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Re: Si je pouvais

le Mer 8 Aoû - 0:00
Explication mouvementée

Je ne laisserai pas ton frère tout seul, je vais revenir demain, mais là tout de suite je dois rentrer chez mes parents. Et j'ai comme la désagréable impression que je vais vivre l'un des pires moments de ce que j'ai eu à vivre jusqu'à présent.
Je vais aussi devoir leur expliquer que je ne retournerais pas au lycée cette année. Je sais qu'ils ne vont pas comprendre. Ils vont être déçus, la conversation va partir au 'clash'. C'est certain mais c'est non. Tant pi si je dois me battre avec eux, je suis prête à en payer le prix mais il m'est impossible de faire autrement.

Dans ma voiture je réalise que je chante toute seule et que dorénavant je chanterai toujours seule. Tu ne poseras plus ta main sur la mienne sur le levier de vitesses. Je ne roulerais plus, avec toi à mes cotés. Les larmes commencent à couler le long de mes joues, ma vue se trouble et j'ai du mal à me concentrer. Je vais m'arrêter, j'ai besoin de respirer.

« ...T'as laissée des bouts de toi au creux de chaque endroit 
Un peu de chair à  chaque empreinte de tes pas 
Ton visage et ta voix qui ne me quittent pas 
Autant de coups au cœur qui me tue chaque fois
Une ville que la nuit rend imaginaire 
Une route qu'on prend comme on reprend de l'air »

Et puis mes parents… qu'est ce que je vais leur dire ? Que ma prof de maths, mon amie est partie. C'est ça ? C'est la vérité mais c'est bien plus que cela.


Je dois reprendre la route, même si je n'en ai aucune envie. Rentrer chez mes parents, ouvrir le
frigo,  monter l'escalier qui mène à ma chambre, dormir dans mon lit… comment je vais faire ? Le frigo, la cuisine ou je te préparais à manger, l'escalier dans lequel je t'ai portée, et ma chambre… ma chambre ou ton oreiller porte encore ton parfum. La vue du balcon sur le ciel, ou tu regardais les nuages avancés et mon bureau sur lequel tu m'as fait travailler si souvent. Je ne vais pas y arriver. Pour la première fois depuis 4 ans je le dis : je ne vais pas y arriver.

Faire la route sans toi c'est difficile mais j'ai finie par rentrer chez mes parents. Je te laisse imaginer dans quel état. Devant toi j'ai toujours essayé d'être souriante, solide et sure de moi, même quand je ne l'était pas. Mais ce soir, je suis une loque. Chacune de mes larmes emporte avec elle mes rêves, mes illusions, des images, nos rires… j'ai l'impression de me vider seconde après seconde et cette sensation est juste horrible.

«  Bonjour maman, bonjour papa. »

Non effectivement ça ne va pas. Oui il s'est passé quelque chose. Plus rien ne sera comme avant, plus jamais. Pourquoi je pleure ? Parce qu'elle est partie. Qui ? Mon amie, ma meilleure amie. Celle qui a remplie ma vie,  celle avec qui j'ai partagée tant de choses.. celle sans qui je ne suis plus rien. De qui je parle ? Mes mots n'ont aucun sens ? Pour vous sans doute, moi je sais très bien ce que je dis. Elle était malade et je le savais, j'ai tout fait pour l'aider et j'ai bien failli réussir… mais elle est partie. Je ne serais pas là demain, je ne peux pas laisser son frère s'occuper seul de ses funérailles, je rentrerais lundi. Pourquoi je m'occupe de ça ? Parce que je suis la seule à pouvoir le faire. Parce que je suis celle qui la connaissait le mieux tout simplement. Parce qu'elle aurait voulue que je soutienne son frère. Parce que c'est elle… et parce que c'est moi... tout simplement.

Que je n'oublie pas la rentrée scolaire mercredi ? Et bien justement en parlant de la rentrée il faut que je vous dise quelque chose. Je ne retournerais pas au lycée cette année. Vous pouvez hurler, me gifler ou même me jeter dehors, rien ne me fera changer d'avis. Je ne retournerais pas au lycée. Plus jamais je n'y mettrai les pieds. M'y obliger ? Impossible, je n'irais pas en cours, je ne repasserais jamais cette grille. Le Bac ? Je m'en moque, je ferais ma vie sans le bac et j'en assumerai les conséquences. Mon avenir ? Quel avenir ? Un avenir sans toi ? Je n'en veux pas. Je n'ai aucun
avenir j'ai juste un passé. Alors je vais m'efforcer de vivre au jour le jour, d'appliquer Carpe Diem. Et un jour peut être, je ferais une formation et je passerai un diplôme, mais aujourd'hui je ne veux plus entendre parler ni de cours ni de devoirs et encore moins de professeurs.

Mes parents sont sous le choc, ils ne comprennent pas mon comportement et encore moins mon discours catégorique pour ne pas dire hystérique.
Je sais qu'ils ne vont plus m'adresser la parole par incompréhension. La maison n'est pas un hôtel et je vais devoir trouver une solution sinon ce qui m'attend c'est la rue. Mais comme tu le dis si bien : une chose après l'autre.

Je vais monter et m'enfermer dans ma chambre. Je ne veux pas leur parler plus. Ma décision est prise. Inutile d'insister. Une fois dans ma chambre une sensation étrange s'empare de moi. Les murs commencent à tourner autour de moi. Je revois des images : moi assise à mon bureau, toi endormie sur mon lit, nous affalées devant une vidéo… Les murs tournent de plus en plus vite et j'ai l'impression d'être prise dans un tourbillon. Je me sent mal… j'ai presque envie de vomir. Pourquoi dire presque ? C'est fait. Ça va aller. Si, si, je t'assures. Ce n'est qu'un mauvais moment à passer.
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Re: Si je pouvais

le Mer 8 Aoû - 0:08
.Et maintenant ?

Mercredi c'est la rentrée. La dernière année de lycée et j'aurais du repasser mon bac.
Sauf que maintenant….le lycée ? Sans toi ?
Derrière chaque mur, chaque porte..le parking, les grilles...se cache ton visage. Je ne peux pas. Je ne veux pas y retourner. Franchir cette grille sans toi c'est juste au dessus de mes forces. Jusqu'ici j'ai tenu bon, je me suis accrochée... Mais je n'ai plus la force de courir, je suis épuisée. Je ne suis pas forte, je n'ai aucun courage, ses adjectifs c'est à toi que je les ai volés. Mon énergie ? C'est dans ton regard que je la puisait.
Je n'ai plus rien à faire dans ses murs. Tout ce que je devais y apprendre, c'est toi qui me l'a appris...et bien plus. Retourner au lycée, c'est me condamner à mort.
Je sais que tu ne vas pas aimer ce que je vais dire mais je ne repasserais pas mon bac. Je suis désolée mais les cours et les profs, pour moi c'est terminé. Aucun professeur ne sera capable de se mesurer à toi. La barre est beaucoup trop haute. De tous les profs que j'ai pu croiser au cours de ma scolarité il n'en restera qu'un: c'est toi.

Je n'ai plus besoin de cours, ni même du bac pour savoir qu'un jour je ferais quelque chose de ma vie.
Quoi ? Je n'en sais rien encore, mais je trouverais et je te promets que tu seras fière de moi.
Je trouverais ma voie, je ferais mes propres choix et mes propres erreurs aussi... sûrement. J'avancerais, même si de temps en temps, je dois regarder par dessus mon épaule je continuerais d'avancer et je te promets de ne jamais revenir en arrière.
« Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec de regrets », rassure toi, je l'ai bien compris.

Ce que je vais faire maintenant ? Aucune idée. Je me sent vide, comme si une partie de moi était partie avec toi, mais c'est peut être le cas. Je ne pense pas pouvoir remplir ce vide un jour, mais je vais devoir apprendre à vivre avec. De la même manière que l'on apprend sans doute, à vivre avec un organe en moins.
Tu as remplie ma vie de tellement de manières, que le vide que tu laisses est infini. Et je ne sais pas comment faire. Par où commencer ? Comment je vais faire pour apprendre à vivre sans toi ? Je sais que tu n'as pas la réponse et même si tu l'avais tu ne me la donnerais pas. C'est à moi de trouver mon propre chemin, un autre chemin que le notre.
Ça prendra peut être du temps, mais moi du temps j'en ai. Je n'ai même plus que cela.
Mais oui ! Je sais ce que tu vas me dire : « N'oublie pas Carpe Diem ». Ne t'en fais pas... je ne l'oublierais pas.

«  ...Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars ... »

De notre histoire, je garde en mémoire toutes nos histoires, tout tes discours, toutes les images, toutes les musiques, chacun de tes gestes, de tes regards, de tes sourires...de tes silences aussi... et... ton au revoir...puisque tu es partie.

Il y a 4 ans, quasiment jour pour jour, tu entrais dans ma vie. 3 mois plus tard tu l'as totalement bouleversée, pour en faire une aventure extraordinaire. Celle que personne n'aurait imaginée. Mais
demain ? Demain tout va s' arrêter. Les 4 années passées à tes cotés vont se briser et je ne pourrais jamais recoller les morceaux.

Je vais retourner au lycée. Une dernière fois, une seule fois. J'irais avec ton frère. Il faut déposer le certificat de décès et je vais annuler mon inscription. Je sais ce que tu penses mais je ne peux vraiment pas.

Ton frère s'est occupé de prévenir ton club de Basket, moi j'ai prévenu les 3 mousquetaires et maintenant nous allons devoir organiser tes funérailles. Inutile de te dire que ce n'est pas vraiment ce que j'avais prévue pour mon anniversaire.Et je pense que toi non plus. Mes 20 ans ? Je crois que je vais m'en rappeler.

Pour l'heure, on a rendez vous au funérarium avec ton frère. Je ne sais même pas comment ça se passe une inhumation. Et pour être honnête, je n'avais aucune envie de le savoir.
Tu ne voulais, ni messe, ni cérémonie et encore moins de discours.

Tu disais : « C'est nul les discours aux enterrements, c'est juste pour entretenir la douleur et le chagrin des gens. Si on connaissait le défunt on a pas besoin d'un discours pour savoir qui il était. Et si on ne le connaissait pas, alors on a rien a faire là »

Le gars du funérarium nous explique que ton cercueil sera posé dans une salle, qu'ils appellent une 'salle de recueillement', pour que les proches puissent te dire au revoir. On peut y déposer des fleurs, des photos ou des objets. Des photos ? On en a aucune. Et en réalisant qu'il n'avait même pas une photo de toi pour mettre sur les faire part, ton frère s'est mis à pleurer. Je lui ai dit de mettre une fleur de lys sur les faire part. Je pense que c'est ce que tu aurais voulue.

« En général les familles déposent des objets qui représentent le défunt ».

D'accord, je comprends l'idée. Laissez moi réfléchir une seconde…. Le ballon de basket offert par tes élèves et ton livre de maths. Pour le château et les falaises, des photos moi j'en ai. On peut les faire agrandir et les encadrer, ton frère va s'en occuper. Pour les fleurs ? Ça c'est facile, des lys blancs bien sure…

Quoi d'autre ? On doit choisir une tenue. Pardon ? On habille les morts pour les enterrer ou les brûler ?

« Oui, en principe on choisie une belle tenue. »

D'accord mais là… aucune idée. Ton frère me regarde comme si je connaissais la réponse mais franchement… t'aurai choisie quoi ? Là, il faut que tu m'aides. Merci… c'est bon je sais : la fameuse robe noire qui rendrait fou n'importe qui. Celle que tu ne portais qu'en de rares occasions et pour ainsi dire… juste pour moi.
Ah ce n'est pas fini ? Encore autre chose ? On peut enregistrer tes musiques préférées sur une cassette audio ( le MP3 n’existait pas), elle sera diffusée dans la salle. Ton frère rigolerai presque… Oui c'est bon, la cassette je m'en occupe.

- Tous les cris, les SOS : Daniel Balavoine
- On se retrouvera : Francis Lalanne
- Puisque tu pars : Jean Jacques Goldman
- Les lacs du Connemara : Michel Sardou

L'inhumation est prévue pour quand ? Mercredi. 14h. Drôle de rentrée des classes…

En revenant chez ton frère, ta belle sœur nous avait préparé à manger. Mais je ne te caches pas que l'on a eu un peu de mal. On a l'air de 3 débiles autour d'une table. Sans un mot on regarde une chaise… vide.
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Re: Si je pouvais

le Mer 8 Aoû - 0:19
Ton dernier voyage

Mercredi.
Si je suis prête ? Alors... si la question est de savoir si je suis habillée, la réponse est oui. Et non je ne suis pas en jean. Pourtant tu sais que le coté 'classe' c'est pas vraiment ce qui me met le plus à l'aise mais là, je n'ai pas trop le choix. J'ai mis le pantalon noir, celui que tu aimais bien. Et c'est ta chemisette noire que j'ai sur le dos. Tu te rappelle ? C'est celle que tu m'as donné parce qu 'elle était trop petite pour toi. (je l'ai toujours mais je ne la porte que pour des occasions particulières). Ton frère à mis un beau costume, ça le change de sa tenue du SMUR ou de son jean. Si tu le voyais tu serais fière, il est chic habillé de cette façon. Il a même fait l'effort de mettre une cravate et pourtant tu sais à quel point il n'aime pas ça. Et comme tu sais qu'il déteste les cravates, tu voudrais que je la desserre, tout comme tu lui a desserré le jour de son mariage. Voilà c'est fait ! Tu vois… j' écoutais ce que tu me disais.

Il faut y aller maintenant….
On est devant le bâtiment, avec ton frère. Ta belle sœur est partie garée la voiture. Est ce que je suis prête à te dire adieu ? Pas du tout.  Mais…. Il faut rentrer là dedans. Tu nous verrais tous les deux, on est vraiment pas fiers. Rentrer dans cette salle ? Je crois qu'il le faut. J'entends la bande sonore derrière la porte.

« ...Puisque tu pars
Que les vents te mènent où d'autres âmes plus belles
Sauront t'aimer mieux que nous
Puisque l'on ne peut t'aimer plus... »

Tétanisés, pris à la gorge, incapable de bouger un orteil… Ton cercueil est devant nous. Posé à coté de lui, il y a ton livre et ton ballon… Je sourie en repensant au jour où tes élèves te l'ont offert. Je regarde les deux cadres posés devant toi. Le château que tu aimais tant, et ces falaises au bord desquelles nous avons parlés si souvent. Je m'approche de toi, doucement...comme pour ne pas te réveiller. Tu portes cette magnifique robe noire que tu aimais tant. Ton frère m'a même dit :

« Tu avais raison, elle est magnifique dans cette robe. ».

En y réfléchissant, le jour où je t'ai vue dans cette robe pour la première fois, tu aurais pu me demander n'importe quoi. Le seul son que j'étais capable de sortir c'est « A ».
J' observe ton visage.. tu as l'air sereine, détendue. Tout autour ? Des lys blancs… ils sont magnifiques. Le blanc c'est la couleur de la paix et tu le savais. Peut être une manière de te dire que maintenant tu n'as plus besoin de te battre… tu peux partir en paix.

On va ressortir maintenant. On reviendra tout à l'heure. Quand tout le monde t'auras dit au revoir et   juste avant que…

Ton frère ne me lâche pas d'une semelle, il me tient par le bras. Il a peur que je me sauve ? Je reconnais quelques personnes de ton club. Le Proviseur, le conseiller d'éducation et un certain nombre de tes collègues sont là aussi. Certains sont surpris de me voir, d'autres… pas du tout. Les collègues de ton frère sont là aussi, c'est vrai que tu les connaissait tous. Les 3 mousquetaires ne sont pas loin, ils sont très affectés eux aussi. Ils n'oublieront jamais les vacances au bord de la mer, et ils se souviendront de toi. Tu peux en être certaine. Tu vas vraiment leur manquer.

En une heure, j'ai du faire les bises à environ 200 personnes. Aux quelques personnes que je n'ai jamais vues (tes profs de fac, tes entraîneurs et partenaires de basket au lycée) ton frère me présente en disant que je suis celle sans qui tes funérailles auraient eu lieu il y a déjà bien longtemps. A toi de me dire si il avait raison. Par contre... Toi, tu avais raison. « Mes sincères condoléances » c'est vraiment stupide comme phrase. Tu disais quoi déjà ? « Une doléance c'est une demande, donc littéralement… sincère demande à la con ». Pour toi cette phrase n'avait aucun sens, aujourd'hui je comprends pourquoi.

Toi, tu préférais celle là :

« Si tu penses à moi aussi fort que je pense à toi, alors c'est sure… on se retrouvera »

C'est l'heure. On doit aller te voir une dernière fois, avant qu'ils ferment ton cercueil définitivement.
Je te regarde encore une fois, une dernière fois. Je m'efforce de graver ton visage dans ma mémoire pour ne jamais l'oublier. Tu as les yeux fermés et je ne vois plus ton regard. Il me manque. Tu me manques. Et j'ai bien peur que tu me manques éternellement. Je dois te dire au revoir mais je refuse de te dire adieu.
Je t'ai dit :

«  Tu ne souffriras plus jamais, je te le promets. Ne t'en fais pas pour nous, on s'en sortira. Quoi qu'il arrive tu seras toujours avec nous, avec moi. Je ne t'oublierais jamais. Je n'oublierais rien je te le jure. Et si tu penses à moi aussi fort que je pense à toi, alors c'est sure … on se retrouvera ».

En entendant ces mots, ton frère s'est mis à pleurer, mais pas moi. Je ne veux pas pleurer maintenant. Je t'ai pris la main, une dernière fois, mais je ne sentais plus ta chaleur. Je t'ai donné un baiser sur le front, comme je le faisais si souvent. Mais celui ci était le dernier.

Maintenant ils emmènent ton cercueil dans la salle de crémation. Juste à coté, il y a une pièce avec des sièges et un écran au mur. Sur cet écran je regarde ton cercueil posé sur un espèce de tapis roulant. Un peu comme on pose les courses à la caisse du supermarché. On entend le crépitement du four. Le tapis roulant vient de s'enclencher et la porte du four se lève lentement... laissant apparaître les flammes. Rouges flamboyantes, on aurait presque mal aux yeux. Un peu comme les rayons du soleil quand ils reflètent sur la mer. Les couchers de soleil sur l'océan.. tu t'en rappelle ? Je suis sure que oui. Maintenant que la porte est grande ouverte, ton cercueil s'avance vers les flammes. Elles lèchent le bois, qui commence à craquer… le feu est en train de t'avaler. On ne voit plus que des flammes et la porte va se refermer. Tu as disparue dans les flammes… c'est fini.

Ceux qui le souhaite sont invités chez ton frère pour boire un café. La fameuse petite réunion que tu détestais. Tu disais :

« Celle où les gens sont toujours très fort pour parler du défunt alors qu'ils n'ont jamais été là de son vivant ».

Tu m'avais dit aussi: «  Ne pleurez pas sur ma mort, c'est du temps de perdu et la vie est trop courte pour ça. Célébrez ma vie et la votre. »

Alors tu sais ce que j'ai fait ? J'avais planquée une bouteille de champagne dans le frigo de ton frère. Oui, celui de la cave de mes parents. J'ai débité ta phrase devant tout le monde, j'ai fait sauté le bouchon et je me suis servie deux coupes : Une pour toi et une pour moi.

« Je lève nos verres à ta vie, à la mienne, à la notre… je t'aime »

Ton frère et ta belle sœur ont dit que c'était moi qui avait raison. Résultat : ton frère à vidé sa cave.
C'est aussi ce jour là que pour la première fois j'ai avoué mes sentiments pour toi. Pour la première fois j'ose le dire « je t'aime » et depuis très longtemps. Maintenant c'est une évidence. Malheureusement tu ne le sauras jamais. Ou peut être que tu le savais mais tu n'a jamais rien dit. Je comprends mais aujourd'hui je trouve ça dommage.

Le soir ton frère est retourné au crématorium récupérer l'urne contenant tes cendres. Il n'a pas voulu que je l'accompagne. Je pense qu'il avait besoin de ce moment de solitude. Quand il est revenu, il tenait l'urne dans ses mains. C'est lui qui l'avait choisie. Tu devines la couleur ? Vert émeraude comme la couleur de vos yeux à tous les deux. Il l'a tendue vers moi et il m'a dit :

«Tu es la seule à savoir ce qu'elle voulait vraiment. Alors tient, prend la. Tu sais quoi en faire. »

Ton frère à raison, je sais quoi faire. Mais pour l'instant tu vas remplacer la bouteille de champagne dans mon sac à dos. Je dois rentrer chez mes parents. On partira demain matin….
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Re: Si je pouvais

le Mer 8 Aoû - 0:27
Envole toi

Le jour se lève enfin. J'ai passée la nuit assise par terre sur le balcon à regarder les étoiles. Ces étoiles que tu regardais si souvent comme si tu y cherchais ta place. Maintenant c'est moi qui te cherche, là haut dans le ciel.
Pour le moment tu es posée à coté de moi mais tu n'aurais pas voulue rester posé sur une étagère. Ne t''inquiètes pas on va y aller. On a de la route à faire. Je sais ce que tu voulais et tu l'auras.
J'ai posé mon sac à dos sur le siège passager, je lui ai même attachée la ceinture. J'ai pris la route, cette route que tu connais, cette route qui nous emmène vers cet endroit que tu aimes. C'est difficile tu sais, je ne t'entends plus chanter, je n'entends plus ta voix, je ne voix plus ton regard mais je roule… je roule mécaniquement. La voiture avale les kilomètres sans que je m'en aperçoive.

3h de route plus tard...
Venir ici sans toi c'est étrange. J'imagine ton regard posé sur la façade. T'avais raison, c'est comme si elle était vivante. Mais c'est toi qui ne l'est plus. Je regarde le château, le parc, les animaux… de loin... et je n'arrive pas à mettre un pied devant l'autre. Je porte mon sac sur le dos à la place de t'avoir toi, à mes cotés. Seule, je marche dans le parc, je regarde les bassins… sans toi.
C'est dur, ça fait mal. J'ai mal ; Tu me manques. Tu me manques c'est atroce. Ce n'est pas de ta faute je le sais. Mais je crois que je t'en veux… un peu. J'ai la sensation d'avoir été abandonnée, que tu m'as abandonnée. Même si je sais que c'est faux.

Un jour tu m'as dit :
« Si il n'y a plus rien à faire, promets moi de me laisser partir ».

Je n'ai jamais su te dire non. Alors tu vois... je vais te laisser partir. Ici. Maintenant. Je dois te laisser partir. Tu voulais que je jette tes cendres et que je brise l'urne. Je savais que ce serait difficile mais c'est pire. Tu n'imagines pas à quel point c'est difficile. Et je ne suis pas sure d'y arriver. J'ai les mains qui tremblent, les larmes coulent, encore et encore, mes yeux brûlent et j'ai besoin de toi. Les gens dans le parc me regardent pleurer et tu sais quoi ? Je m'en moque. Le gros chêne un peu plus loin .. il te plaît ? Regarde… le soleil le réchauffe et à ses pieds on a une très belle vue sur le parc. Je suis sure que du haut de ses branches tu peux admirer les étoiles. Et de là haut tu verras la grande ourse. A coté d'elle tu trouveras Draco, la constellation du dragon, qui est devenue la notre.

Je vais renverser l'urne ici. Le vent emportera tes cendres comme un voile… et tu disparaîtras pour toujours.

« Envole toi… envole toi
Loin de cette fatalité qui colle à ta peau
vers un autre horizon, loin de ces maux »

Et oui je sais ce que tu vas me dire : « la poussière vit hors du temps ».
Je sais que tu n'aimes pas les discours mais je dois quand même te dire quelque chose. Et puis on est entre nous alors ce n'est pas vraiment un discours.

Copie du texte original :

« Merci pour tout ce que tu m'as appris
Merci d'avoir partagée et aussi bien remplie ma vie
Regards, sourires, cafards et délires
Douleurs, rancœurs, colères et même l'ivresse.
Douceur, bonheur, sagesse et même ta tendresse
Quand j'y repense… tu m'as tout donné.
Mais aujourd'hui mon cœur est brisé.
C'est une énorme blessure qui saignera toujours
Parce que ce lien si fort va nous unir pour toujours
Au delà de ta mort, il existera toujours.
Ce lien … c'est tout simplement l'amour. »

J'ai renversée l'urne….
«  .. que les vents te mène, ou d'autres âmes plus belles sauront t'aimer mieux que moi puisque je ne peux t'aimer plus... »


Briser l'urne ? Si je l’explose contre le chêne ça te convient ? C'est fait. Et je viens de comprendre pourquoi tu voulais que je la brise. Quand je vois le résultat je comprends… des centaines de tout petits morceaux. Oui ta mort m'a mise en colère, c'est vrai. Et briser l'urne c'était une manière de faire sortir cette colère. Tu voulais t'assurer que je n'aille pas mettre un poing dans le visage du premier venu, c'est bien cela ?

J'ai tenu ma promesse alors j'espère que tu respecteras la tienne. Trouve le moyen de faire exister le passage.
Et… « Si tu penses à moi aussi fort que je pense à toi, alors c'est sure… on se retrouvera ».
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Re: Si je pouvais

le Mer 8 Aoû - 0:31
Black out

J'ai revue ton frère quelques fois mais on a décidé d' un accord commun de ne plus se revoir. A chaque fois on fini en larmes et ça nous fait du mal. Plus tard... un jour peut être que l'on arrivera à se parler sans que ça finisse en drame.

Je survie bien plus que je ne vie. Tous les matins je me demande : à quoi ça sert de vivre si c'est pour vivre sans toi ? Je tourne en rond, je m'ennuie et ma vie n'a plus aucun intérêt.

Sortir ? Voir des amis ? Sortir sans toi je n'en ai aucune envie. Bowling, cinéma, pizzeria, boite de nuit ou encore la piscine, c'est avec toi que j'y allais. Et puis avec qui veux tu que je sorte ? Des amis ? Quels amis ? Mon amie c'était toi. Je n'ai plus d'autres amis que toi depuis bien longtemps. C'était un choix personnel, je l'assume parfaitement. Mais il est vrai que le revers de la médaille, c'est qu'aujourd'hui que tu n'es plus là, je suis seule. Mais pour être honnête ce n'est pas la solitude qui me dérange le plus. Je ne serais pas de très bonne compagnie de toute façon. Je n'ai plus envie de rien, tout m’énerve et je n'ai plus aucune patience. Pas plus tard qu'hier soir je me suis mise à pleurer devant mon assiette. C'était des pâtes carbonara. Je pleure 20 fois par jour, mais je commence à m'y habituer. Pourquoi je pleure ?Parce que tout ce qui m'entoure me rappelle que tu n'es plus là.

Je passe mes soirées à regarder le ciel et tu sais très bien ce que j'y cherche. Se lever tous les matins, jour après jour, en espérant qu'un matin la douleur aura disparue. Aujourd'hui c'est mon unique but. Mais je crois que ce n'est qu'une utopie.
Un jour tu m'as fait promettre de ne pas faire de connerie si tu disparaissais. Si tu savais combien de fois j'ai maudit cette promesse depuis que tu es partie… Mais je ne t'ai jamais mentis, je ne t'ai jamais trahie et je ne commencerais pas aujourd'hui.

