuies glaces du mauvais coté du pare brise. Mais tu y' arriveras.  Tu iras jusqu'au bout parce que comme toujours, tu le feras pour moi. Merci.  Laisse les cendres s'envoler, laisse le vent les emporter, laisse les disparaître. Et ensuite... ensuite brise l'urne. S'il te plaît, brise là c'est important. Qu'il n'en reste rien.

Après tu vas plonger dans la solitude, c'est inévitable. A cause de moi tu n'as pour ainsi dire plus d'amis. Tu vas t'isoler, t'enfermer, comme je l'ai fait lorsque j'ai appris que j'étais condamnée. Je crois que c'est normal. La phase suivante c'est la colère. C'est toi qui me l'a appris. Ne t'en prend pas à n'importe qui. C'est de la faute de personne et surtout pas de la tienne. Ne t'en prend surtout pas à toi même, et n'envisage même pas le suicide, jamais. Même si, à cet instant tu auras l'impression que ta vie ne vaut plus la peine d'être vécue, ne fait pas l'erreur de priver les autres de ton existence.

Plus tard viendra la douleur. Je t'ai déjà fait tellement souffrir. Je m'en veux énormément pour toutes les souffrances que je t'ai infligées et celles que je vais t'infliger après. Je voulais que tu le saches, même si ça ne changera rien. En revanche, beaucoup de choses vont changer. Le silence remplacera nos conversations et tu passeras nos chansons en boucle pour le briser. Mais rien ne remplacera les mots. Et malheureusement, ce sont tes larmes qui viendront combler les silences. Je le sais. Je le sais parce que si la situation était inversée c'est exactement ce qui se passerait. Comme le disait Byron, ton cœur se brisera mais il continuera de battre. Tu te lèvera tous les matins en te demandant pourquoi. Chaque jour ressemblera au précédent, tu n'auras plus envie de rien, tu ne voudras plus voir personne. La seule chose que tu désireras, tu ne pourras pas l'obtenir. Et tu devras l'accepter. Tu dois l'accepter, parce que je ne reviendrais pas... jamais.

Alors commence par mettre un pied devant l'autre. Et même si dans les premiers temps tu auras l'impression d'avancer sans aucun but, ce n'est pas très grave. Le plus important c'est que tu continues d'avancer. Tu finiras par trouver la voie, la tienne, et tu trouveras une profession dans laquelle tu pourras t'épanouir. Je serais bien curieuse de savoir laquelle d'ailleurs.
Tu devras construire ta propre vie en partant de zéro. Mon existence va s'arrêter mais pas la tienne. Non ! Toi, tu auras encore de très belles années devant toi, alors ne les gâche pas. Tu devras faire des choix et prendre des décisions. Mais je ne m'inquiète pas là dessus, tu sauras faire les bons choix. Rappelle toi juste une chose : il faut parfois savoir être égoïste pour survivre. Le meilleur choix sera toujours celui qui sera le mieux pour toi. Et peu importe les difficultés, ne lâche jamais, n'abandonne jamais. Ce que tu as fait pour moi, fait le pour toi.

Quand à la blessure, malheureusement elle ne guérira jamais. Et ceux qui te dirons le contraire sont des menteurs. Tu devras apprendre à vivre avec, je suis désolée. Comment ? Je n'ai pas la réponse miracle. Tout ce que je peux te dire c'est que : même quand je ne serais plus là, je serais toujours avec toi. Mes cendres disparaîtront, mais tu te souviens de ce que disait Balavoine ? Disparu veut dire vivant. Tu ne me verras pas, tu ne m'entendras plus non plus mais je serais toujours là. Quelque part en toi, dans ta mémoire au milieu de tes souvenirs.
Si un jour tu es perdue ou si tu doutes, alors repense à nos conversations et tu verras que tes réponses sont forcément quelque part. Tu me connais par cœur alors tu n'auras pas besoin de m'entendre pour deviner mes paroles. Mais ne vie pas avec un fantôme pour autant.

La raison pour laquelle je refuse de te laisser des photos c'est parce que je refuse qu'un jour ton appartement ressemble à un mausolée. Ne t'enferme pas indéfiniment dans la solitude. Ne te laisse pas piéger par la colère, la haine et l'indifférence. Laisse toi guider au fil du temps. Laisse la vie te porter plus loin. Réapprend à écouter, à regarder, à respirer aussi et ne te laisse pas étouffer. Ne prive pas les autres de ce que tu peux leurs apporter.
Je crois que tu n'as aucune conscience de ce dont tu es capable. Tu as tellement a donner. Tu as un don j'en suis persuadée. Tu sais écouter, apprendre, parler, écrire, enseigner et convaincre. Tu n'as aucune idée de la valeur de ces qualités. Ne prends pas la grosse tête, mais ce don tu dois l'utiliser. La force des Jedi, elle est en toi alors utilise là.
Si plus tard quelqu'un a besoin de tes dons alors ne l'en prive pas. Au contraire, continue de les expérimenter, continue d'apprendre à les utiliser. Celui ou celle qui en aura besoin t'en sera reconnaissant(e), crois moi. Peut être presque autant que moi. Mais seulement presque. En d'autres termes : Dors, mais ne ferme pas les yeux.

Après chaque coucher de soleil, il y a un nouveau jour qui se lève. Un nouveau jour qui n'attend que toi. N'oublie pas Carpe Diem. Part à l'aventure, part voyager, monte dans un hélicoptère, retourne au château, et emmènes y quelqu'un. Cet endroit est magnifique, alors débrouille toi pour en faire profiter quelqu'un. Et quoi qu'il puisse t'arriver dans l'avenir, souviens toi d'une chose : le meilleur pilote on ne le laisse pas au sol. Alors prends le temps qu'il te faudra, mais surtout ne plaque pas. Réengage le combat. On a tous à y gagner.
…....

Rien qu'en voyant la longueur de ce texte je savais qu'il serait difficile à lire. Je n'étais encore qu'au premier paragraphe que mes larmes coulaient déjà.
Saches que je suis restée près de toi jusqu'à la dernière seconde. J'ai sentie le dernier battement de ton cœur, j'ai assisté à ton dernier soupir et c'est moi qui t'ai fermée les yeux. Quand à l'inhumation, j'ai fait exactement ce que tu m'avais demandé. Pas de discours, les lys blancs et les photos des falaises et du château. Je pense que c'est ce que tu voulais. Tes cendres sont bien là où tu le pense, j'ai reconnu cet endroit comme une évidence.

Tu disais que si plus tard quelqu'un avait besoin de mes dons je ne devais pas l'en priver. Tu ne croyais pas si bien dire. Tu sais que plus le temps passe et plus, ce que tu as appelée la force des Jedi, je commence à en comprendre le sens. Comme tu me l'as demandé je commence à l' expérimenter, j' apprends à l' utiliser. Mais ce n'est pas un don. Simplement une capacité que l'on possède tous et que l'on utilise pas. Mais j'y reviendrais.
…....

234/ 8 MAI
Tu es vraiment impossible ! Au moins j'aurais essayé. Si je t'ai demandé pour quelle raison tu tenais à moi, il y avait un but à ma question. Je voulais que tu y réfléchisses, dans l'espoir de te faire avouer tes sentiments. C'est plus ou moins ce que tu as fais, mais ce n'est pas exactement la réponse que j'attentais. Non pas que ta réponse ne me plaise pas. Je dirais même le contraire. Mais tu me fais rire, j'ai eu le droit à un monologue de 10 minutes pour m'expliquer ce que tu aurais pu résumer en 3 mots. Si ! Je t'assures, 3 mots auraient suffit. La réponse la plus simple c'était : parce que je t'aime. Mais j'avais oublié que tu ne savais pas faire simple. Tu ne sais pas faire court non plus d'ailleurs. Je le sais pourtant. J'aurais du m'en douter.

J'espère qu'un jour tu te souviendras de cette conversation. Un jour je ne serais plus là, c'est vrai ! Mais si je devais disparaître demain, je voudrais que tu comprennes que tu n'auras aucun regret à avoir. N'ai pas le regret de ne jamais m'avoir avoué tes sentiments, parce que c'est exactement ce que tu viens de faire. Pourquoi crois tu que je me suis mise à pleurer ? Oui je sais, en ce moment il ne faut pas grand chose pour que mes larmes coulent, mais quand même. Je n'oublierais jamais tes mots. Je sais que tu étais sincère, tu es incapable de me mentir. C'est d'ailleurs, ce qui rend tes paroles encore plus touchantes.
…....


Je me souviens très bien de cette conversation. Je l'ai même rédigée dans son intégralité il n'y a pas si longtemps. Je ne regrette rien, je te le promets.
…..

235/ 11 MAI
Je sais que nos soirées ne sont pas des plus joyeuses en ce moment, mais il faut vraiment que tu bosses. Je culpabiliserais presque. C'est vrai ! Moi je me prélasse sur le lit devant la télé, pendant que toi tu as le nez dans tes bouquins. J'ai l'impression de me revoir à l'époque où je préparais mes examens. C'est tellement loin aujourd'hui. Moi j'ai terminé le programme et je n'ai plus de cours à préparer. Il ne me reste que quelques copies à corriger. Mais je vais faire semblant de travailler sinon tu es bien capable de trouver une excuse pour couper à tes révisions. C'est vrai que nos discussions du soir me manquent mais pour l'instant le plus important c'est ton Bac. On aura tout le temps de profiter de nos soirées une fois les épreuves terminées.

Et je compte bien en profiter. Dès la fin des épreuves on va commencer par fêter ça. Et... je vais enfin pouvoir te donner ce que je balade dans ma sacoche depuis plus de deux mois. Il serait temps ? Oh oui ! Il est plus que temps. Il faut que tu saches. Je ne peux pas continuer à faire semblant d'être ton amie et je ne veux pas l'être. Je me doute que pour toi ça va probablement être un choc mais une fois le choc passé on pourra enfin vivre notre vie comme on devrait le faire depuis longtemps.
Même si une part de moi redoute ta réaction, l'autre coté me dit que j'ai raison. Je repousse ce moment depuis trop longtemps. Je me suis même servi de mon traitement comme excuse, aujourd'hui j'utilise les examens du bac. Mais après je n'aurais plus aucune excuse. Et je ne veux pas en trouver. Je ne me plaint pas de ma vie actuelle, loin de là. Mais je voudrais surtout que l'on partage notre vie commune de la même manière. Je n'en peux plus de te mentir. J'ai l'impression de tricher et de te cacher la vérité. J'en suis réduite à anticiper tes réactions et à calculer chacun de mes gestes. Enfin .. quand je suis consciente de ce que je fais, je calcul. Pour le reste... je n'ose même pas y penser. Vue de l’extérieur ce serait presque drôle, mais en fait cela ne l'est pas vraiment.

L'ironie de tout cela c'est que c'est toi qui m'a poussée et appris a exprimer mes sentiments, mais aujourd'hui je me retiens de le faire. Et je ne veux plus me retenir, c'est même tout le contraire.
…...


Oui je comprends l'ironie. J'ai passé des mois à t'apprendre à exprimer tes sentiments et là c'est pour ainsi dire moi qui t’empêchait de le faire.
…...

236/ 14 MAI
Demain on a rendez vous à l’hôpital. Tu vas me dire que ça n'a rien d'exceptionnel, étant donné que l'on est mercredi. Oui, sauf que pour une fois, ce n'est pas pour moi que l'on a rendez vous. Demain on doit t'enlever ton plâtre. Une bonne chose. Voir ton plâtre, me rappelle tous les jours ce que je t'ai fait. Je me déteste pour ça et je ne me le pardonnerai jamais. Toi oui, mais moi non. Demain, ce ne sera plus qu'un mauvais souvenir. J'espère seulement que tu n'auras pas de séquelles. La seule chose que je vais regretter, c'est que tu n'auras plus besoin de mon aide. Ça me plaisait bien de te couper ta viande et de te fermer tes chaussures.

…....

Rassures toi en dehors des deux petites cicatrices je n'ai aucune séquelle.
…..

237/16 MAI
On a pas cours aujourd'hui, c'est férié. Tu aurais pu passer la journée avec tes parents. Mais je suis bien contente que tu sois restée avec moi. Et puis pour une fois je ne suis pas malade. On fait un Trivial cet après midi ? Pour l'instant je vais aller préparer le petit déjeuner mais je vais te laisser dormir, je crois que tu en a vraiment besoin. Le seul problème c'est que pour ça il faut que je me lève et je n'en aie aucune envie. Je suis très bien dans tes bras.
…....


Ouvrir les yeux le matin et te voir blottie dans mes bras ce n'était que du bonheur. Quelques secondes volées avant la sonnerie du réveil. Un instant magique ou tu t'abandonnais dans mes bras. Un instant ou rien d'autre que toi et moi n'existait.
Alors, lorsque tu dis dans ce texte que tu étais bien dans mes bras, je comprends avec la plus grande exactitude ce que tu pouvais ressentir.
…..
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le Lun 22 Avr - 2:10
En colère !

Début mars.
Ton neveu est de nouveau au centre de rééducation. Il est exécrable en ce moment. Personne n'arrive à le raisonner. Il reste convaincu qu'il est incapable de se mettre debout et refuse tous les exercices. Il refuse même d'aller à ses séances de kiné.

Je dois remonter ce week-end et je pense que je vais devoir me fâcher et employer des méthodes que je n'aime pas. Mais ton frère désespère, il ne sait plus quoi lui dire, ni quoi faire. D'autant plus qu'ajouter à tout cela, ton frère doit s'occuper de l'héritage. Il doit donc mettre sa maison en vente, trouver une autre maison et également vendre sa voiture. Entre la banque, l'agence, le notaire et le garage il ne sait plus ou donner de la tête. Je vais prendre une semaine de vacances et l'on en profitera pour s'occuper de tout ça. Mais d'ici là, il faut que P'tit loup remette le pied à l'étrier. Il doit reprendre la kiné, c'est impératif.
…..

Comme prévu, on s'est rendu au centre le samedi après midi. Ton neveu était très content de me voir, mais je pense qu'il a très vite compris qu'il allait passer un mauvais quart d'heure.

Ton frère m'explique que depuis son retour de l’hôpital il envoit tout le monde sur les roses. Il a même jeté son plateau au visage d'une aide soignante. Ce qui lui prend ? Pourquoi il réagit de cette manière ? La réponse est simple. Peut être un peu longue mais simple.

