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Si je pouvais

le Ven 4 Mai - 0:20
Si je pouvais ne serait ce qu'une minute, un instant, croiser à nouveau ton regard...je donnerai tout pour ça. Lire tes peurs, tes douleurs,ta force, l espoir. L espoir qu'un jour on sera deux. Tu m'as laissé lire au plus profond de toi et tu lisais en moi comme dans un livre ouvert.

Tu savais. Tu savais ce que je ressentais. Tu l as su bien avant moi, mais t as gardé le silence. Pourquoi ? 20 ans après,  je sais enfin pourquoi. Tu ne voulais pas m'anéantir. Tu connaissais ton avenir et c est le mien que tu as refusé de détruire.
Je réalise aujourd'hui la force du sacrifice.

Mais ton regard me manque. Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que dans des yeux. Ce lien si fort et imperceptible où est il? Le retrouverai je un jour? J'en doute.

Si je pouvais ne serait ce qu'une minute, un instant te prendre la main, encore une fois....je ferais tout pour ça.
Sentir tes doigts entrelacés dans les miens, verrouillés comme les maillons d une chaîne. Ça disait: " je ne te lacherai pas, je ne t abandonnerai pas".

Te sentir trembler, respirer dans mes bras...je voudrais juste revivre ça encore une fois, juste une fois. Me sentir vivante, encore une fois.
Je sais!!! C est malheureusement impossible, le voyage dans le temps n existe pas.
Je t' aimais comme je n' ai plus jamais aimé et d une certaine manière je t' aime toujours, et ça ne changera jamais.
Je n' ai pas su, pas pu te le dire... On en a pas eu le temps.
Et si il y a une chose entre toutes que je regrette sur les 20 dernières années c est bien celle là.

Aujourd'hui tu n es plus là mais sache que tu vis en moi. Chaque battement de mon cœur est pour toi.
Sentir encore une fois tes larmes couler sur ma joue...encore....
Aujourd'hui tes larmes c est les miennes mais quand je pense à toi ( en écrivant ces lignes)... Je sourie et je te dis merci.
Merci pour cette partie de ma vie.
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Re: Si je pouvais

le Ven 4 Mai - 10:25
Magnifique TropChou
J'aime beaucoup le fait que tu souris et que tu remercies la vie (enfin tu la remercie elle mais ça revient au même) malgré la tristesse de cette histoire, bravo ! Smile
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Re: Si je pouvais

le Ven 4 Mai - 11:44
C'est vrai à travers elle je remercie la vie. Et il y a de bonnes raisons à cela. Je les partagerais....quand ça voudra bien sortir de ma tête avec des mots....
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Re: Si je pouvais

le Ven 4 Mai - 15:37
Ça fait 20 ans que je vie avec cette fracture ouverte et impossible de passer par dessus. Alors je me dis que si je réussie à mettre des mots sur tout ça, a enfin tout cracher...ca ira peut être mieux.
Alors voilà je suis prête (enfin je crois). Pourquoi ici? Pourquoi maintenant? Parce qu'il faut vraiment que ca sorte. Pour être lue? aucune idée. Cela dit il y a de fortes chances que ca prenne du temps et que ca soit long à lire....

Y'a tellement de choses que je ne sais pas par où commencer. Le plus simple c'est sans doute de commencer par le début.

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Re: Si je pouvais

le Sam 5 Mai - 0:52
Oui je pense aussi que ça peut être une bonne chose pour toi d"écrire a ce sujet, en parler serait peut-être encore mieux, mais l’écriture c'est déjà bien et ça aide à trouver les mots.
En tout cas je te lirais avec plaisir peu importe le temps que ça prendra et la longueur du texte Wink
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Re: Si je pouvais

le Sam 5 Mai - 13:54
A l'aube du 1er jour

Je venais d'avoir 16 ans (oui c'est loin), j'étais lycéenne et une nouvelle année commençait. Mon temps libre je le partageais entre jouer au Trivial Poursuit entres potes, les sorties en boites et les films en VHS (le DVD n'existait pas encore).
J'avais des parents présents, une bonne éducation, de bons résultats scolaires et même un petit ami (le 1er et l'avant dernier). En clair, mon adolescence s'annonçait comme tout ce qu'il y a de plus normal.

Le 1er trimestre touchait à sa fin et chaque semaine depuis déjà 3 mois je t'écoutais pendant plusieurs heures. Toi, qui du haut de tes 24 ans faisait face à une trentaine d'adolescents stupides, avec une assurance hors du commun. On buvait tes paroles comme des gamins devant le rayon des jouets. Ton charisme nous transportait.Tu paraissais tellement sure de toi. A l'aise dans ta vie, à l'aise dans ton jean/basket et ta chemise de travers... à ta place tout simplement.
Ce que tu dégageais te rendais à la fois attachante et en même temps inaccessible, inabordable. Contradictoire ? Oui, mais logique (quand on connaît la suite).
Jamais une hésitation, pas un seul moment de silence, tu dégageais une telle énergie qu'au bout de 2H on avait la sensation d'avoir courus 10 km. Jamais un mot plus haut que l'autre, au pire, d' un simple regard tu mettais tout le monde d'accord. Tes rares moments de colères, eux aussi, s'exprimaient d'un simple regard. Le défier ? Même pas la peine d'y penser, c'était comme se faire transpercer avec de la kryptonite. C'est d'ailleurs de cette façon que j'ai constaté que tu avais les yeux verts. Incapable de soutenir ton regard plus de 2 secondes il m'aura fallu 3 mois pour en voir leur couleur. Personne n'osait te contredire, te défier, ni même t'interrompre. Moi y comprise, et c'était très bien comme ça.