Sur mon bureau, traîne toujours mon stylo et la pile de feuilles blanches sur laquelle j’écrivais. Mais mon cerveau est vide je n'arrive plus à écrire. C'est toi qui m'inspirait, c'est pour toi que j’écrivais et comme disait Francis Cabrel :
« ...Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux...
Tout ce que j'ai pu écrire
C'est ton sourire qui me l'a dicté ... »

Mais ton regard s'est éteint à jamais. Je le sais, puisque c'est moi qui t'ai fermé les yeux.
Ton sourire à disparu aussi et je n'entends plus ta voix.
Je voudrais pouvoir mettre le sablier du temps à l'envers. Me dire que ces dernières semaines n'étaient pas les dernières, que ceci n'est qu'un mauvais cauchemar. Me dire que je vais me réveiller et que l'on va tout recommencer. Mais la seule vérité c'est que ton cœur s'est arrêté, que le mien s'est brisé et... que ton regard m'a tuée.
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Re: Si je pouvais

le Mer 8 Aoû - 0:45
Quelques mois plus tard…

A la maison c'est un cauchemar. Mes parents me font la gueule et l'on ne s'adresse quasiment plus la parole. Je me suis inscrite dans une boite d' intérim, j'ai fait quelques missions mais rien de très intéressant. Vivement que je trouve un travail fixe, peu importe ce que c'est pourvu que ça me permette de payer un loyer. Il faut que je parte d'ici le plus vite possible. De temps en temps je sort avec quelques amis du lycée mais c'est juste pour m'évader d'ici. J'ai la tête dans les étoiles et pour moi tu es toujours aussi présente. Dans mes pensées en tout cas. Il m'arrive même de te croiser à l'angle d'un rayon de supermarché. Je dors par terre quasiment tous les soirs. Je sais que c'est idiot mais je n'y arrive pas. J'ai voulu regarder « le passage » il n'y a pas longtemps mais j'ai rapidement abandonnée. Le générique de début n'était pas terminé que j'étais déjà en larmes.

Tous les jours, tous les soirs je me repasse le film dans ma tête. 4 années avec toi, 4 années géniales.

« Tout ce qu'on s'est dit, tout ce qu'on a fait, c'était pas pour du faux que c'était bien ».

Nos conversations repassent en boucle dans ma tête, je n'en ai pas oublié un seul mot. Et j'espère ne jamais les oublier. Je ne veux pas oublier.
A force de réécouter tes mots dans ma tête, de revoir tes sourires, ton regard… je m'interroge.
Depuis 4 ans je te considère comme ma meilleure amie et au début je pense que c'était le cas. Mais… aujourd'hui je sais que c'était bien plus que de l'amitié. Et à bien y réfléchir ça fait déjà un bon moment. Elle a bon dos l'amitié mais … je me suis menti à moi même et finalement peut être à toi aussi et je m'en excuse. Je t'aimais. Je t'aimais comme je pense ne plus jamais aimer. Et toi ? Ce que tu n'as jamais réussi à me dire, ce ne serait pas « je t'aime » par hasard ? Malheureusement cette question je me la poserait probablement pour le restant de mes jours.

Je viens tout juste d'avoir 20 ans, une vie entière à construire et pourtant l'impression que l'essentiel de ma vie est derrière moi.  Je vais faire quoi sans toi ? Je deviens quoi sans toi ? J'ai besoin de toi. Tu as été mon professeur, mon amie, mon guide, mon philosophe, mon mentor…et même ma demie sœur. Mais maintenant ?  Je commence par trouver un boulot stable et je trouve un appartement,  première des choses à faire. Mais ensuite je vais faire quoi de ma vie ? Il va falloir que tu m'aides je n'y arriverai pas toute seule.  Et sans toi je suis seule.

Je suis en vrac, désarmée, anéantie. Je ne sais plus rien, ni ce que je veux, ni ce que je ne veux pas. La seule chose que je veux c'est toi. Je met un pied devant l'autre tous les matins parce que tu m'as demandé de le faire, c'est la seule raison.
Copie du texte original :

« Sans toi je perds l'équilibre, je n'ai plus envie de vivre
Sans toi j'ai le vertige, ma vie part à la dérive.
J'ai perdue l'étincelle qui rendait ma vie si belle
Ce que l'on a vécue était bien réel, tout perdre c'est vraiment cruel.
Je n'ai plus aucune raison de courir, plus de raison de vivre
J'ai perdue la moitié de moi- même et je n'ai même pas eu le temps de te dire je t'aime »

Durant les 4 dernières années je n'ai jamais pris deux minutes pour réfléchir à notre relation. Aujourd'hui je m'en veut énormément. Beaucoup de choses auraient dues me mettre la puce à l'oreille. Que ce soit dans les mots ou les actes, comment j'ai pu ne pas comprendre ? En fait je ne me suis jamais posée la question. Si il y a une chose que je regrette, une seule, c'est bien celle là.
Comme le dit si bien Francis Cabrel :

«  Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerais ».

J'ai encore besoin de toi, j'aurais toujours besoin de toi. Je suis perdue sans toi et tu me manques atrocement, horriblement, viscéralement...

« Aide moi à trouver le chemin qui atténuera mon chagrin.
Aide moi à faire en sorte que ta mort ne signe pas ma propre fin.
Je ne sais plus respirer, je ne sais pas ou mettre les pieds
Avancer sans toi à mes cotés, je vais finir par m'étouffer.
C'est ta lumière qui illuminait ma vie, aujourd'hui c'est ton ombre qui me suit. »
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Re: Si je pouvais

le Mer 8 Aoû - 1:12
Et ensuite ?

J'ai fini par trouver un travail de magasinier. J'ai un salaire fixe, ce qui m'a permise de louer un appartement. J'ai rencontrée une fille, à qui je dois énormément, puisqu'elle m'a sortie de ma solitude. On est restées 4 ans ensemble et puis les événements de la vie nous ont séparées. Ce n'était peut être qu'un pansement sur une plaie ouverte.

5 ans plus tard je ne savais toujours pas quoi faire de ma vie. J'avais l'impression de ne servir à rien et que mon existence était inutile. Je me suis inscrite comme secouriste bénévole dans une association. Là, j'ai commencé à retrouver le sourire. Chaque formation, chaque soin effectué me rappelais ce que j'avais vécue avec toi et me faisait du bien. Mais cette région, cette ville, je ne supporte plus. Je passe devant le lycée tous les jours. Chaque bâtiment me rappelle à toi. Il n'y a pas un seul endroit dans cette ville ou je n'ai pas un souvenir avec toi. J'ai l'impression de vivre avec un fantôme collé sur mon dos. Je fuis les médecins et les hôpitaux comme la peste parce que les médecins et les hôpitaux c'était ta vie. Je suis même incapable de rendre visite à un proche dans un hôpital.  Je me sent mal, j'étouffe et la première chose qui me revient en mémoire : c'est toi, couchée sur ton lit en service de Réanimation.

Tu as marquée et gravée mon existence comme peu de gens auraient étés capable de le faire. Depuis 5 ans, je survie comme je peux à ton absence. La douleur ne s'estompe pas, elle est toujours là. D'une manière différente tu fais toujours partie de ma vie. Lorsque j'écoute la radio je ne peux m'empêcher d'écouter attentivement les paroles des nouvelles chansons. J'ai même parfois l'impression que certaines ont été écrites pour toi : « Vivre pour elle » « Tu es mon autre » et bien d'autres encore.... Que ce soit un film ou une chanson je me demande souvent si tu aurais aimé ou détesté. Et crois moi si je te dis que le concert de Jean Jacques Goldman au Zenith, que je suis allée voir, tu l'aurais adoré. La scène qui se lève à la verticale à la fin du concert sur « Envole moi »… ce moment était fait pour toi. Le dernier croissant que j'ai mangé c'était avec toi, quand il m'arrive de passer dans une boulangerie je commande un pain au chocolat.


Au fil des années j'ai fait quelques belles rencontres, j'ai occupé plusieurs postes professionnels et j'ai voyagé, en me donnant pour seul objectif de trouver ma voie pour que tu sois fière de moi.
J'avais besoin de ton aide et j'ai mis quelques années à me rendre compte que tout ce dont j'avais besoin pour construire ma vie, je l'avait déjà. Toutes les clés, tu me les avait données. Il ne me restait plus qu'à m'en servir.

Aujourd'hui, je suis Ambulancier (depuis 12 ans). Je suis certaine que ça te fais rire. En fait j'ai découvert ce métier il y a plus de 20 ans grâce à toi. Cette formation c'est à toi que je la dédie. N'ayant pas le bac j'ai du passer les épreuves d'admission.  Des exercices de maths niveau 3ème, une explication de texte et une rédaction, ainsi qu'un entretien oral. Me retrouver assise dans une salle de cours devant des exercices de maths n'a pas été facile. Et puis je me suis dit que je te devais bien ça. Je devais réussir ce test (haut la main) et obtenir ce diplôme. Je sais que tu as été déçue
lorsque j'ai décidée de ne pas repasser mon bac, alors cette formation était pour moi une manière de me faire pardonner. Non seulement je voulais ce diplôme, mais comme toi, j'ai décidé de viser l'excellence pour que tu sois fière de moi. Je suis sortie Major de ma session.
Aujourd'hui, l'imprévu et les urgences c'est mon quotidien. La routine n'existe pas et j'adore ça. C'est tellement mal payé et mal reconnu qu'il est impossible de faire ce métier par hasard. Il faut le faire par passion. Mais toi la passion de ton métier tu sais ce que ça signifie.

Mes loisirs ? La randonnée pédestre en solitaire et le montage vidéo. Une manière pour moi de regarder la nature de la même façon que toi tu la regardait. En solitaire ? Pas tout à fait. Je t'emporte toujours avec moi ainsi que ma caméra. Les montages effectués par la suite sont l'assemblage vivant de souvenirs et d'émotions.
Aujourd'hui tes mots sont devenus les miens, tes phrases sont devenues les miennes et ta philosophie de vie... c'est moi qui la transmet aux autres.
Je ne mange toujours pas de croissant, ni de fruits rouges d ailleurs. Lorsque l'on m'offre une éclair je choisie toujours café ou vanille parce que chocolat… c'est pour toi. Ma boisson préférée c'est toujours le champagne. Quand à mes chansons et mes films préférés, ils n'ont pas changés, la liste s'est juste allongée.
Je passe la moitié de mon temps derrière un volant et oui je chante encore quand je roule. Je chante pour toi, en modifiant les paroles comme tu le faisais si souvent. Je chante pour nous.

Coté vie privée c'est un petit peu plus compliqué. J'ai vécue dans une grande maison, dans laquelle j'ai plus cohabité qu'autre chose. Et puis un jour j'ai enfin pris la décision de partir (9 ans déjà). De quitter cette ville, cette région et de tout laisser derrière. 550 km plus loin je vie dans un studio avec mon chat et j'y suis très bien. Tu vas rire ça me rappelle notre chambre d’hôtel, la cuisine en plus. Pour moi c'était un nouveau départ. Nouvelle vie et nouvelles rencontres. J'avais juste oublié une chose: Aussi loin qu'on aille, on emporte son passé avec soi.

Et crois moi si je te dis qu'il revient comme un boomerang lorsque l'on s'y attend le moins.
Après plus de 20 ans de silence, ton frère à retrouver ma trace. Malgré un contexte difficile pour lui, cela nous à permis de revenir sur cette histoire commune : la tienne. Il va bien ne t'inquiète pas, c'est difficile mais je m'en occupe. De là ou tu es, tu ne peux rien faire pour lui alors je vais le faire à ta place. On a beaucoup parlé ces derniers temps. On a ré ouvert certaines blessures mais on a également trouver les réponses à nos questions mutuelles. On étale pas 4 années sur une table, comme on étale ses lettres au scrabble, alors je pense que maintenant, on va se revoir régulièrement. 20 ans de silence, je crois que c'est assez. Maintenant on est prêt tous les deux.
Et tu pourras lui dire une nouvelle fois merci, parce que même si j'y pense depuis très longtemps, c'est lui qui m'a convaincu d'écrire notre histoire.

Depuis peu, je porte ta gourmette. Oui, celle là. Ton frère l'avait gardée pour moi, dans une boite depuis plus de 20 ans, pour le jour où l'on se reverrait. Je pensais la ranger précieusement mais je crois que tu aurais préférée que je la porte alors c'est le cas. C'est le seul endroit où l'on peut lire ton prénom que je ne prononce jamais. Certains diront que c'est remuer le couteau dans le plaie, moi je dis que non. Elle me fait un bien fou. Ta gourmette est devenue mon ange gardien.

En parlant avec ton frère, tous les souvenirs, les bons comme les moins bons sont remontés à la surface. C'est douloureux c'est vrai . Mais je suis heureuse de constater que je n'ai rien oublié, pas un seul de tes mots, pas un seul de tes regards. Et je ne veux pas oublier, surtout pas. Notre histoire fait partie de moi, elle est gravée en moi ; Au sens figuré, comme au sens propre. Et oui ! Je t'ai dans la peau depuis l'age de 16 ans et aujourd'hui notre histoire est tatouée sur mon bras.

Sentimentalement ? Ah là… C'est complexe. Malgré différentes histoires 100 % féminines, dont je garde de très bons souvenirs, je suis célibataire. Rentrer dans mon cœur est compliqué. Même si tu n'es plus là tu prends encore beaucoup de place. Et sachant que je ne retrouverais jamais un lien aussi fort que le notre et bien je ne cherche pas. Notre relation était exceptionnelle et je pense que malheureusement on ne le vie qu'une seule fois. Mon âme sœur c'était toi alors inutile de chercher.

Si tu en avais eu le temps, la dernière chanson que tu aurais chanté pour moi c'est celle là :

« Un soir Tu trouveras des brouillons dans leur cachette
Pour voir Tu sortiras les disques de leur pochette
Notre histoire Tu la verras défiler dans ta tête

Alors chut Pose doucement un doigt devant ta bouche
Et lutte Efface de ta mémoire ces mots qui nous touchent
Brutes Ces images qui nous plongent dans la solitude
Écoute Ce qu'il reste de nous
Immobile et debout Une minute de silence
Ce qu'il reste, c'est tout De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou
Et fais quand tu y penses En souvenir de nous
Une minute de silence
Écoute passer mes nuits blanches Dans tes volutes de fumée bleue
Cette minute de silence Est pour nous deux
Écoute Ce qu'il reste de nous
Immobile et debout Cette minute de silence
Ce qu'il reste, c'est tout De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou Et fais quand tu y penses
En souvenir de nous Une minute de silence
Cette minute de silence
Est pour nous deux »
Michel Berger.

Au travers des textes des chansons tu continues de me parler. Dans mes rêves je te vois sourire. Quand je déprime, ce sont tes phrases qui me guide. Finalement, tu vies encore.. à l'intérieur de  moi. D'une autre manière... mais tu es toujours là. On dirait que tu as tenue ta promesse, le passage entre ma vie et ta mort tu l'as trouvé : c'est les textes des chansons, c'est nos souvenirs... c'est tout simplement notre histoire dans son intégralité.

Récemment j'ai repensé à ta théorie selon laquelle il serait possible de mettre une vie entière en équation et je me suis amusée avec quelques nombres.
Tu sais qu'entre le jour de novembre où tu es tombé devant mes yeux et celui ou tu es décédée dans mes bras il s'est écoulé très exactement 1393 jours.

Si je soustrais ton année de naissance à la mienne on obtient un 8.
Si j'utilise la méthode de construction de la suite de Fibonacci pour transformer la date de notre vraie rencontre on obtient un 6.
Selon la même méthode, si je soustrais ton jour de naissance au mien j'obtiens un 5.

Et maintenant ? Regarde…

1393/865 = 1,61

Oui, le résultat tend vers le nombre d'or. Je te laisses en tirer la conclusion…

Cette histoire est la tienne autant que la mienne alors les derniers mots je vais te les laisser :

« La vie ne peut être comprise qu'après coup mais elle doit être vécue de l'avant
Le nul n'existe pas.
Il faut savoir ce que l'on veut et se donner les moyens de l'obtenir
Tout le monde est capable de tout, alors essaye.
Il ne faut pas désespérer des imbéciles, on arrive parfois à en faire quelque chose
Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets
L'argent ne fait pas le bonheur, mais le bonheur n'a pas de prix
Il ne faut pas tout mélanger :Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.
Faut pas tuer les instants de bonheur
Célébrez ma vie et la votre
 Carpe Diem.
Si tu penses à moi aussi fort que je pense à toi, alors c'est sure… on se retrouvera
Semper fidelis »



« Tout ce que je fais aujourd'hui, c'est toi qui me l'a appris
Qui je suis aujourd'hui, c'est toi qui l'a construit
Toutes tes phrases, aujourd'hui c'est moi qui les dit
Je n'ai rien oublié depuis que tu es partie
Mais mon cœur s'est déchiré, ton sourire s'est envolé
et ton regard m'a tuée. »



Fin
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Re: Si je pouvais

le Ven 10 Aoû - 18:16
J'ai lu la fin y'a déjà un moment, certainement juste quand tu l'a posté. Mais j'ai pas encore réussi à remettre mes idées en place pour te dire ce que je ressens.

Alors en attendant de retrouver mes esprits et de t'envoyer un MP, si tu le permets, je vais déjà te dire merci. Un réel, sincère et profond merci...

Bisous
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Re: Si je pouvais

le Sam 11 Aoû - 1:13
Merci a vous pour avoir eu le courage de lire cette histoire jusqu'au bout.
Et Samhea, pas de problème pour le MP  j'y répondrai avec plaisir.
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Re: Si je pouvais

le Sam 11 Aoû - 10:07
Merci a toi de l'avoir écrite. Pour en dire quelques mots, je dirais émue, touchée, bouleversée.... Merci d'avoir partagé avec nous.
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Re: Si je pouvais

le Dim 26 Aoû - 2:34
//20 ans après , le cauchemar continu. Deux solutions s'offrent à moi. Soit je continue d'écrire, soit je me suicide. Sauf que la deuxième m'est impossible, je ne peux pas faire ça. Alors je vais continuer d'écrire... //
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Re: Si je pouvais

le Dim 26 Aoû - 23:03
//Forcée de constater qu'écrire est une excellente thérapie et bien.... je vais continuer. Impensable d'imaginer une suite à cette histoire? C'est ce j'aurais affirmer il y a 6 mois. Aujourd'hui? Je vie la suite au jour le jour.... alors j'ai décidé de la partager. La différence avec le Tome 1 (si on peut dire ça de cette façon) c'est que je ne connais pas la fin du Tome 2. En tout cas vous trouverez le début juste en dessous....//
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Re: Si je pouvais

le Dim 26 Aoû - 23:06
TOME 2

TON AUTRE REGARD


Retrouvailles.

Comme tu le sais, j'ai retrouvé ton frère. Ou plus exactement, c'est lui qui m'a retrouvé. Comme quoi les réseaux sociaux peuvent parfois être utiles. Même si je sais que toi, les réseaux sociaux, tu n'aurais pas adhérer du tout. Exposer ta vie privée ? Certainement pas ! Toujours est il que grâce à eux, ton frère a repris contact. Et oui ! Il y a une bonne raison. Comme moi, il y a pensé des dizaines de fois. Tous les ans, depuis plus de 20 ans, à la même date, nous avons la même pensée.
A l'époque on s'était dit, qu'il valait mieux pour nous, qu'on laisse un peu le temps s'écouler. Que l'on arriverai à se parler … mais plus tard. Sauf que plus tard… les mois ont passés et la vie a continuée. Les mois, puis les années ont continués de tourner. Chacun de notre coté, les mêmes questions : quoi lui dire après temps d'années ? Vais je lui faire du mal si je l'appelle ? Peut être m'a t 'il (elle) oublié(e)…

Et puis d'un autre coté, le sentiment d'inachevé qui nous suit l'un et l'autre depuis bientôt 22 ans. Les questions sans réponses que l'on se pose depuis tout ce temps. Après avoir interrogé notre mémoire des centaines de fois, visionner et écouter notre histoire (en rêve) un millier de fois… toujours les mêmes questions.
Je me suis souvent demandé si ton frère était toujours médecin, si il allait bien et même si il avait des enfants. En résumé : qu'est il devenu ? Tu imagines bien qu'il avait les mêmes questions à mon sujet. Et comme je pense que toi aussi tu voudrais savoir et bien je vais te répondre.

Après ton départ ton frère a fait preuve de beaucoup de courage. Il s'est occupé de vider ton appartement, dont il n'a conservé que quelques cartons contenant les choses auxquelles tu tenais le plus. A savoir, tes livres, tes cours et tes affaires de basket. Il a également dû s'occuper de ta voiture, ce qui en fait, était plus difficile que ton appartement. Et oui ! Les dernières années, ta voiture était plus ou moins devenue l'annexe de ton appartement et la vendre était pour lui impossible. C'était ta voiture. Finalement, il a fait le choix de la vider et d'en faire don à la caserne des Sapeurs Pompiers. Elle a servie pour un exercice de désincarcération. Mais la vider… cela signifiait récupérer les disques dans ta boite à gants, tes affaires dans ton coffre, le trivial Pursuit, ton ballon de basket… Tout cela à fini dans un carton, avec dans l'optique de s'en occuper plus tard... Un jour où il aurait le courage. Et puis bien sur, ton compte bancaire ? Ton frère étant ta seule famille et bien c'est lui qui en a hérité. Mais tu vas me répondre que c'est très bien comme cela et tu n'aurais pas voulu qu'il en soit autrement.

Après avoir mis toutes tes affaires en ordre, il a repris le travail. Mais je te laisse imaginer à quel point il a été difficile pour lui de pratiquer son métier. Malgré toutes ses connaissances, ses capacités intellectuelles, sa pratique de la médecine, son expérience… il n'a pas pu sauver sa propre sœur. Il n'a pas pu parce que personne ne le pouvait. Et il le sait. Il l'a su dès l'instant où j'ai hurlé :
« - Non ! Ne fait pas ça. Raccroche le téléphone. Elle a dit : pas de tube, pas de réa. »

Malheureusement, savoir que l'on prend la bonne décision est une chose, mais vivre avec en est une autre. Et là il a commencer à se demander : a quoi ça sert d'avoir fait médecine si on ne peut pas sauver les gens que l'on aime ? Mais je te rassure il a vite trouver la réponse : Pour sauver tout ceux qui peuvent l'être. L'idée d'abandonner la médecine lui a traversée l'esprit c'est vrai, mais pas très longtemps. En revanche, il s'est vite rendu compte qu'il devait continuer de pratiquer la médecine mais... ailleurs. Loin de cet hôpital où tu venais tous les mercredi. Loin de ce service de réanimation. Alors ton frère a déménagé dans le sud de la France.
Lui, a trouvé du travail très facilement. Pour ta belle sœur en revanche, ce fut un peu plus compliqué.  Ils venaient du Nord, c'était des étrangers. Et dans le milieu du travail, là bas on privilégie les gens de la région.

Quelques années plus tard, ils ont eu un fils. Oui, tu as un neveu. Son prénom est un dérivé du tient, et ce n'est pas un hasard tu peux me croire. D'ailleurs, en parlant de hasard, il est né deux jours après toi. Vous avez le même signe du zodiaque. Mais ce n'est pas la seule chose qui te relie à lui. Vous avez les mêmes yeux, le même regard…. Et crois moi c'est très perturbant.

Mais tu veux savoir pourquoi ton frère m'a recontacté ? Pourquoi après tout ce temps ?
Tout simplement parce qu'il s'est retrouvé au bord du gouffre psychologique.
Un matin du mois de mai, alors qu'il sortait d'une garde de nuit, il s'est retrouvé face à une maison a moitié vide. Sa femme était partie.

Il y a six ans, alors que ton neveu n'avait que 11 ans, ils ont déjà failli se séparer. Ta belle sœur n'arrivait pas à s'adapter à sa vie dans le sud. Elle n'avait pas d'amis, pas de famille et au fil des années elle a presque reproché à ton frère leur installation là bas. Ton frère, lui, entre son boulot, les conférences et les colloques, le peu de temps libre qu'il avait, il le consacrait à son fils. Et il avoue lui même qu'il n'a effectivement pas été suffisamment présent pour sa femme à cette période .Ton neveu avait 11 ans, il devait donc rentrer au collège et changer d'établissement, alors ils ont de nouveau déménagés. Ils sont revenus. Depuis, ton frère à repris son poste dans l'établissement où je l'ai connu. Celui dans lequel on m'a opéré de l'épaule d'ailleurs. Oui ! Après ton départ, un jour, j'ai eu une idée de génie. Une photo de groupe sur les remparts de la ville avec des anciens du lycée. Autant te dire tout de suite que je n'ai jamais vue la photo. Ben non ! Comme une imbécile j'ai reculée. Tu te rappelle des remparts ? Il y a 8m de vide derrière. Ce jour là, je devais avoir un ange gardien au dessus de ma tête, j'aurai pu,...j'aurais du, me fracasser le crane. Mais non ! Je me suis juste détruit l'épaule. Quatre heures au bloc et six mois de rééducation plus tard tout allait bien. Et aujourd'hui ? Mon épaule me chatouille quand le temps est humide, mais cela ne m'empêche pas de descendre deux étages avec 120kg dans les mains au boulot.

Mais que s'est il passé entre ton frère et ta belle sœur ? Et bien ton neveu a grandit, il est devenu autonome. Il a ses amis, son sport, ses objectifs, ses projets. En bref, il est devenu adulte. Dans l'intervalle ses parents se sont éloignés. Aspirés par leurs vies professionnelles respectives ils ont finis par cohabiter et se croiser, au lieu de vivre ensemble et communiquer. Tu vas me dire :
« - Dommage, classique, mais prévisible ! »

Je le sais et tu as raison. Mais peu importe les raisons ou les circonstances, se retrouver face à une séparation fait toujours très mal. Le sentiment d'avoir échouer quelque part fait toujours mal. Ton frère n'étant pas superman, et bien... comme tout être humain il a eu du mal a encaisser la séparation. Et il avait besoin de parler. Mais il avait surtout besoin d'une personne de confiance. Et la seule personne à qui il aurait voulu parler de tout cela, c'est toi. Chose, qui est malheureusement impossible.
Aujourd'hui, parmi toutes les personnes qu'il côtoie, personne ne te connaissait. Ses collègues de l'époque ont été mutés, ses amis ont déménagés… en bref, les années ont passées. Mais c'est bien de toi dont il avait besoin. De toi et de personne d'autre. Et la seule personne qui te connaissait… la seule qui ne le rejetterai pas, la seule qui pouvait l'aider…. C'est moi.
Voilà pourquoi il a repris contact. Et il a eu raison. Heureusement qu'il l'a fait. Quand je vais t'expliquer la suite tu vas comprendre qu'il a eu mille fois raison. Mais je sais, tu ne crois pas au hasard. Tu n'y a jamais cru. Et je vais te l'avouer : grâce, ou a cause de toi, je n'y crois plus non plus.