Depuis 6 mois il s'est comporté de manière exemplaire. Il a tout encaissé sans broncher. L'accident, la culpabilité dont il ne parle pas, le décès de sa mère, la rééducation, et tout ça dans le seul but de ne pas décevoir. Ne pas décevoir sa mère, son père, toi et moi. Mais malgré tout ses efforts, aujourd'hui il ne peut pas se lever. Avoue que c'est plutôt décourageant. Il a supporter les anesthésies, le fait d'être alité pendant des semaines et toutes les douleurs. Mais pour quels résultats ? Six mois plus tard, il ne tient toujours pas debout. Voilà pour quelles raisons il est en colère. Et je crois que je peux le comprendre. Pourquoi il ne tient pas debout ? Ah ! Mais j'ai une grande nouvelle. Il peut. Mais étant resté alité pendant presque un mois il est beaucoup moins solide, il manque d'équilibre et il va avoir mal.
Son discours disant qu'il ne pourra plus marcher c'est uniquement un moyen de fuir ses propres peurs. Il a peur de se lever, peur de tomber et peur d'avoir mal. Alors la solution la plus simple, c'est de se convaincre que ce n'est pas possible pour ne pas essayer.

Si je comprends le raisonnement ? Oui, évidemment. Mais être d'accord ? Alors là, non ! Si au lieu de gaspiller son énergie dans la colère, il l'utilisait pour se lever, il serait debout depuis huit jours. Alors je pense que l'on a assez perdu de temps.

J'ai bien essayé de lui expliquer avec des mots que sa peur était normale et légitime, mais je me suis vite aperçue que je parlais dans le vide. Alors puisque les mots ne fonctionnaient pas, j'ai décidé de passer à l'action.
J'ai attrapé son fauteuil roulant et je l'ai poussé à toute vitesse dans les couloirs... jusqu'au gymnase. Ton frère, ne comprenant pas ce que je voulait faire, m'a prise pour une folle. Une fois dans le gymnase je l'ai placé face au panier de basket, j'ai bloqué les freins du fauteuil et je lui ai mis un ballon dans les mains. Pourquoi ? Parce qu' il avait dit à sa mère que son premier panier serait pour elle, c'était le moment de tenir sa promesse.
Après m'avoir jeté un regard noir il m'a demandé de tenir le ballon. Avec le fauteuil derrière lui, et ton frère et moi de chaque coté, il ne pouvait pas tomber. Est ce qu'il s'est levé ? Bien sur que oui. Il m'a demandé le ballon et il a lâché le fauteuil. Une fois debout sur ses deux pieds, il s'est concentré pour lancer le ballon et il l'a mis dans le panier. Ce n'était pas plus compliqué. Il avait juste besoin que quelqu'un lui prouve qu'il pouvait le faire. De la même manière que j'avais du te prouver que tu pouvais réapprendre à parler correctement. Et ne vient pas me dire qu'il ne te ressemble pas, parce qu'il est exactement comme toi : lucide, intelligent et têtu comme une mule.
…....

Quinze jours plus tard....
J'ai quelques jours de vacances alors je vais en profiter pour remonter chez ton frère.
On a rendez vous à la banque demain matin, au garage jeudi et à l'agence immobilière vendredi. Oui, le programme est chargé.
Ton neveu a repris ses séances de kiné. Il travaille de nouveau aux barres et il progresse de jours en jours. On ira le voir l'après midi.
…...

On est dimanche et je dois reprendre le Tgv ce soir, pour reprendre le travail demain matin. Ton frère a changé de voiture, l'argent de la banque est débloqué, la maison est en vente et il a ouvert un dossier de recherche pour une maison individuelle. L'agence nous a même transmis différentes coordonnées de sociétés de déménagement, pour que ton frère puisse faire faire des devis. Il ne reste plus qu'à commencer ses cartons. Et quand je vois l'étendu du problème je me dis qu'il n'y arrivera jamais tout seul. Je sais déjà ce que l'on va faire la prochaine fois que je viens. Quand je vois le bureau de ton frère... j'ai peur. D'autant plus que les livres c'est lourd.
Mais pour le moment on va aller voir P'tit loup, avant que je reparte.

Il m'a semblé apercevoir le médecin qui s'occupe de ton neveu dans les couloirs, mais vu que nous sommes dimanche, j'ai probablement rêvé.
En fait non ! Je n'avais pas rêvé, il est bien dans les parages. Ton frère voudrait en profiter pour lui parler. D'habitude le médecin ne passe que le matin, donc ton frère ne le croise pas. Mais finalement c'est le médecin qui nous a abordé le premier. Bien content de voir ton frère, il nous invite dans son bureau en nous expliquant qu'il souhaite contacter le chirurgien orthopédiste qui a opéré ton neveu le plus vite possible. Pourquoi ? Parce qu'il lui semble avoir remarqué une anomalie sur la dernière radio de contrôle et il souhaite l'avis du chirurgien.

Après nous avoir montré les radios je peux t'affirmer qu'il n'y a pas besoin d'être radiologue pour voir que la plaque que ton neveu a dans le fémur n'est plus à sa place initiale. Non ! Elle est en train de s'écarter de l'os. En clair, c'est l'organisme qui est en train de la rejeter. Ce qui signifie qu'il va falloir l'enlever. Mais cette plaque il était censé la garder 18 mois. L'enlever maintenant c'est prendre le risque que le fémur casse lors de l'intervention. Malheureusement on a pas le choix, il faut l'enlever.
… ..

Étant restés plus d'une heure dans le bureau du médecin, et bien j'ai loupé le train. Résultat, c'est ton frère qui me ramène en voiture.
Il est 5h du matin et l'on vient d'arriver à mon domicile. Je vais nous préparer un petit déjeuner, laisser repartir ton frère, prendre une douche et aller travailler. Qui a dit que les vacances étaient faites pour se reposer ?

Trois jours plus tard...
Ton neveu avait rendez vous ce matin avec le chirurgien. Il a décidé de le garder hospitalisé, il l'opère demain matin. A mon humble avis c'est ce qui était le mieux. Au moins P'tit loup n'aura pas le temps de réfléchir, ni d'avoir peur de l'intervention. Ce sera assez difficile pour lui après l'opération. Il va de nouveau se retrouver cloué dans son lit, la jambe dans une attelle, pendant plusieurs jours.
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le Sam 4 Mai - 0:25
3. EN PLEINE CONSCIENCE


Ouverture de l'esprit

L'intervention de ton neveu s'est bien déroulée. Il a eu un peu de mal à se remettre de l'anesthésie mais il va bien. Le fémur n'a pas cassé. Maintenant il n'a plus qu'une vis, que le chirurgien pourra enlever en service ambulatoire lorsque l'os sera complètement recalcifié.
P'tit loup va pouvoir repartir au centre dans quelques jours. Il va apprendre à marcher avec l'attelle et des béquilles. Ton frère est soulagé. Cette intervention lui faisait vraiment peur. Et je dois bien dire que ce n'est pas le seul. Maintenant que tout va bien, ton frère s'est replongé dans tes classeurs et il a continué d'écrire.

Il m'avait prévenu que le texte suivant méritait toute mon attention. Alors j'ai attendu d'être chez moi pour le lire.
Je crois que j'ai bien fait. Comme tous les textes où tu te lançais dans des grandes explications ou des grandes théories, il a été écrit un dimanche,  jour ou tu étais seule. Et là, pour ce qui est d'exposer une théorie, on est plus que servis.

238/ 19 MAI
Il y a longtemps que je dois te parler de quelque chose d'important. Mais, de peur que tu me prennes vraiment pour une folle ou que tu y trouves une explication rationnelle ; à travers les différents traitements que j'ai pu subir ou les médicaments que je prends, je ne t'en ai jamais parlé. Et je ne le ferais probablement jamais. Pourtant, il faut que tu saches. Alors je vais te l'écrire.
Je te répète souvent qu'il faut toujours avoir l'esprit ouvert et ne pas se limiter à un seul et unique discours, sous prétexte qu'il représente la majorité de penser. Si je passe mon temps à te répéter ça, c'est qu'il y a une raison.

Je sais que tu ne me crois pas quand je te dis que tu as un don. Mais tu finiras par le faire parce que c'est la vérité. Ce que je ne sais pas, c'est pourquoi cette capacité fonctionne aussi bien chez toi, pourquoi elle ne fonctionne qu'avec moi (même si la dessus j'ai ma théorie), et surtout, comment elle fonctionne. J'y réfléchie depuis longtemps, mais rien, dans les données scientifiques connues ne peut l'expliquer. Conclusion : la réponse se trouve dans ce que l'on ne connaît pas. Ou plutôt, dans ce que l'on ne connaît pas encore. Les recherches scientifiques avances tous les jours alors on finira par savoir. On pensait que la terre était plate jusqu'à ce qu'un fou avance la théorie qu'elle était ronde. Et puis, la science à finie par prouver qu'il avait raison. Si on avait dit aux hommes de l'antiquité, qu'un jour on serait capable de voir à l’intérieur du corps grâce à des techniques d'imagerie comme les rayons X ou les IRM on aurait tous finis brûlés. Et pourtant …. aujourd'hui ce sont des pratiques courantes.
Alors la vraie question c'est : Qu'est qui nous semble délirant aujourd'hui et qui s’avérera être une vérité demain ? Depuis un moment je te dis que je n'ai plus peur de la mort et c'est la vérité. Mais ce que je ne t'ai pas dit c'est pourquoi. Je n'en ai plus peur parce que je l'ai vue.
Je l'ai vue quand j'étais dans le coma. Tu sais aussi bien que moi, pour ne pas dire mieux que moi, que le coma fait partie de ce que l'on appelle les états de conscience modifiés. Joli nom scientifique. Mais en clair qu'est ce que ça signifie ? J'ai posé la question à mon frère. Et il m'a répondu que c'est tout simplement le fait d'être en présence d'un corps qui ne présente plus aucun signe de conscience, au sens où on l'entend médicalement : le fameux score de Glasgow.

Alors je veux bien mais, pendant que le corps est inerte, la conscience elle est où ? Tu veux la réponse ? Elle se libère de la cage dans laquelle elle est enfermée habituellement. Oui je te parle de la boite crânienne, du cerveau, du corps physique.

Lorsque j'étais dans le coma j'ai vue quelque chose qu'aucun mot de peut décrire. Qu'aucune science actuelle ne peut expliquer. Et crois moi j'ai cherché. Je t'ai vue assise près de mon lit, je t'entendais me parler quand tu étais là. Et quand tu ne l'étais pas, je me baladais. J'ai voyagé dans une réalité qui nous est invisible habituellement. Et ce n'était pas un rêve provoqué par les drogues. Cela n'avait rien d'un rêve ou tout est flou et le plus souvent sans aucun sens cohérent. Non ! C'était même tout le contraire. Cette réalité est en dehors du temps, cette notion n'existe pas. L'ombre n'existe pas non plus, seule la lumière existe. Mais ce qui est extraordinaire c'est que malgré la clarté et la puissance de cette lumière je pouvais la regarder en face. Et puis les couleurs... tu vois tout en mieux, en plus beau, les couleurs sont plus vives, plus chaudes et il y en a plein d'autres. Tout est vivant, la pierre, la nature, les arbres, tout est relié. C'est un tout universel. Tout est léger, transparent. La conscience, l'esprit ou l’âme ( appelle le comme tu veux) est une chose qui, dans la réalité que nous connaissons, nous dépasse complètement. Certains pensent que la conscience est l'expression du corps mais c'est faux. Le corps physique et l'esprit sont deux choses séparées. Les deux s’emboîtent parfaitement, et c'est ce qui nous permet de vivre sur cette terre mais c'est tout.

L'esprit ne s'arrête pas de voyager lorsque le corps meurt. Bien au contraire. Il va plus loin, il continu ; il est aspiré par un sentiment de bien être et d'apaisement qui est indéfinissable. Certains diront que l'âme monte au paradis. A ceci près que l'on décrit le paradis comme une magnifique cité entourée d'une jolie prairie avec un arbre et un ruisseau. Ce dont moi je te parle n'a rien à voir avec une prairie et pas de cité non plus. Cela ne ressemble en rien à ce l'on peut décrire sur notre planète.

Et tu vas me dire : Mais si c'est si magnifique alors pourquoi ne pas y être restée ? Parce que quelqu'un qui m'a dit être ma grand mère m'a dit que je n'avais pas terminé. Ne me demande pas ce que cela veut dire je n'en ai aucune idée.  Et il existe plusieurs réalités, toutes connectées entres elles. Par quels moyens ? Aucune idée. On vie sur un champ magnétique, entourés d'ondes de toutes sortes alors... je ne sais pas.
Et puis … tes mots... j'ai tout entendu. Je ne me souviens pas de tout ce que tu as dit, mais je sais que j'ai tout entendu. J'étais juste à coté de toi. A chaque fois,  tu avais ton petit protocole. Je savais que tu allais arriver alors je t'attendais dans le sas. Je te regardais enlever ton cuir, l'accrocher au porte manteau, puis ensuite te déguiser en Schtroumpfs. Le plus drôle c'est lorsque tu rentrais dans ma chambre, tu plaçais la chaise toujours au même endroit, avec ton sac à dos posé à coté toujours à ta droite. Comme si le coté procédure te rassurais.

Et si toi, tu es capable de sentir, ou de pressentir certaines choses vis a vis de moi c'est justement parce que ta conscience est ouverte et réceptive. Et oui ! Sans doute que l'on en est tous capable mais faut il encore le vouloir. Et je sais aujourd'hui que ce lien étrange qui fonctionne avec moi et uniquement avec moi, c'est tout simplement parce que au delà de la réalité que l'on connaît ta conscience a créé une antenne entre toi et moi. Et... à quoi sert une antenne ? A communiquer. Et non ! Pas forcément par des mots. Mais par des intuitions ou des impressions. Tout cela te paraît impossible ? Que la terre soit ronde c'était impossible aussi.  Moi je te dis que c'est possible. Alors quand je te dis que je serais toujours là, je serais toujours là. Bon ! Peut être pas tous les jours ou a chaque seconde. Parce que le temps n'aura plus aucune signification pour moi.