Mais un jeudi en Novembre…. Tout à changé.
Tout ce que je pensais de la vie, des amis, de la famille, mes doutes, mes certitudes, mon avenir tout tracé…. Tout à basculé.
Ce jeudi là, en moins de 15 minutes c'est tout ce qui composait ma vie d'adolescente qui s'est retrouvée comme écrasée, balayée, effacée…

Hasard ? Destin ? Coïncidence ? Cette question je me la suis posée des centaines de fois sans jamais trouver la réponse. Et finalement, je ne suis pas certaine que la question mérite une réponse.
Toujours est- il que ce jour là restera gravé à jamais dans ma mémoire et restera pour moi, comme étant le « 1er jour du reste de ma vie ».
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Re: Si je pouvais

le Sam 5 Mai - 15:30
J'adore ta façon d'écrire et j'ai hâte de lire la suite Wink
Je pense très bien comprendre ce que tu veux exprimer et je suis d'accord avec le fait que la question ne mérite pas vraiment réponse, c'est arrivé, c'est tout.
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Re: Si je pouvais

le Sam 5 Mai - 15:40
Merci. Ça m'encourage. La suite est en cours mais j'avoue...là c'est difficile, j'ai du mal à trouver les mots justes
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Re: Si je pouvais

le Sam 5 Mai - 21:07
Le jeudi qui a changé ma vie

On devait t'apporter des documents : des questionnaires débiles mais obligatoires sur l'orientation. Documents qui paraît-il étaient très important pour notre avenir. Comme si une simple feuille de papier allait déterminer notre vie future… la bonne blague !!!
Je me souviens j'avais inscrit : 1er choix filière scientifique (cela dit on est pas tombé très loin mais rien à voir avec ce formulaire).
On avait tous complété le questionnaire, à contre cœur mais c'était complet. Il ne restait qu'une chose à faire : les rassembler et te les apporter. En théorie, rien de plus simple. Sauf que l'on s'est retrouvés devant un dilemme : qui allait avoir le cran de te les remettre en main propre ? Oui, tu nous faisais peur. Peur, non pas dans le sens ou on allait se faire frapper ou pourrir. Non ! Mais peur dans le sens ou tu impressionnais tout le monde. Te remettre ces documents ça signifiait t'aborder et te parler face à face sans témoins. Là, pour beaucoup d'entre nous c'était inenvisageable.
Bien évidemment la bande de « caïds » habituelle, ceux habitués aux discours : « moi je suis capable de tout, j'ai peur de rien ni de personne... »… Oui, ceux là sont ceux qui se sont défilés en premier.
Après plus de 2h de débat pour déterminer qui allait accomplir cette mission on avait toujours pas de volontaire. On a bien essayé le gage et le tirage au sort mais…. Toujours une bonne excuse.
On tournait en rond ce qui m'a profondément énervée. Et je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête à ce moment là. D'un coup de colère je me suis levée, j'ai ramassée la pile et je suis partie.

Une petite voix intérieure m'a dit :
«  Ah, ben oui...génial !! C'était intelligent ça. Et maintenant tu fais quoi ? T'as plus le choix, va falloir y aller. Tu vas devoir lui parler face à face. Evite de bégayer, ça serait mieux. Après tout c'est pas si compliqué. Tu frappes, tu rentres ,tu dis bonjour poliment, tu poses les documents, tu dis bonsoir et tu repars. C'est quand même pas sorcier , si? »

Et bien pour être honnête c'était un peu comme se jeter dans le vide sans parachute. Jusqu'à ce jour on ne s'était jamais parlé. T'écouter, répondre à tes questions ? Oui. Mais te parler ? En 3 mois...pas une seule fois. Et c'est cette part d'inconnue qui nous faisais peur à tous. Cette façon que tu avais de tout contrôler (qui n'était qu'une illusion), laissait à penser que tu contrôlerais aussi notre conversation, ce qui, pour nous tous était très déstabilisant.
Mais une fois les documents entre mes mains je ne pouvais plus me défiler, je ne pouvais plus reculer, je devais y aller.

FLASHBACK
Jeudi soir , 18H
Rangers aux pieds, blouson de cuir sur le dos, j'arpente le couloir, ou plus exactement je longe les murs. Pourquoi avoir pris ces feuilles ? Pour aller se jeter dans la gueule du loup ? Enfin, faut pas exagérer elle ne va pas me mordre.
Ce n'est pas faute d'avoir marché lentement mais la porte se trouve à 5 mètres devant moi…
Je fais quoi ? Je me sauve en courant et je dis que j'ai perdu les feuilles ? C'est pas mal ça, non ?
Mais je ne peux pas faire ça. C'est pas correct, c'est pas moi.
L'encadrement de la porte ? Je dirais bleu et 83 cm de large (comme n'importe quelle porte).
Bon Stop !!! Ça suffit. Je me ressaisie. Je suis descendue au fond d'un gouffre de 40m de profondeur attachée à un simple baudrier, j'ai sauté en parachute, je devrais réussir à passer cette porte…

Je respire, je souffle...je respire, je souffle. Je remets ma mèche de cheveux à sa place (si, si), je respire, je prends mon élan… et…

«-  Toc, toc...Bonsoir...(j'avance de 2 mètres) Bonsoir... »
Et je n'ai aucune réaction, aucune réponse. Tu ne m'as pas vue, pas entendue. Allez... je me sauve.
Mais….il y' a quelque chose qui cloche. Je ne sais pas ce que c'est mais du coup je fais un mètre de plus.
J'ai trouvé, je sais ce qui me choque : Wahou !!! T'es assise le cul sur une chaise. Ah !!! Parce que ça t' arrives de te poser 2 minutes et de ralentir ? Là, je suis surprise. Y' aurait- il un être humain de cacher derrière cette force de la nature ?
Mais... je rêve ou tu n'as toujours pas percuté qu'il y avait quelqu'un en face de toi ? La tête baissée, rivée sur la table… et bien non je ne rêve pas. Tu ne m'as toujours pas vue, pas entendue. Tu ne veux peut être pas me parler. Bon ! Je n'insiste pas. Je glisse les documents entre la table et ton visage et puis je vais y aller.
Je fais demi tour, prête à partir quand une voix (la tienne) me fait sursauter.

« - Salut ! Ça fait longtemps que t'es là ? »

Attends !! T'as dit quoi là ? Salut ? J'ai bien entendue ? Impossible…. Mais ...heu…il faut que je te répondes :

«-  Non. Juste une minute.
Je ne voulais pas vous déranger.
J'ai juste déposé les formulaires devant vous.
Bonne soirée... 

-  Attends. Tu as deux minutes là ?

-  Oui, bien sur.  ( Ce qui était complètement faux car le car qui me ramenait chez moi tous les soirs n'allait certainement pas m'attendre).

- Tu peux me rendre un service et m'emmener un des deux cartons jusqu'à ma voiture ?

- Oui, pas de problème.

- Merci beaucoup... »

Ton « merci » sonnait bizarrement. Comme si porter l'un de tes petits cartons venait de t'enlever un poids de 150 Kg des épaules. Je n'ai pas tout compris mais j'ai placé correctement mon sac sur le dos et j'ai pris le carton dans mes bras. Tu t'es levée, t'as pris le deuxième.
Et là...je fais un mètre, je me retourne et je vois ton visage devenir aussi blanc que les documents que je venais de déposer. Et en moins de temps qu'il en faut pour l'écrire t'as perdue connaissance.
J'ai juste eu le temps de jeter le carton et de t'attraper par l'épaule pour amortir ta chute.