Ton frère n'allait pas bien. Alors sans réfléchir plus que ça, j'ai pris le TGV.
« Six planètes en plus de notre Terre 
Six continents dans cinq océans 
Douze mois pour une année entière 
Et quelque part, sûrement, quelqu'un qui m'attend 
Quelqu'un qui m'attend... 1»

C'était en mai, juste avant ta date anniversaire. On a passé un week-end entier à se remémorer nos souvenirs. Ton histoire, tes phrases, tes délires, l’hôpital, ton courage… des rires, des larmes, des émotions et le sentiment partagé que tu étais toujours aussi proche de nous. Je me souviendrai de ce week-end,  difficile mais tellement libérateur. C'est vrai, il nous a fallu une bouteille de Vodka pour réussir à cracher ce qui nous ronge les veines depuis tant d'années, mais on a fini par y arriver.
Vingt ans après j'avais enfin la réponse à ma question : Quels étaient réellement tes sentiments pour moi ? Lorsque j'ai posé la question à ton frère il a explosé de rire et il m'a demandé si je me moquait de lui. Mais non ! Je voulais vraiment la réponse. C'est suite à notre conversation que je lui ai expliqué que depuis des années, j'avais dans l'idée d'écrire notre histoire sans jamais oser le faire. Et comme d'habitude, ton frère a été génial. Ton neveu ne t'a jamais connu et pourtant il te ressemble énormément. Son père lui a beaucoup parlé de toi mais la seule qui te connaissait vraiment, la mieux placée pour parler de toi… c'est moi. Alors… même si ce n'est pas la seule raison, ton frère a fini par me convaincre que je devais écrire notre histoire pour que ton neveu sache qui tu étais.
Depuis ce jour, j'ai promis à ton frère qu'il pouvait compter sur moi, et que si il avait besoin de moi je serais là. Je ne croyais pas si bien dire. Mais toi tu sais que lorsque je fais une promesse, je la tient. Tu n'es plus là pour lui alors qui d'autre ? Une fois de plus, fait moi confiance je vais m'occuper de lui, je ne le laisserai pas tomber.

Ton neveu ? A quoi il ressemble ? Qui il est ? Grand et brun comme son père. Les yeux verts, translucides, comme ton frère et toi. Ce regard qui me manque depuis tant d'années… je n'arrive pas à l'affronter. Je ne peux pas regarder ton neveu dans les yeux, c'est au dessus de mes forces. Son regard c'est le tient, et sans que je m'en aperçoive, le regarder face à face c'est faire couler mes larmes. Il le sait ; il a compris pourquoi, et il joue les star hollywoodienne, avec ses lunettes de soleil, pour cacher ses yeux en ma présence.
Il vient d'avoir 17 ans. Et il vient d'obtenir son bac scientifique avec mention. Tu vois… il y en a au moins un qui l'a eu. Il est accepté à l'école de médecine. Ben oui ! Les chiens ne font pas des chats. En revanche je vais te surprendre : il veut faire médecin légiste. Original ? Oui. Courageux surtout. Et surprenant je dirais. Surtout à 17 ans. En même temps, il peut encore changé d'avis.

Quoi d'autre ? Et bien le sport. Devine…. A son entrée au collège, alors que tout ses copains faisaient du football, il a dit à ton frère que lui voulait faire du basket. Il joue en club depuis six ans.

Depuis ce week-end de mai, j'ai le cerveau à l'envers. Il m'a fait replonger 20 ans en arrière. Avec tout ce que cela implique, les bons et les mauvais cotés. Ton frère était seul ce week-end là, ton neveu était chez sa mère. Mais nous avons beaucoup parlé. Depuis, on a décidé de se téléphoner régulièrement. Même si nous avons tous les deux des professions qui nous prennent beaucoup de temps il est hors de question de se perdre de vue une nouvelle fois. On a tellement parlé que ton frère avait même oublié de me donner quelque chose. Il l'avait conservé pour moi depuis toutes ces années. Il me l'a finalement envoyée par la poste. C'est ta gourmette. Celle que je t'avais offerte, celle sur laquelle il est inscrit ton prénom  sur le recto et « semper fi » sur le verso. Aujourd'hui c'est moi qui la porte.

J'ai repris le TGV. Je suis retourné chez ton frère et j'ai découvert que les fameux cartons étaient toujours fermés et entreposés dans le garage. Mais… On en a ouvert un. Celui qui contenait tes disques…  Là, j'ai découvert tout ce que tu avais écrit à l'intérieur des boîtiers, les messages que tu m'a laissé, et je les ai récupérés. Ton frère me les a donnés. Je vais te surprendre, ils passent encore. Et depuis, je les passent en boucle dans mon ambulance toute la journée.
Mais il y en a un autre que ton frère a fini par ouvrir. C'est le carton qui contenait mon cadeau d' anniversaire. Oui c'est vrai, tu es partie deux jours avant mon anniversaire. Deux jours avant mes 20 ans. Et mon cadeau… il était chez toi. Mais a ce moment là… mon anniversaire, ce n'était vraiment pas le plus important. D'ailleurs depuis, si je peux éviter de le fêter, c'est mieux. Je m'arrange toujours pour être en vacances, je fais autre chose, je ne fais pas attention à la date et c'est très bien.
Et pour revenir sur mon cadeau, merci. Merci infiniment. C'est vrai que 20 ans après c'est un peu étrange mais… ce cadeau vient de toi et pour moi c'est tout ce qui compte. D'autant plus que contrairement à beaucoup de choses, il est palpable et je le porte sur mon dos au moment même où j’écris ces lignes. Tu ne te rappelle plus ? C'est une tenue de basket. La même que celle de ton club, sur laquelle tu avais fait sérigraphier le numéro 9 et TNT (c'était le surnom que l'on t'avais donné en secret). C'est l'acronyme de Trinitrotoluène, en clair, de la dynamite.
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Re: Si je pouvais

le Lun 27 Aoû - 23:50
Une belle rencontre.

En juillet ton frère m'a proposé de venir passer un week-end chez lui et de rencontrer ton neveu. Un vrai bonheur…
Il savait qui j'étais avant même de me rencontrer. Il sait que mise à part ton frère, le seul lien qui existe encore avec toi, c'est moi. Et il ne demande qu'une seule chose, c'est apprendre à te connaître. Il est curieux, intelligent, sensible et il veut tout savoir de toi. Bien sure que ton frère lui a parlé de toi, il lui a raconté vos souvenirs d'enfance, il lui a expliqué pourquoi vous n'étiez pas proches de vos parents, pourquoi tu es partie si jeune mais il y a une partie de ta vie qu'il lui est impossible d'expliquer, c'est celle que tu as partagée avec moi. Et bien évidemment c'est cette partie là que ton neveu veut connaître. Il cherche à comprendre, il veut savoir. Ce qui fait peur à ton frère d'ailleurs.
Est ce que ton neveu sera capable de comprendre et d'encaisser tes peurs, tes douleurs, les dernières années de ta vie ? Moi je pense que oui. Mais pour ton frère c'est trop difficile de lui expliquer. Alors je lui ai fait lire notre histoire. Il a dévoré les 592 pages en trois jours. Et crois moi… il a tout compris. Tes délires, tes peurs, tes réactions, ta philosophie, ta rage de vivre, ton combat… il a très bien compris. Je dirais presque mieux que personne. Il s'est pour ainsi dire identifié à toi comme peu de personne aurait été capable de le faire.

Je t'ai rencontré j'avais 16 ans, ton neveu en a 17, alors bien sure il se demande ce qu'il aurait fait à ma place. Est ce qu'il aurait été capable d'en faire autant ? Je lui ai juste répondu :
«  Tout le monde est capable de tout. Et il n'y a que dans les moments les plus difficiles que l'on sait vraiment qui l'on est . »

Autre chose… tu te rappelle de ton ballon de basket ? Pas celui avec lequel tu jouais, celui que tes élèves t'ont offert, qui comporte une centaine de signatures, tu te souviens ? Tu veux savoir ce qu'il est devenu ? Il est dans la chambre de ton neveu. Il est posé sur l'une de ses coupes (gagnée lors d'un tournoi), il le gonfle régulièrement et il l'a laqué pour ne pas que les écritures s’effacent. C'est ton frère qui lui a donné il y a quelques années, et depuis, il y tient comme à la prunelle de ses yeux. Personne n'a le droit d'y toucher, même pas sa mère. Je dois être privilégiée parce qu'il me l'a mis dans les mains la première fois où je l'ai vu. J'ai même reconnu ma signature et je me suis mise à pleurer.

J'ai beaucoup parlé avec ton neveu. Je lui ai raconté comment se passait tes cours, à quel point tu pouvais être impulsive et imprévisible, mais aussi ta manière si particulière de voir les gens, les paysages, la vie… Il t'admire et je dirais même qu'il a tendance a t'idéaliser. Mais je ne peux pas lui en vouloir. Moi aussi, j'ai toujours admirer ta force, ton courage et même ta fragilité. Combien de fois j'ai dit que je voudrais te ressembler un jour ?
Tu ne voulais pas avoir d'enfants je le sais, tu me l'a répété plusieurs fois. Mais quelque part… je pense que ton neveu ressemble au fils que tu n'aurais jamais eu. Il est comme toi, il est digne de toi et il est génial.

Faire sa connaissance est pour moi une vraie découverte. Une magnifique rencontre et l'étrange sensation intérieure de te retrouver 20 ans après.
Il doit rentrer à la fac en octobre, mais je reviendrais avant. On va se revoir bientôt…
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Re: Si je pouvais

le Mer 29 Aoû - 0:51
La vie n'a rien de tendre.

Un vendredi début août.
Il est 22 h passé, et je viens juste de rentrer du boulot. Non seulement on avait une réunion mais en prime, cette journée restera marquée au fer rouge comme étant une journée catastrophe. On en vie tous, plus ou moins régulièrement, mais personnellement je trouve qu'elles se répètent un peu trop souvent à mon goût. Ton frère a essayé de me joindre quatre fois depuis 18 h alors je vais le rappeler.

Retranscription de notre conversation téléphonique :
Ton frère : « - Ben alors ? On fait des heures supplémentaires ?
- On avait surtout une réunion qui s'est terminé très tard.
- Oh là ! Tu as une drôle de voix. Quelque chose qui ne va pas ?
- Oui. J'ai un collègue, qui est aussi un très bon ami, qui a fait un AVC il y a un peu plus d'un an maintenant. A l'époque, c'est moi et mes collègues qui l'avons installé sur la barquette pour ensuite le conditionner dans Dragon1, et crois moi ce n'est pas le meilleur souvenir que je partage avec lui. Depuis, il se bat tous les jours, et il était presque à la fin de sa rééducation. Il avait bien récupéré, il conduisait de nouveau (une automatique), il avait retrouvé une copine. Il avait réappris à vivre. Il était de nouveau heureux.
- Et qu'est ce qui s'est passé ?
- Récidive… AVC du tronc cérébral cet après midi. Il est intubé en réanimation.
- D'accord. Je comprends mieux. Il faut attendre et tu le sais. Mais… tu vas aller le voir ?
- J'ai une trouille bleue de retourner en réa, mais est ce que j'ai le choix ? C'est mon ami et si il devait ne jamais sortir de la réa, je m'en voudrai de ne pas avoir été le voir.
- Je comprends mais fait attention à toi. Retourner en réa c'est repartir 20 ans en arrière, c'est la revoir elle. Si tu as besoin de parler, je suis là... »

Retourner voir un proche dans un service de réanimation c'est ma hantise depuis 20 ans. J'ai toujours dit : « je ne pourrais jamais y remettre les pieds. » Et pourtant là, il va bien falloir. Je n'irais pas seule. Nos collègues sont là et on va s'organiser. Mais je sais d'avance que ça va être horrible. Ils ont tous peur de ne pas être à la hauteur, de craquer une fois devant lui… Moi je sais que ce ne sera pas le cas. Devant, on trouve tous la force, on y arrive, on trouve les mots… le problème c'est après. Une fois sortie du service, les larmes viennent, les cauchemars commencent et l'enfer se répète.
Pourquoi lui ? C'est injuste. Mais la vie est injuste et nous le savons depuis très longtemps.
….

Depuis dix jours on s'organise. Pour les visites, pour prendre des nouvelles et on se sert les coudes. Finalement, je le supporte mieux que je ne l'aurais pensé. Le contre coup viendra peut être plus tard, je ne sais pas.

Ton frère m'appelle presque tous les soirs. Il prend de mes nouvelles, me demande comment va mon collègue, on parle beaucoup. Il est bien évident qu'il nous est impossible de parler de la réa sans parler de toi. Les motifs sont certes différents, mais la comparaison est inévitable. Alors on passe des heures à évoquer nos souvenirs… On pleure parfois et on rie de temps en temps…

Cette semaine j'ai mon week-end de libre, ce qui arrive rarement, alors ton frère m'a proposé de venir le passer chez lui. Il m'a dit :
« - Vient à la maison, ça te changera les idées. On pourra parler plus facilement. Ne reste pas enfermée chez toi à ruminer. Vient profiter de la piscine. En plus, mon fils sera là et il sera très content de te voir. »

Alors j'ai accepté. Inutile de te dire qu'à chaque fois que je prends le Tgv pour aller voir ton frère c'est lui qui paye les billets. Là dessus je te rassure, il n'a pas changé.
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Re: Si je pouvais

le Mer 29 Aoû - 22:01
Un week-end entre amis.

Comme prévu, j'ai pris le Tgv et ton frère m'a récupéré à la gare. Tu sais que revenir ici, ce n'est pas si simple que cela. Bien sure qu'en 20 ans le décor a changé. Des bâtiments ont été rasés, d'autres ont été construits, des champs ont laissé place à des zones industrielles et commerciales, mais d'autres sont toujours là. Le bowling et le cinéma existent toujours. Quand je pense que je n'ai jamais réussi à te battre….pas une seule fois.

Ton frère à prévu un barbecue pour ce midi. Le dernier barbecue que j'ai partagé avec ton frère c'est toi qui l'avait aidé à allumer le feu. Je me rappelle très bien de ce jour là. D'ailleurs, tu en avais profité pour avoir une longue conversation avec lui. Mais tu lui avait raconté quoi ? Je peux savoir maintenant ?
Ton frère : « - Tu te rappelle le jour ou vous êtes descendus dans le sud pour venir la voir à l'hôpital ?
- Oui bien sur. Pourquoi ?
- Étant seul avec elle là bas, j'en ai profité pour lui parler. Le comportement qu'elle avait envers toi ne collait pas avec son comportement habituel. Elle était amoureuse de toi, je voulais qu'elle l'admette et surtout qu'elle le dise. Mais tant qu'elle était à l'hôpital, elle m'a fait comprendre que j'avais raison mais elle ne me l'a jamais dit ouvertement. En revanche, lorsque vous êtes venues manger le barbecue avec nous, elle en a profité. Et oui, ce jour là elle a fini par me l'avouer.
- Mais pourquoi elle ne me l'a jamais dit ?
- Tu sais pourquoi. Et crois moi j'ai essayé. Je voulais qu'elle te parle. Et elle aurait fini par le faire, mais je crois qu'elle voulait attendre le bon moment. Plusieurs fois j'ai essayé de la pousser à te parler, mais tu la connais… rien à faire… Et la suite de l'histoire, fait qu'elle n'en a malheureusement pas eu le temps. »

C'est vraiment dommage. Je pense que toi et moi on est vraiment passées à coté de quelque chose. D'après ce que ton frère m'a expliqué depuis, l'idée d'une histoire d'amour avec une femme ne t'avais jamais effleuré l'esprit… jusqu'à notre rencontre… Visiblement pour toi c'est apparu comme une évidence, mais moi je n'ai pas compris. Trop jeune ou trop prise dans notre histoire je n'y ai même jamais réfléchie… jusqu'à ce que tu partes. La suite de ma vie me fait dire que tu avais raison, effectivement j'aime les femmes, mais j'aurais vraiment souhaité que tu sois la première. Et qui sait… peut être la dernière. Mais on ne refait pas l'histoire et je ne te reproches rien. Je sais et je comprends pourquoi tu n'as rien dit. La seule chose que je retient c'est que tu avais l'intention de le faire.

L'après midi j'ai discuté avec ton neveu. Je lui ai parlé de mes voyages, de mes randonnées et de mes montages vidéos. Du coup il m'a demandé si il pouvait les visionner, alors on a passé le reste de la journée à regarder mes vidéos.
Le soir à table il m'a dit :
« - Pourquoi tu ne ferais pas une vidéo pour raconter les dernières années de sa vie ? Un peu comme le résumé du livre en images... »
Bon, là je t'avoues que je ne m'attendais pas à ça. Il est comique ton neveu. Lui, il a grandit avec internet et un smartphone, mais à l'époque… tout ceci n’existait pas. Je n'ai aucune image de cette époque, ni vidéos, ni même aucune photos. Faire un film sans images ? Là tout de suite, cela me paraît impossible.

Le lendemain on a profité de la piscine. Avec les températures que l'on a en ce moment, la piscine pour se rafraîchir c'est vraiment bienvenue. Et puis la procédure de divorce étant amorcée, ton frère va vendre la maison, alors autant en profiter pendant que l'on peut encore le faire. L'idée de ton neveu ? Rentrer le ballon de basket dans le panier qui est fixé au dessus du garage, en lançant le ballon de la piscine. Vous avez tous des idées de ce genre dans la famille ??? Comment te dire que je suis toujours aussi nulle ? Non, je ne sais toujours pas viser.

Pendant que nous étions dans la piscine, et bien sur en maillot de bain, ton neveu a remarqué le tatouage que je porte sur le bras. N'étant pas stupide il a très vite compris qu'il avait un rapport avec toi, alors il m'a demandé de lui expliquer. Toi aussi tu veux savoir ?  Il part de l'épaule et descend jusqu'à l'intérieur de mon poignet. J'ai une fleur de lys sur l'épaule (ton frère l'a dans le dos), qui est relié à la constellation du dragon. Sur la constellation il y a un attrape rêve composé de neuf larmes qui descendent sur mon bras. La dernière étoile arrive dans le pli intérieur du coude et le trait se transforme en tracé d'un électrocardiogramme. Dans le tracé figure l'année de ton décès écrite en chiffres romains, et le tracé se termine en tracé plat, relié à un nœud celtique, qui n'est autre que le symbole de l'éternité.
Il m'a fallu des années pour assembler les morceaux et enfin me décider à faire ce tatouage. Et tout comme le livre c'est en voyant la fleur de lys tatouée dans le dos de ton frère que je me suis décidée. L'anecdote de mon tatouage c'est que d'une manière détournée c'est toi qui me l'a offert. Alors encore une fois… merci.
Ton neveu a bien évidemment compris chaque morceau du tatouage et ce qu'il représente. Il a adoré. D'ici à ce qu'il demande un tatouage à son père...

Une fois dans le Tgv qui me ramène chez moi je réfléchie :
On a beaucoup rie et cette petite escapade m'a vraiment fait du bien. Je parle souvent de toi autour de moi. Mes collègues, dont certains sont devenus de vrais amis, connaissent notre histoire. Ils savent qui tu étais, ce que tu m'as donné, ce que l'on a partagé, ce que tu représentes pour moi, mais ils ne t'ont jamais connue. Et même si à l'heure ou j'écris ces lignes certains sont en train de lire notre histoire, ils ne te connaîtrons jamais réellement. Je pense que lire notre histoire donne une idée très juste de qui tu étais et de ce que l'on a vécu ensemble mais finalement… le seul à savoir, à savoir vraiment… c'est ton frère.

Je suis contente de l'avoir retrouvé, de pouvoir lui parler. Aujourd'hui on arrive à en rire, et les plus beaux souvenirs commencent peu à peu à prendre le dessus sur les plus terribles. Je crois que ton frère aussi est content. Je ne te surprendrais pas en te disant que depuis ton départ il n'a pas vraiment eu l'occasion de réellement parler de toi. Sa femme ? Oui, bien sure qu'elle l'a soutenue. Elle l'a suivie à l'autre bout de la France, elle lui a donné un fils génial et elle l'a poussé à se lever et à mettre un pied devant l'autre lorsqu'il n'avait pas le courage de le faire. Mais parler de toi ? Tu sais que pour ta belle sœur tu as toujours été le sujet délicat, et cela n'a pas changé, même après ton départ.

Depuis tout ce temps, la seule personne a qui ton frère a parlé de toi, c'est son fils. Et c'est peut être la raison pour laquelle ton neveu tient tant à tout savoir de toi. Il sait que pour son père tu étais plus qu'une sœur. Tu étais sa moitié, l'autre partie de lui même. Comme deux jumeaux. Tout comme moi ton départ l'a déchiré, c'est un morceau de nous même qui est partie avec toi. Il reste un vide, même des années après, qu'il nous sera impossible de combler.

Il est 23 h et je viens d'arriver à mon domicile. Une bonne douche et au lit. Demain le réveil sonne à 6 h, il faut aller travailler. Une nouvelle semaine qui commence. Demain est un autre jour…
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Re: Si je pouvais

le Jeu 30 Aoû - 20:42
2. Tout recommence...

Lundi noir.

Huit heure du matin, je commence ma journée. Je commence par boire mon café, je sors mon ambulance du garage, contrôle du véhicule avec mon collègue, et nous voilà partie pour une nouvelle journée. Aujourd'hui je suis affectée au véhicule d'urgence, en clair on attend une mission du SAMU. Première sortie dans la matinée : une patiente de 70 ans vient de faire un malaise. Sachant qu'elle est diabétique le SAMU nous demande de se rendre sur place et d'effectuer un premier bilan médical. Finalement, rien de grave. Toutes les constantes sont bonnes, madame se sent beaucoup mieux et en accord avec le médecin régulateur nous laissons la patiente à son domicile. Nous, on essaye de rentrer manger au bureau.

Dans l'après midi on se retrouve à l'IRM, on doit déposer une patiente. C'est à ce moment là que je reçois un appel de ton frère. Chose qui me paraît plus qu'étrange parce qu'il ne m'appelle jamais lorsque je travaille. Il a déjà tenté de m'appeler toute à l'heure, mais sur la route, dans la forêt il n'y a quasiment pas de réseau je n'ai donc rien compris. Il insiste… c'est étrange.

Au troisième appel, j'arrive à décrocher :
Ton frère : « - Ma femme est venue récupéré le gamin chez moi en début d'après midi.
- Oui. Mais c'était prévu non ? Quel est le problème ?
- Un poids lourd leur a coupé la route…
- Quoi ? Tu déconnes ? Ils vont bien ?
- Non. Ils ont été tous les deux étés héliportés au CHU et ils sont tous les deux au bloc opératoire. C'est lui qui conduisait (conduite accompagnée) mais il n'y ai pour rien, c'est le camion qui leur a coupé la route. Ils l'ont percuté à 80 km /h et ils sont partis en tonneaux.
- Qu'est ce que dit le bilan médical de prise en charge ?
- Pour lui : fracture du bassin et hémorragie interne, ils soupçonnent un éclatement de la rate.
- Et pour ta femme ?
- Cage thoracique enfoncée, poumon perforé, cotes cassées et trauma de l'épaule droite.
- Attends…. Et toi tu es où là ?
- Je viens de partir du boulot, je monte au CHU.
- D'accord. Écoute… je prends le Tgv demain matin, je ne te laisse pas tout seul. »

Après cet appel qui m'a glacé le sang j'ai du mal à mettre un pied devant l'autre. Sur l'instant, la seule chose que je ressent c'est de la colère. Tout mais pas ça. Pas ton frère, pas ton neveu. Non ! Tout … mais pas revivre cet enfer.
Dans le même temps notre central me confie le transfert d'un patient vers le centre psychiatrique. On connaît très bien ce patient, multiples tentatives de suicides, alcoolique puissance dix et même pas une cirrhose du foie à son palmarès. Un gouffre pour l'administration, il n'y a vraiment aucune justice. Là, je pète un plomb… Des gens très bien luttent pour leur vie à chaque seconde, eux veulent vivre et lui, il me fait perdre mon temps a essayer de gâcher son existence. En attendant c'est l'existence des autres qu'il monopolise, et pour rien. Bloquer un véhicule d'urgence pour lui et pendant ce temps là…. Pffff !!! Il va être vite, très vite au point d'arrivée. Ce qui a effectivement été le cas.

Le soir même, en rentrant (en retard bien sure), je rappelais ton frère. Il a réservé et payé les billets, il viendra me récupérer à la gare demain matin. Hier soir, je disais à ton neveu que je reviendrais bientôt, mais je n'imaginais pas que le bientôt serait 36 h après. Et encore moins dans ces circonstances. Je devais travailler mercredi mais je vais rester là bas avec ton frère. Je ne le laisse pas seul tant que l'on ne sait pas ce qu'il en est exactement.
Plus tard au téléphone :
Moi : « - Alors ? Ils sont sortis du bloc ? Tu as des nouvelles ?
- Oui. Ils sont tous les deux en réanimation. Pour mon fils, ils ont stabilisé la fracture du bassin et ils ont du lui enlever la rate, et également un morceau du foie qui était trop abîmé. Il a également un rein qui a été touché, mais pour le moment ils refusent d'y toucher. Ils veulent attendre et voir si il fonctionne ou pas. Il a aussi une double fracture du fémur qui devra être opérée plus tard. Pour le moment il est en coma artificiel, à cause des antalgiques, il est intubé avec l 'arceau pour maintenir le bassin et la jambe est en traction. Mais ses jours ne sont plus en danger.
- Déjà une bonne chose. Des os on peut les réparer, on peut vivre sans la rate et le foie… il repousse. Il va devoir subir une longue rééducation mais il va s'en sortir. Et ta femme ?
- C'est plus compliqué. La violence du choc combiné aux tonneaux, à la ceinture de sécurité et au déclenchement de l'airbag… il y a beaucoup de dégâts.
- C'est à dire ?
- Le sternum est en miette, les cotes, pour celles qui ne sont pas fracturés, tiennent uniquement grâce aux vertèbres. Tous les organes ont été comprimés et le poumon droit a été perforé. Plus, quelques fractures sans importance. Ses capacités respiratoires sont quasiment réduites à néant et le pronostic vital est toujours engagé. Il faut attendre 48 h et voir de quelle manière son état évolue. Mais… l'inconvénient d'être médecin c'est que je peux te dire dès maintenant que c'est très mal engagé. Tu es ambulancier, tu le sais aussi bien que moi. »

Effectivement ! Pour exploser le sternum, c'est que le choc a probablement été très violent. Poumon perforé, cage thoracique enfoncée cela signifie certainement que son corps a été privé d'oxygène pendant un certain temps. Mais combien de temps ?  Capacités respiratoires réduites à néant ? Vivre sous respirateur pour le restant de ses jours ? Est ce vraiment vivre ? Et puis qui dit privé d'oxygène, signifie sans doute anoxie cérébrale. En clair, il est fort probable que le cerveau ai subit des dégâts irréversibles, en partant du principe qu'il y ai encore une activité cérébrale, ce dont on ne peut avoir aucune certitude pour le moment.