Délirant ? A ce jour sûrement. Je te parle d'une réalité où l'on peut voir a 360°, ressentir le souffle du vent dans un arbre, voyager d'un décor à un autre, passer à travers les murs, ou même, voir le cœur des pierres. Une réalité où la douleur n'existe pas. Ce qui est logique puisque l'on est séparé de notre enveloppe matérielle. Cette enveloppe, qui est notre corps, limite les capacités de notre esprit. Ce sont nos yeux qui nous permettent de voir et on s'en trouve limité par un champ visuel à 180° et 8 millions de couleurs. Notre conscience est étriquée au travers des 5 sens de notre corps, mais il en existe d'autres. Et ce n'est qu'une fois libéré de ce corps que l'on peut les utiliser.
Alors tu vas me dire : Pourquoi ne pas se libérer de ce corps tout de suite ? Surtout pas. Avant d'être capable d'utiliser l'ensemble des capacités de la conscience il faut d'abord maîtriser les bases. En mathématiques, pour maîtriser les identités remarquables il faut connaître les multiplications. Et bien c'est exactement la même chose. Mais il y a encore plus important. Notre vie sur terre est une vie matérielle. A tout point de vue. Des anciennes civilisations à nos jours, la vie a toujours été basée sur le matériel. On a construit des cités comme Babylon, des pyramides, des cathédrales et encore des tours immenses en symbolique d'un pouvoir. On se bat pour de l'argent, des territoires ou encore des ressources. Mais tout cela est matériel. Notre propre corps est purement matériel. Le plus important sur terre c'est AVOIR. C'est le plus important mais ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel il viendra après. L'essentiel c'est l'essence de toute chose. Mais pour pouvoir le voir, il faut apprendre à le voir. Et c'est a cela que sert notre vie sur terre : à apprendre. Il faut avoir d'abord, pour pouvoir enfin ETRE.
Il est fort probable qu'un jour on puisse expliquer ce phénomène de manière scientifique, notamment grâce à la physique quantique. Mais aujourd'hui c'est loin d'être le cas, et on a brûlé des gens pour beaucoup moins que ça. Voilà pourquoi je préfère ne pas en parler, même à toi.

Mais si j'ai décidé de te l'écrire c'est parce que je sais que tu as les capacités de comprendre et même de l'accepter. Avec le temps tu finiras même par comprendre que ce n'est qu'une partie de la vérité. Les progrès scientifiques nous y mèneront, j'en suis certaine. Le seul problème c'est qu'il n'y a pas que la science qui rentre en ligne de compte. Définir avec exactitude comment fonctionne le cerveau humain on y arrivera c'est certain. Mais définir comment fonctionne la conscience c'est une autre histoire. D'autant plus que les chercheurs vont se retrouver confronter à des idéologies religieuses et philosophiques encrées depuis des centaines d'années. Idéologies, qu'ils devront renversées pour pouvoir avancer. Ce qui ne se fera pas sans mal ni sans casse.
…..


Attends ! Stop ! Rewind1 s'il te plaît. On va s'arrêter un peu sur ce texte, parce que là il faut vraiment que je comprenne.
Si je comprends bien, ce texte n'est autre que le récit de ce que l'on appelle une NDE2 ou expérience de mort imminente (EMI). Expérience que tu aurais vécue lorsque tu étais dans le coma. Ce texte pourrait changer énormément de choses. Il peut aussi en expliquer beaucoup d'autres. Mais je vais prendre le temps d'effectuer certaines recherches et d'analyser plusieurs choses avant de t'en reparler. Il s'est écoulé plus de 20 ans depuis l'écriture de ce texte, alors, ce que tu ne pouvais pas vérifier à l'époque, moi j'ai peut être les moyens de le faire aujourd'hui. Il va juste me falloir un peu de temps et une grande ouverture d'esprit.

Ton dernier été

239 / 21 MAI
Tu réalises que l'on est bientôt aux vacances d'été ? Parce que moi j'ai du mal. Le temps passe beaucoup trop vite à mon goût. D'autant plus que sur ce coup là j'ai été stupide. J'avais la possibilité de t'emmener avec nous mais je n'en ai pas parlé à mon frère suffisamment tôt. Quand l'idée m'est venue, mon frère avait déjà réservé. Et puis finalement tu as trouvé un boulot pour te faire un peu d'argent et c'est très bien. C'est juste que partir 3 semaines loin de toi je n'aime pas l'idée. Et puis le pire c'est que l'on va devoir descendre en Italie en voiture. Génial ! Tu peux me prêter ton discman ? Parce que mon frère et moi, on a pas vraiment les mêmes goûts musicaux, alors 12h de bagnole... super !

Et il y a autre chose. Je veux te donner cette lettre. Mais si je calcul bien, tu vas l'avoir dans les mains et je vais partir quelques jours plus tard en te laissant seule, plantée, avec probablement 2000 questions dans la tête. Bien sur que l'on va se téléphoner, mais au téléphone je ne te vois pas. Et te parler sans te regarder c'est comme regarder un film sans l'image.
…..

Tu crois qu'ils vont mettre combien de temps à finir cet exercice ? Tu l'as fait en 20 minutes et ils sont dessus depuis 35 minutes. Je crois qu'ils se moquent de moi.
…...

« Me parler sans me regarder c'est comme regarder un film sans images ».
Je sais pour quelle raison tu as écrit cette phrase et elle est parfaitement vraie. Autant il nous était tout a fait possible de communiquer sans se parler, autant l'inverse rendait la communication totalement floue, comme brouillée. Je n'ai jamais été capable de l'expliquer. Mais il est possible que l'explication existe. Je vais chercher.

240/ 23 MAI
Tu me fais rire. Tu aurais vu ta tête au moment où tu as vu Frank assis à mon bureau, en entrant dans ma salle, c'était comique. Le regard que tu lui à jeté c'était : qu'est ce que tu fais là ? Tu n'as rien à faire ici, dégage !

Et ne me dis pas non, je le sais. Mais en dehors de cela tu n'es pas jalouse. Non ! A peine ! Mais j'aime bien. Si je devais traduire ton comportement, on aurait une phrase du style : Ne t 'avises même pas de t'approcher. Et tu vois... c'est ce genre de détails qui, jours après jours, me font dire que mes sentiments sont loin d'être à sens unique. Mais je voudrais tellement que tu le vois par toi-même. Tout le monde a compris sauf toi. Quand on y réfléchie c'est quand même dingue. Et j'en ai marre qu' Eric me pose la même question tous les lundi matin. La réponse est : « Non, toujours pas ». Et ce petit malin enchaîne en me disant : « Tu ne sais pas ce que tu loupes ». Et bien non je ne sais pas. C'est bon, inutile d'en rajouter. C'est assez difficile comme ça. Je passe mes samedis soirs à l'imaginer. Et crois moi, mon imagination est capable d'aller très loin. Mais ça tu le sais.

Mais le pire, je crois que ce n'est pas ce que je suis capable d'imaginer. Non, le plus difficile c'est la réalité. Celle ou tu m'embrasses tous les matins et tous les soirs sans que je puisse réagir. Celle où tu passes ton temps à jouer avec moi et surtout avec mes nerfs sans même t'en rendre compte. Oh ! Tu percutes un peu là ? Pourquoi je me suis levée d'un bon ce matin ? A ton avis ? Tu as vue la position dans laquelle on s'est réveillées ? Tu vas me dire : Quel est le problème ? Le problème c'est que je vais finir par te sauter dessus et tu vas rien comprendre. Imbécile !!!
Ce n'est pourtant pas compliqué. 1 x 1 = ? Jusque là, la réponse est simple il me semble. Ben quand on aime c'est pareil. Multiplie tes sentiments par les miens et tu obtiendras le même résultat. En clair nous ne faisons qu'une. Avec 18 de moyenne en maths tu devrais être capable de faire le calcul.
…..


Compliqué ? Non. Le résultat c'est 1.
J'aime bien le choix que tu as fait de multiplier les sentiments, au lieu de les additionner comme tout le monde. On dit toi et moi et non toi fois moi. Mais pourtant je pense que c'est toi qui a raison, les sentiments se multiplient.
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241/ 26 MAI
J'ai 28 ans aujourd'hui. Si on en avait pas parlé cette semaine, j'aurais complètement oublié. Et j'ai beaucoup de mal à réaliser. Je n'étais pas censée arriver jusque là. Je crois que j'ai eu beaucoup de  chance. La chance de t'avoir à mes cotés. Ou plus exactement, celle que tu y restes. Ce que je veux pour mon anniversaire ? Toi. C'est toi que je veux. Parce que, ma chance, le cadeau de ma naissance... c'est toi. Toutes mes envies , tout mes rêves, sont bien nés dans la souffrance, mais ma chance, c'est de t'avoir rencontrée. Alors ne me demande pas ce que je veux comme cadeau, je n'ai besoin de rien. Je n'ai besoin que de toi.
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Je viens de réserver le restaurant pour ce soir. Cette après midi on va à la piscine et en rentrant on aura plus qu'à prendre notre douche et s’habiller. J'ai hâte de voir la tête que tu vas faire. J'adore la manière dont tu me regardes lorsque je porte cette robe.  C'est comme si tu me regardais pour la première fois. Et lorsque tu me regardes de cette manière j'ai l'impression d'être traversée par du 220 Volt. C'est étrange et magique en même temps. Cela dit... magique je ne pense pas. Il n'y a rien de magique et il existe certainement une explication scientifique, mais je ne l'ai jamais cherchée. J'aime ce que je ressens alors je n'ai pas besoin d'en connaître la raison. D'autant plus que la raison elle est logique, c'est tout simplement psychologique.
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Psychologique, sentimental ou spirituel ? Excuse moi mais après ce que j'ai lu il y a quelques temps, je commence à me poser pas mal de questions. L'impression d'être traversée par du 220 Volt c'était quoi ? Juste une sensation, un ressenti, une intuition ou peut être une vibration ?
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242 / 28 MAI 1996
Heureusement que j'ai terminée le programme parce que j'ai du mal à me concentrer. J'ai passé la journée d'hier à dire et faire n'importe quoi. Je pensais que c'était la fatigue, étant donné l'heure à laquelle on est rentrées. Mais aujourd'hui ce n'est pas la fatigue, et ce n'est pas mieux. Je suis totalement à coté de la plaque. Je ne sais pas ce qui m'arrive, j'ai la tête ailleurs. Je repensais au repas de dimanche soir. J'ai ton regard accroché au mien et je n'arrive pas à m'en détacher. En même temps, pour être honnête je n'en ai aucune envie. Mais ce que je ne comprends pas c'est que tu es capable de lire en moi, alors pourquoi tu ne comprends pas ? Je sais que tu peux lire ce que je ressens. Les sentiments que j'éprouve pour toi devraient te brûler les yeux. Alors pourquoi tu n'y arrives pas ? Tu lis à l'envers ? C'est peut être trop flou pour toi. Il t' ais peut être impossible de reconnaître un sentiment que tu ne connais pas, d’où ton incapacité de le lire.
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C'est vrai ! Je pouvais lire ce que tu ressentais. A commencer par la douleur. Mais pas uniquement. Il me serait impossible de lire un sentiment que je ne connais pas ? Possible... je dirais même presque logique.
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Vivement la fin des examens. Je veux et je dois te donner cette lettre. La situation devient vraiment trop compliquée pour moi. Il faut que tu comprennes et il faut que je sache.
Je suis morte de trouille à l'idée de te la mettre dans les mains mais je sais qu'après ce ne sera que du bonheur. Même si c'est déjà le cas, ce le sera encore plus. Je le sais mais j'ai peur quand même. Peur que tu me dises non. Ou non pas maintenant. Ce qui est totalement stupide.
Mais je crois que la peur est encrée dans la nature de l'être humain. On passe le plus clair de notre temps a avoir peur. On a peur d'une mauvaise note, peur d'être en retard, peur pour les autres, peur de perdre, peur de l’échec, peur du rejet, on passe notre vie à avoir peur. Pour quels résultats ? La peur nous empêche d'avancer, d'aller plus loin. On apprend même a vivre avec, comme si c'était normal d'avoir peur. Mais c'est totalement faux. On est ce que l'on veut être. On devient qui l'on veut devenir. La seule personne qui maîtrise notre avenir c'est nous même. Et finalement nos peurs ne sont que des excuses que l'on s'invente en permanence. Au final on passe à coté de l'essentiel et c'est bien dommage. Mais tout notre système est construit sur la peur. Depuis la nuit des temps l'humanité à peur de la mort, alors qu'il n'y a pas de quoi en avoir peur. Et c'est valable pour tout le reste. Alors je vais arrêter d'avoir peur et faire le nécessaire pour vivre ma vie pleinement.
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Si je comprends bien la peur serait le frein principal de notre existence. Ce qui n'est probablement pas faux. Si je regarde par dessus mon épaule, certaines de mes propres peurs m'ont effectivement verrouillées plusieurs portes, ou du moins pour un certain temps. Si chacun prend le temps d'y réfléchir avec objectivité je pense que l'on arrive tous à ce type de conclusion. Il faudrait donc oublier ou dépasser ses propres peurs pour pouvoir avancer. Le concept me plaît mais pour la mise en application il faudrait un mode d'emploi.
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243 / 2 JUIN
L'année est presque finie. Tu passes le bac dans 15 jours et moi je n'ai rien vue passer. Il va falloir que tu assures mais je te fais confiance. Je sais que tu feras de ton mieux et c'est le principal. Je voudrais vraiment que tu obtiennes le bac et je te soûle avec ça je le sais. Mais ce que je veux surtout c'est que tu ais le choix. Que tu choisisses ta vie. Et pour ça, il te faut les meilleurs armes dans les mains. Alors oui le Bac c'est important mais il y a une chose que je ne peux pas te dire. En tout cas pas maintenant. Tu dois passer ton bac d'accord. Mais au fond, cet examen n'est qu'un morceau de papier. Comme la plupart des diplômes. La valeur d'un diplôme est uniquement celle que toi tu lui donne, et non pas celle établie par la société.