Et voilà comment je me suis retrouvée affalée sur le sol, avec toi pour ainsi dire dans mes bras, mais surtout inconsciente.
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Re: Si je pouvais

le Mar 8 Mai - 1:48
Le jeudi qui a changé ma vie (suite)

Ma petite voix intérieure est revenue et m'a dit:
« Là, t'es mal. Il n'y' a plus personne. Tu peux hurler, appeler au secours, ça ne servira à rien, y 'a personne. Mais qu'est ce qui s'est passé ? Soit tu trouves un moyen pour qu'elle revienne à elle, soit tu la laisses seule pour courir chercher du secours ou...tu déclenches le signal d'alarme »

Génial !! J'avais tout imaginé sauf ça. Tu commences à me faire peur là. Oh !!! réveille toi. Je vais te secouer moi tu vas voir. Bon ça marche pas. La gifle ? Non, je peux pas te mettre une gifle , tu vas me tuer.  En même temps est ce que j'ai le choix ? Allez...et de une. Oui ? Non ? Et de deux….Quoi d'autre ? Qu'est ce qu'il faut que je fasse ? Là, tu commences vraiment à me faire flipper et je ne trouve pas ça drôle du tout.
Ah !! Une seconde… vas y , vas y...ouvre les yeux. Yessss !!! Je respire….

Pour la première fois je te regardais droit dans les yeux. Aspirée par un océan vert, j'ai littéralement plongée dans ton regard dont il m'était impossible de décrocher. Un mélange de peur, de panique, de stress, de joie, d'émotion, d'impuissance, de solitude… En une seconde tout ces sentiments se sont emparés de moi. Je n'avais jamais ressentie un tel « bordel » à l’intérieur de moi. J'étais bloquée, paralysée, incapable de détourner mes yeux des tiens et encore moins capable de décrocher un seul mot.

C'est toi qui à parlé la première, pour me dire :
« - Y'a un problème ? Ça n'a pas l'air d'aller...

- Ah, ben moi je vais bien, mais vous en revanche j'en suis pas sure. C'est à vous de me le dire.

- Mais je vais très bien. Pourquoi cette question ?

- Ok ! Donc vous ne vous rappelez de rien ?

- Me rappeler de quoi ?

- Alors...pour information on est affalées sur le sol. Et on est couchées par terre parce que vous avez perdu connaissance et que je vous ai rattrapée au vol.

- Ah ! Je vois... »

Comment ça tu vois ? Tu vois quoi ? C'est quoi cette réponse ? C'est tout ? En gros, si je comprends bien, c'est rien et c'est normal. Ben voyons !! Si tu crois que je vais me contenter d'une réponse comme celle là. Effectivement tu ne me connais pas. Non ! Tu ne vas pas t'en tirer de cette façon. Je veux une vraie explication. Je mérite une explication.

Propulsée par la peur et l'adrénaline je suis un peu partie en vrille dans un monologue qui ressemblait à peu près à ça :

« C'est une plaisanterie j'espère ? Vous espérez vous en sortir comme ça ? Est ce que vous avez la moindre idée de la trouille que j'ai eu ? Vous croyez que je ramasse des gens inconscients tous les matins ? Vous savez ce que j'ai du faire pour vous réveiller ? D'ailleurs ça serait sympa de ne pas porter plainte pour la marque de la gifle, merci. Mais à la rigueur ce n'est qu'un détail. Ça vous arrive souvent ? Etant donné vos réponses j'imagine que oui. C'est quoi ces conneries ? Vous prenez le volant tous les jours. C'est quoi le but ? Rentrer dans un mur ? Vous avez une famille ? Des enfants ? C'est de la naïveté ou de l'inconscience ? Voir un médecin éventuellement, ça ne vous ai pas venue à l'esprit non ? Personnellement je vous vois comme quelqu'un de censé et réaliste. J'imagine bien que prendre des risques ça doit vous plaire. Beaucoup plus le style à grimper sur un scooter des mers qu'à bronzer sur le sable certainement. Mais des risques calculés. Vous perdez connaissance sans aucune raison apparente, vous ne vous rappelez de rien, mais c'est pas grave ? Je ne comprends pas. Expliquez moi parce que je ne comprends pas. Et je déteste quand je ne comprends pas...mais vous le savez déjà. Alors je vous écoute. Et j'ai tout mon temps. De toute façon j'ai raté mon car alors je ne sortirai pas d'ici sans une explication qui tienne la route. J'attends…. »

Je ne sais pas ce qui m'a traversé l'esprit à ce moment là. Une demie heure avant j'osais même pas lui dire bonjour et là je lui sort un truc pareil. Je suppose que la peur m'a fait péter les plombs.
Une fois calmée après avoir débité mon « super » discours, je me suis rendue compte qu 'elle pleurait et probablement depuis un petit moment. Mais trop occupée à l’enchaîner sur sa propre vie, chose qui, cela dit en passant, ne me regardait absolument pas...et bien j'ai rien vue.
Et donc bien sur...j'ai regretté ce que je venais de dire dans la seconde qui a suivie. Si j'avais réussi à trouver un trou pour m'y cacher j'aurai sauté dedans.

Moi, une gamine de 16 ans je venais de me permettre de faire une leçon de moral à une femme dont la position était bien supérieure à la mienne et envers qui je ne devais avoir que du respect. 8 ans de plus que moi, je suis à l'école et toi dans la vie active. Pendant que je raconte le synopsis du dernier film à la mode, toi tu remplis ta feuille d'imposition. Mais qu'est ce qui m'a pris ? Y 'a des jours ou je devrais apprendre à me taire. Maintenant c'est trop tard. C'est fait, c'est dit. Je vais commencé par m'excuser, c'est la moindre des choses. Et puis ensuite ? Ensuite je vais me faire toute petite je pense.

M'excuser ? Oui je vais faire ça. Je regarde mes Rangers et je me lance :

«  - Je…. Je suis désolée. J'aurais jamais du vous parler comme ça. C'est juste que...que j'ai eu tellement peur, j'ai pas réfléchie, c'est sortie tout seul. Je suis désolée».