Et c'est ton neveu qui conduisait. Comment on va pouvoir lui expliquer tout cela ? Il n'a que 17 ans. Si sa mère ne s'en sort pas comment il va vivre avec ça ? Il va culpabiliser pour le restant de ses jours ? Il n'est pas responsable, tout le monde le sait mais est ce que le fait de le savoir suffit ? J'en doute fortement. Quoi ? Une chose après l'autre, oui je sais. On va déjà voir ce qu'il dit quand il se réveillera. On verra demain ce que disent les médecins et ensuite on avisera. Quand à ta belle sœur, alors là…  Chaque patient à sa manière propre de réagir, même à des traumatismes similaires alors...il faut attendre. Mais attendre c'est quelque chose que tu connais, toi. C'est quelque chose que moi je déteste mais on a pas vraiment le choix. Alors à partir de maintenant c'est un jour après l'autre. Tout comme pour mon collègue, ils avancent un jour après l'autre.
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Re: Si je pouvais

le Ven 31 Aoû - 22:35
Début du voyage.

Si tu savais à quel point j'ai mal dormi. De toute manière j'avais mis le réveil à 3 h 30. Ben oui, le temps de me préparer et de monter à la gare, le premier Tgv partant à 6 h du matin.
On ne pourra pas les voir avant cet après midi, les visites n'étant autorisées qu'à partir de 14 h. On va s’arrêter prendre un petit déjeuner quelque part, j'en profiterai pour parler avec ton frère. Je pense qu'il doit en avoir besoin. Et puis on va essayer de voir un médecin dans la matinée, histoire d'en savoir un peu plus et de voir ou en est la situation.

Il est 7 h20 j'émerge. Je crois que je me suis endormie dans le Tgv. Ce qui dans un sens n'est pas plus mal. Un peu de repos ne peut pas me faire de mal, d'autant plus que les jours qui viennent vont être compliqués. En fait, c'est le SMS qui vient d'arriver sur mon portable qui m'a réveillée. Oui, parce que je ne voyage pas complètement toute seule. Comment ça ? Attends je vais t'expliquer.

Il y a quelques années une nouvelle collègue à commencée dans mon entreprise. On ne se connaissait pas et on ne travaillait pas ensemble, on se croisait c'est tout. A l'époque j'entendais beaucoup de choses à son sujet, pas forcément en bien d'ailleurs. Mais j'ai appris à me méfier des « on dit ». A force d'entendre certaines choses, j'ai commencé à prêter un peu plus attention à elle. Visiblement un caractère bien trempé, extravertie… on l'entendait bien avant de l'apercevoir. Elle courait dans tous les sens, toujours à s'agiter, se montrer, parler fort… trop fort peut être. Trop fort, trop vite, trop extravertie… voilà ce que je me suis dit.
Et puis je me suis souvenue de ta première leçon :
« Il faut se méfier des comportements extrêmes, ils cachent souvent quelque chose de bien plus profond. »

Alors j'ai voulu creuser, je voulais comprendre. Je voulais savoir ce qui se cachait derrière le masque. Et puis un jour je l'ai prise à part, face à face, et je lui ai parlé sans témoins. Et je me suis rendue compte que j'avais raison,ce n'était qu'une carapace. Derrière le masque il y avait un passé, des blessures, une histoire, une fragilité et oui ça m'a touchée.
Au fil des jours et des mois qui ont suivis on s'est rapprochées, on est devenues amies. Jusqu'au jour où j'ai constaté certaines anomalies qui me rappelait tes symptômes. Je l'ai poussé à consulter un médecin et à subir des examens parce que je ne voulait pas qu'elle vive l'enfer que toi tu as vécu. Si on avait la chance de prendre le problème à bras le corps tout de suite alors il fallait saisir cette chance.
Mais comment pouvais je savoir ce que signifiait ces symptômes ? On a le même diplôme, les mêmes connaissances professionnelles mais elle n'a jamais fait le rapprochement entre ses propres symptômes et ce que cela pouvait être. Et a ce moment là bien sur, je lui ai raconté notre histoire. Les grandes lignes en tout cas. C'est en quelque sorte ce jour là, qu'elle a fait ta connaissance. Depuis, je lui parle souvent de toi, de ce que l'on a partagée et vécu ensemble. De mes sentiments aussi…
Je me suis servie de notre histoire pour lui apprendre tout ce que toi tu m'as appris. Lui transmettre ta manière de voir les choses, les gens et la vie en général. Je crois qu'avec les années elle en a tiré quelques leçons.

Quand elle a appris que ton frère avait repris contact elle m'a tout de suite mise en garde : Attention au plongeon dans le passé. La réflexion était tout à fait légitime et depuis c'est elle qui m'aide à garder un minimum de recul face à la situation.

Et je sais que pendant que je serais ici avec ton frère, elle sera à l'autre bout de mon téléphone à suivre les événements presque en direct.

Et en parlant de ton frère, il ne devrait pas tarder. Enfin… si il ne fait pas deux fois le tour comme d'habitude…. Ah ! Le voilà…
Ton frère : « -Prend le volant. C'est un enfer ici. Je ne saurais jamais comment on ressort de là. »

Et voilà comment je me suis retrouvée au volant de la voiture de ton frère. Le seul problème c'est que c'est une automatique et je déteste ça, je m'endort. Moi, ma main droite elle va sur le levier de vitesse mais ce n'est pas à toi que je vais l'apprendre. N'est ce pas ?

On s'est arrêté prendre un petit déjeuner. Étant debout depuis  3 h 30 du matin, j'avoue que je commençais à avoir un petit creux. Ton frère en profite pour m'expliquer de vive voix ce qui s'est vraiment passé. Et rien qu'à l'écouter parler je peux te dire qu'il est très pessimiste concernant l'état de santé de ta belle sœur. Il en est déjà à me dire :
« -Comment je vais faire pour expliquer à mon fils, quand il se réveillera, que sa mère est décédée ? »

Tu trouves qu'il va un peu vite ? Oui moi aussi. On en arrivera peut être là. C'est même fort probable mais je pense que l'on a encore quelques jours devant nous. Dans l'intervalle, ton neveu peut se réveiller et on pourra lui parler. Ton frère n'est pas rationnel ? Je sais mais c'est normal, il a peur. Ce qu'il pourrait dire à l'un de ses patients ne s'applique pas dans ce cas précis. Là, il s'agit de sa famille et non d'un patient. Mais ne t'en fait pas, je vais réussir à le raisonner. J'arrivais à te raisonner toi, je réussirai à raisonner ton frère. Tu peux me faire confiance.
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Re: Si je pouvais

le Sam 1 Sep - 23:07
1ère journée en réa.

Et nous voilà tous les deux à l'entrée du CHU. A cet instant précis, et sans se parler, je peux t'affirmer que l'on pense tous les deux exactement à la même chose. La sensation d'un retour à la case départ. Cet hôpital est immense et heureusement que ton frère fait régulièrement des transferts ici, on va gagner du temps dans les couloirs. Il souhaite parler au médecin de la réa, alors on va monter voir si on peut le rencontrer.
Il va nous recevoir, mais bien évidemment il faut que l'on attende. Attendre… je ne supporte plus ce mot. J'ai l'impression de l'avoir entendue toute ma vie.
Le médecin : « Hey ! Mais qu'est ce que tu fais ici ? Tu cherches du boulot ?
Ton frère : - Non. Mon fils et ma femme sont hospitalisés dans ton service.
- Quoi ? Le jeune qui a eu l'accident de voiture avec sa mère, c'est ton fils ?
- Oui.
- Ah m**** ! Je suis désolé. Mais pourquoi personne ne m'a rien dit ?  Mais venez... entrez. Asseyez vous, je vais chercher leurs dossiers je reviens. »

Une heure plus tard on ressortait du bureau. L'avantage, c'est qu'étant tous les deux médecins ils parlent le même langage. J'ai toujours dit que dans ce milieu il fallait un dictionnaire. D'ailleurs lorsque j'ai débuté mon métier, j'avais un répertoire sur lequel je notais tous les acronymes pour pouvoir m'en souvenir. Aujourd'hui, avec l’expérience je comprends beaucoup de choses, mais chaque spécialité à ses propres termes techniques et j'avoue que j'ai décroché deux ou trois fois.
Toujours est il que pour ton neveu, l'intervention s'est très bien passée. Le bassin est correctement stabilisé il n'aura pas de séquelles. Ils doivent réopérer son fémur mais ce n'est pas ce qui les préoccupent le plus pour le moment. C'est le fait que ses reins ne fonctionnent pas. Si la situation perdure, ils devront le dialyser1 et pratiquer une ablation du rein abîmé en espérant que le deuxième prenne le relais. Si ce n'est pas le cas, il devra être dialysé tous les deux jours en attendant une greffe éventuelle. Pour le moment ils ont commencés à diminuer la sédation et il va se réveiller tout doucement. On pourra peut être lui parler demain.
Pour ta belle sœur c'est effectivement plus compliqué. Comme ton frère connaît le médecin on a évité le discours langue de bois et les faux espoirs. Les faits, rien que les faits. Et ce n'est pas brillant. Même si elle s'en sort, ce qui à l'heure actuelle, est presque inenvisageable, il y aura des séquelles irréversibles c'est certain. Pour le moment ce sont les machines et les drogues qui la maintienne en vie. On a aucun moyen de savoir dans quelles mesures ses fonctions cérébrales et respiratoires sont atteintes. Il faut…. Attendre.
Ton frère s'attendait a ce discours, il s'y était préparé. En ressortant du bureau il m'a dit :
« - Elle n'aurait pas voulu du rayon fruits et légumes. On va devoir débrancher… et je n'y arriverai pas tout seul. Je lui en veut d'être partie comme elle l'a fait c'est vrai, mais c'est la mère de mon fils.
- Je le sais. Et tu ne seras pas tout seul. Mais on en est pas encore là. Pour le moment on ne peut rien faire de plus pour elle alors on va d'abord s'occuper de ton fils. On ira les voir tous les deux cet après midi mais d'abord on va aller manger. »

Étant donné les dégâts que le corps de ta belle sœur a subit, il est vrai qu'elle n'a quasiment aucune chance de s'en sortir. Mais pour le moment on ne peut être sure de rien. On ne sait même pas si il y a une activité cérébrale ou pas. Alors… une chose après l'autre.

On a juste pris une salade pour le déjeuner. Je t'avoue que la conversation nous a un peu coupé l’appétit. D'autant plus qu'il va falloir affronter notre pire cauchemar : se retrouver tous les deux, ensemble dans un service de réa. Autant te dire que si on pouvait passer notre tour ce serait avec grand plaisir. C'est à cause de toi ? Non pas exactement. Tu n' y est pour rien. A l'époque tu n'as pas choisie de te retrouver dans le coma et tu t'en serait passée. C'est surtout le souvenir que ton frère et moi en avons gardé. Je me souviens qu'à l'époque il ne supportait pas de rester plus de cinq minutes dans ta chambre. Et moi ? Ben moi j'étais là. J'ai passé des heures entières à ton chevet, pendant des jours. Ma place était à tes cotés alors j'étais là mais… maintenant je peux te le dire… des années plus tard il m'arrive encore de me réveiller en sursaut, parce que je revis ces heures d'angoisse dans mes cauchemars. Avec les années, les cauchemars s'espacent et ils sont de moins en moins violents, mais j'ai peur que le fait d'y retourner, remonte tout ces cauchemars à la surface. Cela dit, tu sais très bien que cela ne m'empêchera pas d'y aller. Je ne peux pas laisser ton frère affronter ça tout seul, alors bien sur que je vais y aller, c'est évident.

Moi :  « - T'es prêt à te déguiser en Schtroumpf ?
- Tu appelles ça comme ça toi ?
- Ben regarde toi dans le miroir. Le petit bonnet blanc, les chaussons blancs et la chemise bleue, excuse moi mais on ressemble à des Schtroumpfs.
- Oui remarque tu n'as pas tort. Je la ressortirait. »

Après le lavage des mains obligatoire nous pouvons enfin accéder au service. On va d'abord aller voir ta belle sœur…
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Re: Si je pouvais

le Lun 3 Sep - 0:50
Retour en enfer.

Ton frère entre le premier. Je l'observe, il hésite. Je le suis lentement, presque cachée derrière lui. Au milieu du silence, le bip des machines et puis… cette ventouse, le respirateur. Je me souviens de ce bruit, il a rythmé mes après midi pendant des jours. Chaque mouvement correspond à des secondes. Et en réa, c'est de cette manière que le temps s'écoule. Des seringues, des seringues et encore des seringues. Des tubes, des poches, il y en a tout autour de son lit. Les machines ? C'est pire que le cockpit d'un avion de dernière génération. Au milieu de tout cet attirail, il y a ta belle sœur, allongée sur un lit… endormie. J'avais presque oublié à quel point tout ce matériel était impressionnant. Un mur entier de technologie pour un seul patient. C'est ça le coma.

Si je la reconnaît ? Pas du tout. D'une part cela fait presque 22 ans que je ne l'ai pas vue et d'autre part, on ne peut pas dire qu'elle soit à son avantage. Ton frère, lui, il n'ose même pas la regarder. Non ! Il regarde les machines, les chiffres, les drogues… déformation professionnelle ? Oui, c'est évident. Mais pas seulement. Il n'arrive pas à la regarder. Et j'avoue qu'il n'est pas le seul. Je survol les draps du regard mais je ne m'attarde pas. Chacun d'un coté du lit, on détourne les yeux. A cet instant précis, si nos pensées avaient pu s'exprimer à haute voix voilà ce qu'elles auraient dit :
« Au secours ! Aidez nous ou sortez nous d'ici ! »

Me sauver en courant ? Si seulement je pouvais. Mais fuir ? Je ne veux pas fuir. Ton frère à besoin d'aide. Il a besoin de toi… donc par extension, il a besoin de moi.

En relevant la tête je me rends compte que ton frère est au bord des larmes. Il est médecin et il n'arrive pas à regarder sa femme sur un lit d'hôpital. J'ai fait le tour du lit et j'ai posé une main sur son épaule. Je voulais qu'il comprenne qu'il n'était pas seul, j'étais là. Et je serais là pour lui, tout comme je l'ai été pour toi. A l'époque, il a fait énormément de choses pour toi, pour nous, alors si je peux rendre un peu…

Cela doit bien faire vingt minutes que l'on est là, tous les deux plantés devant son lit... sans bouger. Et puis… ton frère trouve le courage de lui prendre la main, et il commence à lui parler :
« - Je t'en veux d'être partie de cette façon, c'est vrai. Mais je n'ai jamais souhaité ça. Je suis désolé, mais malgré tout ce que je sais, je ne peux rien faire. Je sais que tu n'y est pour rien mais comment je vais expliquer tout ça à notre fils ? Il est blessé mais il va s'en sortir. Il devra faire de la rééducation mais il est fort ton fils, il y arrivera. Pour l'instant il est comme toi, il dort, mais tu dois tenir le coup pour qu'il puisse venir te voir. »

C'est difficile d'écouter ton frère lui parler. Parce que je sais que ce qu'il vient de lui dire il ne l'oubliera jamais. J'ai passé des heures à te parler pendant que tu étais dans le coma, je t'ai dit beaucoup de choses, et pourtant, mes conversations en solitaire raisonnent toujours dans ma tête… même des années après. Il y a des choses que l'on oublie pas.
On ne va pas rester plus longtemps. On va aller voir ton neveu, il est à l'autre bout du service.

Lui aussi est entouré par une armée de machines, mais ce que l'on voit en premier en entrant dans sa chambre, c'est l'armature métallique qui lui maintient le bassin et la jambe en traction. Si l'on ne se trouvait pas dans un hôpital, on pourrait croire que c'est un appareil de musculation. Je te jure ! C'est une poulie avec un énorme poids qui lui maintien la jambe dans l'axe. Rassure toi c'est provisoire, c'est juste dans l'attente de pouvoir de nouveau opérer et ainsi réparer son fémur. C'est monstrueux mais surtout nécessaire.
Je vais te faire rire mais au moins là, l'avantage c'est qu'il dort. Pourquoi je dis que c'est un avantage ? Parce que je n'ai pas besoin de me battre avec moi même pour le regarder en face… il a les yeux fermés.

Ce détail mis à part, c'est moche de le voir ici. Dimanche il prenait un malin plaisir à nous narguer avec son ballon de basket. Il était heureux de regarder mes vidéos, ravie que je lui raconte nos souvenirs… il était plein de vie tout simplement. Et maintenant ? Maintenant il est couché sur un lit, en service de réanimation. Oui je sais !
« Il suffit d'une seconde pour faire basculer une vie toute entière. »
La bonne nouvelle c'est qu'il remarchera. Il pourra même rejouer au basket. Pas tout de suite, je te l'accorde. Il faudra plusieurs mois mais il est jeune, il s'en remettra. Physiquement en tout cas. Parce que psychologiquement c'est une autre histoire. Est ce qu'il aura le courage de reprendre le volant ? Comment va t’il gérer la culpabilité ? Je n'en ai aucune idée. La seule chose qui me paraît être une évidence c'est qu'il va falloir lui parler. Et surtout le faire parler. Mais la chose essentielle que l'on ne doit pas perdre de vue c'est que l'on ne doit rien lui cacher concernant l'état de sa mère. Il a le droit de savoir. Il est intelligent, réfléchi, il est parfaitement capable de comprendre la situation et même en droit de donner son avis. Ton frère n'est pas convaincu, mais je crois surtout qu'il le voit encore comme un petit garçon, son petit garçon. Mais le petit homme est aujourd'hui un adulte.

Tu te rappelle le jour où, en haut des falaises, tu m'as dit que tu voulais être incinérée et non enterrée ? Que tu voulais que je jette tes cendres et que je brise l'urne. Tu te rappelle de cette conversation ? Parce que moi, je m'en souviens comme si c'était hier. Ce que tu m'a demandé ce jour là, c'était très difficile à entendre, très difficile à accepter, et pourtant je t'ai écouté, entendue et j'ai très bien compris. J'avais à peine 18 ans. Alors oui, je pense que ton neveu est capable de comprendre et d'accepter aussi. Si moi j'y suis arrivée il y arrivera aussi.

Mais on va faire les choses dans l'ordre. Et la première des choses à faire c'est attendre qu'il se réveille, voir comment il réagit et répondre à ses questions. On ne peut rien faire de plus pour le moment, il est 19 h, alors on va rentrer.
Ton frère : « - Ça te va si on prend des pizzas à emporter pour ce soir ?
- Ah ! Oui. Très bien. T'as raison ce sera plus simple.
- Heu… attends ne dit rien. Savoyarde c'est ça ?
- Exactement… (rires). »

Une fois de retour chez ton frère, on s'installe dans le salon avec nos pizzas. On a avalé nos pizzas sans échanger un seul mot. On se repasse au ralentie les heures qui viennent de s'écouler, chacun de notre coté. Ridicule ? Oui c'est vrai. Je me suis battue avec toi pour que tu apprennes à me dire ce que tu ressentais, parce que c'était le seul moyen de t'aider. Alors ton frère et moi, on ferait mieux de se parler, au lieu de ruminer chacun dans notre coin.
Moi :  «-  A quoi tu penses ?
- A ma femme..
- Explique moi…
- Depuis des mois on ne se parle plus. Et c'est vrai, on a plus rien en commun. Plus rien… sauf notre fils. On a décidé de divorcer et je lui en veut pour être partie de la manière où elle l'a fait. Mais maintenant ? La voir dans cet état, je n'arrive même plus à lui en vouloir. Malgré la rancœur que je lui porte je n'ai jamais souhaité ce qui lui arrive.
- Je le sais bien. On ne souhaite ce genre de choses à personne.
- J'ai peur que mon fils m'en veuille. Qu'il me dise que c'est de ma faute.
- Il n'y aucune raison. La seule personne à qui il risque d'en vouloir c'est lui même. Parce que c'est lui conduisait.
- Mais il n'y est pour rien. Personne n'aurait pu éviter ce camion.
- Oui. Mais crois moi ça ne suffira pas à le consoler. Et il va falloir lui parler, et le faire parler. Parce que vivre avec la responsabilité d'avoir envoyé sa mère en réa, crois moi ça va être très compliqué. Surtout, si comme tu le crois, elle ne s'en sort pas.
- Soyons réalistes. Tu sais aussi bien que moi qu'elle ne s'en sortira pas. C'est juste une question de temps. Et puis il faut bien se dire que lui a eu beaucoup de chance. Si ça avait été l'inverse, ma femme ne l'aurait jamais supporté. Elle aurait donné sa vie pour sauver son fils.
- Je m'en doute mais c'est à lui qu'il va falloir que tu expliques tout ça. »

On a continué de discuter. On s'est demandé comment ton neveu allait réagir en apprenant dans quel état se trouve sa mère actuellement. Est ce qu'il va vouloir la voir et comment va t 'il le supporter ? Et puis … ton neveu à un rein abîmé. Il devrons probablement lui enlever. Est ce qu'il va devoir dialyser toute sa vie ? Beaucoup de questions qui pour le moment n'ont pas de réponses.
Il est tard et on va aller se coucher. Demain la journée va être difficile alors on va essayer de se reposer un peu.
Oui je dit reposer et non dormir parce que dormir… comment te dire que c'est presque impossible.

Ce soir j'emprunte la chambre de ton neveu, je pense qu'il ne m'en voudra pas de squatter son lit. Une fois couchée je lève les yeux, et juste en face de moi, j'ai ton ballon qui me regarde.
Moi : « - Quoi ? Pourquoi tu me regarde ? Si tu as quelque chose à me dire c'est le moment ou jamais. Pour le moment ton frère ne voit que le coté médical. Pour ton neveu il ne parle que de fonction rénale et de rééducation. Pour ta belle sœur c'est fonction respiratoire et fonction cérébrale. Il cache ses peurs et sa douleur derrière son langage de médecin. Dans ce milieu on nous apprend à ne regarder que les symptômes pour ne pas s'attacher aux patients, pour ne pas se laisser submerger par nos sentiments. Sauf que là, ce ne sont pas des patients comme les autres, c'est sa famille. Bien sur que je suis là et que je vais l'aider, mais comment ? Qu'est ce que je peux faire ? J'ai toujours trouvé et je trouverai encore ? Oui, t'en as de bonnes toi...Quand ton neveu va comprendre que sa mère va mourir dans quelques jours il va réagir comment ? Tu te rappelle de ta réaction lorsque tu m'as cassé le bras ? Moi oui. Et si ton neveu te ressemble autant que je le crois, alors je crains le pire. Tant mieux ça me donne un avantage ? Je comprends pas. Un avantage sur quoi ? Je te connaissais par cœur et j'étais capable d'anticiper tes réactions. Oui ! Et alors ? J'ai les moyens d'anticiper les siennes. Tu n'as peut être pas complètement tort. Si je comprends bien,  je laisse ton frère s'occuper de la partie médicale et je m'occupe du coté psychologique. C'est bien ça ? Cette méthode à toujours fonctionné avec toi elle fonctionnera avec ton neveu. Si tu le dis…
Tu réalises qu'il est une heure du matin et que je suis en train de parler à un ballon ? Avec ces conn***** c'est moi qui vais finir chez le psy…. »

Allez.. je vais essayer de dormir. Demain sera un autre jour...
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Re: Si je pouvais

le Lun 3 Sep - 22:00
2ème jour de réa

Il est 8 h 30 j'émerge. J'ai très mal dormi. Tu te souviens de tes cauchemars ? Regarde l'état du lit de ton neveu et tu vas comprendre de quoi je parle. Ton frère à préparé le petit déjeuner, j'ai toujours dit que c'était quelqu'un de bien… regarde il a même été à la boulangerie.
Ton frère : « - Le café est tout chaud, tu n'a plus qu'à te servir. Je t'ai pris des petits pains au chocolats, je suppose que tu ne manges toujours pas de croissants ?
- C'est exact. Merci….
- Prends ton temps, je vais sous la douche. »

Une heure plus tard, je sors de la salle de bain. Ton frère est au téléphone, il me semblait bien l'avoir entendu sonné. Après avoir raccroché, il m'explique.
«  - C'était la gendarmerie. On doit y passer ce matin.
- Pour quoi faire ?
- C'est la gendarmerie qui a établit le constat d'accident. Mais il m'a parlé de procès, de partie civile, dommages et intérêts, blessures involontaires voir, homicide involontaire. Bref des documents à remplir, notamment pour les assurances, le reste n'est qu'une histoire d'argent et pour le moment … franchement c'est le cadet de mes soucis.
- D'accord. Mais c'est la procédure légale. On y va, on se débarrasse de la paperasse et ensuite on pourra aller les voir. De toute manière les visites c'est uniquement à partir de 14 h. Alors autant passer à la gendarmerie tout de suite. »

Il est presque midi et on sort enfin de la gendarmerie. Ton frère est très énervé. Deux heures juste pour des papiers. Il m'a dit :
« - Ça me rappelle la banque pour ma sœur. A l'époque j'avais du y passer trois fois pour tout régler. Ah ! Pour bloquer les comptes c'était du rapide, en revanche pour transférer l'argent quel cirque ! Après on s'étonne que les grosses fortunes partent vivre à l'étranger. Vive l'administration française…
- Je suis d'accord avec toi mais t'énerver ne va pas servir à grand chose.
- Je sais...mais ça me soulage... »

On a pris la direction du CHU, maintenant on va aller rendre visite à ta belle sœur. Ce qui signifie se déguiser en Schtroumpfs encore une fois, rentrer en réa une nouvelle fois, te revoir toi … encore une fois. Difficile ? Moi je dirais horrible. Personnellement ta belle sœur je ne la connaissait presque pas.  Je l'ai vue quoi ? Quatre fois peut être. On a  mangé avec elle deux ou trois fois. J'ai échangé quelques mots mais elle était toujours très distante avec toi, avec nous, alors je ne peux pas dire que je me sente proche d'elle. Pour ton frère, c'est bien évidemment très différent. Il a partagé  28 ans de sa vie avec elle, et même si aujourd'hui ils avaient décidé de se séparer, on efface pas 28 ans d'une vie d'un claquement de doigts. D'autant plus que quoi qu'il arrive c'est la mère de son fils et  ce sera toujours le cas.
Être ici, dans ce box avec ton frère c'est quelque chose que je n'aurai jamais imaginé. La même situation 20 ans après… c'est un cauchemar. Destin ? Hasard ? Coïncidence ?
« Le hasard n'existe pas. »
Si je suis là aujourd'hui, a coté de ton frère c'est qu'il y a une raison. C'est ce que tu penses ? Je te crois... mais laquelle ?