Et en parlant de la société dans laquelle nous vivons, je voudrais te mettre en garde. Méfie toi d'elle. Plus les années avancent et plus nous allons vers un monde de traîtrise. Notre société repose en partie sur le mensonge. Et cela depuis les premières civilisations. Aujourd'hui, a ce rythme là on finiras par nous lessiver le cerveau avec des mensonges. Histoire de faire rentrer tout le monde dans des petites cases, on nous balance de plus en plus d'information avant même d'en avoir vérifié la véracité. Ne prends jamais pour argent comptant tout ce que tu peux voir, lire ou entendre. Même si le discours te plaît fait l'effort d'accorder un minimum de crédit à l’antithèse. Comme on le dit si bien : écoute toujours les deux sons de cloches.
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Pour ce qui est de nous balancer de plus en plus d'information, tu ne croyais pas si bien dire. Tu n'as pas connu internet toi. C'est une base de donnée mondiale qui est absolument géniale, à condition de l'utiliser correctement. Ce que je veux dire par là ? Tout simplement que l'on trouve de tout. Le vrai comme le faux. Tu parlais d'informations non vérifiées, et bien internet en est surchargé.
Malgré tout, c'est aujourd'hui le moyen le plus simple d’accéder à des connaissances inouïes. Le seul danger c'est de se laisser écraser ou manipuler par cette masse de connaissances.  C'est la raison pour laquelle je te disais il n'y a pas si longtemps que j'avais peut être les moyens de trouver certaines explications à ton expérience étrange. Mais cela va me demander pas mal de recherches, afin de recueillir les données qui m’intéressent, de les trier et de les analyser, afin de pouvoir les retranscrire de manière logique et compréhensible. Et avant d'en arriver là, il faudrait d'abord que je comprenne moi même.
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244/ 6 JUIN
Tu vas rire mais j'ai oublié d'envoyer le chèque de mon loyer. Mais dans un sens c'est de ta faute. C'est toi qui me le rappelle tous les mois mais cette semaine tu ne l'a pas fait, donc forcément j'ai oublié. Oui je sais, en théorie ce n'est pas à toi de penser à mon loyer mais dans la pratique, et bien  il ne fallait pas m'y habituer. Au moins ce dont  je suis sure, c'est que le jour où l'on habitera ensemble, le chèque du loyer c'est toi qui t'en occupera. Et si tu pouvais ranger les papiers aussi, parce que ce n'est pas vraiment mon fort. Si tu voyais la pile de paperasse qui traîne chez moi tu deviendrais folle. Il doit y' avoir 6 mois de courrier entassé sur le plan de travail de ma cuisine. Bordélique ? Non. C'est juste que je n'ai pas envie de perdre mon temps à ranger des papiers.
Je ne sais pas si c'est une excuse valable mais ranger des papiers n'apporte rien à ma vie. Et disons que j'aspire à d'autres choses.
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Je comprends très bien la raison pour laquelle la paperasse n'était pas ton point fort. Mais si tu pouvais voir mon bureau aujourd'hui tu verrais qu'actuellement ce n'est pas mon point fort non plus.
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245/ 9 JUIN
Plus qu'une semaine. C'est la dernière ligne droite. Tu en as marre des révisions ? Je comprends. C'est la raison pour laquelle je t'ai demandé de ramener le Space Crusade, ça nous changera du Trivial. Et puis il y a longtemps que l'on a pas fait une partie.

Tu veux savoir à quoi je pense ? Tu vas me prendre pour une folle, mais au pire, le jour où tu lieras ces lignes ça n'aura plus aucune importance. Le Space Crusade n'est qu'un jeu de société. Mais dans ce jeu tu commences par choisir ton camp : les Aliens ou les Marines. Les Marines ont pour but d'anéantir les Aliens. Chaque partie est une mission a accomplir et lors de chaque partie le plateau de jeu change de configuration. Après chaque mission et en fonction du résultat, les personnages obtiennent des grades, dans l'optique d'obtenir le grade le plus haut après un certain nombre de missions.

Et bien je suis convaincue que sur cette planète, nous, petits être humains, on joue au même jeu. Nous ne sommes que les personnages d'un jeu. Chacune de nos vies est une mission. Chaque nouvelle vie se joue dans un autre environnement, tout comme on change la configuration du Space Crusade. On aurait donc plusieurs vies. Réincarnation ? Moi je dirais plutôt régénération. Du moins c'est de cette façon que je me représente le phénomène. J'ai toujours dit ne pas croire en la réincarnation, alors je pense que mon discours doit te surprendre. Disons plutôt que j'ai changé ma manière de voir certaines choses. Quand on parle de réincarnation, on parle de la même personne et elle est là l'erreur. La vie du chaque corps est unique. C'est uniquement l'esprit qui se régénère. Chacune de nos vies ayant pour but de nous faire évoluer et d'enrichir les connaissances de l'humanité. Nous ne sommes que les sujets d'une expérience à taille gigantesque. C'est notre conscience qui expérimente une vie matérielle et corporelle, et non le corps qui maîtrise notre conscience. Et si j'en crois ce que m'a dit ma grand mère je n'ai pas terminé la partie. Je ne sais pas ce que cela signifie, et encore moins quelle sera la partie suivante.
Je me doute que c'est difficile à imaginer. Et je pense qu'il y a encore trois ans en arrière cette vision m'aurait parue totalement aberrante. Mais aujourd'hui, j'ai l'intime conviction d'avoir raison et je ne peux pas l'expliquer.
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Je ne t'ai jamais prise pour une folle et je ne le ferais jamais. Je trouve même dommage que tu ne m'aie pas parler de tout ça de ton vivant. Est ce que j'aurais pu le concevoir ou le comprendre ? Je ne sais pas, mais on aurait pu en discuter.
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246 /11 JUIN
C'est bien parce que l'on est à la fin de l'année, et que le lycée c' est terminé pour toi. Sinon je n'aurais jamais accepté que tu assistes au groupe de révision dans ma classe. Ce n'est pas un cours classique alors passe encore. Mais tu as bien fait de te mettre au fond. Ne m'en veut pas si je ne m'occupe pas de toi, mais disons que je préfère faire comme si tu n'étais pas là. De toute façon tu n'as pas vraiment besoin de moi, à la différence de certains autres. Et puis toi, tes exercices je peux les corriger ce soir, je n'ai pas besoin de le faire tout de suite.
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Je me souviens de ce jour là. Pour une fois que je pouvais assisté à l'un de tes cours. Moi j'étais très contente, mais effectivement tu m'as complètement ignorée. Et oui ! Je savais très bien pourquoi.
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247 / 14 JUIN
Tu as terminé tes révisions. Maintenant tu dois décompresser un peu, te libérer la tête. Si on allait à la piscine cet après midi ? Je pense que ça te ferais du bien . Voir autre chose, te dépenser un peu et surtout sortir la tête de tes bouquins. Je sais, tu vas me répondre que tout va bien se passer et que de toute façon avec ou sans le Bac tu ne continueras pas tes études. Mais je pense que ce serait mieux avec quand même. Tu as travaillé toute l'année dans ce but là, alors il serait bien que tu l'ais. Quand à savoir ce que tu feras à la rentrée et bien tu choisiras. La mauvaise nouvelle c'est que comme tu me l'a si bien fait remarqué il n'y a pas longtemps, tu n'auras plus douze semaines de vacances par an.

On devra s'organiser autrement. Je vais aussi devoir aller au lycée toute seule. L'idée ne m'enchante pas mais je m'y ferais, j'y serais bien obligée. Et puis dans l'absolu on se verra tous les jours. On pourra se raconter nos journées respectives. Je vais aussi devoir m'habituer à ne plus t'avoir à quelques mètres de moi en permanence, mais bizarrement ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus. Non ! Je me dit que de toute manière, en cas de problème tu le sauras. Comment ? Je n'en ai aucune idée, mais je sais que tu seras là.
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Ne plus t'accompagner en cours était une forte probabilité.Et ne plus t'avoir à mes cotés heure par heure me faisait peur. Mais comme toi j'en était arrivée à la conclusion que peu importe ce qui se passerai, je le saurais.
La suite de notre histoire à résolue le problème.
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248 / 16 JUIN
Demain c'est le grand jour. La première épreuve du Bac : la philo. J'espère que tout va bien se passer. Prépare bien ton plan et fait attention au hors sujet. Je sais que tu es capable d'avoir une excellente note, à la condition que le sujet t’intéresses. Et là... je n'en sais pas plus que toi. Fait de ton mieux c'est tout ce que je te demande.
Le comble de l'histoire c'est que c'est toi qui passe le bac et c'est moi qui n'arrive pas à dormir. C'est le monde à l'envers. Je sais qu'à cause de moi tu as appris à gérer le stress, mais je crois que ce n'est pas vraiment mon cas.
Quand il s'agit de moi je peux gérer, j'arrive à me maîtriser. Mais là, il s'agit de toi. Reste à espérer que je ne te communiquerais pas mon stress.
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Je sais que ta convocation et ta pièce d'identité sont déjà dans ton blouson, au moins tu es certaine de ne pas les oublier. Pour le reste, tu n'as pas besoin de grand chose. Je t 'ai préparé une bouteille d'eau et des gâteaux sur la table, tu n'auras plus qu'à les mettre dans ton sac demain matin.
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Tu espérais que ton stress ne soit pas communicatif ? Je suis désolée de te contredire mais il l'était. J'ai juste essayé de ne pas te le montrer pour ne pas en rajouter. Le stress engendre le stress, c'est la loi de l'attraction. Tu ne pouvais rien y faire.
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249 / 17 JUIN
A l'heure qu'il est tu es en train de plancher sur ton épreuve de philo. J'ai vu le sujet. « Nos paroles dépassent t' elle notre pensée ?Tu sais ce qu'il m'inspire ce sujet ?  Je sais que je serais hors sujet mais je pense que la question mérite que l'on y réfléchisse.

La pensée c'est quoi exactement? Si tu ouvres un dictionnaire tu lieras que la pensée c'est ce que l'on veut et ce que l'on sent. Mais sentir, non pas par l'odorat, mais par l'intermédiaire de notre activité cérébrale. A quoi elle sert ?  A développer notre esprit, notre raison et notre intelligence. Alors je me dit qu'effectivement la communication par la parole est nécessaire à ce développement. Prend l'exemple d'un cours, c'est bien par la parole que l'on transmet des connaissances. Mais la parole ne sert que la théorie connue. Notre esprit, notre raison et notre intelligence se limitent à ce qui est vérifiable et reconnu. On utilise des tests aux modèles standardisés pour mesurer l'intelligence, mais ces test ne mesurent qu'un degré d'intelligence abstraite. Une sorte de limite haute déterminée par l'ensemble des connaissances d'aujourd'hui. Si aujourd'hui la moyenne intellectuelle est une donnée qui tourne autour de 100 points, il est fort probable que cette donnée tourne autour de 200 points dans quelques centaines d'années. En clair, ces données sont purement relatives et ne signifient pas grand chose.
On mesure l'intelligence par des test, les connaissances par des contrôles notés, mais qu'en est il de notre esprit ? Comment le développer et en mesurer les capacités ? Et si finalement ses capacités n'étaient ni quantifiables, ni mesurables ? Elle seraient donc infinies.

Je sais aujourd'hui qu'il est possible de communiquer et de transmettre des informations sans utiliser la parole. C'est toi qui me l'a prouvé. Tu es capable de ressentir la douleur, le mal être, la tristesse et probablement bien d'autres choses, sans que je prononce un seul mot, ni même que je sois en face à toi. Ce phénomène ne fonctionne qu'avec moi c'est vrai. Mais peut être tout simplement parce que tu n'as jamais essayer avec quelqu'un d'autre. Comment tu fais ? Comment c'est possible ? Je n'en ai aucune idée. Mais si mes convictions rationnelles et scientifiques n'y trouve aucune explication, je ne peux pas l'ignorer pour autant. De la télépathie ? Pas exactement. C'est autre chose. Comme si tu avais accès a des données qui sont imperceptibles pour la plupart d'entre nous. Et je pense que l'on est tous capable de faire la même chose, ce que je ne sais pas c'est comment.

Si on dit souvent que nos paroles dépassent nos pensées, c'est parce que l'on a prononcé des mots trop fort ou inadaptés,  sur le coup d'une émotion. Ce n'est que la face émergée de l'iceberg, celle que l'on voit. Mais au fond, notre esprit est bien plus puissant que la parole.
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Je prenais un énorme plaisir à débattre avec toi sur tout et n'importe quoi.Tu savais soulever des questions que personne ne se posaient. C'est grâce à nos conversations que j'ai appris le sens du mot réflexion. Mais ce qui m'impressionne le plus, c'est qu' aujourd'hui encore c'est toi qui me pousse à d'autres réflexions, à voir les choses et la vie autrement. C'est à la fois très intéressant et très perturbant.
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250 /19 JUIN
Tu as réussie l'épreuve de maths, c'est déjà une bonne chose. Surtout vu le coefficient. Tu te plantes en maths c'est terminé, tu peux te réinscrire l'année prochaine. Mais heureusement ce n'est pas le cas. Et si tu avais merdé en maths je crois que je t'étranglais. Mais je pense que tu le sais. J'ai vérifié tes réponses, tu dois avoir au minimum 15. Ce qui va te permettre de gagner pas mal de points. Ce qui comblera largement ce que tu vas perdre en anglais.
Je trouve ça dommage que l'anglais te rebute à ce point là. C'est plus simple que le français, je ne comprends pas pourquoi tu y est tellement réfractaire. Pas les bons profs peut être. Tu t’intéresses à tout, mais dès que l'on te parle de langues étrangère c'est fini. Tu fais un blocage, tu ne veux rien enregistrer et rien comprendre. Tu vas probablement passer à coté de la mention, uniquement à cause de l'anglais. Je trouve ça dommage et stupide.
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L'anglais ? Rassure toi j'ai fini par l'apprendre. J'ai travaillé plusieurs années sur une plateforme internationale, alors je n'ai pas vraiment eu le choix. Mais j'en suis ravie. Comprendre l'anglais lorsque l'on part voyager à l'étranger, j'avoue que ça facilite grandement les choses.
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251 / 23 JUIN
Demain c'est la dernière épreuve. Après il ne restera plus qu'à attendre les résultats. Bon d'accord tu t'es plantée en physique. Je le sais, mais on peut avoir une bonne surprise. Et puis, si vraiment il le faut, tu repasseras la physique au rattrapage, ce n'est pas la fin du monde. Bon ! Sauf que ça je vais bien me garder de te le dire.