Dans la série des réactions inattendues (et ce n'était que le début), t'as plongée dans mes bras. Troisième moment de solitude. J'étais censée faire quoi ? Te repousser ? Ouai peut être, mais aucune envie de le faire. Alors ...sans un mot je t'ai serrée dans mes bras (et j'ai rarement eu aussi chaud).
A cet instant je suis totalement larguée, je ne comprends plus rien. La femme survoltée, shootée à doses de boulot, celle avec qui il est impossible d'en placer une, celle que l'on côtoie depuis 3 mois...elle est où ? Parce que là tout de suite, et je ne sais par quel miracle, j'ai dans les bras une femme magnifique, fragile et visiblement hypersensible. Heu...je vais prendre deux minutes pour réfléchir parce que j'ai du louper quelque chose…

Ok. J'ai trois hypothèses :
1/ Elles sont deux, c'est des jumelles et celle qui est blottie dans mes bras n'est pas celle que je vois depuis 3 mois
2/ Elle est schizophrène et j'ai affaire à une autre personnalité
3/ C'est bien la même personne et ce que je vois depuis 3 mois n'est qu'un masque. Un masque qui protège la face cachée de l'iceberg...
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Re: Si je pouvais

le Lun 14 Mai - 23:35
Une chose est sûr, ton histoire n'a pas l'air banale !

La suite, la suite ! Ordinateur Trop happy
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Re: Si je pouvais

le Mar 15 Mai - 13:47
Je viens de lire tes mots. Y'a une put... de fluidité dans ton écriture ! On te lirait pendant des heures sans même s'en rendre compte un seul instant.

J'imagine que raconter tout ceci est à la fois effrayant, soulageant ( pas sûre que ça se dise mais bref), et pourquoi pas douloureux.

Mais personnellement je pense que tu a pris la meilleure décision, et j'ai hâte de lire la suite de ces mots très personnels.

Merci de les partager.
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Re: Si je pouvais

le Mar 15 Mai - 23:32
Banale?? Non je confirme. J'ai eu une chance incroyable de la rencontrer...

Je vous poste la suite...
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Re: Si je pouvais

le Mar 15 Mai - 23:34
Le monologue déclencheur

Objectivement je penchais pour la 3ème hypothèse et je n'allais pas tarder à obtenir la réponse. Mais dans un premier temps je voulais surtout que tu acceptes mes excuses. Pardonner et oublier ce que je venais de te balancer je n' y comptais pas vraiment.

Après ces quelques minutes passées dans mes bras, t'as reculé, t'as essuyé tes larmes (comme pour effacer ce moment de faiblesse), tu m'as demandé de m'asseoir et tu t'es lancée dans un monologue (chacune son tour) : le monologue qui à modifié le cours de ma vie.

Sans un mot je me suis assise, avec la sensation angoissante que ce que j'allais entendre allait bien au-delà de ce que j'avais pu imaginer jusque là...et j'avais raison. Mais après tout, c'est moi qui avait demandé. C'est moi qui voulait savoir. Et le moment de passer dans le monde des adultes, dans la vraie vie, venait d'arriver. A 17h je me prenais encore la tête avec une amie pour savoir ou est ce que l'on passerait la soirée de samedi soir et à 18h30 je passais dans le monde des adultes...et sans préliminaires.

Ton discours ? Comment je pourrais l'oublier ? C'est impossible et de toute façon je n'y tient pas vraiment. Similaire à une cicatrice il fait partie de moi.

Ce soir là, et quasiment mots pour mots, tu m'as dit :

« Tu n'as pas à t'excuser parce que tout ce que tu as dit est vrai. Il y a bien longtemps que l'on ne m'avait pas remise à ma place et sincèrement un bon coup de pied au cul de temps en temps ça n'a jamais fait de mal à personne.
Il n'y a qu'une personne, une seule qui sait ce que je vais te dire maintenant, c'est mon frère aîné. Cela dit je n' ai qu'un frère. Et tu vas m'écouter jusqu'au bout, sans poser une seule question….sinon je n'y arriverai pas. Mais avant que je t'explique tu vas me promettre de n'en parler à personne, sous aucun prétexte, même partant d'une bonne intention .  C'est non. Personne c'est personne. Le seul a qui tu pourras parler c'est mon frère. Et oui je te donnerai ses coordonnées parce que tu vas en avoir besoin.
Tu n'aurais jamais du assister à ce que tu as vu ce soir mais c'est trop tard. Et mon instinct me dit, je ne sais pas trop pourquoi d'ailleurs, que je peux te faire confiance. J'ai entendu tout ce que tu as dit et je vais te répondre.
Saches juste que ça va être difficile à entendre, difficile de le garder pour toi et il vaudrait probablement mieux, pour toi, que tu ne saches rien. Tu peux partir si tu veux, on oublie ce qui vient de se passer et on en reparle jamais. Je ne t'en voudrais pas. »

Pensée intérieure sur l'instant :
Heu...ouai sauf que là je suis juste pétrifiée. Même si je voulais partir, ce qui n'est pas le cas, je ne pourrais même pas me lever de ma chaise. Ce que tu vas me dire ne vas pas me plaire j'ai bien compris, mais je ne partirais pas. Pas après ce que je viens de vivre : c'est hors de question.
Alors...vas y explique qu'on en finisse (en réalité ce n'était que le début).

Voyant que je restais assise suspendue à tes lèvres, tu as continué de parler :

« C'est vrai, ce n'est pas la première fois. Il m'arrive de perdre connaissance quelques minutes et de reprendre mes esprits spontanément. Est ce normal ? Bien sur que non.
Dangereux ? Oui et non. Jusqu'à présent cela ne se produit que lorsque je suis au repos, dans mon lit, devant la télévision, ou comme ce soir, assise perdue dans mes pensées.
Si ça devait arriver au volant ? Et bien ce serait l'accident. Mais tout le monde peut avoir un accident. Si je commence à penser à l'éventualité que...alors j'arrête de vivre tout de suite et ça je refuse. Consulter un médecin ? Comme tout le monde je ne suis pas fan mais pas complètement stupide non plus. C'est pas un médecin que j'ai consulté mais plutôt une dizaine. Pour arriver au même diagnostic à chaque fois. A savoir : tumeur cérébrale inopérable…
….
… En fonction de l'évolution il me reste entre 12 et 18 mois à vivre. Alors oui c'est vrai je prends des risques, je consomme la vie, j'essaye d'en faire le plus possible pendant que je peux encore le faire. Pourquoi ne pas passer le temps qu'il me reste à profiter du soleil sur une plage ? Et bien parce que tu as raison c'est pas mon truc. Je préfère être ici et donner ce que je peux donner aux autres. Une manière comme une autre de laisser une trace de mon existence. De la famille ? Juste mon frère. Des amis ? J'ai fait le ménage, la peur et la pitié j'en ai pas besoin. Un mec ? Y 'a eu, mais trop jeune, trop faible ou les deux, pour assumer la situation. Des enfants ? Si seulement...mais non. Je n'en veux pas. Ça reviendrait à en faire un orphelin en toute connaissance de cause, ce qui serait totalement égoïste de ma part alors non.
Voilà c'est dit. Tu sais tout...l'essentiel en tout cas. Je me doute que là tout de suite tu voudrais partir en courant. J'ai l'habitude et tu ne seras pas la première. Chaque personne à qui je l'ai dit à subitement disparue de mon entourage. Je ne te demande rien. Tu voulais savoir, c'est fait. Tu peux faire comme si tu n'avais rien entendue ou choisir de contacter mon frère. C'est toi qui décide et quoi que tu choisisses c'est en toute liberté que tu dois le faire, et pas ce soir. Alors maintenant tu prends ton sac, tu viens avec moi et tu m'indiques la route pour te ramener chez toi. »