Mon amie m'a dit hier :
« - Ce n'est pas un hasard. Si tu te retrouves dans cette situation il y a forcément une raison. Alors réfléchie, analyse, anticipe et tu vas trouver. C'est elle qui t'a appris à raisonner de cette façon alors continue... »

Tu veux savoir comment va ta belle sœur ? Et bien je dirais : état stationnaire. Ni mieux, ni pire. Autant être clair tout de suite, l'accident qu'elle a subit était très violent. Lance une pomme de terre crue à 80 m/ h contre un mur et regarde le résultat. Pour faire une purée c'est parfait, mais pour les frites… tu repasseras. Aujourd'hui la question n'est pas de savoir si son corps va lâcher, mais plutôt quand il va lâcher ? Et oui… on en est là. Et pour le moment ton neveu n'est au courant de rien et on va devoir lui expliquer. Ou plus exactement, je vais devoir lui expliquer. Parce que ton frère n'y arrivera pas. Est ce que ton neveu aura suffisamment confiance en moi pour m'écouter ? Je n'en ai aucune idée. D'ailleurs on va aller le voir. Il doit commencer à se réveiller maintenant. Et ton frère ne veut pas qu'il soit seul à son réveil.

Ah ! Il nous a entendu entrer. Il essaye d'ouvrir les yeux. A cause des antalgiques il est encore très faible, et étant donné le matériel auquel il est attaché il doit bouger le moins possible. Alors autant qu'il dorme.
Le médecin vient nous voir et nous explique qu'il récupère très bien de la première intervention et qu'ils espèrent pouvoir opérer son fémur dès la semaine prochaine. En revanche, ses reins ne fonctionnent pas et ils pensent devoir le dialyser dès ce soir. En attendant de pouvoir enlever le rein il devra subir une dialyse tous les deux jours. Ensuite ? Deux solutions. Soit le deuxième rein est capable de prendre le relais soit ce n'est pas le cas et il sera dialysé à vie, et placé sur liste d'attente des greffes.
A ce moment là ton frère s'est décomposé. Je sais ce qu'il pense. Des patients dialysés j' en transporte tous les jours. C'est 4 h couché sur un lit d'hôpital tous les deux jours. En clair, c'est quelque chose qui te pourrie la vie. Mais au moins il est vivant. C'est ce que j'ai dit à ton frère d'ailleurs.
Moi : «  - Je sais ce que tu penses mais regarde… il est vivant. Il faudra de la rééducation mais il remarchera. Et il n'aura aucune séquelle. Il pourra rejouer au basket. Pas tout de suite mais dans un an si tout se passe bien, il pourra.
- Marcher oui. Mais comment veux tu qu'il fasse médecine en étant sous dialyse ?
- Déjà je pense que pour la rentrée d'octobre c'est mort. Mais il n'a que 17 ans. Si il perd un an ce n'est pas plus grave que cela. Après je te rappelle que les dialyses de nuit c'est possible. Plein de gens sont dialysés de nuit et travaillent la journée. Il y arrivera.
- Tu crois ? Il en a pour des mois de rééducation. La dialyse en plus va l'épuiser, et j'ai peur qu'il fasse une dépression, qu'il laisse tomber.
- Il y aura certainement des passages difficiles. Mais il va se battre. Je le sais.
- Comment tu peux en être aussi sure ?
- Il va se battre grâce à ta sœur.
- Quoi ? Quel est le rapport entre ma sœur et mon fils ?
- C'est toi qui voulait que j'écrive notre histoire pour que ton fils sache qui elle était et ce qu'elle avait vécue. Tu as vu comment il a réagit en lisant le livre ? Il l'idéalise. Pour lui c'est un exemple. Il va se battre pour ne pas la décevoir. Et si on peut lui faire comprendre que l'on sera là pour lui comme on l'a été pour elle alors il y arrivera.
- …. Je crois que c'est pour cette raison que ma sœur t'aimais autant.
- Pardon ? Quelle raison ?
- Elle, elle vivait au jour le jour, elle transpirait la spontanéité. Mais toi, tu as cette faculté d'anticiper, d'analyser, de voir plus loin, d'imaginer le après… et c'est ce qui l'a sauvé plus d'une fois. »

Ton frère à peut être raison, je n'ai aucun moyen de le savoir. Mais ce que je sais, c'est que ton neveu est exactement comme toi.

Il se réveille, il commence a vouloir lever le bras, il bouge la tête et il ouvre les yeux. Il regarde la pièce, le plafond et… il vient de voir qu'il est attaché à une grosse poulie. D'une petite voix il nous a dit :
« - Pourquoi je suis à l'hôpital ?

Et ton frère lui a répondu :
«  - Parce que tu as eu un accident de voiture. Tu es attaché parce que tu as le bassin de cassé et ils ont du t'opérer pour le réparer. Tu as aussi le fémur de cassé. C'est pour ça que tu es attaché de cette façon, tu seras opéré la semaine prochaine.
- Papa… c'est le camion qui m'a coupé la route. Je ne l'ai pas vu arrivé. J'ai essayé de l'éviter, j'ai braqué à gauche mais… après je sais plus… je ne me souviens plus. On est quel jour ?
- Mercredi. Mais tu es encore sous antalgiques. Tu dois te reposer.
- Si je comprends bien, je suis coincé ici pour un moment. Papa… tu peux me laisser ta tablette s'il te plaît ?
- Quand tu seras transféré dans un autre service oui, mais pas réa.
- Je suis en réa ? Et vous êtes venus me voir ici ?
- On allait pas te laisser tout seul ici..
- Oui… mais…. La réa c'est... »

Moi : «  - Je sais ce que tu veux dire et ne t'en fais pour ça. On va devoir y aller. Je dois rentrer et le Tgv ne va pas m'attendre. Mais je vais revenir, je ne vous laisserai pas tout seuls, ni toi, ni ton père. D'accord ?
- Ok ! A bientôt... »
                                                                                                                                                                                                                                                                     
Oh le c**, il va réussir à me faire pleurer. Il a l'air tellement triste. Je connais ton neveu depuis très peu de temps et même si nous avons beaucoup discuté on ne s'est vu que très peu. Et pourtant… je me suis attachée à lui. Et ce que je viens de lire dans ses yeux me fait dire que c'est réciproque. Ah ! Oui ! Parce que j'ai oublié de te dire mais il m'est possible de lire dans les yeux de ton neveu aussi facilement que je lisait dans les tiens. Un avantage ? Heu… oui. si l'on veut… C'est compliqué. A travers ses yeux c'est toi que je vois et c'est là où les choses se compliquent. C'est perturbant, bouleversant, et en même temps magique et génial.

Ton frère doit me raccompagner à la gare. Enfin… plus exactement je vais me déposer toute seule. Oui je prends le volant, ton frère déteste rouler dans ce chantier et j'avoue qu'ici si on ne connaît pas, il y a vraiment de quoi tourner en rond.
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Re: Si je pouvais

le Mer 5 Sep - 3:43
Retour vers la réalité

Il est 18 45 et le Tgv part dans dix minutes, il faut que je me dépêche. Je dis au revoir à ton frère rapidement et je saute dans le train.
Une fois assise à ma place je regarde le décor défilé par la fenêtre. Chaque image m'éloigne de ton neveu et me rapproche un peu plus de chez moi. De ma vie qui doit reprendre son cours, du boulot que je dois reprendre demain. Je commence à 8 h. J'aime ce métier mais bizarrement... là tout de suite, je n'ai aucune envie d'aller travailler. Laisser ton neveu seul avec probablement une armée de questions dans la tête… Maintenant qu'il est réveillé, la seule chose qu'il peut faire c'est penser. On ne lui a pas encore dit pour son rein, ni pour la dialyse, mais il va bien falloir. Comment va t' il réagir ? Et puis... c'est bizarre, il n'a posé aucune question sur sa mère. Je voudrais l'aider mais qu'est ce que je peux faire ? Il va s'ennuyer, il va broyer du noir… je n'aime pas ça.

Il est 23 h et je rentre enfin chez moi. Épuisée ? Physiquement oui. Psychologiquement aussi d'ailleurs. Je sais que je devrais me coucher et me reposer, mais je sais aussi que je n'arriverai pas à fermer les yeux. Ou si j'y arrive, je vais me réveiller en panique parce que j'aurai fait un cauchemar. Et je ne veux pas. Je connais le scénario de mes cauchemars par cœur… non merci. J'ai assez donné. Non ! Il faut que je trouve une alternative pour m'occuper le cerveau.
Dimanche ton neveu m'a dit :
« - Pourquoi tu ne ferais pas une vidéo pour raconter les dernières années de sa vie ? Un peu comme le résumé du livre en images... »

Sur le coup je me suis dit que c'était impossible. Je n'ai aucune image de cette époque, alors comment faire un film sans images ? En même temps, ça avait l'air de lui tenir à cœur, pourquoi ? Envie ou besoin de mettre des images sur des mots… peut être…
Mais... le résumé du livre en images ? C'est montrer ton combat, ta passion, les traitements, l'hôpital, mais aussi tout ce que tu as fait en quatre ans, ce que tu as aimé, vécue… Une façon de montrer que malgré les moments difficiles, tu as vécue des moments sublimes qui aujourd'hui tournent en boucle dans ma mémoire. Montrer que peu importe la difficulté, il y a toujours un moyen de se relever, qu'au delà des souffrances il y a des choses à voir, des choses à vivre. Et si c'était de ça dont ton neveu avait besoin maintenant ?
L’hôpital, la réa, les urgences, ma chambre, mon bureau, le lycée, l’hôtel, mais aussi les falaises, la Vendée, Eurodisney, les couchers de soleil, et bien sur le château et le parc animalier… Moi, je n'ai aucune image de tout cela. Peut être quelques photos des falaises et du château, prises il y a presque 30 ans et impossible à scanner, le papier ayant jaunis avec le temps. Mais toutes ces images existent. Quelque part sur internet, elles y sont forcément... quelque part. Après deux heures de recherches, j'avais récupéré toutes les images. Faire le montage ? Pour moi, c'est un jeu d'enfant… découper, caler, coller, mettre les textes, choisir la bande son…. C'est très long mais pas très compliqué.

Il est 5 h du matin, le montage est terminé et prêt à être encodé. Je visualise et je lance l'encodage. Pendant que mon ordinateur travaille je me fait couler un café, ensuite j'irais prendre ma douche et préparer mon sac. Oui, il faut que j'aille travailler.
Deux heures plus tard… encodage et compression terminée. Je lance le transfert sur le serveur virtuel pour que ton frère puisse le récupérer à distance.
Maintenant je vais travailler….
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Re: Si je pouvais

le Ven 7 Sep - 6:46
3. Rien est simple

Comment tout gérer ?

J'ai la désagréable sensation de faire uniquement acte de présence. Oui, je suis au travail mais mon cerveau, lui est ailleurs. Je laisse mes collègues avec mes patients, moi je roule. Me Concentrer sur ma conduite me permets d'occuper mon esprit. Discuter avec les patients ? Ce n'est pas qu'ils ne m 'intéresse pas où que je ne veuille pas m'occuper d'eux, c'est juste que je n'y arrive pas. Tout me semble décalé. Je suis là, en train de transporter une patiente pour un changement de sonde urinaire, et à 500 km d'ici, il y a ton neveu attaché à une poulie, dont les reins ne fonctionnent plus et ta belle sœur dans un état plus que critique. Comment te dire que la sonde urinaire, là tout de suite…. Tout me paraît dérisoire. Je m'en voudrai presque d'être ici, j'ai la sensation de ne pas être à ma place. En même temps, comme toi, ma conscience professionnelle m'oblige à être au boulot. Je ne peux pas planter tout le monde et obliger mes collègues à faire le boulot à ma place. Et puis je me rassure en me disant que je n'ai plus qu'une semaine et demie à tenir. Après je suis en vacances. Cette semaine va être difficile, très difficile mais je tiendrais.
Mon prochain jour de repos ? Dimanche. Oui bien sur que j'y retourne. Bien sure que je vais voir ton neveu dimanche. Je fais l'aller-retour dans la journée. Je vais être épuisée ? Je le suis déjà mais je dormirais dans le Tgv.
On s'est mis d'accord avec ton frère, il m'appelle tous les soirs pour me donner des nouvelles. Lui a changé de planning, il travaille de nuit, se repose un peu le matin et monte au CHU pour 14 h. Tu vois on est organisé, on va réussir à gérer la situation.
Je viens d'avoir ton frère au téléphone. Le médecin a expliqué à ton neveu que ses reins ne fonctionnaient pas. Il a eu sa première séance de dialyse. Elle s'est bien passée. Mais je ne sais pas si ton neveu voit la situation comme étant provisoire où si il a compris qu'elle pouvait être à long terme. Mais je crois que l'on va laisser passer quelques jours avant d'entamer cette conversation. Laissons le déjà digérer le fait qu'il ne rentrera pas à la fac cette année et qu'il va devoir entamer une longue rééducation. La suite on lui en parlera dimanche. Il n'a toujours pas demandé de nouvelles de sa mère. Il n'ose peut être pas.
« Si tu n'es pas prêt à entendre la réponse alors ne pose pas la question. »

Tu crois qu'il aurait retenu ça ? Peut être… On le saura dans quelques jours. En attendant, lui se rétablit tout doucement, ce qui est une bonne nouvelle. Ils parlent même de le changer de service. Il va pouvoir sortir de la réa. Et je ne te caches pas qu'il a hâte  parce qu'il veut sa tablette. Enfin… ton frère va lui laisser la sienne en attendant de lui en racheter une, puisque la sienne à éclaté dans l'accident, tout comme son téléphone.
Et ta belle sœur ? Ils ont fait des test neurologiques aujourd'hui. Mais les résultats ne sont pas significatifs. C'est la réponse que l'on a eu. En gros, on peut l'interpréter comme on veut. Moi je pense surtout que les résultats s'annoncent mauvais, mais avant de se prononcer définitivement ils préfèrent attendre d'être sur des résultats.
Il faut que je te dise aussi, ton frère à télécharger le montage vidéo. Et bien sur il l'a visionné. Tu veux savoir ce qu'il m'a dit ? Il a dit :
« - La vache !! Il faut s'accrocher. Aucune image n'a été mise par hasard. Mais j'adore. C'est exactement ça et mon fils va adorer. »

Tu ne voulais pas que l'on pleure devant des photos dans un album, parce que c'était des instants figés, sans vie. Tu avais raison. Mais regarde…. Le film, c'est ta vie. Il bouge, il est triste et joyeux en même temps, il est beau, coloré, il chante… il te ressemble. Je l'ai fait pour lui mais je pense sincèrement qu'il te plairait.
…….

Aujourd'hui ton neveu est sortie de la réa. Et devine la première chose qu'il a demandé à son père. Oui ! Sa tablette. Et tu sais pourquoi ? Il veut voir le film. Il ne perd pas le nord ? Oui je confirme. Il sera de nouveau dialysé demain matin mais il va bien. Ses amis vont venir le voir la semaine prochaine, au moins il aura de la visite, il se sentira moins seul.
Et non ! Il n'a toujours pas demandé de nouvelles de sa mère. J'ai dit à ton frère qu'on lui parlerai dimanche. De toute manière on a pas vraiment le choix. Ta belle sœur est en coma stade 3, autant te dire qu'elle ne va pas tenir très longtemps. Bien sur qu'il est possible de sortir du stade 3, mais étant donné les dégâts que son corps a subit, elle ne va faire que s'enfoncer. Ce n'est qu'une question de jours.

Le lendemain…
C'est le dernier jour de la semaine et je n'en suis pas mécontente. Enfin presque le dernier. Je travaille encore demain mais demain c'est différent, je suis au bureau et non au contact des patients. Aujourd'hui je suis de nouveau affectée au véhicule d'urgence. J'aime le SAMU, j'aime les urgences… mais là… aucune envie. La bobologie, les fractures… oui bien sur on est là pour ça mais je n'ai pas la tête à ça. Rassurer les patients, trouver les mots… j'ai déjà du mal à mettre un pied devant l'autre. Et voilà !… Je disais quoi ? J'ai encore mon café à la main et … «  74 ans, chute dans la nuit. Douleur à la jambe » …. Super !!!! Oui et bien vous savez quoi ? Je termine mon café. Chute à 6 h du matin, il est 8 h 45, alors l'urgence ? Relative quand même. On est plus à 5 minutes près. Quoi ? Ce qui m'arrive ? Il m'arrive que si on nous appelle deux heures après une chute je pense que le pronostic vital n'est pas engagé. Tout le monde n'a pas cette chance. Alors oui c'est vrai je ne m'affole pas. Ça ne me ressemble pas ? C'est vrai aussi mais…. Tu as vu dans quel état se trouve ta belle sœur et ton neveu ? Douleur à la jambe ? Oui, bon au pire ça se répare… pourquoi je devrais courir ?
Au final j'avais raison, rien de bien méchant. Mais vivement les vacances. Là, j'en ai marre. Je n'ai plus envie. Je suis fatiguée, et tout m'énerve.
J'attends le coup de fil de ton frère avec impatience. Pour avoir des nouvelles et aussi savoir comment lui il va. Parce que lui aussi il court partout depuis plusieurs jours. Il dort très peu et je crois qu'il ne mange pas beaucoup. A ce rythme là, il ne va pas tenir très longtemps. Même si, de par nos professions nos organismes sont habitués a subir des rythmes étranges, il arrive un moment où il faut quand même récupérer. Manger quand on a le temps et non pas quand on a faim, dormir n'importe où sur commande, être frais et dispo' en 3 minutes après avoir dormi 2 h...oui ça s'apprend. Si si je t'assures. Mais il arrive un moment ou le corps dit: Stop !
Comment je fais pour tenir le coup en dormant aussi peu ? Je crois que c'est une question d'habitude. Mais en y réfléchissant dormir 3 h par nuit ce n'est pas vraiment nouveau. A l 'époque ou tu passais tes nuits à vomir ou a faire des cauchemars, tu crois que je dormais ? Combien de nuits blanches j'ai passé à te regarder dormir alors qu'on avait cours le lendemain ? Finalement, c'est juste une question d’entraînement. Dans le domaine j'ai atteint le haut niveau…. C'est bon, je plaisante !!
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Re: Si je pouvais

le Sam 8 Sep - 8:38
Marathon du dimanche

J'ai programmé mon réveil à 3 h 30 mais je crois que je peux le couper. Il est 2 h du matin et je ne dors toujours pas. Je dormirais dans le Tgv, comme d'habitude.
J'ai hâte de les revoir. Ils m'ont manqués. Je veux voir comment va ton neveu. Je veux discuter avec lui. Savoir ce qu'il pense de tout cela et comment il prend les choses. Je veux l'écouter. Je suis certaine qu'il a plein de questions et je voudrais aider ton frère à y répondre. Mais je vais devoir attendre un peu à la gare. Le temps que ton frère quitte le boulot et qu'il vienne me récupérer je vais attendre une bonne demie heure je pense. Mais aucune importance, je vais bien trouver une machine à café quelque part…

Une fois arrivée à la gare, et mon gobelet de café brûlant dans les mains, il me vient une question. La belle mère de ton frère elle est devenue quoi ? Oui je parle de la vieille chouette qui m'a fait subir un interrogatoire le jour où…. Bref, elle vie encore ? Elle est au courant pour sa fille et son petit fils ? Je sais qu'entre elle et ton frère s'était tendu, mais depuis il y a ton neveu. C'est son petit fils… Elle est où ? Il faut que je demande à ton frère. Tu vas me dire elle doit avoir quoi ? Plus de 70 ans ? Oui, bon… mon père aussi a plus de 70 ans et il se porte très bien.

Ton frère vient d'arriver. Oui j'ai compris je prends le volant. Direction le CHU ? On est partis. Maintenant que ton neveu a changé de service on peut aller le voir à partir de 10 h, alors le temps de prendre un petit déjeuner et on pourra monter directement.
Mais avant il faut que je te dises : depuis hier soir ta belle sœur est passée en stade 4. En clair ? Coma irréversible. On s'y attendait c'est vrai. Mais on espère toujours plus ou moins un miracle. Mais là… pas de miracle. Son corps fonctionne uniquement grâce aux drogues et aux machines. Ton frère voulait déjà tout arrêter hier soir, mais je lui ai dit de ne pas le faire. Pourquoi ?  Parce que je veux être là ? Oui, mais ce n'est pas la seule raison. On ne peut plus rien faire pour elle, c'est vrai. Mais je sais qu'il ne faut jamais prendre une décision importante sur un coup de tête.
« Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets »

 Alors on va commencer par réfléchir objectivement à la situation, on avisera ensuite. Je ne veux pas que ton frère regrette sa décision plus tard, peu importe la raison. Et puis, il n'y a pas qu'elle d'impliquer, il y a ton neveu aussi. Il n'a pas revue sa mère depuis l'accident. On ne lui dit rien et on lui annonce huit jours après qu'elle est décédée ? De cette façon, en plus de s'en vouloir à lui même, il en voudra à son père pour lui avoir caché la vérité. C'est ça ?
Je pense que c'est une très mauvaise idée. Il a le droit de savoir et il a le droit de décider si il veut la voir ou pas. Elle peut parfaitement rester dans cet état quelques jours ou même quelques semaines. Certains restent dans cet état pendant des années à la demande des familles. Non, ce ne sera pas son cas. Bien sur que ton frère va la laisser partir, mais pour elle plus rien ne presse. En revanche pour ton neveu c'est son avenir. Ne pas la revoir ? Ne pas assister à l'enterrement ? Ne pas pouvoir lui dire au revoir ? Comment veux tu qu'il survive à ça ? Ce n'est pas à toi que je vais apprendre à quel point c'est important. On a pas le droit de le priver de ce choix.
Ton frère : « - Tu as probablement raison mais c'est mon fils. Je n'ai aucune envie qu'il voit sa mère dans cet état.
- Pourquoi ?
- Parce que... les machines, les tuyaux, c'est juste horrible pour un gamin de 17 ans.
- Oui. Mais ce qu'il ne pourra pas voir de ses propres yeux il l'imaginera en pire. Tu te rappelle de la première fois ou ta sœur s'est retrouvée en réa ?
- Oui bien sur. C'est moi qui suis allé la chercher.
- Exactement. Quand je l'ai vue descendre de l'ambulance avec toutes les machines, les tuyaux… crois moi c'était horrible, j'étais paralysée par la peur. Mais pourtant... si ce jour là on m'avait empêché de la voir, je crois que j'aurais défoncé la porte. Et je n'avais même pas 17 ans.
- C'est vrai... t'étais jeune à l'époque.
- L'age de ton fils aujourd'hui. Je n'ai aucun don particulier. Si j'ai pu l'encaisser, il peut le faire aussi. Mais laisse lui le choix.
- Et comment je fais pour lui expliquer ? Comment veux tu que je lui dise ?
- De la même manière que tu m'a tout expliqué pour ta sœur il y a 20 ans. Dit lui juste, simplement la vérité, et répond à ses questions en toute sincérité. »

Je sais que c'est difficile pour ton frère. Mais je vais l'aider. Si il faut je finirais ses phrases. On va aller voir ton neveu et… Hakuna matata….

Ah !!! il sourie. Il a l'air d'aller bien. Un peu coincé dans son lit mais il va bien. Ce regard…. C'est juste une catastrophe. Et ses lunettes de soleil ont éclatées dans l'accident, d'ailleurs c'est la raison pour laquelle il a une coupure sur le nez. Mais rien de grave.
Ton neveu : « - Papa ? Il est ou le chargeur de la tablette ? La batterie est vide.
- Comment tu as fait pour la vider aussi vite ? Elle était pleine.
- J'ai regardé la vidéo.
- Et quoi d'autre ? Ce n'est pas trente minutes de vidéo qui a vidé la batterie.
- Oui...mais en fait je l'ai regardé toute la nuit. J'adore... »

Il est cinglé ton neveu… il a regardé la vidéo en boucle toute la nuit. J'en conclu qu'elle lui plaît. Quand je te dis qu'il est comme toi… tu vois, lui aussi... il est cinglé !
Ton neveu : « - Ils sont sympa ici, mais par contre la bouffe est dégueulasse.
- C'est un hôpital, pas un restaurant.
- Oui d'accord. Mais purée sans sel et viande hachée bouillie, ils font fort quand même. Tu crois qu'ils livrent les pizza jusqu'ici ?
- Heu... je te rappelle que l'on vient de t'enlever la rate et qu'il te manque un morceau du foie, alors pour le moment tu vas te contenter de ce que l'on te donne.
- J'espère que ça ne va pas durer trop longtemps. Je n'avais pas l'intention de faire un régime….Mais…. Elle est ou maman ? Pourquoi elle ne vient pas me voir ? »

Nous y voilà ! Sans le savoir il vient de briser ton frère. Mais… il fallait s'attendre à la question à un moment ou à un autre. Maintenant il va falloir lui répondre.
Ton frère : « - Ta mère était avec toi dans la voiture lorsque vous avez eu l'accident. Et ta mère à été très gravement blessée. Elle est en réanimation … elle est dans le coma... »
- Lequel ?
- Comment ça lequel ?
- Il y a quatre stades dans les coma, ma tante était en stade 2  c'est marqué dans le livre. Pour maman c'est lequel ?
- Stade 3.
- Donc… elle peut mourir. C'est bien ça ? »
A ce moment là j'ai pris le relais parce que je voyais que ton frère avait de plus en plus de mal à lui répondre.D'ailleurs, il lui a menti en lui répondant 3 au lieu de 4, et je sais pourquoi. Il veut lui laisser le temps d'encaisser.
Moi : « - Oui. Elle peut effectivement mourir.
- Papa a dit qu'elle était gravement blessée mais elle a quoi ?
Ton frère : - Sa cage thoracique a été écrasée, elle a beaucoup de cotes cassées et le poumon est perforé.
- Mais comment elle peut respirer alors ?
- Grâce à la trachéo, au respirateur, et à toutes les drogues qu'on lui injecte…. »

Et ton frère s'est lancé dans un cours de médecine pour tout lui expliquer. A chaque mot que ton neveu ne comprenait pas, il tournait la tête vers moi et je lui donnait la traduction. Il a tout écouté, et probablement tout enregistré, mais il n'a pas posé de question. Il m'a juste dit :
« -Toi aussi tu as eu droit à ce genre de cours pour ma tante ?
- Oui. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai rencontré ton père. Je voulais qu'il m'explique exactement ce qu'elle avait.
- Tu avais le même age que moi non ?
- J'avais 16 ans.
- Comment t'as fait ? Qu'est ce que je dois faire ?
- Demande toi ce que ta mère aurait voulue. Pour elle… et pour toi.»

Ton frère s'est arrêté là et je crois qu'il a bien fait. Il faut laisser le temps à ton neveu d'ingurgiter ce que son père vient de lui dire. Si il veut en savoir plus, les questions il les posera tout seul. Il se retient de pleurer, je le voit. Il veut être fort… et il l'est, alors il résiste. On en reparlera plus tard, on va y aller petit à petit. Un pas après l'autre…
Nous on va aller voir ta belle sœur. On ne restera pas longtemps mais ton frère tient a y aller. Et j'ai la réponse à ma question, sa belle mère est en vacances à l'étranger. Elle rentre aujourd'hui. On est dimanche, l'accident c'était lundi… mais je dit ça, je ne dis rien. Spécial quand même…

Et je sais pourquoi ton frère envisageait de tout arrêter hier soir. C'est tout simplement parce qu'il craint que sa belle mère refuse de laisser partir sa fille. Et ton frère a ajouté :
«  - Je refuse que mon fils visite le rayon fruits et légumes toutes les semaines. Ma sœur avait raison c'est inhumain. »

Personnellement, je suis entièrement d'accord avec lui. Pour connaître ce type de service je dit : Non ! Non pour moi, et non pour mes proches. Mais c'est sa fille. Alors… est ce qu'il est possible de laisser partir son enfant ? Je ne sais pas. Nous on l'a fait pour toi? Oui c'est vrai, mais le tube, la réa ... tout cela n'aurait servi à rien. C'est pareil ? Elle est déjà partie ? Je le sais... mais va dire ça à sa mère.