En attendant les résultats, la semaine prochaine on peut aller au cinéma, et puis faire un bowling si tu veux. Je crois que tu l'as bien mérité. On aura un avant goût des vacances. D'ailleurs, en parlant de vacances, je devrais peut être commencer à réfléchir à l'endroit où je vais t'emmener. Si je veux que l'on parte au mois d’août, il faudrait peut être que je regarde pour trouver une location. On est quand même fin juin, il serait peut être temps que je m'y mette. Tu veux partir ou ? Mais c'est vrai que ça t'es complètement égal. Le principal c'est que tu sois avec moi. Et je suis bien d'accord avec toi. Au bord de la mer ça te convient? J'ai ma petite idée sur la question.
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Peu importe ton idée du moment. Pour moi l'essentiel c'était d'être avec toi.
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252 / 24 JUIN
C'est la dernière épreuve aujourd'hui. Après c'est terminé. On va enfin pouvoir parler d'avenir. Je vais enfin pouvoir te donner cette lettre. J'espère vraiment que tu vas me dire oui. J'ai hâte d'entamer cette nouvelle vie avec toi. Et saches que peu importe la voie que tu choisiras, je te soutiendrais.
Je sais que malheureusement, cette vie que j'imagine, ne sera que de courte durée, mais je voudrais au moins avoir le plaisir d'y goûter.
Quelques années ? Je ne pense pas. Pourtant je le souhaiterais vraiment, mais je sais que le temps qu'il me reste ne se compte pas en années. Quelques mois ? Cela me semble plus réaliste. Mais il est possible aussi qu'à Noël prochain je ne sois déjà plus là. Je n'ai aucun moyen de le savoir. Et toi encore moins. Mais ce dont je suis absolument certaine c'est que peu importe la durée, je veux vivre le temps qu'il me reste à tes cotés.
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Quelques mois te semblait plus réaliste ? Je ne vais pas te demander pourquoi, mais il s'avère que tu avais raison. A cette date, il ne te restait que deux mois et demi à vivre.
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253/ 28 JUIN
La bonne nouvelle c'est que l'année est terminée. Tu sais ce que ça veut dire ? Que l'on va bientôt pourvoir partir en vacances et surtout que demain matin on a pas besoin de mettre le réveil. Reste plus qu'à espérer que la femme de ménage ne nous sorte pas du lit à 8h comme la dernière fois.
Tu veux faire quoi demain ? On se fait une après midi vidéo ? Maintenant que le Bac est fini tu peux te libérer la tête et penser à autre chose que des maths ou de l'histoire. Cela dit il fait beau, on peut aller au parc si tu veux. Mais il y a aura probablement pas mal de monde. Non pas que je n'aime pas la foule, mais si tu toi tu ne vois pas certaines choses, moi oui.
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Le regard des autres que je ne voyais pas. C'est bien de ça dont tu parles ? J'imagine que c'était perturbant, pour ne pas dire énervant.
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254/ 30 JUIN
Je vais passer l'après midi toute seule aujourd'hui. D'habitude le samedi tu restes avec moi mais aujourd'hui c'est l'anniversaire de ta mère. Tu ne pouvais pas ne pas manger avec tes parents. Je pense que ta mère n'aurait pas trop appréciée et je la comprend. Et puis, tu me rejoindras ce soir quand tu seras sortie du restaurant. J'ai fait la fière, en te disant ce matin que je pouvais survivre à une journée sans toi. Je t'ai même dit que j'avais largement de quoi m'occuper. Mais en réalité je n'ai aucune idée de ce que je vais faire. Je crois que je vais lire.. Le temps passera plus vite. Je passe le plus clair de mon temps à dire que je voudrais avoir plus de temps et là je ne sais pas comment l'utiliser.
C'est un peu paradoxal quand même. Ce serait presque comique. Tu ne trouves pas ? Ce qui me dérange le plus c'est ce qu'implique la solitude. Le fait d'être seule n'est pas réellement un problème. Mais le fait de ne pas communiquer me déprime. J'ai besoin de parler ou plutôt d’échanger avec quelqu'un. Parce qu'au pire je peux parler toute seule, mais si personne ne me répond il n'y a aucun intérêt.
C'est parfois agréable de passer un peu de temps seule, on en a tous besoin. C'est prendre du temps pour soi et c'est nécessaire au bien être de chacun d'entre nous. Mais moi, je n'ai pas le temps de faire ce genre de choses.
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Le temps était pour toi était une véritable obsession. Pas assez de temps. Tu répétais cette phrase en permanence. Mais la question que je me pose aujourd'hui c'est : pas assez de temps pour faire quoi ?
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255 / 2 JUILL
Pour une fois tu t'es endormie avant moi. Il va falloir que je me trouve un autre livre de chevet. Oui, j'ai terminé l'être et le néant.
Samedi j'étais toute seule alors j'ai largement eu le temps de le terminer. J'en ai aussi profiter pour faire la liste de ce qu'il faut que je récupère chez moi pour les vacances. Mais j'ai encore le temps avant de préparer mon sac. Et puis repasser chez moi je n'en ai aucune envie. Rien que de passer la porte me donne la nausée. Au sens propre je t'assures. Je sais pourquoi. Bien sur que je sais pourquoi. Mais c'était il y a plusieurs années maintenant, alors j'ai du mal à comprendre pour quelle raison je ressent encore cette peur.
Je sais, au fond de moi, que je n'ai rien a craindre, que personne ne passera la porte, mais c'est plus fort que moi. Systématiquement je revis la scène. Et je sais que le seul moyen de m'en détacher, c'est de déménager. Quand je pense que  je vais devoir faire les cartons j'en suis malade d'avance. Je pense que ça va être vite fait. J'ai déjà jeté beaucoup de choses, mais je pense que je vais continuer. Je veux me débarrasser de mon passé. Tout ce qui composait ma vie avant toi n'a plus aucun sens aujourd'hui, alors autant que je m'en débarrasse définitivement.
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Tu n'en parlais jamais. Mais je crois que c'est vraiment ça, tu voulais réellement effacer cette partie de ta vie.
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256 / 5 JUILL
Je sais que tu t'en doutais. Effectivement tu vas devoir aller au rattrapages. Je ne peux pas m'empêcher d'être déçue mais je suis surtout déçue pour toi. C'est vrai ! C'est presque injuste. Tu as travaillé toute l'année, tu as de très bonnes moyennes et il a fallu que tu tombes sur le mauvais sujet. C'est vraiment dommage. En même temps, il ne te manque que 12 points. C'est facilement rattrapable. En revanche, tu peux oublier la mention. J'espère que tes parents ne vont pas regretter de t'avoir laisser cette liberté en voyant que tu dois passer au rattrapage.  J'espère vraiment que tu n'auras pas de représailles. Même si tu dis que pour tes parents la note n'a aucune importance, que l'important c'est d'être reçu, je pense qu’intérieurement ils auraient voulus que tu obtiennes une mention. J'imagine que l'on veut toujours le meilleur pour ses enfants.
…....


Je suis très surprise de voir à quel point ce que pouvait penser mes parents te préoccupait. Autant, on en parlait très peu de vive voix, mais tu en parles souvent dans tes textes. Peut être parce qu'avoir des parents qui s’intéressent à l'avenir de leur enfant, c'est quelque chose que toi tu n'as pas connu.
…...

257 / 7 JUILL
Demain on doit retourner à l’hôpital. J'ai rendez vous pour l' IRM de contrôle. Ce n'est pourtant pas le premier que je passe mais... je sais pas. Cet IRM m’obsède. J'en ai même fait un cauchemar cette nuit. C'est bizarre, Je n'ai jamais eu peur de l'IRM et je ne suis pas claustrophobe. Ou tout du moins je ne l'était pas. Parce que dans mon cauchemar, cette nuit c'était tout simplement horrible. J'entendais le bruit de la machine et puis d'un seul coup... c'est comme si la machine avait explosé, je n'entendais plus rien et je ne voyais plus rien non plus. J'étais coincé sur la table, dans le noir complet et dans un silence le plus total. Là, j'ai vraiment eu peur.
Mais je ne vais pas t'effrayer avec mes cauchemars. Ce n'est pas comme si c'était le premier que je faisais. C'est peut être les médicaments, je n'en sais rien. Pourtant je n'ai rien changé à mon traitements depuis des mois.

Pendant que je me demande pourquoi j'ai fait ce cauchemar, toi tu bosses ta physique pour le rattrapage. J'espère que tu vas réussir. Malgré les événements tu as bien travaillé toute l'année, ce serait vraiment trop bête.
Et puis il y a autre chose... Dans 8 jours je pars en Italie avec mon frère. Je ne te verrais pas pendant 3 semaines. Comme à chaque fois que je pars en vacances, je suis contente de partir mais je sais que tu vas me manquer. Tu vas horriblement me manquer. Même si je sais que j'adore l'Italie, la mer, les bâtiments... c'est magnifique mais sans toi ce n'est pas la même chose. C'est 3 semaines que l'on ne passera pas ensemble. Si il me restait 10 ans à vivre je crois que ça me serait totalement égal mais c'est loin d'être le cas et je le sais. Je n'ai pas peur de mourir. Plus exactement je n'ai plus peur de mourir. Mais ce qui me fait peur c'est le temps, c'est de ne pas avoir assez de temps. Ce qui est étrange lorsque l'on prend deux minutes pour y réfléchir. Parce que dans notre réalité tout est basé selon une échelle de temps alors qu'après, cette notion n'existe plus.
…..


Le lendemain tu ressortais de l'IRM sur un brancard.......
Et à la lecture de ce texte je m'interroge. L'angoisse de cet IRM. Pourquoi spécifiquement celui là et pas les autres ? C'est exactement comme si tu pressentais l'avenir. Et quand j'y réfléchie ce n'est pas la première fois. Non ! Ton cauchemar, le fossé dans la forêt, tu m'explique ? Une société abrutie par l'information ? C'est la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui. La science qui pourrait un jour cartographier l'activité cérébrale ? Cette carte, d'une précision incroyable, à été publié en juillet 2016.

Alors explique nous.
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Jeu 30 Mai - 22:58
Un peu de recul

En regardant la date du dernier texte que je viens de taper, je sais parfaitement consciente que nous ne sommes plus très loin de la fin. Cette fin que je redoute depuis un bon moment.
Je sais que les textes vont s'arrêter. Je sais qu' il y en aura forcément un qui sera le dernier. Mais cette vision, qui me faisait horriblement peur lorsque l'on a commencé à les écrire, a beaucoup évoluée.
Avoir retrouver ton frère et rencontrer ton neveu a été très difficile, parce que c'était me renvoyer face à mon passé et surtout face à toi. Je pensais voir resurgir la douleur, la souffrance et le manque de ton absence. Le coup de grâce à été de tomber sur tes classeurs et donc sur tes textes. Pourquoi 22 ans après ? Je l'ai vu  comme une malédiction et à ce moment là je me suis dit :
« - Je suis foutue. Je ne m'en remettrais jamais ».

Mais maintenant ? Maintenant je me dit que si je les avait eu entre les mains plus tôt, je serais probablement passée à coté de l'essentiel. La vingtaine d'année qui s'est écoulée, m'a permise d'emmagasiner un vécu, des expériences, des idées et des connaissances. Et je pense que sans ces expériences et ces connaissances, tes textes n'auraient pas eu le même sens. Ils ne m'auraient pas poussé à la réflexion que je peux avoir aujourd'hui.
J'ai passé 22 ans à me poser les mêmes questions et tes textes y ont répondu. Réponses, qui vont bien au delà de ce que je pouvais rêver ou espérer. C'est un vrai soulagement, une forme d'apaisement.
« -Maintenant je sais. Je sais que je ne me suis pas trompée. »

Je peux enfin avancer, continuer d'évoluer. Et tes textes vont m'y aider. Pourquoi ? Parce qu'ils répondent à beaucoup de questions mais ils en soulèvent beaucoup d'autres. Et je pense qu'avec l'héritage que tu m'a laissé, il y a matière à réflexion pour les quelques années à venir.
…...
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Jeu 30 Mai - 23:20
Compte à rebours

Tes textes sont bien plus que de simple textes. C'est le véritable journal des quatre dernières années de ta vie. Lire tes mots t'a rapprochée de moi. Et aujourd'hui je sais que tu es encrée en moi, tu fais partie de moi. Tu n'es jamais vraiment partie. Je suis ce que tu m'a appris à être. Maintenant je le sais.
…..

De manière logique, il y a un gros trou dans le classeur. C'est la période où tu as de nouveau plongé dans le coma à cause d'une rupture d'anévrisme. A ton réveil, tu avais été transféré au centre de rééducation. Celui là même, où se trouve P'tit loup à l'heure actuelle.
Mais à cette période tu ne pouvais ni parler, ni écrire. Il a fallu quelques semaines avant que tu sois capable de tenir un stylo et tes débuts d'écriture ont visiblement été difficiles.

258 / 29 JUILL
Je suis ... je peux pas
…...


Dois je en conclure que ton premier essai n'a pas été très concluant  ? Mais tu voulais peut être aller un peu vite, non ?
…..

259 / 30 JUILL
abcdefghijklmnopqrstuvwxyz
abcdefghijklmnopqrstuvwxyz
abcdefghijklmnopqrstuvwxyz
abcdefghijklmnopqrstuvwxyz
abcdefghijklmnopqrstuvwxyz
abcdefghijklmnopqrstuvwxyz
abcdefghijklmnopqrstuvwxyz
…..


Et bien voilà ! Commençons par les bases. Pour écrire il faut déjà pouvoir former des lettres. Quand je pense que tu t'es moquée de moi quand je t'ai demandé de réciter l'alphabet.
….

260 / 1er AOUT
Tu me manques, tu me manques, tu me manques, tu me manques, tu me manques,tu me manques, tu me manques
Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée
C'est la vérité, c'est la vérité, c'est la vérité, c'est la vérité, c'est la vérité, c'est la vérité, c'est la vérité, c'est la vérité
…...

Je dirais que c'est un bon début. Au moins c'est des mots.
…...

261/ 2 AOUT
Me concentrer ? Je ne fais que ça. Mais je tremble quand même.

Continuer ? Il en a de bonnes celui là. C'est pas si simple. Au bout de 4 lignes j'y arrive plus.

…..

Écrire 4 lignes était peut être compliqué mais 4 jours plus tôt tu étais incapable d'écrire 3 mots. Alors avoue qu'on progresse, au lieu de râler.
….

262 / 3 AOUT
Si j'ai bien compris je peux faire une croix sur l'Italie. La seule bonne nouvelle c'est que je pourrais te voir tous les jours. Mais je vais devoir rester ici combien de temps ? Je ne peux même pas tenir ma fourchette correctement.
…...


Ce n'est pas que tu ne pouvais pas la tenir, c'est tout simplement que la préhension et la coordination n'étaient pas à leur potentiel normaux.
…...

263 / 4 AOUT
Il va falloir combien de temps pour que j'arrive à manger, me laver et m' habiller toute seule ? J'ai l'impression d'être une handicapée. Mais ce n'est pas juste une impression. Je sais faire la différence entre une sensation et un fait. Ça va revenir ? Et si ce n'était pas le cas ?
…...


Combien de temps ? Nettement moins que ce que le Neurologue nous avait annoncé au départ.
…...

264 / 5 AOUT
Tu vois que la parole n'est pas indispensable. A ce que je saches, les sourds et muets communiquent très bien. Je parle comme une débile alors on verra plus tard. Et puis j'en ai pas envie. Pour l'instant ce n'est pas essentiel. Ne t’inquiètes pas c'est juste une question de temps, enfin je l'espère.
…...


T'en a de bonnes toi ! Tu ne prononçais pas un mot mais l'on ne devait pas s’inquiéter ? Facile à dire.
…...

266 / 6 AOUT
Lorsque je parle on ne comprend rien. Même moi je ne comprends pas ce que je dis. Si je ne peux plus faire cours ni être autonome, alors dit moi ce que je fais encore ici. Parce que si c'est le cas, cela signifie que l'on ne vivra jamais ensemble. Je refuse de t'imposer une chose pareille. La lettre ? Elle est très bien dans ma sacoche. Finalement, il vaut peut être mieux que tu n'en saches rien.
…...


Je peux émettre une objection ? Comment ça non ? J'arrive trop tard ? Oui, c'est vrai !
…...