Mon sac ? Quel sac ? C'est quoi un sac ? Ah oui ! Ce que je trimballe tous les jours sur l'épaule. C'est bon je l'ai. Mais c'était quoi ça ? Un mauvais rêve ? Le Trailer du prochain film dramatique ? J'ai très bien entendue, j'ai même tout enregistré (la preuve), mais j'ai rien imprimer. Mon cerveau est resté bloqué a « inopérable » et la seule pensée qui en sort se résume en 3 lettres : NON.

Une fois dans ta voiture mon cerveau tourne à 200km/h. Comment ça inopérable ? Pourquoi ? Il y' a bien des traitements ? Depuis quand vous le savez ? Mais c'est vrai tu as dit pas de questions.

« - Première à gauche »

Je peux vous aider ? Faire quelque chose ? Et si tu perds de nouveau connaissance je dois faire quoi ? Au fait tu ? Vous ? Je sais pas...je ne sais plus. Oui c'est bon j'ai compris... pas de questions.

« - A droite après l'église et deuxième à gauche »

Mes idées s 'embrouillent. Si les pensées ressemblaient à des petits bonhommes alors mon cerveau serait la bataille de Verdun. Comment c'est possible ? Tu n'as que 24 ans. Mais il n'y a pas d'age pour mourir. Mourir ? Oui, c'est bien de ça qu'il s'agit. En fait la chose à retenir dans tout ton discours c'est celle là. C'est que tu vas mourir. Mais non ! Moi je ne veux pas. Je viens juste de te rencontrer. Non ! T'as pas le droit. Pas comme ça. Pas dans un an.

Une fois arrivées chez mes parents tu te contente de me dire :

« -  Essaye de dormir, on se voit Lundi »

Il est 19h15 je sors de ta voiture, tu esquisses un sourire, je claque la portière et je regarde ta voiture s'éloigner dans l'obscurité. A ce moment là je fond en larmes, c'est plus fort que moi. C'était sans doute la vanne du trop plein.  Je crois que ça faisait beaucoup d'émotions en 1H15, un peu trop peut être.
                                                             
Les lumières de la maison sont allumées. Mes parents sont là. Ils doivent m'attendre pour manger et surtout se demander pourquoi je rentre aussi tard et en voiture. Qu'est ce que je vais leur dire ? J'ai mal à la tête, vraiment pas faim et aucune envie de parler. Et puis….personne c'est personne.
Me reste plus qu'à trouver un bon bobard. L'idée ne me plaît pas trop mais bon… est ce que j'ai le choix ?
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Re: Si je pouvais

le Mar 15 Mai - 23:36
Maintenant je sais

Je sèche mes larmes, je pose mes affaires et je me dirige vers la cuisine. Je m'attends à subir l'interrogatoire de ma mère et j'ai environ 20 secondes pour trouver une bonne explication. Je m'en sort en expliquant que j'ai été retenue à la fin des cours et que par conséquent j'ai raté mon car. Ce qui n'était pas complètement faux.
On passe à table et bien sur j'ai la tête ailleurs, ce qui n'échappe pas à ma mère. C'est là que l'interrogatoire commence :

« - Quelque chose ne va pas ?

- Non, non.

- Un problème au lycée ?

- Non, non.

- Tu as mal quelque part ?

- Non.

- Tu manges pas ?

- J'ai pas très faim.

- Tu as pleuré ?

- Non, je suis juste fatiguée. »

Avec le recul je suis convaincue que ma mère n'a pas crue un seul mot de mes réponses, mais elle n'a pas insisté.

Sans finir l'assiette de pattes carbonara (plat que j'adore) je suis montée dans ma chambre sans un seul mot.
Assise sur le rebord de mon lit, je réfléchie. Les images, tes mots, ton regard, tes larmes… tout se percute en vrac. Comme un film en accéléré qui passe en boucle, encore et encore…
Je ne comprends rien au scenario mais je visionne le film encore et encore.
Je le passe au ralentie, je décompose scène par scène mais je ne comprends toujours pas.
Que s'est t' il passé ce soir ? Comment c'est possible ? Tu veux en parler à personne et pourtant à moi tu l'as dit, pourquoi ? Pourquoi moi ? On ne se connaît pas .
Ce matin encore, mes projets étaient de sortir en boite samedi soir et de regarder « Top Gun » dimanche. Mais maintenant ? Sortir en boite ? J'ai pas envie. Regarder un film ? Bof, ça ne me dit rien.
Et puis j'ai une dissertation de Philo à rédiger pour lundi. C'est quoi le sujet déjà ? Je ne sais plus et franchement ça ne m' intéresse pas. La seule chose qui m 'intéresse c'est toi.
Est ce que tu es bien rentrée ? Est ce que tu vas bien ? Tu vies seule (maintenant je le sais) mais alors….si…. Non ! Je n'ose pas y penser.

Je me surprends à vouloir revenir en arrière. Au moment où je n'osais pas t'aborder mais surtout au moment où, pour moi, tu allais bien et tu avais toute la vie devant toi. Au moment où je t'imaginais heureuse de vivre. Je te voyais avec une bébé dans les bras, un chien….
Je pourrais faire comme si je n'avais rien entendue et rester sur cette vision.
Je pourrais ? En fait, non ! Je ne peux pas. Faire comme si je ne savais pas, c'est mentir. Me mentir à moi même, et pire… te mentir à toi. Tu m'as fait confiance (d'ailleurs je ne saurais jamais vraiment pourquoi) et je n'ai pas le cran de fuir. Si j'ai bien compris, nombreux sont ceux qui ont fuit et je ne veux pas être comme ceux là.