Il est l'heure de retourner à la gare, je dois rentrer. C'est vrai que 3 h30/ 23h la journée est longue, mais c'est comme ça. J'ai deux heures de Tgv pour rentrer, après c'est le Ter et ensuite récupérer ma voiture. Au total ? Sept heures de transport dans la journée mais au moins j'ai pu passer la journée ici avec eux. Et puis ton frère se sent moins seul. Je vais faire la même chose mercredi et ensuite je suis en vacances alors on verra comment on s'organise. Je part une semaine avec mes parents. C'est prévu depuis six mois, je les vois deux semaines par an, je ne peux pas annuler mais avant et après je vais m'organiser pour revenir. Je ne vais pas les laisser tomber, fait moi confiance.

Une fois dans le Tgv, je me perds dans mes pensées… Toi tu râlais parce que tu trouvais que l'hôpital manquait de verdure, ton neveu est mécontent parce que la nourriture est mauvaise. Quand je dis qu'il tient de toi. Digne de tes bêtises. Vous avez une anomalie génétique qui vous empêche de comprendre qu'un hôpital n'est pas un hôtel 4 étoiles ? Non, parce que le fait qu'il ai les mêmes yeux que toi, je veux bien comprendre que c'est génétique mais tes conneries ? C'est génétique aussi ? Parce que si c'est le cas, on peut s'attendre au pire.

Mais attends…. Laisse moi réfléchir une minute. En parlant de génétique... Le hasard n'existe pas. C'est bien ça ? Tu serais d'accord pour me dire qu'une mère donnerait sa propre vie pour sauver son fils ? En médecine, un patient en mort cérébrale on appelle ça un donneur d'organes. Ou je veux en venir ? Et bien réfléchie… un enfant à forcément 50 % du code génétique de sa mère et même si cela ne suffit pas pour qu'il y ai une compatibilité possible, si ton neveu a vraiment besoin d'un rein, sa mère est peut être sa meilleure chance. Et si lui n'est pas compatible, des patients sur liste d'attente il y en a combien ? Pour tester il suffit d'une prise de sang, ce serait stupide de ne pas essayer non ? Voilà pourquoi il ne faut surtout pas tout arrêter maintenant, la voilà la raison que je cherchais.
Il ne me reste plus qu'à expliquer tout ça à ton frère. Bon, lui il va comprendre, la vieille chouette en revanche… c'est pas gagné. Mais on en reparlera demain. Maintenant c'est douche, préparer mes affaires de boulot pour demain et essayer de dormir. Oui parce qu'il est déjà minuit passé. Et encore, j'ai gagné un peu de temps j'ai sauté le repas du soir. Je voudrais bien que l'on me présente l'idiot qui a décidé de ne mettre que 24 h dans une journée. C'est censé suffire ? Dans quelle vie ?
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Re: Si je pouvais

le Mer 19 Sep - 1:04
La belle mère

Je viens de rentrer du boulot, j'attends des nouvelles de ton frère. Sa belle mère devait arriver aujourd'hui. Moi non plus je ne suis pas rassurée. Je n'ai pas confiance en elle. Le peu que je me rappelle me fait penser à une femme rigide, peu compréhensive et imbue de sa personne. Mais il paraît que les gens changent en vieillissant. Je demande à voir.
Ton frère au téléphone : « - Quelle journée ! Toujours aussi bornée celle là.
- Ta belle mère ?
- Oui. Il m'a fallu deux heures pour lui expliquer dans quel état était sa fille.
- En même temps mets toi à sa place. Tu parles de sa fille. Il est normal que son cerveau refuse de comprendre.
- C'est sa fille je suis d'accord, mais c'était aussi ma femme et jusqu'à preuve du contraire c'est aussi la mère de mon fils. Ce  n'est pas par plaisir que je dis que l'on ne peut plus rien faire.
- Je le sais mais respire et calme toi. Parce que là tu es branché sur le 220 volt.
- Pardon. Mais c'est elle qui m'a énervé. De toute façon elle m'énerve depuis 30 ans.
- Mais, elle a pu les voir au moins ?
- Tu parles !! Madame a perdue du temps à trouver une chambre d'hôtel correcte. Elle m'a appelé six fois depuis ce matin, pour que je lui répète à chaque fois la même chose. Au lieu de se déplacer voir sa fille et que l'on se parle de vive voix...mais non…
- Je vois que la journée à été mouvementée. Et comment va ton fils ?
- Il va bien. J'ai vu le chirurgien aujourd'hui ils opèrent demain matin. Ils vont réparer le fémur.
- Ah ! Bonne nouvelle. Après il pourra être debout.
- Oui 5 jours après, il pourra se déplacer avec des béquilles.
- Il doit être content. Il ne sera plus coincé sur son lit.
- Ah oui ! Il veut déjà descendre à la cafeteria…
- Pourquoi je ne suis pas surprise ?
- Ne dis rien je sais ce que tu penses. Et je crois que tu as raison… exactement le même... »

Si ils réopèrent ton neveu demain matin, c'est une bonne nouvelle. A la fin de la semaine il pourra se lever. Ce qui signifie qu'il pourra bouger et donc voir sa mère si il le souhaite. Il ne nous reste plus qu'à lui expliquer. Je reviens mercredi. Avec ton frère on va lui parler. Parce que visiblement ce n'est pas sa grand-mère qui va le faire. Ton frère avait besoin d'aide et là j'ai plutôt l'impression qu'il se retrouve avec un problème supplémentaire à gérer. Oui je parle de sa belle mère. Désolée, mais pour le moment j'ai la désagréable impression qu'elle apporte plus de problèmes que de solutions. Je verrais bien mercredi.
J'ai expliqué à ton frère ma théorie génétique et tu veux savoir ce qu'il m'a répondu ? Il m'a dit :
« - Pourquoi je n'y ai pas pensé ?
- Parce que c'est ta famille. Tu es trop proche. Mais tu comprends maintenant pourquoi il ne fallait pas se précipiter ?
- Oui et tu avais raison. Ma sœur avait raison. Cette capacité de voir plus loin… elle va peut être sauvée la vie de mon fils ou au moins lui faire gagner des années d'espérance de vie. Je vais demander les test de compatibilité dès demain. Merci. Merci pour lui.
- Tu me diras merci si ça fonctionne. En attendant il va falloir s'occuper de lui. »

C'est toi que je devrais remercier. C'est toi qui m'a appris à tout analyser, tout décortiquer, qui m'a obligé à me poser des questions, qui m'a toujours poussée à la réflexion en disant qu'il y avait une raison d'être en chaque chose, que le hasard n'existait pas. La raison pour laquelle je cherche des explications à tout, c'est toi. Un problème, des hypothèses, une réciproque, une conclusion… c'est toi qui m'a appris ça. La vie n'est qu'un ensemble de données mathématiques. Tu vois… je n'ai pas oublié. Et j'arrive même à l'appliquer.

Le lendemain.
Ton frère m'a écrit cette après midi pour me dire que l'intervention s'est bien déroulée. Ton neveu a bien réagit à la péridurale mais les calmants l'ont un peu mis dans les vapes. Cela dit monsieur réclame à manger, c'est plutôt bon signe. Mais j'en saurais plus ce soir.

Quelques heures plus tard…
La journée à été difficile, je fatigue. J'étais censée finir à 20 h ce soir, mais au lieu de ça, il est 22 h et je viens juste de rentrer. Mais je ne pense pas que la patiente aie volontairement choisie de faire un infarctus à 20 h juste pour me faire effectuer des heures supplémentaires. Il a donc fallu la transférer dans un établissement spécialisé en cardiologie. La première fois que j'ai vu un brancard descendre d'une ambulance tu étais dessus. Aujourd'hui, les patients sur brancard, avec les scopes, les câbles, les seringues, le respirateur et l'oxygène, c'est moi qui les transporte. Et d'ailleurs, maintenant je peux répondre à ta question. Pourquoi il faut être deux pour descendre un brancard ? Parce que le brancard avec le patient et tout le matériel pèse plus de 180kg. Voilà pourquoi.
Dans mon métier on connaît l'heure à laquelle on commence, mais rarement celle à laquelle on termine. Et nos journées font plus souvent 13 h que 8 h, dans les ambulances les 35 h n'existent pas. Je dois avoir un super salaire ? Ah ! C'est ce que tout le monde imagine, mais c'est loin d'être le cas. On est sur une convention particulière qui fait que seul un certain pourcentage de nos heures est rémunéré ? Le reste ? C'est pour ainsi dire du bénévolat. On fait ce métier par passion, pas pour le salaire. Toujours est il que les semaines de 50 h c'est fatiguant. Ajoutées aux allers- retours en Tgv, les journées sont trop courtes. Et demain c'est de nouveau réveil à 3 h30. Oui je retourne les voir.
Ah ! Téléphone. C'est ton frère :
« - Pas trop difficile la journée ?
- Un peu longue, je viens juste de rentrer, mais ça va. Alors ? Quelles sont les nouvelles ? Tu as vu ta belle mère ?
- Mon fils sortant tout juste d'une anesthésie, ma belle mère a décidé de ne venir le voir que demain. On doit passer la chercher à son hôtel avant de monter au CHU.
- D'accord. Mais elle aurait pu aller aller voir sa fille. Elle a peur ou quoi ? Cela dit je peux comprendre qu'elle appréhende de la voir, mais reculer l'échéance ne va rien changer à son état, bien au contraire.
- C'est vrai. Mais finalement je suis bien content de ne pas me retrouver seul avec elle. Tu seras là, et tant mieux.
- Oui. Ne t’inquiètes pas, je vais m'en occuper de ta belle mère. Et comment va ton fils ?
- Ah ! Lui il va bien. Il veut se lever et sortir de sa chambre. Demain matin on ira lui acheter une nouvelle tablette, il faut vraiment que je récupère la mienne, j'ai des documents du boulot dedans et j'en ai besoin. Et il m'a demandé si tu peux lui trouver le film « Le passage » parce qu'il ne l'a jamais vu, et bien sur il veut le voir. Je pensais que ma sœur l'avait alors j'ai cherché dans les cartons, mais je ne l'ai pas trouvé.
- Non, elle ne l'avait pas. C'est moi qui lui ai fait découvrir ce film et on le regardait chez mes parents. Je ne suis pas sure de pouvoir copier le disque, au pire je lui commanderai.
- Super ! Tu lui dira demain. Je lui ai dit que sa grand-mère était là et qu'il la verrait demain, mais la seule chose qu'il m'a demandé c'est quand est ce que toi tu revenais. Ce qui ne me surprends pas vraiment d'ailleurs.
- Pourquoi ? Il ne s'entend pas avec elle ?
- Et bien… comme tu as pu le constater mon fils à le caractère de ma sœur alors… à ton avis ?
- Oui, c'est bon j'ai compris. »

On a discuté longtemps au téléphone. Ton frère m'a expliqué que ton neveu est plutôt solitaire depuis tout petit. Il préférait rester seul à lire dans dans sa chambre, que de passer ses mercredi après midi chez sa grand-mère. C'est bizarre, ça me rappelle quelqu'un. Il n'a que très peu d'amis et il disait avoir hâte de rentrer à la fac parce qu'il en avait marre de fréquenter des gamins qui n'ont rien dans le crane. Oui, je sais ce que tu penses, moi aussi j'ai fait le rapprochement. Je disais la même chose à son age. Je préférais passer du temps avec toi qu'avec mes camarades de lycée.

C'est étrange il n'a posé aucune question sur sa mère. Mais je pense savoir pourquoi. Il a peur que son père n'arrive pas à lui répondre, alors il attend que je sois là. Je lui parlerais demain. Enfin… si je n'ai pas étranglé la belle mère avant….
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Re: Si je pouvais

le Lun 24 Sep - 2:08
Restons calme !

Il est 4 h 30, je monte dans ma voiture. Direction la gare pour prendre le Tgv. Encore une dure journée qui s'annonce. D'autant plus que l'on doit récupérer la belle mère et je ne sais pas pour quelle raison, mais je ne le sent pas du tout.
Comme convenu, ton frère m'attendait à la gare et lui aussi il appréhende de revoir sa belle mère. Leurs rapports étaient déjà tendus il y a 22 ans, la naissance de ton neveu n'a rien changée, et le fait qu'ils aient décidés de se séparer n'arrange rien. Ton frère me l'a décrite en disant :
« - C'est juste une vieille conne qui pense être au dessus de tout le monde et dont le seul centre d’intérêt est elle même. »

Génial ! Tout à fait le genre de personnage que j'affectionne… Rassure toi, c'est de l'ironie. Un mot de travers au sujet de ton neveu ou de toi, et je lui rentre dedans. Et sans aucun scrupule. Pourquoi je m'énerve déjà ? Aucune idée. C'est juste qu'il y a des choses, des gens, auxquels il ne faut pas toucher. Sinon je sors les griffes.

Après être passés au centre commercial pour acheter une nouvelle tablette pour ton neveu, nous voilà maintenant devant l' hôtel ou séjourne la belle mère. Dix minutes plus tard, madame daigne enfin descendre. Oui, ça m'énerve ! Ton frère entame la conversation :
« - Bonjour. Vous vous souvenez de l'amie de ma sœur ? Je l'ai retrouvée il y a quelques mois, et depuis l'accident c'est elle qui m'a aidé.
- Ah ! Vous n'étiez pas assez grand pour vous occuper de votre famille tout seul ? »

Ton frère n'avait pas exagéré concernant sa belle mère. La réflexion est vraiment stupide... Il n'a rien répondu et il a eu raison. Ce qu'elle pense après tout, on s'en moque. Ce qu'on lui demande c'est d'être là pour sa fille et son petit fils.
Arrivé au CHU, elle voulait acheter des chocolats pour ton neveu. J'ai bien cru que ton frère allait lui sauter à la gorge. Ton neveu vient de subir une ablation partielle du foie, alors le chocolat ce n'est vraiment pas conseillé. Mais n'étant pas dans le domaine médical elle n'a sans doute pas fait le rapprochement, on ne peut pas vraiment lui en vouloir pour ça. Je lui ai conseillé de prendre un magazine.

Dans un premier temps, on va se diriger vers la réa, voir ta belle sœur. Après avoir aidé la belle mère a enfiler le costume de Schtroumpf, nous passons tous les trois au lavage des mains. En se regardant dans le miroir elle n'a rien trouvé de mieux à nous dire que :
« - Et bien on ne peut pas dire que ce costume soit très élégant, ils auraient pu trouver mieux. »

Là, je dois dire que nous sommes restés sans voix. C'est de l'humour noir parce qu'elle a peur, ou juste une réflexion complètement stupide et déplacée ? En entrant dans le box de ta belle sœur, elle s'est figée. Preuve qu'il y a au moins quelque chose qui l'empêche de dire n'importe quoi. Oui, je sais. Bien sure que c'est impressionnant. Même le pire des monstres ne peut pas rester insensible à cette armée de machines. Et encore plus lorsque l'on ne comprend pas à quoi ça sert. On a tous peur de ce que l'on ne comprend pas. Ton frère n'osant pas lui parler, je prends sur moi de lui expliquer a quoi servent les machines, à quoi correspondent les chiffres sur les écrans et même à quoi servent les drogues qu'on lui injecte. J'essaye de rester le plus basique possible et de trouver des analogies compréhensibles au commun des mortels. Elle m'écoute jusqu'au bout et finit par me dire :
« - Vous vous prenez pour qui pour me parler de l'état de ma fille de cette façon ? Je suppose que vous n'êtes pas médecin, vous n'avez même pas été fichue d'obtenir le bac. »
Autant te dire tout de suite que je n'ai pas eu le temps de rétorquer quoi que ce soit. Non, ton frère l'a fait à ma place. Il lui a dit :
« - Effectivement, elle n'est pas médecin, mais croyez moi elle sait parfaitement de quoi elle parle. Elle vient de vous expliquer très clairement la situation de manière à ce que vous compreniez. Chose que moi, je n'aurait pas été capable de faire, justement parce que je suis médecin. Vous ne connaissez rien de sa vie depuis 20 ans, alors je pense que vous n'avez aucun droit de critiquer. Et pour une fois dans votre vie, vous feriez mieux d'écouter ce que l'on vous dit, au lieu de juger tout le monde. Ma sœur a passé des jours dans le coma. Et si il y a une personne qui est capable de vous faire un cours sur le sujet, c'est elle. Aujourd'hui elle est ambulancier. Et oui ! Alors les termes médicaux elle les connaît. La différence entre elle et moi c'est qu'elle est capable de vous les expliquer simplement, moi pas. »
La belle mère : « - Comment font ils pour évaluer son état ? »
Ton frère : « - Grâce aux test de réflexes du tronc cérébral, aux EEG et angioscan »
En voyant le regard interrogateur de la belle mère je n'avais qu'une envie c'est : éclater de rire. Elle n'avait strictement rien compris. Alors je lui ai dit :
« - Grâce aux test des réflexes et de motricité des membres, aux mesures de l'activité électrique du cerveau et aux imageries montrant la circulation et la pression sanguine au sein du cerveau. »
En croisant le regard de ton frère, j'ai compris qu'il avait fait exprès de lui répondre de cette façon, c'était uniquement pour lui prouver ce qu'il venait de dire juste avant. Oui, j'étais capable de traduire.
Je crois que nous n'avons plus rien à ajouter. On va aller voir ton neveu et la laisser seule un moment avec sa fille. Malgré tout ce que l'on pourrait lui reprocher, c'est sa fille qui est couchée sur ce lit, et… elle va mourir. Ce n'est qu'une question de temps.

En rentrant dans la chambre de ton neveu je n'ai vu qu'une seule chose : son sourire. Ce sourire qui me manque depuis tant d'années. Son sourire c'est le tient. J'étais très énervée en arrivant, mais le sourire de ton neveu a tout effacé. La première chose qu'il me demande c'est si j'ai trouvé le film. Malheureusement impossible de faire une copie, je vais lui commander. Il s’ennuie, il veut prendre une douche (avec le plâtre il peut rêver), et surtout il veut sortir de cette chambre. Quelle impatience ! Il pourra se lever dans quelques jours mais je crois qu'il est aussi têtu que toi. Ton frère lui annonce que sa grand-mère est là et qu'elle ne va pas tarder. Et si j'interprète l'expression de son visage, j'en conclu que ça ne l'enchante pas plus que cela.
Pendant que je lui paramètre sa nouvelle tablette sur laquelle je rentre le code Wifi de l'hôpital, sa grand-mère entre dans sa chambre. Après un bref bonjour, ton neveu continu sa conversation avec moi comme si elle n'était pas là. Et il me demande :
« - Vous avez été voir maman ?
- Oui. Tout a l'heure.
- Et ? Elle est toujours en stade 3 ?
- Oui.
- Et il n'y a aucune chance que ça s'améliore… c'est bien ça ? Elle va mourir...
- Malheureusement on ne peut rien faire. Personne ne le peut. Et oui... elle va mourir. »

A cet instant la belle mère s'est adressé à moi :
«  Mais.. de quoi vous mêlez vous ? Je vous interdis de lui dire ça. Vous n'êtes même pas de la famille, ce n'est pas a vous de lui parler de sa mère. »

Et ton neveu, très énervé lui à répondu :
« - Si les choses avaient été différences, elle serait de la famille. Et aujourd'hui elle l'est plus que toi. Et puis.. je sais qu'elle ne me mentira pas. Pas comme toi. Alors oui je préfère que ce soit elle qui m'explique. La différence entre elle et toi c'est qu'elle sait de quoi elle parle. Et si j'ai des questions ce n'est pas toi que j'irais voir. Je sais ou trouver mes réponses. Toi tu ne comprends rien et la seule chose qui t’intéresses c'est toi. »

Et bien quand je disais que ton neveu était loin d'être un idiot, j'étais encore loin de la vérité. Il comprends très bien la situation et très bien les gens qui l'entoure. Le sourire aux lèvres il a pris sa tablette et il est allé sur internet, il cherchait quelque chose. Comme un gamin, tout fière de la bêtise qu'il allait faire. Il cherchait une chanson, c'était ça :

« […] Tu es de ma famille, de mon ordre et mon rang, celle que j'ai choisie celle que je ressent dans cette armée de simples gens [...]1 »

Il n'était même pas né lorsque cette chanson est sortie. Mais je le soupçonne d'avoir chercher l'intégrale de Jean-Jacques Goldman sur internet. Il les a apprises par cœur ou quoi ? Après celle là, il en passé une autre, puis une autre, et encore une autre. On a écouté : encore un matin, c'est ta chance, au bout de mes rêves, envole moi… et je te confirme, il a appris les textes par cœur.
Tu n'es pas surprise ? Et bien moi non plus. Ton frère l'écoute chanter, d'un air admiratif. Le livre, les chansons, tes films préférés… finalement c'est son héritage. Et il en fera bon usage, j'en suis persuadée.

Mais il est tard et je dois rentrer. Plus que deux jours a travailler après je suis en vacances. Je vais revenir samedi mais cette fois, je vais rester quelques jours. Les allers-retours c'est épuisant, je n'en peux plus. Mais moi j'ai deux bras, deux jambes, toute ma tête et je respire, alors je vais très bien. Ne t' en fais pas pour moi, tout va bien.
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Re: Si je pouvais

le Mar 25 Sep - 1:59
4. Vacances compliquées

Premiers jours de vacances

Ton frère est venu me chercher à la gare, on passe déposer mes affaires chez lui et on ira chercher la belle mère plus tard. Ton frère m'explique que les résultats d'analyses sont revenus. Le cross match est négatif, ce qui signifie que ton neveu et sa mère sont compatibles. Bonne nouvelle ? Oui, excellente même. Mais… est ce que ton neveu va comprendre que c'est sa meilleure chance ? Est ce qu'il va accepter de recevoir un organe de sa mère qui va mourir ? Et comment on explique tout cela à la belle mère ?
Ton frère a dans l'idée de me laisser seule avec ton neveu pendant qu'ils vont rendre visite à ta belle sœur. En clair, je vais devoir parler à ton neveu. Mais je pense surtout qu'il ne veut pas que sa belle mère soit présente lors de cette conversation. Je savais que ton frère avait confiance en moi. Je le sais depuis 25 ans, mais à ce point là ? Là, il s'agit de son fils. Tu vas me dire, il y a 25 ans il s'agissait de sa sœur et pour lui il n'y a aucune différence. Il tient à son fils autant qu'il tenait à toi.
Je veux bien parler à ton neveu mais pour lui dire quoi ? Je trouverais quand je serais en face de lui ? Possible… Hier mon amie m'a dit :
« -Tu trouveras les mots j'en suis sure. »
Et je sais que tu penses la même chose. Alors disons qu'à deux contre un je vous fait confiance.