Tu veux la meilleure ? Ils veulent m'envoyer chez le psy. Pourquoi ? Parce qu'ils ne comprennent pas pour quelle raison je ne parle pas. Tout simplement parce que j'ai l'air d'une débile. Lorsque j'entends ma voix j'ai l'impression que ce n'est pas moi qui parle, parce que je ne reconnais pas cette voix. Et puis, je n'ai pas vraiment besoin de le faire. Si on ne comprenait pas un mot de ce que tu racontes, tu parlerais toi ? Essaye de parler à quelqu'un qui ne comprend pas ta langue. Je pense que tu abandonnes très vite. Au pire tu fais un dessin. Les médecins disent que ça va revenir tout seul alors j'attends.
…..


T'envoyer chez le psy ? C'était peut être un bon déclic pour que tu retrouves la parole. Pour envoyer balader quelqu'un il faut commencer par lui parler.
….

267 / 7 AOUT
La matinée entière juste pour prendre mon petit déjeuner, prendre une douche et réussir à m'habiller.Super ! Comme si j'avais du temps à perdre. Quand à cet après midi j'ai kiné et ergo. Alors entre le kiné qui m'oblige à marcher avec un verre d'eau dans les mains et l'ergo ou je crois retourner à la maternelle, c'est vraiment génial. Le pire c'est que même le niveau maternelle est au dessus de mes capacités.

…...

Il t'a fallu la matinée pour faire ça. Oui, et alors ? Quel était le problème ? Il n'y avait aucune urgence. Et puis l'essentiel c'était de réussir, pas le temps que ça allait te prendre. Deux semaines plus tôt tu en étais incapable.
…..

Si je comprends bien ces imbéciles ont réussis à te faire peur. SPT, c'est quoi ce truc là ? Ils m'ont encore trouvé un truc qui cloche ? Ne les écoute pas je vais bien. Mon cerveau va très bien. Du moins aussi bien qu'avant. N'aie pas peur je suis toujours aussi cinglée. Et encore tu ne sais pas tout. Mais je ne peux pas t'expliquer. Parce que si je le fais, là je fini en psychiatrie à coup sur.
….


Effectivement quand le médecin nous a parlé de SPT cet acronyme a raisonné en moi comme une insulte. Parce que je ne savais pas du tout de quoi il parlait. Lorsque ton frère m'a expliqué je me suis posé des questions, mais je ne voyais pas du tout quel pouvait être le rapport entre un SPT et toi. Là, j'ai commencé à avoir vraiment peur. A cette époque les syndromes post traumatiques étaient très peu connus du grand public et encore mal compris dans le milieu médical. Quand à parler de le traiter, alors là, ça te tenait de l'imaginaire.Tu comprends pourquoi j'ai eu peur ?
…..

268 / 8 AOUT
Tu étais vraiment obligée de t'énerver à ce point ? Oui je peux parler. Mais tu as entendu le résultat ? Il vaut mieux que je me taise. Réciter l'alphabet devant le miroir, c'est tout ce que tu as trouvé ? Je sais que le ridicule ne tue pas, mais je ne vois pas comment réciter l'alphabet devant un miroir pourrait me réapprendre à parler.
Mais si tu y tient... personne ne m'entend de toute façon.
…....


Je comprends que l'idée t'aie semblée stupide et ridicule, mais avoue qu'elle a portée ses fruits.
…...

269 / 9 AOUT 1996
Comme si l'alphabet ne suffisait pas, tu m'a acheté un livre. Et tu comptes me le faire lire à haute voix ? J'en ai bien peur. T'es au courant que dans Le petit prince il y a une centaine de pages ? On est pas arrivées au bout, je te le dit tout de suite. Cela dit, je sais très bien que je craquerais avant toi.  Parce que si il y a bien une chose que tu as apprise ces dernières années, c'est la patience. En résumé, tu ne vas pas me lâcher. Et t'es encore capable de me dire que c'est pour mon bien. Et ton bien être à toi tu y penses parfois ? Tu te lèves à 5h tous les matins, tu travailles toute la journée et tu viens me voir tous les soirs. Mais toi dans l'histoire ? Tu fais quoi pour toi ? Tu dors quand ? Ce n'est parce que moi je dis que l'on aura tout le temps de dormir quand on sera mort, que tu es obligé de me croire. Il m'arrive aussi de dire des conneries. D'autant plus que je ne suis pas certaine que l'on dorme une fois mort. Je crois que l'on en a plus besoin.
…...


De quoi tu te plains ? J'aurais pu trouver pire que le petit prince. Et puis j'aime bien cette histoire.
…..

270 / 10 AOUT
Bon ! Il faut que je te dises... le coup du miroir ça me soûle. J'ai l'air débile à un point que tu ne peux pas imaginer. Mais oui je le fait. C'est bien parce que c'est toi qui me l'a demandé d'ailleurs. Je suis loin d'être convaincue du résultat, mais au moins tu ne pourras pas dire que je n'ai pas essayé. Et puis ce n'est pas pire que l'orthophoniste qui m'oblige a prononcé des ah, des ih et des oh.

…..

Au moins avec moi tu travaillais. Et puis tu m'as clouée à mon bureau combien de fois ? Tu pouvais bien faire ça non ?
…..

271/ 11 AOUT
Tu viens de partir et j'ai de nouveau cette sensation de tomber dans le vide. Quand tu passes cette porte, j'ai l'impression que tu aspires tout ce qui est à l’intérieur de moi comme un énorme courant d'air.
C'est vrai que la balade dans le parc était plus longue que d'habitude alors je suis un peu fatiguée. Mais ce que je ressent n'a rien à voir avec la fatigue. J'ai vraiment l'impression d'être vidée. Comme si je n'avais plus de sang qui circulait dans mon corps. Oui je sais c'est totalement stupide. A moins que tu sois un vampire et que je ne sois pas au courant. Je plaisante !
…..


Si je peux te rassurer, je ne mords pas. Ou du moins pas encore. Moi aussi je plaisante.
…...

271 / 12 AOUT
C'est pas mal la balnéo, mais ce serait encore mieux si tu pouvais venir avec moi. La piscine avec toi me manque. Même si à l'heure qu'il est je ne nage pas vraiment, c'est plutôt le crapaud qui flotte. Au moins il ne coule pas, ce qui est déjà pas si mal.

Je ne peux pas échanger des séances de balnéo contre celles de l'orthophoniste ? Quoi ? Ici ils échangent bien des paquets de gâteaux contre des cigarettes, pourquoi je ne pourrais pas jouer aussi ? Tu vas me dire que l'orthophoniste c'est important, je le sais ! Que j'en ai besoin, surtout si je veux reprendre le boulot à la rentrée. Ça aussi je suis au courant. Mais finalement, je préfère lire le petit prince, je trouve que je progresse plus vite.
…...


Échanger les séances ? Et puis quoi encore ? Tu te croyais au marché ?
…..

272 / 13 AOUT
Quand je serais capable d'articuler plus de quatre phrases correctement, on va devoir avoir une petite conversation toutes les deux. On a pas encore abordé le sujet, mais même si je ne t'ai pas répondue, je t'ai très bien entendue.Je ne sais pas trop quoi en penser. La logique voudrais que je t'accroche au mur, mais je n'ai aucune envie de le faire. Je devrais te dire que tu as fait une erreur et qu'il fallait que tu ailles aux rattrapages. Je devrais.... mais je ne le ferais pas. Je sais pour quelle raison tu as fais ce choix et je le comprends. J'aurais fait exactement la même chose. Choisir entre passer ses dernières heures à coté de celle qu'on aime ou aller passer un examen, ce n'est même pas un choix c'est une évidence.
…..


273/ 14 AOUT
Quand je pense que j'étais capable de courir le 10 km dans le parc en 48 minutes. Là, on a fait quoi ? 2 km ? Et je suis totalement crevée. J ai l'impression de ne pas avoir dormi depuis deux jours. Et tu vas me dire la même chose que mon frère, c'est normal, le corps a besoin de temps pour récupérer. J’entends cette réplique depuis plus de 3 ans, vous pourriez au moins faire l'effort de changer de disque. Et puis.. du temps, faudrait il encore en avoir. Je t'avais promis de t'emmener en vacances et à ce rythme là on est pas prêtes de partir. Il va falloir durcir les séances. Dans le cas contraire, je vais prendre trois semaines de plus coincée ici et on ne pourra pas partir.

…..

Tu me fais rire. Tu parles de prendre trois semaines de rééducation supplémentaires comme si c'était des heures de colle. Tu avais peur de la punition ?
…...

274 / 16 AOUT 1996
C'était chouette la journée d'hier. On aurait presque eu l'impression d'être en vacances. Manger dans le parc, se balader, voir le ciel.... Au moins je prends un peu l'air, parce que je commence à étouffer là dedans. Marre de voir les mêmes murs, de manger toujours la même chose et d'avoir toutes mes journées qui se ressemblent. Je vais très bien, je peux gérer toute seule maintenant. Si je veux reprendre les cours à la rentrée il va bien falloir que je me débrouille. Ici, j'ai l'impression d'être une assistée. On m'apporte le petit déjeuner, on me fait mon lit et on me range même la salle de bain. Je fais mon lit toute seule depuis l'age de 6 ans, ici j'ai l'impression d'en avoir 4.

…...

C'est vrai que d'avoir une salle de bain qui ressemblait à autre chose qu'un champ de bataille ça devait te changer.
….

275 / 17 AOUT 1996
Tu sais pourquoi on utilise le verbe aimer en permanence ? Pour tout et n'importe quoi ? Aujourd'hui je le sais. C'est tout simplement parce que le seul but à atteindre c'est l'amour inconditionnel. C'est aimer ce que l'on mange pour pouvoir l'apprécier. C'est aimer la nature pour pouvoir la comprendre. C'est aimer ce que l'on fait pour pouvoir le faire bien. Et c'est aimer les autres pour pouvoir s'aimer soi même. La haine, la peur, la douleur et tous les sentiments négatifs sont ressentis uniquement lorsque l'on aime pas. L'amour inconditionnel est la source de tout. C'est l'énergie de la conscience.
Si un jour ( probablement lointain) tu le conçois, tu le comprends et tu l'acceptes, alors tu seras capable de comprendre tout le reste.
…....


Antoine de St Exupery1 a écrit : 

« Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder dans la même direction 2».

Je suis d'accord avec cette citation mais elle m'évoque une question. La direction dont il parle, je ne pense pas que ce soit le projet de construction de la maison, ni la destination des prochaines vacances. Alors quelle est la destination finale ? Moi j'ai ma petite idée, mais je te laisse trouver la réponse. Et oui ! Tu m'as obligé à lire le petit prince, alors la punition c'est que je ne te donnerais pas la réponse.
…..

La tout de suite, je ne connais pas la réponse non plus. Mais je te promets de chercher.
…..

276/ 18 AOUT 1996
Je n'ai pas vue la journée passée. C'est vrai qu'une partie de Trivial à six, c'est quand même beaucoup plus long qu'une partie à 2. Mais c'est plutôt drôle. Surtout lorsque vous essayer de tricher, ou de faire deviner les réponses.  Et puis ils sont assez fort, je dois bien l'avouer. Mais cela ne m'a pas empêché de gagner.
….

On a fait combien de tours aujourd'hui ? Six je crois, donc six kilomètres. Ça va, je me sent bien. Maintenant que je peux marcher, manger et m'habiller toute seule,  je peux sortir ?
…..


Je sais que tu n'en pouvais plus d'être enfermée au centre. Mais malheureusement, il n'y a que le médecin qui pouvait prendre la décision de te laisser sortir ou pas.
…..

277 / 20 AOUT 1996
Voilà ! Le médecin est content. Il a pu constater que je parlais très bien. Je peux toucher mon nez avec mon index. Super ! Comme si c'était un exploit. Et je peux faire trois pas les yeux fermés. Magnifique !  Il peut me signer ma sortie maintenant ? Je ne sais pas pourquoi il m'a dit qu'il devait y réfléchir. Mais réfléchir à quoi ? Je vais bien et j'ai réussie tous les exercices donc pourquoi je n'aurais pas le droit de sortir d'ici ?

Le médecin m'a dit aussi que j'avais eu énormément de chance. Si, ce qui s'est passé était arrivé n'importe où ailleurs qu'à l'hôpital, je ne serais plus là. Il appelle ça de la chance lui ? Jusqu'à preuve du contraire, la médecine est une science et je ne suis pas certaine que la chance soit un facteur scientifique. Je pense surtout que ce n'était pas mon heure. A priori, je n'ai pas encore terminé. Mais terminé quoi ? Je n'en ai aucune idée. En revanche, je sais que la chance n'a rien à voir là dedans. Tout comme le hasard, la chance et même la malchance n'existent pas. Bon ou mauvais, tout à une raison d'être. Il faut tomber pour apprendre à se relever. Chaque épreuve que l'on affronte n'est pas faite pour nous anéantir. C'est juste un exercice pour nous permettre d'apprendre. Mais si  l'on reproduit les mêmes erreurs à chaque fois, alors on devra refaire l'exercice encore et encore, jusqu'à ce que l'on comprenne. Il n'y a pas de malédiction, juste de l'apprentissage.
…...


Si je suis ton raisonnement, il signifie que chaque coup dur de notre vie n'est qu'un exercice, dont nous devons en tirer une leçon.Pourquoi pas. Mais explique moi quelle était la leçon à tirer de cette là.Qu'aucune bataille n'est perdue d'avance ? Que peu importe la hauteur de la chute, il est possible de se relever ? Que tant que l'on est vivant, il ne faut rien lâcher ?
Mais je le sais, tu ne me répondras pas.
…...

Enfin une bonne nouvelle ! J'ai le droit de sortir. Dans deux jours je serais libre. Mais il faudra que tu viennes me chercher parce que pour le moment je n'ai pas le droit de conduire. Manque de réflexes paraît il. De toute façon si on déménage, je pourrais aller travailler à pied. Et pour le reste, et bien tu prendras le volant.
…..

Oui, c'était une très bonne nouvelle. Je me suis toujours demandée quel chantage tu avais fait au médecin pour qu'il te laisse sortir.
…..

278/ 21 AOUT 1996
Demain je sors d'ici, enfin ! Il était temps. On a autre chose à faire que jouer à la baballe et faire des coloriages. Tu vas aussi pouvoir récupérer ton discman. Et on va pouvoir reprendre le cours de notre vie. En commençant par partir en vacances. Ensuite, il y a la rentrée et après... on déménage. Ou plutôt, je déménage et tu emménages. Mais non ! On vie pour ainsi dire à l'hôtel alors j'avais raison, on déménage. Le seul problème c'est que tu n'es pas encore au courant. Mais je n'avais pas vraiment prévue de me retrouver coincée ici, et surtout pas aussi longtemps. Je veux profiter de ces vacances pour faire pas mal de choses et je ne parle pas de visiter l'aquarium. On ira aussi visiter l'aquarium si tu veux, mais je veux surtout partager certaines choses avec toi.