Alors qu'est ce que je peux faire ? Comment je peux t'aider ? En te ramassant à chaque fois que tu tombes ? (c'était un euphémisme) . Moi je veux bien, mais je suis censée faire quoi ? D'abord, il se passe quoi exactement ? Tumeur cérébrale, d'accord, mais en clair ? C'est une saloperie. Oui j'ai compris. Mais c'est quoi ? C'est ou ?
Il est 3h du matin, je me lève à 6h et il faut que je dorme. Mais d'abord je vais chercher l'encyclopédie médicale, je veux savoir. (Internet n'existait pas malheureusement).
Une heure plus tard je ne suis pas vraiment plus avancée sur le sujet. Tant pis...je demanderai à ton frère, lundi je veux ses coordonnées.


Décalée

Je navigue dans les couloirs du lycée. Je regarde les gens mais je ne les vois pas. J'écoute les cours mais je n'entends rien. La conversation pour savoir de quelle couleur sera le chemisier samedi soir m'ennuie passablement. Mon petit ami est là, et pensant trouver du réconfort, un bien être, une forme d’apaisement, je me jette dans ses bras. La réalité ? Je n'éprouve rien de ce genre et rapidement je m'éloigne. Mes amis me demandent ce qu'il se passe mais je ne répond pas.
Derrière moi j'entends ton nom, je tends l'oreille. Quoi ? Une critique ? Mon visage se crispe et mon poing se ferme. Pourquoi ? Je m'interroge sur ma réaction. Je n'aime pas la violence et je ne m'emporte pas facilement. Pourtant là, une phrase de plus et je lui sautai à la gorge.

Mes amis sont partis sans que je m'en aperçoive, ce qui n'est pas très important. Je mets le casque de mon Discman (avant le MP3) sur les oreilles et je m'éloigne. En fin de compte, je suis très bien seule et le casque m'empêche d'entendre des choses désagréables.
Dans le casque ? Daniel Balavoine : « aimer est plus fort que d'être aimé, vivre ou survivre, tous les cris les SOS, partir avant les miens…. ». Je suis fan de Balavoine depuis des années mais bizarrement ce jour là les paroles prennent un tout autre sens.

« ... Toi qui a brisé la glace, sait que rien ne remplace la vérité...
...Mais je ne peux pas, je ne sais pas et je reste plantée là...
...Quand tout s’effondre, toute la misère du monde n'est rien a coté d'un adieu…
...Et que leurs yeux soient grands ouverts pour fêter mon enterrement…
… Dansez, buvez en me berçant. Que je vous aime en m'endormant... »
Daniel Balavoine.

Alors c'est ça ? Choisir d'être ton amie c'est choisir d'assister à ton enterrement. Te trouver c'est accepter de te perdre ? Choisir d'être à tes cotés c'est poursuivre le rêve insensé que tu y restera ?
Comment on fait ? Comment je fais ? C'est quoi le mode d'emploi ? Je peux apprendre ?

La sonnerie marquant la fin des cours me sort de mes pensées. On a étudié quoi aujourd'hui ? Je suis bien incapable de répondre. Mais ce n'est pas très important.
On est enfin en week-end. Enfin ? Si vous le dites. Moi je voudrais que l'on soit Lundi. Le week-end ? Je vais faire quoi ce week-end ? Sortir en boite ? Je n'ai pas envie, je n'irai pas.
Ah oui ! Ma dissertation. Je vais m'en occuper. Mais le sujet ne m'inspire absolument pas.

Samedi.
Je m'installe à mon bureau, feuille blanche devant les yeux, stylo à la main et….. ? Rien. Pas une ligne, pas un mot. Le trou noir, pas une seule idée, néant total.
3h plus tard je suis en bas de la page, mais voilà ce qui est écrit (copie du texte original) :

«  Il y a des choses que l'on voudrait dire
parce qu'elles nous font pleurer
Et d'autres que l'on voudrait cacher
Parce qu'elles ne font plus rires.
Tout ces mots, tout ces verbes
ces noms sans adjectifs,
tout se bouscule dans ma tête.
Ne rien comprendre et chercher
Comment faire pour oublier ?
Dois je vraiment oublier ?
Je ne me sent pas bien
Je n'ai plus envie de rien
Je me fou de tout et de rien
Depuis que je sais que tu vas partir avant les tiens »

Résultat ? J'ai rendu copie blanche. Comme quoi, ça arrive aussi aux bons élèves.
Le reste du week-end ? J'ai sortie un bouquin de la bibliothèque : Docteurs, d' Erich Segal.
Livre dont j'ai dévoré les 800 pages en 3 jours. En sachant qu'il m'a fallut 3 mois pour lire « le père Goriot » je trouve que c'est plutôt drôle.


Le 1er Lundi

Lundi matin 5H30.
Le car ne passe qu'à 7H10 mais pourtant j'ai déjà les Rangers aux pieds et le sac sur l'épaule. Je tourne en rond. J'ai hâte d'aller en cours, vive les Lundi. A un petit détail près, ce ne sont pas les cours qui m’intéressent.

A la descente du car je remarque mes amis, qui , comme tous les matins sont adossés sur la grille d'entrée du lycée. Mon petit ami est là, lui aussi. Il m'attend. Mais je ne les rejoints pas, je me dirige tout droit vers le parking des voitures en espérant y trouver la tienne.  Mais je ne la voit pas. Où es tu ? Tu commences à 8h, il est 7H51. Que fais tu ? Je commence à m'inquiéter.
7H56 : Ah ! Ben quand même. Il était temps. Tu rentres sur le parking et moi je pique un sprint pour m'éviter le passage par le bureau du conseiller d'éducation à cause de mon retard.
A chaque pause, entre les cours, je scrute les alentours en espérant te croiser, ou juste t'entrevoir. Je veux m'assurer que tout va bien.

Quand j'y repense, cela a probablement été difficile pour toi, de me dire tout ça l'autre soir. Pourquoi tu me l'a dit ? Tu regrettes peut être. Tu me fais confiance ? Mais comment tu pourrais me faire confiance ? On ne se connaît pas. La seule chose que tu sais de moi c'est ma moyenne en cours. Personne ne sait ? Ni tes collègues, ni le proviseur... personne ? Ce n'est pas un peu dangereux ? Même si je ne sais pas de quoi il en retourne exactement, ne vaudrait il pas mieux en avertir ta hiérarchie ? Aujourd'hui tu sembles aller bien, c'est vrai. Mais dans 6 mois ? T'attends le bon moment ? Et dans l'intervalle, il se passe quoi ? Pourquoi tu ne veux rien dire ? Parce que tu ne veux pas qu'ils aient peur ou pitié. C'est pour ça ?
Et puis comment tu pouvais savoir que je n'allais pas courir dans le bureau du proviseur pour tout lui expliquer ? Cela dit, c'est peut être ce que je devrais faire. Mais je ne comprends pas, au travail y'a bien des visites médicales non ? Comment tu fais ? Tu sèches ou quoi ? Ce qui ne me surprendrait pas plus que cela d'ailleurs.