Deux heures plus tard…
On se sépare dans le hall, moi je vais voir ton neveu.
Moi :  « - Salut p'tit loup. Comment tu vas ?
- T'es revenue ? Cool… il est ou papa ?
- Partie voir ta mère avec ta grand-mère.
- Et pourquoi tu n'es pas avec eux ?
- Parce que ton père voulait que je te parle... sans ta grand-mère.
- De maman ?
- Oui et de toi aussi.
- J'ai réfléchie. Je veux aller la voir. Je ne veux pas me retrouver comme un con devant une pierre tombale à parler dans le vide. Je veux voir ce que je lui ai fait. Je dois assumer.
- Je t'arrêtes. Tu ne lui a rien fait du tout. Tu ne lui a pas planté un couteau dans la cage thoracique. C'est la violence du choc, la ceinture, et l'airbag qui ont provoqués tous les dégâts.. pas toi. Tu n'es pas responsable.
- Peut être... mais c'est moi qui conduisait.
- C'est vrai. Mais tu sais… j'ai parcourue plus de 10 000 km avec ta tante, je fais plus de 80 000 km par an depuis 12 ans, la route je connais. Et personne, personne n'aurait pu éviter ce camion. Ni toi, ni moi … personne. Si tu décides d'aller voir ta mère, alors dit lui que tu l'aimes et que tu ne l'oublieras pas. Mais surtout, ne t'excuses pas. Tu n'as pas à le faire et ce n'est pas ce qu'elle aurait voulue entendre.
- Je sais qu'il faut que j'aille la voir mais j'ai la trouille. Je ne veux pas pleurer devant elle. Comment tu as fait toi, pour passer autant de temps près de ma tante sans jamais pleurer ?
- Oh… ne crois pas ça. J'ai pleuré. Je pleurais tous les soirs en sortant de la réa, mais jamais devant elle. Si j'y suis arrivée, tu peux le faire aussi.
- Tu crois ?
- J'en suis certaine. Ta tante avait une force et un courage incroyable. Mais ça tu l'a compris. Tu lui ressemble, alors oui tu y arriveras. Et je dois aussi de te parler d'autre chose, c'est important.
- Je t'écoute.
- Tes reins ne fonctionnent plus. Tu vas devoir être dialysé tous les deux jours.
- Jusqu'à quand ?
- Il te faut une greffe. Sans cette greffe il n'y a que le dialyse qui te permettra de vivre.
- Il faut des années pour trouver un donneur, et encore, si on a de la chance. Tu veux dire que je vais être dialysé toute ma vie ? Comme ma tante, je vais devoir attendre des années, en espérant pouvoir être opéré un jour ? »
Là, ton neveu s'est mis à pleurer. Ce qui me paraît tout a fait normal. C'est le contraire qui aurait été surprenant. Et je l'ai laissé pleuré. C'est méchant ? Non volontaire. Je voulais qu'il encaisse, qu'il comprenne, qu'il réfléchisse. Et pour ça il avait besoin d'un peu de temps. Alors oui, je l'ai laissé pleurer sans dire un seul mot. Et crois moi, ce n'est pas si simple de le regarder pleurer sans rien faire. C'est comme te regarder souffrir toi, encore une fois…
Et puis j'ai ajouté :
« - Il y a une autre alternative. Tu as une chance de pouvoir échapper à la dialyse, au moins pour les dix ans à venir, au minimum…
- Comment ? Vous avez trouvé un rein ?
- Ton père a demandé des analyses et il s'avère que ta mère et toi vous êtes compatibles. En clair, il est possible de te greffer un rein de ta mère.
- Mais elle va mourir…
- Que l'on te greffe l'un de ses reins ou pas... elle va mourir de toute façon. Mais c'est à toi de décider.
- Je ne sais pas…..
- Tu n'es pas obligé de décider maintenant. On veut juste que tu prennes le temps d'y réfléchir. »

Lorsque ton frère et sa belle mère sont arrivés, ton neveu pleurait.
La belle mère : « - Mais qu'est ce que vous lui avez dit pour qu'il pleure ? Regarder sa tante souffrir pendant quatre ans, vous n'en avez pas eu assez ? Aujourd'hui vous prenez du plaisir à faire souffrir mon petit fils ? »
Ton frère : « - Dehors ! Foutez moi le camp ! Sortez d'ici je ne veux plus vous voir. Et ne vous approchez plus jamais de mon fils.
- Il en est hors de question. C'est mon petit fils et vous ne m’empêcherez pas de le voir. »
Ton neveu : « - Mamie... sort de ma chambre. C'est moi qui ne veut plus te voir. Et ce n'est pas la peine de revenir. »
La belle mère : « - Oh… ce n'est pas un gamin qui va me dire ce que je dois faire. »
Ton frère : « - Cette fois ci vous êtes allée trop loin. Quand on ne sait pas de quoi on parle, on ferme sa gu****. Maintenant dehors ! »

Bon, et bien je dirais qu'en ce qui concerne la belle mère c'est réglé. De la part de ton frère je ne suis pas vraiment surprise. M'attaquer moi et surtout, sur une chose te concernant, c'était une très mauvaise idée. Mais la réaction de ton neveu, en revanche je ne m'y attendais pas.
……
Aujourd'hui, ton neveu a posé plein de questions à son père. Il voulait savoir comment se passait une greffe. Ton frère lui a bien évidemment tout expliquer. Bon, je reconnais que j'ai fait traducteur. Il a très bien compris que cela nécessitait une anesthésie générale et au minimum trois heures d'intervention.  Sachant qu'il a déjà subit une anesthésie générale le jour de l'accident, les délais sont un peu courts mais sa mère ne tiendra pas plus longtemps, il va falloir prendre une décision. Il sait que si il choisit la greffe, après il aura un traitement et donc plusieurs médicaments à prendre tous les jours. Mais la seule chose qu'il à répondu à ça c'est :

« - Tata en prenait 18 par jour et comparé au reste ce n'est  rien. Je crois que je peux m'y faire. »
Et puis il m'a dit :
« - Tu crois qu'elle aurait choisie de prendre le rein de maman ? »
Et je lui ai répondu :
« - Oui. Parce qu'elle voulait vivre. Et je pense que c'est aussi ce que ta mère aurait voulue. Ta mère donnerait sa vie pour toi, et dans un sens c'est peut être ce qu'elle en train de faire. Alors oui, je pense que tu devrais accepter.
- Tata s'est battue dans l'espoir d'avoir une chance de vivre c'est bien ça ? Donc moi, si j'en ai une, je n'ai pas le droit de passer à coté. Tu crois que c'est ce qu'elle m'aurait dit ?
- Oui. C'est exactement ce qu'elle t'aurais dit.  »

On a passé le reste de l'après midi à écouter de la musique. Ton neveu voulait écouter Daniel Balavoine, les chansons que tu aimais et qui ne passent pas à la radio : Me laisse pas m'en aller, les oiseaux, Révolution,Un enfant assis attend la pluie, De vous a elle en passant par moi, et bien d'autres…

Le soir avec ton frère on a parlé de ton neveu. Ton frère est très surpris par la réaction et le discours de son fils. Ce qui le surprends ? C'est de voir avec quelle maturité il a lu, compris et enregistré tout ce que toi tu as vécue. Qui tu étais ? Comment tu fonctionnais ? Ta manière de raisonner ? Il a très bien compris. Le livre ? Ça doit faire 4 fois qu'il le lit. Bon, tu vas me dire, coincé sur son lit il n'a que ça à faire. Certes ! Mais à travers les pages il cherche les réponses à ses questions. Pour lui, c'est devenu un mode d'emploi. Pourquoi notre histoire lui parle à ce point là ? Je crois que je peux te répondre. Parce qu'il est comme toi, il se voit en toi.
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Re: Si je pouvais

le Mar 25 Sep - 22:39
Debout !!

En arrivant dans la chambre de ton neveu… il  marmonnait dans son coin :
« - J'ai bien fait de choisir le basket et pas de faire du foot. Il pèse une tonne ce plâtre. Si j'avais de la guimauve dans les bras je n'y arriverais jamais. Oh la vache ! Faut que je me remette à la muscu' ça fait mal aux bras….. Ah ! Vous voilà !
- Mais qu'est ce que tu fabriques ? Tu veux aller où comme ça ?
- Ben maintenant que je peux bouger, je veux voir maman.
- Heu… oui d'accord, mais on ne peux pas y aller avant 14 h et il est à peine midi. Et puis tu ne vas certainement pas y aller avec les béquilles, on prendra le fauteuil, c'est beaucoup trop loin.
- Alors emmenez moi dehors. J'en ai ras le bol d'être coincé ici. »

Moi :  «- Ok ! Mais je ne veux pas t'entendre râler parce que les bâtiments sont moches et que ça manque de verdure. C'est un hôpital, pas le parc d'un château…
- Oui je sais (rires). D'ailleurs en parlant de château… tu crois qu'un jour tu pourras m'y emmener ?
- Ben quand tu seras capable d'arpenter les 53 hectares sur tes deux pieds, oui je t'y emmènerais. »
Grâce à toi, j'ai appris beaucoup de choses. Beaucoup, sauf une : apprendre à me taire. Je viens de dire à ton neveu que je  l'emmènerais au château. Tu peux me dire ce qui m'a pris ? Je n'y ai jamais remis les pieds depuis que tu es partie. Si, bien sur que j'aime toujours cet endroit, j'ai de magnifiques souvenirs là bas. Mais retourner là bas c'est un peu comme retourner chez toi. Je voudrais être capable d'y retourner, mais honnêtement, je ne sais pas si j'en aurais le courage.

Il y a quelques jours, en parlant de ton neveu, mon amie m'a dit :
« - Il est comme elle. Il marchera dans ses traces. Il voudra voir tout ce qu'elle a vu , et faire tout ce qu'elle a fait. »
Je crois qu'elle avait raison.
On est sortis prendre l'air. C'est vrai qu'étant coincé sur un lit d'hôpital depuis presque deux semaines, je peux comprendre qu'il veuille sortir. Mais ce n'est certainement pas à toi que je vais apprendre l'effet que ça fait.
Cette après midi il veut qu'on l'accompagne voir sa mère. Je trouve ça très bien qu'il veuille la voir. Et même très courageux. Il faut qu'il la voit, mais je mentirais en te disant que je suis sereine. Je me rappelle que la première fois où je suis rentrée en réa, j'avais une peur bleue. Peur de ce que j'allais voir, mais aussi et surtout, peur de moi même. Peur de ma réaction. Est ce que j'allais le supporter ou m'effondrer en larmes devant toi ? Et j'imagine que c'est exactement ce que ton neveu ressent en ce moment. Depuis 12 ans… la réa j'y suis rentrée des dizaines de fois, pour transférer des patients. Mais un patient c'est quelqu'un que je ne connais pas. C'est juste une pathologie parmi tant d'autres. En revanche, je n'ai jamais pu oublier la terreur que l'on ressent lorsque l'on va y voir un proche. Je serais là, j'irais avec lui, je ne le laisserais pas affronter ça tout seul.
Après être passés pour des fous, en faisant la course avec ton neveu dans son fauteuil, nous voilà à l'entrée du service du réa. On laisse le fauteuil à l'entrée et on va se déguiser. Debout sur ses béquilles ton neveu s’apprête à entrer dans le box. Ton frère est là aussi, mais en apercevant sa belle mère il m'a dit :
« - Va avec lui, je ne veux pas faire de scandale. Pas ici. Pas devant lui. »
J'ai posé une main sur l'épaule de ton neveu pour lui faire comprendre que je restais avec lui, que je ne le lâcherai pas. Malgré le regard noir que m'a lancé sa grand-mère, je n'ai pas enlevé ma main et j'ai accompagné ton neveu au chevet du lit de sa mère. Silencieusement il regardait son visage, puis les machines, les écrans, les seringues… comme si il faisait l'inventaire. Le regard brillant il m'a dit :
« - Je sais que c'est pour son bien. Mais ça fait quand même beaucoup de Doudous. »
Sa grand-mère n'a bien évidemment rien compris, mais moi oui. Je sais d'où il sort cette idée… du livre. Je lui ai expliqué a quoi servait les 'Doudous' et les drogues. Il m'écoutait avec attention et puis il m'a demandé si il pouvait lui parler.
« - Bien sur que tu peux lui parler.
- Tu crois qu'elle m'entend ?
- Personne ne le sait. Mais c'est maintenant ou jamais.
- C'est mieux que devant une croix, c'est ça ?
- Tu as tout compris. »

Sa grand-mère nous écoutait, mais elle n'a pas dit un mot. Ceci dit, il valait peut être mieux. Le clash de l'autre jour lui aurait servit de leçon ? Je rêve ? Oui je crois aussi, mais c'est bien toi qui disait : «  Je veux rêver plus haut que les chants des oiseaux, plus fort que tous les mauvais sorts » ? Et bien tu vois, moi aussi il m'arrive de rêver. Rêver qu'il est possible de faire ressortir le meilleur de chacun d'entre nous. Y compris la vieille chouette.
…….

Je n'ai jamais versée une seule larme en réa, mais le discours de ton neveu a bien failli faire changer les choses. Parce qu'il a dit à sa mère :
« - Regarde maman, je vais bien. Je suis debout et je marche. Je sais que bientôt tu ne seras plus là et que l'on ne se reverra jamais, mais je voulais que tu saches que je ne t'oublierais jamais. Tout comme elle l'a fait avec Tata, tu resteras avec moi, dans mes souvenirs. Tu resteras en moi. Et c'est d'autant plus vrai que, grâce à toi, je vais pouvoir vivre normalement. Ils vont me donner l'un de tes reins et grâce à ça, je vais éviter la dialyse et je pourrais faire médecine. Tu m'a sauvé la vie maman. Merci maman. Je t'aime et je t'aimerai toujours. »

Après avoir entendu ça je peux t'affirmer que l'entretien psychologique obligatoire pour la greffe n'est qu'une formalité. Il est incroyable ton neveu. Et il a tout compris.
Mais… comme une ombre au tableau, sa grand-mère n'a pas pu se taire bien longtemps. Elle m'a dit :
« - Vous ne charcuterez pas ma fille. Je vous l'interdis. »

Et ton frère, qui venait de rentrer dans la pièce, lui a répondu :
« - Ce n'est pas vous qui décidez. Il s'agit de ma femme et de mon fils. Qui cela dit en passant, est aussi votre petit fils. Que vous ne me respectiez pas moi... passe encore, mais respectez au moins ce qu'aurait voulue votre fille. C'est ce qu'elle aurait choisie pour son fils, et vous le savez très bien. Si lui est capable de le comprendre, alors avec un minimum d'intelligence, vous devriez y arriver aussi. »

Je crois que l'heure des règlements de compte à sonner. Ça me rappelle le jour où l'on a déjeuné avec ta mère. L'ambiance était sensiblement la même. En résumé ? Je dirais…. Polaire.
Une fois retourné dans sa chambre, ton neveu nous a dit qu' il ne voulait plus voir sa grand-mère. Il a pris sa tablette et nous a fait comprendre qu'il avait besoin d'être seul, alors on est partis.

Sur le retour, je me demande à quoi pense ton frère. Il a l'air totalement perdu. Vexer parce que son fils n'a pas voulu nous parler ? Je ne crois pas. Fatigué ? Oui possible, mais je pense que ce n'est pas la seule raison. On va rentrer et je vais essayer de lui parler.
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Re: Si je pouvais

le Ven 28 Sep - 21:59
Une discussion s'impose.

Une fois rentrés, et voyant que ton frère était en train de s'enfermer dans un mutisme qui ne me plaisait pas, je lui ai dit :
 « - Qu'est ce qui ne va pas ? A quoi tu penses ?
- Je pense à mon fils. Ils peuvent effectuer le prélèvement ici, mais lui, devra être transféré dans la capitale. La transplantation ne peut pas se faire ici. Ce qui veut dire que pendant que lui sera au bloc, on signera le certificat de décès de sa mère. Après l'intervention, il devra rester couché pendant plusieurs jours et il n'aura pas le droit de sortir. Il ne doit pas s'exposer au moindre risque d'infection. En clair, il ne pourra pas assister à l'enterrement de sa mère.
- Et pourquoi il ne pourrait pas ? Je ne vois pas où est le problème.
- T'as pas écouté ce que je viens de dire ?
- Ah si très bien. Mais pour ne pas s'exposer aux infections, il suffit de porter un masque, de ne pas traîner n'importe où et de ne pas toucher n'importe quoi. Quand à rester allongé.. Déplacer des gens qui ne peuvent ni se lever, ni s'asseoir, je le fait tous les jours. Donc non, je ne vois pas où est le problème.
- Heu… je ne vais pas demander une ambulance pour emmener mon fils à l'enterrement de sa mère.
- Mais bien sure que si ! Tu crois quoi ? C'est pas le genre de transport que l'on fait tous les jours, c'est vrai. Mais on le fait, c'est la famille qui paye c'est tout.
- Tu plaisantes ?
- Bien sure que non. Si il veut y aller, il ira. Je te le garantie. »

Si je me posais encore la question de savoir pourquoi je suis devenue Ambulancier, et bien je crois que je viens d'avoir la réponse. Je sais que ça peut surprendre mais oui, mon métier c'est ça aussi. Et oui, ta belle sœur voulait être enterrée et non incinérée. Dans le caveau de son père d'ailleurs. Heureusement que ton frère le sait, c'est au moins une question qu'il n'aura pas à se poser. C'est pas très gai comme conversation ? Oui c'est vrai, mais t'es bien placée pour savoir que la vie nous oblige parfois à affronter des moments difficiles. Celui ci en est un. Un parmi tant d'autres…
Mais tu as raison, ça suffit les conversations qui font mal. On devrait essayer de se changer un peu les idées. Je suis sure que ton frère doit avoir ton Trivial Pursuit quelque part. Je vais lui proposer une partie.
Effectivement, il était rangé bien précieusement, mais pas très loin. On a joués jusqu'à trois heures du matin.

Le lendemain au petit déjeuner….
Ton frère : « - Tu crois que ma belle mère finira par accepter ? Pour mon fils, à part moi, sa grand-mère est sa seule famille. Il va perdre sa mère, il n'a plus personne.
- C'est à lui de choisir les personnes qui feront partis de sa vie. Si il ne veut plus voir sa grand-mère, c'est son choix. A l'époque, ta sœur n'avait personne à part toi, ce qui ne l'a pas empêchée de vivre.
- C'est faux. Elle n'avait pas que moi. Tu étais là. Et heureusement d'ailleurs. Je ne l'ai jamais vue aussi heureuse que lorsque vous étiez ensembles.
- Je l'étais aussi. C'est juste dommage que l'on ne l'est jamais été vraiment.
- Jamais vraiment quoi ?
- Ensemble.
- Tu te fous de moi ? Tu as tout partagé avec elle. Le meilleur et le pire. Tu lui a fait vivre ses rêves, tu as soulagée ses cauchemars. Vous passiez le plus clair de votre temps ensemble, les week-end, les vacances.... Les deux dernières années vous viviez quasiment ensembles. Je suis sure que tu as dormi plus souvent avec elle en deux ans, que moi et ma femme en dix ans. Tu l'a aidée, soutenue et elle avait une confiance aveugle en toi. Tu sais comment on appelle ça ? La phrase qui dit : pour le meilleur et pour  le pire, dans la santé comme dans la maladie… c'est exactement ce que vous avez vécues ensembles. Et c'est juste… mais juste un petit peu, ce que l'on définie comme étant les liens du mariage. Alors ne vient pas me dire que vous n'étiez pas ensembles. Et le jour où elle est partie, ce n'est pas ta meilleure amie que tu as perdue, c'est ta femme. Et il serait tant que ça te monte au cerveau. »

Je rêve ou ton frère vient carrément de m'engueuler ? Attends je prends une chaise. Parce que là, il vient de me coller une énorme gifle. Est ce qu'il a tort ? Heu… je n'ai pas dit ça. Je n'avais juste jamais envisagée les choses sous cet angle. Disons que je suis toujours partie du principe, qu'étant donné qu'il ne s'était jamais rien passé entre nous, enfin rien de concret, pour moi cela signifiait que l'on était juste amies. Chose que je regrette d'ailleurs, c'est  vrai. Mais ce que ton frère vient de me dire explique exactement tout le contraire. Mais pourquoi ton frère est en colère ? J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ?

Croyant le faire rire je lui ai répondu :
« - Tu sais que si ce que tu dis est vrai, alors cela fait de toi mon beau frère ?
- Et tu crois quoi ? Quand je parle de toi, tu crois que je dis quoi ? A part pour ma belle mère qui est incapable de comprendre. Pour tous les autres tu es ma belle sœur… et ça l'a toujours été. Quand à mon fils… oui c'est son neveu, mais si tu le veux... c'est le tient aussi... »

Ok ! Deuxième gifle, et il n'est même pas 9 h du matin. J'imagine que toi ça te fais rire. Là tout de suite, moi pas trop. On peut rembobiner ? Ce matin en me levant, j'étais célibataire et sans enfant. Quoi ? Pourquoi je n'ai pas d'enfant ? Ben, je te rappelle que tu n'en voulait pas… mais bref, laisse moi finir. Là, ton frère vient de m'expliquer que je suis veuve, que j'ai un beau frère et un neveu.  Et tout cela au petit déjeuner... Et...qu'est ce qu'on mange ce midi ???
Donne moi quelques jours, ou quelques semaines pour ingurgiter tout cela. Il a raison. Je le sais. Mais le fait de l'entendre est difficile, d'autant plus que ça vient de ton frère.
En attendant, ce matin on doit s'occuper de la banque. Pourquoi la banque ? Pour faire transférer les comptes de ta belle sœur au nom de son fils avant que tout soit bloqué. J'avoue que dans l'esprit on a peu l'impression d'être des pilleurs de tombe, mais il faut le faire.
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Re: Si je pouvais

le Lun 1 Oct - 22:03
Juste un au revoir

Cette après midi on va voir ton neveu. Qui cela dit en passant, est devenu le mien depuis peu. C'est vrai que c'est étrange de se découvrir un neveu, qui a quand même 17 ans. Mais je suis très heureuse de l'avoir rencontré. Je m'y suis beaucoup attachée et même très rapidement. Oui je connais la raison, bien sure que je la connaît. Elle m'a éclatée au visage la première fois où je l'ai vu. En quelques semaines c'est devenu mon « P'tit loup ». Il rigole quand je l'appelle de cette façon. Alors qu'il ne supporte pas quand son père l'appelle « mon bébé .» Bon, j'avoue ce n'est plus vraiment un bébé, loin de là.
Ce soir je dois reprendre le Tgv et rentrer chez moi. Il va me manquer. Ton frère aussi d'ailleurs. Autant à l'époque on se voyait très régulièrement mais je me rends compte que l'on ne se connaissait pas. En quelques mois, on a appris à se connaître, et je comprends aujourd'hui, pourquoi tu étais attachée à lui à ce point. C'est vraiment quelqu'un de bien. Et si comme je le crois il a élevé son fils de la même manière qu'il t'a élevé toi, alors il a vraiment fait les choses bien. Oui, parce que finalement, même si vous n'aviez que quatre ans d'écart c'est bel et bien ton frère qui t'as élevé.  Aujourd'hui je le sais.

On est allé voir ta belle sœur en réa. Comme tu peux t'en douter il n'y a rien de nouveau. Cela dit tant mieux. Il ne faut pas que son état se dégrade. Comment la situation pourrait elle être pire ? Ce sont les machines et les drogues qui maintiennent les organes en état de fonctionnement mais nous ne sommes pas à l’abri que le cœur s'arrête spontanément ou que les organes se mettent à lâcher un par un. Ce qui rendrait la greffe impossible. On a besoin d'un peu de temps avant de pouvoir envoyer P'tit loup sur la table d'opération. Alors il faut espérer que son corps tienne encore un peu. Et c'est déjà un miracle qu'elle aie tenue jusque là. On a de la chance ? Dans un certain sens oui. Mais tu ne crois pas en la chance. Non !  Toi tu croyais à ça :

« [… ] Il faudra que tu apprennes
A perdre, à encaisser
Tout ce que le sort ne t'a pas donné
Tu le prendras toi-même
Oh, rien ne sera jamais facile
Il y aura des moments maudits
Oui, mais chaque victoire ne sera que la tienne
Et toi seule en sauras le prix [...]1 »

Et je peux te dire que ton neveu à très bien compris qu'avoir la chance d'obtenir un rein aussi rapidement c'était une vraie victoire. Et il en connaît le prix aussi. D'ailleurs, on va aller voir comment il va aujourd'hui. Je reviendrais dans une dizaine de jours mais je veux m'assurer qu'il va bien avant que parte.

Moi :  « - Ben t'en fais une tête. Qu'est ce qui ne va pas ?
- Je ne sais pas quoi faire. Et puis j'en ai marre des piqûres. Regarde ! C'est plus des bras c'est des passoires, j'ai des bleus partout.
- Te plains pas. Au moins toi, tu n'as pas peur des aiguilles.
- Non ça va. Mais comment elle a fait pour supporter ça pendant quatre ans ?
- Qui ? Ta tante ?
- Oui. Comment on peut supporter de servir de cobaye en restant coincé dans une cellule, qu'on appelle une chambre d’hôpital ? Et après être sorti d'ici je serais de nouveau en cellule. Au centre de rééducation, mais c'est pareil qu'ici. Je n'y arriverai pas.
- Avant de dire que tu n'y arriveras pas…
- Je dois d'abord essayer, je sais.
- Voilà ! Elle a tout encaissé, tout supporté, parce qu'à ses yeux, ce qu'elle vivait en dehors de ses murs avait bien plus de valeur. Elle aurait fait n'importe quoi pour un seul jour de plus. Chaque seringue, chaque traitement c'était peut être une semaine ou un mois d'espérance de vie en plus. Et elle aurait tout donné pour avoir la chance de vivre. A chaque fois qu'elle s'est retrouvée hospitalisée, elle s'est battue pour sortir de l'hôpital le plus vite possible. Tout simplement parce qu'elle disait que la vie était trop courte et qu'il fallait vivre chaque jour comme si c'était le dernier.
- Carpe Diem ?.
- Exactement. Alors oui c'est vrai, tu vas rester à l'hôpital un moment. Oui, tu iras en centre de rééducation mais la date à laquelle tu en sortira, elle ne dépend que de toi. Quand ta tante à fait sa rupture d'anévrisme dans l'IRM les médecins avaient dit qu'elle ne pourrait pas reprendre le travaille avant le mois de novembre. Au final, elle est sortie du centre le 22 Août et elle devait reprendre le travail début septembre. Dans l'intervalle, on a passées des supers vacances au bord de la mer. Ses dernières vacances. Voilà pourquoi il ne faut rien lâcher.
- Comment elle a fait pour ne jamais lâcher ? Pour trouver la force de réapprendre à manger et à parler ?
- Alors là, je suis incapable de te répondre. Elle avait une force mentale et un courage incroyable. Mais je sais une chose… c'est que tu es exactement comme elle. »

Visiblement, ce que je viens de lui dire n'est pas tombé dans le vide. Il réfléchie. Ton frère aussi il réfléchie. Mais ne me demande pas à quoi, je n'en sais strictement rien.
Je comprends ses doutes, je comprends ses peurs, mais je sais qu'il va y arriver. Il va surmonter l'intervention, il encaissera la mort de sa mère et il réapprendra à marcher. Pourtant ça fait beaucoup ? C'est vrai. Mais tu te souviens des Chevaliers Jedi ? Lui aussi il a la force en lui.

Plus tard, dans le Tgv qui me ramène chez moi…
Je pars en vacances à la fin de la semaine et bien sure je n'ai encore rien préparé. Il ne faut pas quatre jours pour mettre des vêtements dans un sac ? C'est vrai mais je dois surtout vérifier et préparer tout le matériel vidéo. Et oui ! Bien sure que je fais un film. Les visites, les décors, les paysages, mes films sont des souvenirs vivants. Et puis.. même si je n'habite pas un château, le ménage ne va pas se faire tout seul et tu te doutes bien que ses derniers temps je n'ai pas vraiment eu le temps. Je veux aussi rendre visite à mon collègue. Lui aussi, il est toujours en réa. Il est parfaitement conscient, il a toutes ses facultés cérébrales mais pour le moment il est toujours relié au respirateur et les capacités motrices sont pour ainsi dire inexistantes. Ils le débranche chaque jour un peu plus du respirateur. C'est ce que l'on appelle le sevrage. Il va y arriver mais cela prendra du temps. Quand à savoir si il restera paralysé ou pas, pour le moment personne ne le sait.
Pour ton frère et P'tit loup, je vais revenir. Je ne vais pas les abandonner. Dès que je rentre de vacances je reprends le Tgv et je remonte ici.
…...
Voilà je suis prête. Je ne sais pas comment j'ai fait mais j'ai réussi à tout faire et tout préparer. J'ai couru dans tous les sens toute la journée. Mais j'avoue que le fait de courir est surtout une bonne excuse pour m 'éviter de penser. Pourquoi ? A ton avis ? Regarde le calendrier… tu comprendras.
« […] j'irais au bout de mes rêves, tout au bout de mes rêves ou la raison s' achève […]
N'aie pas peur c'est juste la sonnerie de mon téléphone. Et oui ! C'est ton frère :

« - Salut ! Comment tu vas ?
- J'évite de penser, mais je vais bien et toi ?
- Je n'aime pas cette journée. Encore moins quand je suis seul et que je n'ai pas grand-chose à faire.
- Je sais. Ça fait 22 ans aujourd'hui qu'elle est partie. Tous les ans à la même date, je revois la journée entière défilée comme un film. Et il n'y a rien a faire, rien ne s'efface. Je m'y suis presque habituée. Je ne travaille jamais ce jour là parce que j'en suis incapable. Je le sais alors je m'organise, ce n'est pas plus compliqué. Je sais que ça ira mieux demain. Demain je prends la route pour partir en vacances, je pense que cela va me faire du bien. »

On a continué de discuter un moment. Et je me suis rendue compte que la scène que je revis tous les ans, à la même date, je ne suis pas la seule à la vivre. Ton frère aussi. On ne pourra jamais oublier. On ne pourra jamais t'oublier. Parce que l'on t'aimais. D'une manière différente bien sure, mais on t'aimais tout les deux. On t'aimais comme on ne t'as jamais aimé, comme on aurait tellement voulu être aimé….Mais en ce qui me concerne, je pense que c'était la cas.
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Re: Si je pouvais

le Mer 3 Oct - 11:54
J'imagine que de se prendre une gifle comme celle que tu a prise dès le petit déj, ça doit choquer un peu. Mais il a bien fait. Il a très bien fait même. Il était temps que tu te rendes compte que tu n'avais pas perdue qu'une amie mais ta femme, et que tu avais un super neveu qui a besoin de toi et de tes souvenirs pour trouver la force de guérir.