Et dès notre retour, je te donnerais cette lettre que je promène depuis trop longtemps. On est plus à 8 jours près, alors je vais attendre que l'on soient rentrées. Je n'ai pas envie de prendre le risque de rentrer à pied, ou pire, de te gâcher les vacances.
…...


Plus à 8 jours près ? Tout dépend de quel point de vue on se place. Les 8 jours dont tu parles auraient certainement changés les vingt années qui ont suivies.
Je ne t'en veux pas.Tu n'avais aucun moyen de savoir ce qui se produirait ensuite.L'essentiel est qu'aujourd'hui je sais. Je sais ce que tu pensais vraiment. Je sais, quelles étaient tes réelles intentions. Et même si j'ai attendue 22 ans pour le savoir, je suis bien consciente du cadeau que tu m'a laissé à travers tout ces textes.
…..

279/ 22 AOUT 1996
Et me voilà de nouveau chez mon frère. Un jour il va me demander de payer un loyer. Tu n'imagines pas le bonheur que c'est de sortir de ce truc. Rien que le fait de voir des voitures rouler sur la nationale... c'est génial. Du mouvement, des sons, des odeurs, c'est un vrai retour à la vie.
Et puis je suis contente, j'ai enfin réussie à te parler de déménagement. A priori tu n'as rien contre, ce qui est déjà une bonne chose. Mais je ne suis pas certaine que tu ais compris que c'est avec toi que je veux déménager. Je me suis probablement mal exprimée. Pourtant, il va bien falloir que tu comprennes parce que je compte résilier le bail dès la rentrée. Cela dit, une fois que tu auras lu la lettre, normalement tu devrais comprendre. Je dis bien normalement. Il ne te resteras plus qu'à l'expliquer à tes parents, ce qui à mon avis ne va pas être simple. Mais je te fais confiance, tu trouveras la solution. Il faut aussi que j'en parle à mon frère parce que je vais avoir besoin de lui pour m'aider à faire les cartons. Sans parler du déménagement en lui même. J'ai déjà du mal à me porter moi même, alors porter des meubles je ne suis pas certaine d'y arriver.
…...


Je me souviens du jour où tu en a parlé à ton frère. J'étais présente. C'était ton dernier jour... celui vers lequel tes textes nous dirige tout doucement. Mais avant cela, il nous restait encore à vivre nos dernières vacances. Et je suis bien curieuse de lire quels souvenirs tu en avais gardé.
…..
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Ven 31 Mai - 0:42
La fin d'un drame

Ton frère et P'tit loup vont très bien. Ton frère à déménagé. Il a trouvé une jolie maison à 10 minutes du centre ville. Ton neveu va même avoir son propre appartement au rez de chaussée de la maison. Parfait pour eux deux. Ton frère a même installé un canapé lit dans son bureau exprès pour moi. Ah oui ! Parce que je ne t'ai pas encore dit, mais je ne vais plus pouvoir emprunter la chambre de ton neveu. Il sort du centre de rééducation dans deux semaines. La prochaine fois que je vais remonter les voir il sera à la maison. Il devra marcher avec les béquilles pas mal de temps et continuer la rééducation en hôpital de jour mais il a retrouvé son autonomie et plus rien ne s'oppose à sa sortie.

Il va avoir 18 ans, emménager dans son premier appartement, découvrir la joie de payer ses propres factures, en bref, il devient un homme.

Ton frère s'est enfin décidé à poser des vacances. Si ! Si je t'assures ! Je me doute que ça te choque, moi aussi d'ailleurs. Et pour être honnête j'ai eu du mal à le décider, mais il l'a fait. Il l'a fait pour son fils. P'tit Loup sort du centre définitivement il va avoir besoin d'aide et puis il y a le déménagement qui approche et toutes les démarches qui vont avec. Au delà du coté organisation pratique, je pense que ça leur fera du bien à tous les deux de passer du temps ensembles. Ils ont besoin de reprendre leurs marques, de trouver de nouveaux repères. Cette nouvelle maison c'est  une nouvelle vie qui commence. Mais c'est surtout une vie sans ta belle-soeur. Ton neveu va devoir apprendre à affronter le quotidien sans sa mère. Et malheureusement il ne parle toujours pas d'elle. Comme si elle n'avait jamais existé. Je sais ! C'est une forme de déni. Il en parlera quand il en ressentira le besoin et surtout quand il sera prêt à le faire. Mais je sais aussi que plus ça prendra de temps plus ce sera difficile. Et puis ensuite viendra le procès et encore des moments difficiles à vivre. J'espère que P'tit Loup sera asser fort pour surmonter tout cela. Mais j'ai confiance en lui il y arrivera. Et puis il ne sera pas seul. Ton frère sera toujours là pour lui et moi aussi.
Comme prévu il va rentrer à la fac de médecine en septembre. Il est toujours bien décidé à embrasser la carrière de médecin légiste. Mais d'abord ils vont partir en vacances tous les deux. Tu devines à quel endroit P'tit loup veut partir ? En Italie, à Florence. Quelle surprise !

Et en parlant de vacances, nous avons hâte de lire....
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le Ven 31 Mai - 0:52
Tes dernières lignes

280 / 23 AOUT
Tu viens juste de partir. J'aurais aimé que tu restes, mais tu ne vas pas voir tes parents pendant 8 jours, alors c'était normal que tu passes la soirée avec eux ce soir.
…...

Je viens de finir mon sac et je crois que je n'ai rien oublié. Il ne restera plus qu'à récupérer les injections dans le frigo. Mais ça je te fais confiance, tu y pensera bien avant moi. J'ai hâte d'être arrivée, je veux revoir la mer.... encore une fois. J'aimerais tellement que tu apprennes à regarder, que tu comprennes ce que tu vois, mais je ne suis pas certaine de réussir à te transmettre cette faculté. Tu as beau répéter que je suis un bon prof, là, c'est quelque chose que je ne peux pas t'apprendre, il faudra que tu apprennes toute seule.
….....

J'ai toujours dit que tu avais une manière très particulière de regarder les choses.Que ce soit l'océan ou les murs du château, c'était comme si tu essayais de leur parler.C'est quelque chose qui m' a toujours fasciné, mais n'y trouvant aucune explication je n'ai pas cherché à comprendre pourquoi. C'était une composante de ta personnalité que je trouvais touchante et ça m'allait très bien.
Mais aujourd'hui, après avoir lu énormément de choses j'en arrive à la conclusion que l'expérience que tu as vécue lorsque tu étais dans le coma était loin d'être anodine, et encore moins sans conséquence.
…...

281 / 24 AOUT
Il est 2h du matin et non, je ne dors pas. Ce qui n'est pas très grave puisque c'est toi qui conduit. Je dormirais dans la voiture. J'ai vraiment hâte de partir. Je suis certaine que tu vas aimer. J'ai visité cette ville il y a des années avec mon frère ; et mes vagues souvenirs se résument a une ville gigantesque en bord de mer, apparaissant sous mes pieds comme une maquette. C'est la vue que l'on peut admirer depuis Notre Dame de la Garde. On ira... je te le promets. Il faut que tu vois ça.

Et ce soir je t’emmène manger un plateau de fruits de mer sur le vieux port. Une fois que l'on aura trouvé où dormir. Parce qu'avec tout ça, je n'ai pas pu m'occuper de réserver quelque chose. Ce sera la surprise une fois sur place.
…..


La vue de la ville depuis Notre Dame de la Garde.... c'est tout simplement splendide.
…...

282 / 25 AOUT
Aujourd'hui je t’emmène visiter le Château d'If.  Tu vas voir, c est magnifique. Il a été construit sur une toute petite île et il a même été utilisé comme prison à une époque. Oui ! Sur le même principe que le rocher d'Alcatraz, le seul moyen de s'en échapper s'était par la mer. Malin non ?
…...


Malin je ne sais pas, mais en tout cas très efficace.Parce que personnellement s'en échapper à la nage, je passe mon tour. C'est tout simplement suicidaire.
…....

283 / 5 SEPT
La bonne nouvelle c'est que la consultation s'est bien passée, je peux reprendre le boulot. J'avoue que j'appréhendais vraiment. Je sais que je suis capable de faire cours mais tu sais comment sont les médecins ? Il suffit d'un point manquant sur la grille d'évaluation pour être recalé. Il ne veut pas toujours pas m'autoriser à reprendre le volant mais ce n'est qu'une question de temps. Ce n'est pas définitif, alors je peux m'y faire.
…...

Merci pour les vacances. Je n'oublierais jamais ton visage décomposé lorsque l'on était sur le bateau. Pas plus que la nuit que l'on a passé après le restaurant du port. Tu es drôle quand tu as bu un verre de trop. Je ne t'avais jamais vu dans cet état. Et pour cause, tu ne te l'ai jamais permis, de peur de ne pas être à la hauteur si j'avais besoin de toi. Au moins là pour une fois, tu as réussie à lâcher prise. Pour mon plus grand bonheur, je dois bien l'avouer.
Je garderai de magnifiques souvenirs de ses vacances, que je vais ranger avec tous les autres.
Mais celui qui ira tout en haut de la pile c'est bien celui de cette fabuleuse soirée passée sur la plage. Chacun de tes mots et chacun de tes regards avaient pour moi une saveur particulière. Si j'avais emmené le champagne ce soir là, il y avait une raison. Et je suis certaine que tu comprendras après avoir lu la lettre. J'ai peut être fait les choses dans le désordre, c'est vrai. Mais l'essentiel c'est de les faire.
…...


La soirée sur la plage se retrouve en haut de ta liste ? Je vois.... Bravo !!! Tu disais quoi déjà ?


(Extrait du texte n° 163)« ….Tu m'a demandé ce que moi je voudrais pour mon mariage. Et je n'ai pas réussie à te répondre. Tu veux savoir pourquoi ? Tout simplement parce que jusqu'à présent la réponse était simple. Pas besoin d'imaginer parce que je ne veux pas me marier. Mais... quand tu m'as posé la question je me suis vue sur une plage au bord de l'océan. Une coupe de champagne à la main. Un tête à tête avec pour seule vision l'infini de l'océan. Je me suis vue exprimer ce que je ressens les yeux dans les yeux et sans témoins. Pourquoi sans témoin ? Parce que ça ne regarde personne.

Quand aux alliances... alors là... Symbole d'appartenance ? Ah ça non ! Personne n'appartient à personne. Pourquoi on a choisie un anneau pour représenter le mariage ?  Tu veux ma théorie ? La forme... c'est rond. Donc sans début, ni fin. Le lien indéfinissable, que l'on tient dans ses doigts. Ce lien si simple et si fort à la fois, c'est ça la symbolique de l'alliance. Quoi qu'il arrive, peu importe les événements ou la distance qui sépare deux êtres.  La vision de cette alliance te rappelle en permanence que tu n'es pas seule, que tu es liée à quelqu'un que tu aimes et qui t'aimes en retour. Finalement, je trouve l'idée assez attrayante. Alors... un jour peut être... Un jour sûrement. »


Et puis tu as écrit ça aussi :

(Extrait du texte n° 188) « Je n'ai pas changé d'avis sur la cérémonie, l'église ou sur le fait de signer un registre. Mais l'alliance... c'est le symbole de ce lien unique, impérissable et inaltérable. Et j'ai tendance à penser que si sa valeur d'aujourd'hui n'est qu'un prix, elle sera toute autre dans deux, dix ou trente ans. »

Voilà pourquoi je te dis bravo !!! Après y avoir longuement réfléchi je veux que tu saches qu'aujourd'hui l'alliance est à sa place. La seule qui convienne, à mon annulaire gauche.
…....

Tu as remarqué à quel point on se sent écrasé dans les rues de la ville ? Comme si on manquait d'air et d'espace. A l'inverse du château où l'on se sentirait presque perdu et abandonné. Les pieds sur le bitume, entourés par des murs, les gens courent dans tous les sens, comme si ils avançaient en accéléré, comme si ils voulaient échapper à quelque chose. Il n'y a qu'à voir à quel point les gens s’excitent sur leur klaxon pour le comprendre. Mais... une fois vue d'en haut c'est totalement différent. La ville prend l'aspect d'un plateau de jeu où ne sommes que des pions. Plateau qui semble bien petit, face à la mer qui s'étend vers l'infini. Nous ne sommes rien et nous faisons partie d'un tout. N'oublie jamais cela.
…...


L'oublier? Non, mais il faudrait déjà que je comprenne ce que tu essayes implicitement de me dire.
…...

Il faut que l'on mange chez mon frère samedi. C'est lui qui me l' a demandé. Sa belle mère vient pour le déjeuner et il voudrait éviter de se retrouver coincé entre elle et sa femme. Alors il m'a demandé que l'on vienne. Il pense que notre présence détendra l'atmosphère. Oui, entre lui et sa belle mère ça n'a jamais été le grand amour. Mais tu vas vite comprendre pourquoi. Moi même je ne peux pas la voir, mais pour mon frère, j ai répondu qu'on viendrait. Et puis ça tombe très bien, il faut que je lui parle. Sa belle mère vient pour le week-end mais elle doit partir avec sa fille dans l'après midi, alors je pourrais en profiter pour lui parler seule à seul et te donner cette lettre le soir.
…......

Rien qu'en évoquant la belle mère ton frère est passé au rouge.
Quand à me donner cette lettre le soir, l'idée était bonne... la réalisation nettement moins.
…......
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Dim 2 Juin - 0:09
L'ultime

Il nous reste un seul texte entre les mains : le dernier. Tes derniers mots :

284 / 6 SEPT 1996
Demain, il faut que je parle à mon frère mais je ne sais pas ce que je vais lui dire. Et encore moins, comment il va réagir lorsque je vais lui expliquer mes projets et ce qui est écrit dans cette lettre. Mais j'ai vraiment besoin de lui. Je crois même, que si j'ai attendu aussi longtemps avant de te la donner c'est parce que j'avais besoin de l'approbation de mon frère. Si je suis heureuse il le sera aussi ? Oui, probablement. Mais j'ai besoin d'en avoir la certitude. Une fois cette étape franchie, le reste ne sera que du bonheur, j'ai déjà mis le champagne au frais.

…..

Bravo ! Tu viens de faire pleurer ton frère. Et comme je ne suis pas un monstre, je l'accompagne. Je pleure mais je ne suis pas triste.
…...

Alors, c'est de cette manière que se termine ton journal. Il n'y aura jamais rien d'autre après. Mais tes textes sont tellement riches que je ne ressent le besoin de rien d'autre. Ton journal est un énorme atout. Et en partant du principe que la chance existe, tout le monde n'a pas celle là.
Si je devais ranger ton journal dans une bibliothèque je ne saurai même pas dans quelle catégorie le mettre. Vie quotidienne, psychologie, philosophie, sciences,  ou peut être para psychologie ? Je n'en ai aucune idée.
…...