Les questions s’enchaînent les unes après les autres . Des questions j'en ai plein la tête, en revanche je n'ai aucune réponse.

Déjà 6H de cours de passées. Il est 15H30 c'est la pause. Seule, dans le hall, le casque sur les oreilles je balaye du regard les alentours.. des fois que…
Et puis…cette drôle de sensation, comme si quelqu'un me regardait. Je cherche en vain. Mon regard est attiré par la passerelle à l'étage du dessus. T'es accoudée sur la rambarde, et oui, c'est bien moi que tu regardes. Timidement je te fais un signe de la main. Tu y réponds immédiatement en me faisant signe de monter.

J'imagine que tu veux savoir si j'en ai parlé à quelqu'un. Et si je veux parler à ton frère ou pas.
Mais au lieu de ça tu me demande si je vais bien. Si le week-end n'a pas été trop difficile pour moi et si j'ai bien rendu ma dissertation de Philosophie.
Oups !!! Pour la dissert' de Philo. Mais attends là, comment tu sais que je devais rendre une dissertation ? Ce n'est pas ton domaine. Tu me demandes comment moi je vais ? C'est le monde à l'envers. Tu ne veux même pas savoir si j'ai parlé à quelqu'un ? T'as peur de la réponse ou tu me fais vraiment confiance ?
Je te réponds, en essayant d'être la plus honnête possible, et en te disant que je vais bien, même si le week-end à été un peu difficile.

Ça sonne et je dois retourner en cours. Mais avant d'y aller, je te demandes les coordonnées de ton frère. Pour toute réponse, tu sors une feuille pliée en quatre de la poche arrière de ton jean… tout était dessus…

Parfait! Je range la feuille précieusement dans mon sac, en me disant que je devrais probablement mieux l'apprendre par cœur. Juste au cas ou.
Maintenant que je suis en possession de ce numéro de téléphone je vais enfin avoir des réponses. Un peu comme si j'avais trouvé la clé d'un coffre secret. Dès que je rentre à la maison j' appelle ton frère.

En sortant de ma classe à la fin des cours je fais un détour par le couloir d'en face (le tient) en espérant te croiser. Et je te trouve adossée contre la porte, porte documents dans les bras… tu m'attendais ? A priori oui. On fait le chemin ensemble jusqu'à la grille sans se dire un seul mot.

Arrivées au parking :

Moi « - A demain ? »

Toi « - Bien sur que oui. »

Ton sourire en t'éloignant reste accroché à mon cerveau. Ça me fait plaisir de te voir sourire, j'aime bien.
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Re: Si je pouvais

le Mer 16 Mai - 0:00
La conversation téléphonique

De retour à la maison je n'ai qu'une idée en tête : appeler ton frère. Mais au fait, il fait quoi ton frère ? Il a quel age ? C'est ton grand frère si j'ai bien compris. Et visiblement ta famille c'est juste lui. Mais tes parents ils sont ou ? Ils font quoi ? Ils ne sont pas au courant ? C'est impossible.

Maintenant je veux des réponses.
Je compose le numéro…Et personne ne décroche.
Ah ! Je n'avais pas pensé à ça. Mais si il travaille, il n'est peut être pas encore rentré du boulot. Je dois réessayer plus tard. Sauf que plus tard, je ne serais pas seule. Tant pi je prendrais le téléphone de ma chambre (oui j'avais cette chance) et au pire je dirais que c'est une copine.

Il est 21H, je rappelle et cette fois ci quelqu'un décroche.
Voici la retranscription de notre conversation téléphonique :

«  - Allo ? Bonsoir…

- Salut !

- Je suis….

- Je sais qui tu es. Ma sœur m'a beaucoup parlé de toi et j'attendais ton appel.

- D'accord. Je m'excuse d'appeler si tard mais j'ai essayé vers 19h et ça ne répondais pas.

- Pas de problème. Pour ma sœur je suis joignable 24h/24. Et je termine à 20h alors le temps de rentrer….et voilà je suis là.

- Jeudi soir, quand elle est tombée j'ai vraiment eu peur et je ne savais pas du tout quoi faire, je l'ai même giflée. Vous vous rendez compte ? Mais c'est pas tout. Après j'ai fait pire je lui ai parlé comme je parle à mes potes et pour l'incendier en plus. Je suis vraiment désolée.

- Ne t'excuses surtout pas. Pour elle, c'est la meilleur réaction que tu pouvais avoir.

- Pardon ? Lui mettre une gifle ? C'était une bonne réaction ?

- Oui. Depuis qu'elle sait qu'elle est condamnée tout son entourage la considère et la traite comme une petite chose fragile à qui il faut dire oui à tout les caprices. Plus personne n'ose lui dire M****, ni même l'engueuler. Elle ne le supporte plus.

- C'est pour cette raison qu'elle veut en parler à personne ?

- Oui. Elle ne supporte plus la pitié des autres. Elle veut juste vivre normalement le plus longtemps possible. Tout ceux qui l'ont prise en pitié, elle les a viré de sa vie. Ses amis d'enfance, ses bons collègues, son mec… elle les a tous éjectés.  Et sans ménagement tu peux me croire.

- Je peux comprendre mais qu'est ce que je viens faire là moi ? Pourquoi m'avoir parlé à moi ? On ne se connaît même pas.

- Parce que pour la 1ère fois depuis très longtemps, quelqu'un à eu le cran de lui parler sans la ménager. De lui dire ses 4 vérités. Et cette personne c'est toi.

- Oui, mais peut être que si je l'avais su...je ne serais peut être pas aller aussi loin.

- Ce n'est pas ce qu'elle pense et moi non plus. Tu aurais très bien pu la laisser par terre et t'enfuir… au lieu de ça, tu lui a collé une gifle. D'ailleurs méfie toi, parce que la connaissant, la gifle elle va la mettre en réserve...pour plus tard.

- Pardon ?

- Tu comprendras le jour où elle te la rendra. (je confirme). La plupart des gens ont énormément de mal à faire face à des situations difficiles, et ont une fâcheuse tendance à fuir, lorsqu'ils doivent affronter l'inconnu. Toi, tu as fait exactement le contraire. C'est pour cette raison qu'elle t'as parlé. Et j'avoue que j'en suis très content.