Merci encore de nous partager tout ça...


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Re: Si je pouvais

le Mer 3 Oct - 23:57
Une semaine pour décompresser

Cette semaine étant l'une des deux seules semaines dans l'année ou je vois mes parents, ton frère a décidé de ne pas m'appeler. Il m'a dit d'en profiter un maximum pour décompresser et penser à autre chose. Il paraît que j'en ai besoin. Cela dit il n'a probablement pas tort. Il m'appellera uniquement en cas de problème.
De toute façon en théorie, cette semaine il ne devrait pas se passer grand-chose.
Au programme ? Pour ton neveu c'est analyses et tour de manèges en vue de la greffe. Quand à ta belle sœur on croise les doigts.

Avant de prendre la route je décide d'appeler ton neveu. Histoire de le rassurer et de lui faire comprendre que je ne l'oublie pas. Je ne veux pas qu'il pense que maintenant je vais l'abandonner et que je ne viendrais plus le voir.

Moi : « - Alors ? Comment il va mon P'tit loup ?
- Ils m'ont dit que je serais transféré la semaine prochaine. Ils veulent m'opérer dans 15 jours
- C'est génial. Mais ça n'a pas l'air de te plaire, qu'est ce qui ne va pas ?
- Et si je ne me réveillait pas ? Je pourrais mourir… et papa… il n'aurait plus personne, il serait tout seul. Je ne veux pas le laisser tout seul.
- Tu es jeune et en excellente santé. Il n'y a aucune raison pour que l'intervention se passe mal. Il ne va rien t'arriver. Tu vas te réveiller...dans le gaz mais tu vas te réveiller.
- Je l'espère. Mais si jamais ce n'était pas le cas. « La vie c'est comme une boite de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber » alors je ne veux pas que Papa se pose des questions inutiles. Toi… elle t'avait dit ce qu'elle voulait. Bien avant, juste au cas où, et finalement heureusement. Je ne veux pas être enterré, je veux être incinéré. Je ne veux pas que Papa vienne tous les dimanches sur ma tombe, je veux disparaître.
- D'accord. J'ai compris. Mais cela n'arrivera pas. 
- Tu rentres quand ?
- La semaine prochaine mais je ne sais pas quel jour. Et ne t’inquiètes pas si ils t'opèrent, je serais là quand tu te réveilleras.»

J'ai eu beaucoup de mal à raccrocher le téléphone. Je sent bien qu'il voudrait que je sois là. Je sais qu'il a peur et ne voulant pas faire souffrir ton frère il ne lui dira rien. En fait, depuis l'accident il ne parle ouvertement qu'à moi. J'espère que la semaine va bien se passer. Je n'ai aucune envie de le voir déprimer à mon retour.

Maintenant c'est direction les vacances et j'ai 5h de route. Au programme cette semaine c'est des visites, de la randonnée, restaurants et jaccuzi. Oui, je pense que ça te plairait.

Dix jours plus tard….
Je rentre de vacances. C'était vraiment bien. Des lieux et des paysages magnifiques. Le lever et le coucher du soleil sur les falaises, les lacs, des couleurs sublimes. On a fait de très belles photos,  j'ai filmé pas mal de choses et  je vais pouvoir faire un superbe film. Maintenant c'est retour à la réalité. Je viens de traverser un gros orage et je vais me retrouver dans les bouchons dans très peu de temps. Ton frère doit me téléphoner vers 20h30 pour me donner les dernières nouvelles, j'espère que je serais arrivée chez moi…
Je ne te caches pas que j'ai hâte de savoir comment va p'tit loup. Il ne s'est pas passé une seule journée où je n'ai pas pensé à lui, et à ton frère. Il m’inquiète tu sais. Il est fort, il encaisse, il assume ses responsabilités, il s'occupe très bien de son fils mais… il fait tout cela en silence. Pas un mot plus haut que l'autre et pas une larme. Il est triste je le sais, mais il ne laisse rien transparaître. Il va perdre sa femme, son fils va être greffé du rein de sa mère et c'est forcément difficile pour lui. Et la question que je me pose c'est : combien de temps va t' il tenir ? Mais aussi… comment je vais pouvoir lui venir en aide ? Toi non plus tu ne savais pas exprimer ce que tu ressentais. Il m'a fallut des mois pour briser ta coquille, pour que tu apprennes à me parler ou à défaut, me faire comprendre ce que tu ressentais. On avait même inventé un langage. Un espèce de code grâce aux textes des chansons, des lieux qui nous entourait… des paysages aussi. Visiblement ton frère est exactement comme toi, il ne sait pas exprimer ce qu'il ressent. C'est ton jumeau, je l'ai toujours dit. Et pire… je crois que ton neveu à aussi hérité de ce problème. Là, il va me falloir un mode d'emploi.

Une fois arrivée à mon domicile, je m'occupe du linge et je vais aller prendre une bonne douche, histoire de me détendre un peu. La route a été longue mais je veux ranger le matériel vidéo et  surtout transférer les rusch1 vers la sauvegarde en vue du montage, ce qui va prendre deux heures. Après, je pourrais aller me coucher.
A peine sortie de ma douche, mon téléphone sonne. C'est ton frère.  Mais attends là, il y a quelque chose que je ne comprends pas. Il devait m'appeler vers 20h30 parce qu'il termine sa garde a 20h et...il n'est que 19h10. Je me sèche rapidement et je le rappelle tout de suite. Son appel aussi tôt n'annonce rien de bon. Je n'aime pas cela.
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Re: Si je pouvais

le Sam 6 Oct - 1:23
J'ai presqu'envie d'écrire la familiarité "salut toi"
J'ai lu, dévoré, savouré l'histoire de ton premier livre. Il est bouleversant, touchant, et tellement plus encore...
J'ai d'abord songé que vous étiez des âmes jumelles, et finalement je le pense encore.
En te lisant, j'ai souri de tout coeur et pleuré à chaudes larmes. Ce que j'ai ressenti par tes mots si fluides de votre lien d'Amour si fort et si tragique, c'est la Vie! Tes écrits offrent cette place immense à travers ce destin d'une femme partie trop tôt, à l'intensité, la joie, l'optimisme, l'amour, la vie.
C'est magnifique! ...
Merci.

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Re: Si je pouvais

le Sam 6 Oct - 11:58
// Merci pour ton message Alter Ego car ils sont peu nombreux (ce qui me surprend d'ailleurs) . Je comprends tout a fait le "salut toi" car il est vrai que pour me connaitre, savoir qui je suis et pourquoi, il suffit de lire. Tes mots me vont droit au cœur car tu as résumé en 4 mots exactement tout ce qu'elle était et si je suis arrivée à le faire passer en écrivant alors j'en suis ravie. Personnellement je n'arrive toujours pas à le relire... un jour peut être.//
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Re: Si je pouvais

le Sam 6 Oct - 18:35

J'ai le sentiment que tu as encore le coeur à vif. Ecrire selon moi c'est une façon de soulager cette douleur qu'est la perte d'un être cher, la perte du lien qui nous unissait, de ce qui existait et ne sera plus, de ce qui nous hante parfois et malgré toutes les prières ne pourra revenir ( et là au vue de ton histoire, je te dirai bien cf: encore un soir, Celine Dion Wink ), c'est aussi une façon de ressentir la reconnaissance d'elle qui a existé, d'elle et toi dans votre complicité, comme une façon de crier au monde entier "j'ai aimé, je l'ai connu, je continue malgré la douleur infligé",  la reconnaissance ça offre aussi une valeur à notre Être, comme un sens d'avoir vécu quelque chose d'aussi grand, un sens à cette immense douleur qu'est la perte d'un Être aimé comme si cela allait nous faire grandir intérieurement, nous rendre plus fort. C'est C.G.Jung qui a souvent évoqué cette théorie que c'est par la souffrance et le vécu que l'âme grandit,  enfin avec mes mots n'est-ce pas.
Alors oui, finalement en te lisant, ça me fait echo en ce sens là aussi.
Certains diront il faut faire son deuil. Je n'ai jamais compris ce que cela signifiait. A priori il y a plusieurs phases de deuil, j'ai personnellement plus le sentiment que ca tourne en boucle et que par moment certains sentiments s'intensifient puis se calment tour à tour sans que la boucle ne soit jamais bouclée.
Ton histoire est intense et pleine de vie, je te souhaite de te sentir de nouveau pleinement exister, non pas de la même manière mais non d'une toute autre façon inventée qui aurait une valeur au moins égale, si ce n'est plus grande encore.
" C'est tout le mal que je te souhaite, comme dirait l'autre.
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Re: Si je pouvais

le Lun 8 Oct - 16:06
Oh la la ! In Love  / Crying or Very sad

C'est juste trop bien écrit. Ca se boit comme du petit lait (mais d'où vient cette expression ???).

J'en suis aux lys de Noël. J'ai commencé à lire ce texte, ce matin et je n'ai pas pu en détacher mon regard, lisant entre deux RDV.
Au resto, ce midi, j'ai été obligée de fermer hyper vite mon portable, ne sachant plus où me mettre, "Vite ! Une pensée agréable ! Une pensée agréable!". J'allais éclater en sanglots devant les clients attablés devant leurs brochettes yougoslaves au poivron.
Tu es gentille de nous ménager, hein, Schtrouphinette ! Embêtement  

Je ne veux plus lire que des histoires d'amour qui n'en finissent pas, du plan plan, du mièvre, ouala ! (j'déconne)

Edition : c'est la première histoire lez où je me demande pas tous les trois paragraphes : "Bon ! Quand est-ce qu'elles couchent ? Jme fais ch*er". Dans cette histoire (oh la vache, je réalise que c'est TON histoire, pas une fiction Shocked ), j'espère juste (là où j'en suis, vacances de Noel) qu'elles ne vont jamais coucher, justement... Oui mais si... C'est presque sûr sinon ça n'aurait rien à faire là... Oh non !!! Je vais chialer encore...
Bon ! Tant pis ! J'y retourne (maso que je suis ou trop bien écrit que c'est... Yoda, tais-toi ! )
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Re: Si je pouvais

le Lun 8 Oct - 18:40
Merci pour ton commentaire Earth. Je ne vais pas répondre à ta question, tu le découvrira par toi même.
Et oui c'est mon histoire , l'histoire de sa vie. Parfois triste, parfois drôle...
Selon mes amis il faut la boite de kleenex et éventuellement une bonne bouteille pour encaisser la suite, mais tu jugeras par toi même.
Quand à "Yoda, tait toi!".... tu m'as bien fait rire sur ce coup là, mais tu comprendras en lisant la suite...
Bonne lecture....
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Re: Si je pouvais

le Lun 8 Oct - 20:48
Ah nannnn !!! Je me suis spoilérisée toute seule ! Je suis allée voir ta présentation. La fin de ton récit est écrite dedans Crying or Very sad

Je vais continuer quand même à le lire. Maso, c'est clair...

Je peux te demander à quel moment de ta vie tu as écrit ce texte ?
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Re: Si je pouvais

le Lun 8 Oct - 20:55
Si la question est de savoir a quelles dates? Alors les chapitres ont étés écrits aux dates où ils ont été postés sur le forum ( à quelques jours près).
En revanche,si ta question est de savoir pourquoi maintenant? 20 ans plus tard... alors tu le saura à la fin.
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Re: Si je pouvais

le Mar 9 Oct - 2:03
5. Début d'une autre vie

Tout en branle !

Oui je rappelle ton frère. Je ne sais pas ce qui se passe mais je n'aime pas ça.

Moi : « - Allo ? C'est moi…
- Oui. T'es chez toi ?
- Oui je viens de rentrer. Mais toi t'es où ? T'es pas au boulot ? C'est quoi ce bruit ? C'est la radio ?
- Je suis dans ma voiture . Je viens te chercher.
- Pardon ? Comment ça tu viens me chercher ? Mais t'es où ? Et qu'est ce qui se passe ?
- Je suis sur l'autoroute. Je devrais arrivé chez toi vers 22h30. Ma femme a fait deux arrêts cardiaques cet après midi. Ils ont récupéré mais… on ne peut plus attendre. L'équipe de prélèvement est déjà arrivée et mon fils vient d'être transféré en hélico. Ils pratiquent la greffe cette nuit. Je sais que tu viens de faire cinq heures de route mais je n'ai pas le courage de me retrouver seul face à mon fils quand il va se réveiller demain.
- Hey… ça va aller. Rouler j'ai l'habitude. Ta sœur ne t'aurais jamais laissé seul dans un moment comme celui là, alors je ne le ferais pas non plus. Je refais mon sac,  ,je prépare un café et un sandwich et je t'attends. J'espère que bacon et morbier ça te convient parce que c'est tout ce qu'il y a dans mon frigo. »

Et bien voilà on y est. On dirait que je suis rentrée juste à temps. Lorsque ton frère arrivera, ton neveu sera déjà descendu au bloc opératoire. Le chirurgien parlait de six heures d'intervention. Et six  heures à attendre c'est long, j'en sais quelque chose. Toi, tu ne t'en rappelle peut être pas mais moi oui. Le jour de ton intervention j'ai crue devenir cinglée. Je tournais en rond dans ma chambre comme un lion dans une cage. Et je vois mal ton frère rester seul, pendant six heures a attendre. Il a raison, autant qu'on roule et on pourra aller le voir demain.
Oui, je sais à quoi tu penses. Moi aussi j'y pense. Si P'tit loup est au bloc cela signifie que sa mère est décédée. Comment est ce que ton frère le prend ? Et bien tu le connais, il ne dit rien. Pour l'instant il ne m'a parlé que de ton neveu, mais rien concernant ta belle sœur. Cela dit, on a cinq heures de route à faire alors je pense que l'on va avoir le temps d'évoquer le sujet.

Il est 22h30, ton frère vient d'arriver. Comme convenu on mange notre sandwich au morbier et je fais couler deux cafés. Ton frère semble épuisé. La route ? Oui sans doute mais ce n'est pas la seule raison. Depuis l'accident il travaille majoritairement de nuit, pour pouvoir se rendre à l’hôpital les après midi. Il court entre ta belle sœur, ton neveu et son boulot. Il se nourrit de sandwich triangle et des barres de céréales des distributeurs. A ce rythme là il ne va pas tenir longtemps. Je le sais. Et en tant que médecin il le sait aussi. Mais il me répète qu' il n'a pas le choix. Que ton neveu n'a aucune autre famille, il n'a que son père. Ce qui est vrai. Ton neveu n'a jamais connu ses grands parents paternels. Moi même, je n'ai jamais connu ton père et je n'ai vu ta mère que deux fois. Ce qui d'ailleurs, est loin d'être l'un de mes meilleurs souvenirs. Quand  à la famille de sa mère, elle se résume à sa grand-mère et là… c'est un peu compliqué. Ton frère ne veut plus la voir, mais je pense que pour son fils il aurait fait des efforts. Seulement, étant donné son comportement ces dernières semaines, même ton neveu ne veut plus la voir. Il lui en veut énormément pour avoir tenu des propos totalement déplacés te concernant.
Moi aussi, je trouve dommage qu'il se soit brouillé avec sa grand-mère. D'autant plus que hormis son père, elle est la seule famille qui lui reste. Mais comme tu peux l'imaginer ton neveu n'est absolument pas prêt à lui pardonner ses propos. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé de le faire changer d'avis. Mais il est têtu ton neveu, il ne veut plus la voir un point c'est tout. Résultat ? Aujourd'hui sa famille c'est son père, et uniquement son père. Tu n'es pas d'accord ? Je ne suis pas surprise. Et je sais exactement ce que tu vas me dire.  Aujourd'hui je fais aussi partie de sa famille. C'est vrai, il a gagné une tante. Mais… il a perdu sa mère. Et on ne remplace jamais une mère.

On a beaucoup discuté avec ton frère sur la route. On avait cinq heures à tuer. Il se fait beaucoup de soucis pour son fils. Va t-il bien réagir à la greffe ? Ne va t-il pas faire de rejet ? Va t-il supporter le décès de sa mère ? Va t-il culpabiliser ? Va t-il réussir à surmonter la rééducation, les douleurs et les échecs qui vont avec ? Sera t-il capable de reprendre le volant un jour ? Aura t-il le courage de rentrer en faculté de médecine l'année prochaine ?
Beaucoup de questions et très peu de réponses. Le seul qui pourra répondre à tout cela c' est ton neveu. Et avant d'être capable d'y répondre il va falloir du temps. Bien sur que je me suis posée les mêmes questions mais ce ne sont pas les seules. Comment ton frère va réussir à gérer tout cela ? Même si ils avaient décidés de se séparer, il vient de perdre sa femme, la mère de son fils. Lui aussi il souffre. Il est triste, et se cache derrière son langage de médecin, en disant qu'il n'y avait aucune autre issue possible. Que personne ne pouvait rien faire pour elle. C'est la vérité et c'est aussi ce que l'on a dit lorsque tu es partie, ce qui ne nous a pas consolés pour autant.  Ni lui, ni moi. Il va devoir revivre tout ça encore une fois, et il ne le mérite vraiment pas. Cela dit je crois que personne ne mérite de perdre quelqu'un qu'il aime. Peu importe l'age ou les circonstances, personne ne le mérite. Mais tu vas me dire que son décès n'est pas un hasard. Je veux bien te croire, mais pour le moment je ne voit pas vraiment ce que sa mort a de bénéfique. Pour aucun d'entre nous. L'avenir nous le dira ? Peut être…

Il est 3h du matin et selon le GPS il me reste 150 kilomètres à faire. Le GPS ? Oui c'est vrai toi tu ne connais pas. Tu aurais adoré. C'est un accessoire qui t'évite de tourner en rond pour trouver ta route, et surtout, qui permet de te faire gagner du temps. Gagner du temps, je pense que c'est surtout pour cette raison que tu aurais apprécié cet appareil. Ton frère s'est endormi. Et je ne peux pas m'empêcher de penser à tous les kilomètres que j'ai parcourue avec toi endormie à mes cotés. Pour me tenir éveillée, je chante. Mon téléphone relié à l'autoradio je chante :

[…] Nous ne nous parlerons pas
Nous oublierons nos voix 
Nous nous dirons en silence 
L'essentiel et l'importance 
Utilisons nos regards 
Pour comprendre et savoir 
Et le goût de notre peau 
Plus loquace que des mots 
Nos bras ne tricheront pas 
Nos mains ne mentiront pas 
Mais surtout, ne parlons pas [...] 1

Comme tu peux le constater, tout comme toi, nos chansons ne me quitte jamais. Partir avant les miens, Tous les cris les sos, Confidentiel, Envole moi, C'est ta chance, Les lacs du Connemara, L'histoire de la vie… sans oublier… Puisque tu pars.
On est enfin arrivés au domicile de ton frère, et en toute honnêteté je ne suis pas mécontente. J'ai même la flemme de rentrer la voiture dans le garage . Elle va rester dans la cour. Pour l'heure, on va aller se coucher car la journée qui nous attend va être longue et difficile.
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Re: Si je pouvais

le Sam 13 Oct - 20:41
Enfin greffé

Difficile le réveil ce matin. Devant ma tasse de café chaud, je réalise que ta belle sœur est maintenant officiellement décédée. Ton neveu vient de sortir du bloc opératoire, il est actuellement en salle de réveil.  On va se préparer et reprendre la voiture pour lui rendre visite. Il sera encore probablement un peu endormi mais le chirurgien pourra nous expliquer comment s'est passée l'intervention. En espérant qu'il n'y ai pas eu de complication.

Et nous voilà repartis pour 1h30 de route direction la capitale et les embouteillages. Il faut que je t'avoues que, maintenant que j'habite loin d'ici, les embouteillages de la capitale ne me manque pas du tout. Revenir vivre ici est totalement inenvisageable. Pourquoi je dis ça ? Parce que j'avoue que l'idée m'a traversée l'esprit. Mais après réflexion, et pour de multiples raisons, c'est totalement hors de question.
Même si la distance entre ton frère et moi rend les choses parfois complexes, aujourd'hui nous avons la chance d'avoir des moyens de communication beaucoup plus simples qu'il y a vingt ans. Nous sommes joignables 24h/24 peu importe l'endroit où nous nous trouvons. Ce qui était impossible il y a vingt ans. Dommage parce que cela nous aurait facilité les choses ? C'est vrai, mais c'était une autre époque, une autre vie.

……..
Après avoir tournés en rond pendant vingt minutes pour trouver une place de parking, nous voici enfin à l'entrée de l hôpital . Nous allons pouvoir rendre visite à ton neveu.
Il dort, mais il semble aller bien. Une infirmière nous explique que l'intervention s'est très bien passée, sans aucune complication, malgré la complexité due au fait qu'il a déjà subit une intervention il y a peu de temps. Les premiers résultats d'analyses sont excellents. En clair ? Ton neveu va bel et bien échapper à l'enfer de la dialyse.
Une bonne chose de faite ? Oui c'est vrai mais il y a encore tellement à faire. D'un point de vue purement médical il est tiré d'affaire. La convalescence sera longue mais il s'en remettra. En revanche, psychologiquement c'est une toute autre histoire. Sa mère vient de mourir, lui est en vie et surtout il va pouvoir vivre normalement grâce au rein de sa mère. Comment va t-il gérer tout cela ? Pour le moment il encaisse et réagit avec une grande force et une grande maturité. Il y arrivera ? Oui je le pense aussi mais il y aura forcément des hauts et des bas. Et surtout, il va avoir besoin d'aide. Va t-il l'accepter ? Saura t-il trouver les mots ? Aura t-il la force de se confier, d'avouer ses peurs et ses faiblesses ?
Pourquoi je m’inquiète sur ce point ? Parce qu'il te ressemble. Et je me rappelle très bien des mots et des moyens que tu m'a obligé a employer pour réussir à briser tes silences. Combien de temps a-t-il fallu pour que tu comprennes que tu devais accepter mon aide ? Combien de disputes avons nous traversés pour que tu réussisses enfin à me parler ? Combien de larmes as tu versé pour ça ?
Ton histoire et la sienne sont différentes ? Oui bien évidemment, mais le résultat est exactement le même. Ce qui signifie que ce que j'ai fait pour toi, je vais devoir recommencer pour lui. Est ce que cela m'ennuie ? Non pas du tout. La question est plutôt : est ce que j'en serais capable ? A cette question mon amie m'a répondue :

« - Tu as réussie pour elle. Tu as trouvé les mots. Grâce a elle tu as toutes les clés, tous les codes. Il est comme elle, alors tu y arriveras. »

J'espère qu'elle a raison. Toi, tu es convaincue que oui, je le sais. C'était ta force, de penser que le plus beau reste à venir. J'aimerai beaucoup posséder ton optimisme au quotidien. Mais quand l'histoire se répète, je commence à douter.
On va laisser ton neveu se reposer. Nous reviendrons demain. La journée n'est pas terminée. Nous devons encore régler pas mal de choses et surtout préparer l'enterrement de ta belle sœur.
Et voilà comment je me retrouve aux cotés de ton frère a commander un cercueil, et à parler de cérémonie. Alors ? Tu penses toujours que l'on ne répète pas l'histoire ? Et bien moi je me revois vingt deux ans en arrière. Et à quinze jours près on y serait jour pour jour. On nous dit qu'il ne faut pas vivre dans le passé et je suis d'accord. Puisqu'on ne peut pas le changer, le ressasser ne sert à rien. Mais que fait on quand ce passé nous poursuit et fini par nous rattraper ? La seule chose que j'ai trouvé pour répondre à cela, c'est qu'il faut utiliser le passé pour affronter le présent et anticiper l'avenir. C'était bien ce que tu voulais que je comprenne ? N'est ce pas ? Et bien tu vois j'ai compris. Et c'est exactement ce que je vais faire.

Le lendemain dans les couloirs de l'hôpital…
Le chirurgien s'avance vers nous et s'adresse à ton frère ;

« - Vous êtes les parents de mon jeune greffé ?
- Heu... je suis son père..oui.
- Et bien c'est un jeune homme plein de courage que vous avez là. Il a un sacré caractère votre fils. »

A cet instant je me demande ce que ton neveu a dit ou fait pour que le chirurgien ait cette opinion de lui. Ma première pensée est : qu'est ce qu'il a fait comme connerie ? Ben oui, j'étais habitué aux tiennes, alors je me méfie. Ton frère, aussi méfiant que moi, lui a répondu :

« - C'est vrai il a du caractère. Je crois qu'il le tient de sa tante. Mais qu'a t-il fait ?
- Ah ! Rassurez vous, rien de grave. Il m'a juste tenu tête, et il a réussi à me convaincre de le laisser sortir pour assister à l'enterrement de sa mère, demain après midi. Je vous laisse régler les détails pour le transport avec les infirmières. »

J'aurai voulu éclater de rires. Pourquoi ? Parce que cela ne me surprend absolument pas. Ce qu'il veut,  il fait tout pour l'obtenir. C'est toi qui lui a appris ? Je pense que oui. Il a compris çà en lisant le livre. Mais pire…. Non seulement il a compris, mais il l'applique.
Ta plus grande fierté c'était d'enseigner. D'apprendre aux autres. Et bien regarde…. Des années plus tard, tu enseignes encore.

Aujourd'hui ton neveu est réveillé et je le trouve même très en forme. A peine rentrés dans sa chambre il dit à son père :

« - Papa il faut que tu me commande une ambulance pour demain. Pour que je puisse venir à l'enterrement de maman.
- Je le sais, on a croisé le chirurgien en arrivant. Je vais m'en occuper »

Ton neveu s'est ensuite adressé à moi :

« - Tu seras là ?
- Oui. Je vais accompagner ton père jusqu'à l'église, mais…
- Mais tu ne rentreras pas dans l'église, je sais. Et je ne veux pas y aller non plus. J'aime pas les églises. Et puis… je pense que le discours… je ne vais pas aimer, alors je préfère ne pas y aller. Mais je veux être là au cimetière. Je veux pouvoir lui dire au revoir.
- D'accord. On va s'arranger pour que tu viennes directement au cimetière.
- Mais… c'est pas bizarre de rentrer dans un cimetière avec un brancard ? On a le droit ?
- A ce que je sache ce n'est pas interdit aux poussettes. Il y a quatre roues aussi, alors je ne vois pas la différence. »

Ton frère sera seul demain à l’église et ça ne me plaît pas beaucoup mais là… je suis désolée mais c'est au dessus de mes forces. Je serais là, avant et après, mais je ne rentrerais pas dans l'église. Je vais déjà devoir accompagner ton neveu dans le cimetière et rien que d'y penser j'en suis déjà malade. Il ne me l'a pas demandé c'est vrai mais il n'a pas besoin de le faire. Je sais qu'il voudrait que je sois là. Je vais me rendre malade ? Oui, ça aussi je le sais. Mais ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Depuis combien de temps je n'ai pas mis les pieds dans un cimetière ? Douze ans. Là non plus je n'avais pas eu le choix. Et avant cela ? Et bien avant cela c'était avec toi. Malheureusement, demain il va falloir y retourner.
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