La journée du lendemain à marquée ma vie à jamais. Ni ton frère ni moi, ne pourront l'oublier.C'est le jour où tu nous a quitté.
Mais.....j'ai une confidence à te faire. Il y a quelque chose dont je n'ai jamais parlé à personne. Et après tout ce que je viens de lire, je crois que je te dois bien ça.
Au moment où tu as perdue connaissance, tu es tombée, en m’entraînant au sol avec toi. Ta main dans la mienne, je pouvais sentir tes pulsations cardiaques ralentirent. Les yeux dans les yeux, je voyais ton regard se vider peu à peu. Tu étais en train de mourir dans mes bras. Mais à cet instant, il s'est produit quelque chose que je ne peux pas expliquer. Et ne pouvant pas l'expliquer, je me suis convaincue que l'émotion du moment avait provoqué en moi une sorte d'hallucination, alors je n'en ai jamais parlé.. Mais aujourd'hui je m'interroge.

Un vent glacial à traversé la pièce, formant une bulle cotonneuse autour de nous. De la même manière que la pluie forme le brouillard, par contraste de température, il s'est formé un brouillard d'une densité extrême et d'une blancheur étincelante. Cette boule de coton nous a littéralement englobé, nous séparant physiquement de tout ce qui nous entourait. Pourquoi je dis physiquement ? Parce que nous étions quatre autour de toi mais je n'en ai aucun souvenir. Pour moi ce phénomène n'avait duré qu'un court instant. Mais en évoquant ce jour avec ton frère il y a quelques mois, j'ai appris que l'instant dont je te parle, à en réalité duré plus de trois heures. Trois heures dont je n'ai aucun souvenir. Durant ces trois heures, ton frère a essayé de me parler, mais il m'a dit :

« - J'ai vite abandonné, parce que tu ne m'entendais pas. Tu étais comme hypnotisée. »

Que s'est il passé ? Mon esprit cartésien, hérité du tient, me pousse à répondre que ce phénomène n'est rien d'autre que l'expression du choc psychologique vécu à cet instant. Mais en effectuant certaines recherches, j'ai découvert récemment, qu'il y avait peut être une autre explication. Laquelle ? J'y viendrai plus tard. Parce qu'elle mérite que je t'expose l'ensemble de la démarche de mes recherches.

D'autant plus que des phénomènes inexpliqués, je peux t'en raconter d'autres. Tu te souviens de l'amie dont je t'ai parlé ? Celle qui présentait les mêmes symptômes que toi. Au départ le corps médical pensait que mes doutes étaient injustifiés et que ces symptômes minimes étaient purement psychologiques. Donc le plus simple était de la traiter de la même manière que 50% de la population, a savoir la mettre sous antidépresseurs. Après m’être battue  contre cette solution de facilité, il s'est avéré que j'avais raison. Elle à bien le même problème que toi. Mais fort heureusement ayant découvert le problème très tôt, un traitement médicamenteux léger suffit a enrayer la progression et stabiliser la situation.

Toujours est il qu'après avoir partagé des heures en salle d'attente, accompagné de l'angoisse qui va avec, il s'est créé un véritable lien de confiance entre elle et moi. Aujourd'hui la personne dont je suis le plus proche c'est elle. Évidemment il y a ton frère et P'tit loup mais ça n'a rien à voir, eux sont ma famille. Elle s'est différent.
Et quand je te parlais de phénomènes étranges c'est tout simplement parce qu'il lui arrive régulièrement d'être prise de crises de migraines. Migraines qu'aucun antidouleur n'est capable d'enrayer. En revanche, si moi je prends un antidouleur, alors sa migraine diminue. Comment tu expliques ce phénomène ?
A une époque, elle était tellement mal que je lui ai donné ma chevalière. Celle que tu m'avais offerte. Mon but était de la protéger avec cette chevalière de la même manière que tu l'avais fait avec moi. Voilà pourquoi je t'ai dit que je ne la possède plus, mais qu'elle est très bien là ou elle est.
Depuis, mon amie fait des rêves étranges. Pourquoi étrange ? Parce que ses rêves ne sont pas des rêves, ce sont mes souvenirs, nos souvenirs à toi et moi. C'est parce que je lui parle beaucoup et que je lui en ai parlé ? Non ! Ses rêves correspondent à des scènes banales que je ne lui aie jamais raconté. Là encore, je voudrais bien que tu m'explique.

Ajoute à tout cela l'ensemble de tes textes, dont certains méritent vraiment quelques explications, et tu vas comprendre pour quelles raisons j'ai décidé d'entreprendre certaines recherches.
…....
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Si je pouvais - Page 5 Empty Re: Si je pouvais

le Mar 4 Juin - 21:08
Tout comme ton frère, je sais ce qu'est une expérience de mort imminente. Mais ni lui, ni moi, n'aurions pu imaginer un seul instant, que tu avais pu en faire l'objet. La lecture de ton récit (texte n°238) à agit sur nous comme un électrochoc.
Je suis très bien placée pour savoir que tu avais une excellente culture générale. Mes défaites répétées au Trivial Pursuit en sont l'exemple parfait. Je sais aussi que tu n'avais aucune croyance religieuse. Au contraire, tu défendais la science et les hypothèses vérifiables. Mais là, et pour la première fois, tu nous parle d'un univers qui dépasse les limites de la science et de la connaissance.
Notre première pensée à été :

« - Ouh là ! Ils avaient probablement un peu trop forcé sur les drogues. »

Mais il y a un problème. Tu n'as jamais mis les pieds, dans le sas visiteurs du service de réanimation de ton vivant. La chaise que je plaçais toujours au même endroit, et mon sac à dos que je posais toujours à ma droite, tout est vrai. Comment pouvais tu le savoir ? Je me souviens que l'on s'est disputées sur une aire d'autoroute en partant en vacances, parce que tu me soutenais m'avoir entendue te dire que je passais mon permis en conduite accompagnée. Le seul moment ou je t'en ai parlé, tu étais dans le coma.
Si tes visions étaient réellement provoquées par les drogues, il me semble que les probabilités d'une quelconque correspondance avec la réalité serait plus que faible. Alors d'où vient ce phénomène ? Qu'est ce c'est ?

Rapidement, nous commençons à nous orienter sur la possibilité d'une expérience de mort imminente. Mais que sait on réellement aujourd'hui sur ce sujet ?
Le premier a avoir avancé l'idée que les patients aux portes de la mort pouvaient vivre une expérience hors du commun est le psychiatre Raymond Moody dans un livre intitulé, La vie après la vie, en 1975. Ce livre n'est autre que la première étude publiée sur le sujet.
Depuis une vingtaine d'année, de nombreux médecins et psychiatres effectuent, en silence, des recherches sur ce phénomène étrange. Pourquoi en silence ? Parce que l'idée d'une vie après la vie est, pour certains un pur délire ésotérique, et pour d'autres, tout simplement impossible.
Le centre ISSNOE1, à Genève, regroupe aujourd'hui une équipe de recherche multidisciplinaire pour tenter d'expliquer ce phénomène. Des médecins généralistes, infirmiers, anesthésistes, réanimateurs, psychologues, psychiatres, mais aussi des biologistes, des neuro-scientifiques et des physiciens. Tous travaillent en collaboration, afin de percer le mystère des EMI.
Le recueil de nombreux témoignages suivis de leurs analyses a permis de créer une grille d'évaluation des EMI, le score de Greyson (1983), nous permettant aujourd'hui de pouvoir en déterminer les points communs et d' exclure certains facteurs.
Les travaux du Dr Jean Pierre Jourdan publiés dans Deadline, dernière limite en 2012 ont visiblement, largement contribués à l'avancée des recherches. En effet, il s’avère que contrairement à ce que l'on pensait, nul besoin d'être en état de mort clinique pour vivre l'expérience. La seule constante étant : l'état de conscience modifié.

Mais quand est il réellement de cette expérience ? Que nous apprennent les témoignages ?
Détestant les questions sans réponse, et encore plus les réponses toutes faites, j'ai donc entrepris de trouver moi même les réponses. C'est à partir de là, que commençait un autre voyage, ponctué d'escales, toutes aussi passionnantes les unes que les autres.

…....

Pendant des semaines j'ai planché sur le sujet.  j'ai visionné des témoignages, des conférences, j'ai lu des ouvrages entiers et même différentes thèses écrites traitant de ce phénomène. La description scientifique que l'on possède aujourd'hui est exactement celle que tu avais faite dans ton journal. L'ensemble des points communs nous a amené, ton frère et moi, à en conclure que tu as bel et bien vécue une expérience de mort provisoire. Il ne nous restait plus qu'à savoir si les différents traitements que tu as subi auraient pu les provoquer ou fausser ton interprétation. Personnellement j'étais convaincue que non, mais en tant que médecin ton frère voulait absolument vérifier. Il a donc fait sortir ton dossier médical des archives. Il l'a étudié pendant des jours et des nuits entières. Toutes les courbes, toutes les images, toutes les analyses ont été décortiquées à la loupe. Étant donné qu'à l'époque il y avait très peu de choses informatisées ce ne sont pas les données qui manquaient. Et … tu veux savoir ? Il n'y a rien, absolument rien dans ton dossier médical qui peut expliquer cette expérience. Ce qui veut donc dire que l'explication n'est pas médicale. Ou peut être, pas uniquement médicale. Ce qui paraît totalement impensable et incompréhensible. Mais si il y a bien une chose que je déteste c'est de ne pas comprendre et ce n'est pas à toi que je vais l' apprendre. Puisque médicalement , rien n'était capable d'expliquer ce phénomène j'ai commencé à élargir mes recherches. J'ai fouillé dans la psychologie, la neurologie, et même la physique classique. Mes recherches m'ont même amené à m'intéresser à la physique quantique. Et oui ! Là encore tu avais raison. La physique quantique fait bien partie de la clé du problème.

Après des semaines à étudier , je me suis retrouvée à lire des études d'astrophysique. Les lois de la gravité, la distorsion de l'espace temps, l'énergie noire, les ondes gravitationnelles et même les trous noirs sont venus occupés mes soirées. Tout ces thèmes qui n'ont a priori aucun rapport avec les EMI, font en réalité parti de l'explication, ou plutôt de la théorie. Et en parlant de théorie, toi tu disait : « Tout est lié », ce qui me paraissait totalement irréaliste. Mais il faut que tu saches qu'aujourd'hui, il existe ce que nos scientifiques ont appelé la théorie du tout. Je suis certaine que tu aurais adorée.

Et mes recherches ne se sont pas arrêtées là. Non ! Je suis remontée aux origines de la vie, j'ai voyagé à travers l'histoire de l'évolution des espèces. J'ai compris l'importance de L'ADN et son évolution au cours des millénaires. Et en parlant d'évolution, la société elle même a profondément changée au cours des derniers milliers d'années. Cette société, dans laquelle nous vivons, l'espace d'un coucher de soleil à l’échelle de l'univers, n'est autre que le résultat de millions d'années dévolution. Une vie humaine ne représente finalement pas grand chose.

Et pourtant.... la tienne représente tellement pour moi. C'est assez paradoxal en fin de compte. Nous ne sommes finalement qu' un minuscule grain de lumière dans l'Univers. Et je crois que c'est cette lumière qui a éclairé ma vie il y a 25 ans. C'est elle aussi qui a guidée mes pas jusqu'ici, jusqu'à ton frère, jusqu'a P'tit Loup. C'est ta lumière qui brille tous les matins à l'aube, c'est elle qui éclaire mes journées, c'est elle qui éclaire ma vie... même encore aujourd'hui. Au rythme du soleil, cette lumière ne s'éteindra jamais, elle sera toujours près de moi.
Après avoir lu ton journal, tu  imagines bien qu'il m'est arrivée d'imaginer notre vie aujourd'hui, si les circonstances avaient été différentes. Mais...on ne refait pas le passé, alors j'ai tout simplement appris à vivre avec.

J'ai eu une chance extraordinaire. Tout ce que tu m'as écrit, tout ce que tu m'as laissée, c'est  tellement plus qu'un héritage. Merci. Merci infiniment.
Après des semaines de recherches j'ai finalement trouvé des réponses à mes questions. Ce ne sont pour le moment que des théories que la science ne nous permet pas de prouver aujourd'hui. Mais ces explications me conviennent. Aujourd'hui je m'endors sans les « pourquoi ? », sans me poser de question sur demain. J'ai compris qu'il fallait se laisser surprendre.

Tu m'avais fait la promesse de trouver le passage qui relierait nos vies, malgré ta mort. Bravo ! Tu l'as trouvé. Alors aujourd'hui c'est à mon tour de te faire une promesse. Celle de ne jamais trahir tout ce que l'on a pu se dire. Je ferais bon usage de cet héritage et je te promets de ne jamais baisser les bras, de ne jamais abandonner. Quoi qu'il puisse arriver dans l'avenir.


FIN
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le Mar 4 Juin - 21:09
Epilogue

Au cours d'une vie, on perd tous quelqu'un a qui l' on tient. J'ai choisie de partager cette histoire pour vous dire que l'on est jamais seul(e) dans la douleur et la souffrance. Si j'ai fait le choix de retranscrire  ses propres mots à la virgule près, c'est pour qu'à travers ses mots il soit possible d'apprendre à la connaître. Je suis consciente d'avoir eu la chance incroyable de partager sa vie. Mais surtout... si je devais faire passer un message à travers cette histoire ce serait celui ci :

On ne peut jamais savoir de quoi demain sera fait, mais quoi que l'on ai vécu, heureux ou malheureux, l'avenir réserve bien des surprises. Au travers des doutes et des incertitudes il faut avoir confiance en cet avenir.
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le Mar 4 Juin - 21:18
/// Il fallait bien mettre le mot fin à cette histoire quelque part, voilà qui est fait. Vous avez étés nombreuses à lire cette histoire en silence,sans aucun commentaire. Maintenant que l'histoire est terminée j'espère avoir la chance de lire vos impressions et même de répondre à vos questions.Grace à vous j'ai eu le courage de tout retranscrire et de revenir sur mon passé. Alors je tenais à dire vous merci.////
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le Jeu 6 Juin - 8:54
Salut. Ça fait plus d’un an que je suis ton histoire. Je n’ai jamais pu écrire un commentaire face à un tel récit. C’est beau et en même temps terrible. Le meilleur et le pire. Tous les jours j’ai été accaparée par ta vie, j’allais voir s’il y avait un nouveau paragraphe chaque matin. Merci d’avoir partagé.
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