- Fuir ? Si je ne me trompe pas c'est de la non assistance à personne en danger.

- C'est vrai, mais il y en a très peu que ça arrête. Et je voulais te dire merci pour être restée.

- Ben… de rien. Si c'était à refaire...je le referais.

- C'est bien là ou je voulais en venir. Nos parents sont militaires de carrières. On a, pour ainsi dire, grandit sans eux à l'internat. Depuis tout petit j'essaye de la protéger et j'ai toujours été là pour elle. Je ne voulait pas qu'elle souffre de l'absence, comme moi j'ai souffert. Cela fait des années que la famille c'est uniquement nous deux. A l'heure qu'il est je serais incapable de dire où habite nos parents et c'est très bien comme ça.
Petite, je la surveillai dans la cour de l'école. En grandissant, j'ai réussi à guérir ses chagrins d'amour et jusque là je crois que je m'en suis bien sorti. Mais là, j ai besoin d'un coup de main. Je n'y arriverai pas seul. D'autant plus qu'elle ne me laissera pas faire. C'est une tête brûlée, têtue comme une mule mais je l'adore. Elle a besoin d'avoir quelqu'un, à qui elle peut faire confiance et capable de lui tenir tête. Et moi j'ai besoin de quelqu'un, qui peut la surveiller et la protéger quand je ne peux pas le faire. En clair : on a besoin de toi !

- La surveiller et la protéger ? Mais comment je peux faire ?

- C'est exactement ce que tu as fait toute la journée.

- Ben, je voulais juste être sure que tout allait bien.

- C'est ça, c'est exactement ça.

- D'accord, mais si elle fait de nouveau un malaise, je fais quoi ? C'est quoi le risque ? Pourquoi on ne peut pas l’opérer ? Y'a pas de traitement ? Pourquoi 12 à 18 mois ? Aujourd'hui elle allait bien, alors comment c'est possible ?
- Ok ! Stop ! Je te propose une chose. Mercredi, comme tous les mercredi après midi elle a rendez vous à l’hôpital. C'est là que je travaille. Tu viens avec elle, comme ça on pourra se voir et je pourrais tout t'expliquer et te montrer. Tu peux ?

- Oui oui, j'ai cours le matin mais après c'est bon.

- Parfait. Alors à Mercredi.

- A mercredi. Bonsoir

- Tchao et merci. »

En raccrochant le combiné je me sent totalement vidée. Cette conversation m'avait bouleversée parce qu 'elle m'a fait prendre conscience de bien des choses.
Je suis fille unique et mes parents travaillent tous les deux. Ils partent très tôt et rentrent très tard toute la semaine. Par conséquent, j'ai appris à être autonome très jeune, ce qui est une bonne chose. Un des principes de mon éducation c'est « trouve la solution toute seule, débrouille toi ».
J'ai un étage entier pour moi toute seule, ma salle de bain, le téléphone, une télé…. Et je fais ce que je veux. Je vais ou je veux et je rentre à l'heure que je veux. Les seules règles c'est : avoir de bons résultats scolaires, m'occuper de mon linge et de mon ménage, dire ou je vais et à quelle heure je rentre. En résumé : une adolescence rêvée.  Mais que l'on ne s'y trompe pas mes parents sont bien présents. Un pas de travers et c'est terminé.

Vous avez grandit seuls ? Comment fait on pour grandir sans ses parents ? Au delà du manque affectif qui semble évident, qui vous a appris la valeur de la confiance,  l’ honnêteté, le pouvoir diabolique de l'argent et du mensonge… qui ? Grandir sans ses parents, c'est un peu comme se sentir trahit à la naissance, non ? Comment peut on faire confiance à quelqu'un après ? Ça s'apprend ? Parce que pour apprendre à lire, à écrire, l'histoire de France ou le théorème de Pythagore… c'est facile, il suffit d'aller à l'école. Mais l'école de la vie ? Elle n'existe pas.

Quand je pense que j'ai fait la gueule pendant 4 jours parce que mes parents ont refusés de m'acheter un jogging de marque. C'est totalement stupide. J'ai déjà de la chance d'avoir quelqu'un pour dire non.

Ton frère m'a dit que j'aurai pu fuir. Fuir devant quelqu'un qui perd connaissance ? Mais qui peut faire ça ? C'est achever quelqu'un qui est déjà à terre. D'accord, je n'avais aucune idée de ce que je devais faire. Mais fuir ? Ça ne m'a même pas traversé l'esprit. J'aurai surtout souhaiter avoir une autre solution que la gifle. Faire plus, faire mieux, faire plus vite… d'ailleurs il n'existe pas des cours pour apprendre ce qu'il faut faire ? Ça peut toujours servir. Au moins si tu recommences et que je sais ce que je dois faire, j'aurais peut être moins peur. Il faut que je me renseigne. J'irais voir demain au centre de documentation.

Une enfance difficile, une adolescence douloureuse et maintenant ça ! Si je comprends bien, ta vie n'est qu' un enchaînement de déceptions. Et malgré tout, je ne connais personne qui respire la vie autant que toi. Cet enthousiasme, cette énergie...tu les puises ou ? Mais je crois que je me plante. C'est pas de l'enthousiasme, c'est de la rage. C'est pas de l'énergie, c'est du courage.

1ère leçon : se méfier des comportements extrêmes, ils cachent souvent quelque chose de bien plus profond.
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Re: Si je pouvais

le Mer 16 Mai - 0:36
TropChou TropChou TropChou TropChou TropChou TropChou TropChou TropChou Crying or Very sad

Merci
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Re: Si je pouvais

le Mer 16 Mai - 16:39
Désolée pour les fautes d'orthographe. Mais il n'y a aucune correction. Une fois que le texte est tapé je ne reviens pas en arrière. je n'arrive pas à le relire.
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Re: Si je pouvais

le Mer 16 Mai - 17:47
Merci infiniment pour ces belles suites. J'aurais plein de trucs à dire mais je préfère juste te dire merci de partager ça ici.

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Re: Si je pouvais

le Mer 16 Mai - 17:56
Le début du jeu

D'après ce que ton frère m'a dit je suis la 1 ère personne, depuis longtemps, à qui tu oses faire confiance. Depuis longtemps ? Longtemps c'est combien ? T'as jeté tout le monde, alors la dernière personne en qui tu as eu confiance c'était qui ? Ton frère mis à part évidemment. C'était qui ?
Vous avez besoin de moi ? T'as 24 ans, ton frère doit avoir la trentaine, et vous avez besoin d'une gamine de 16 ans ? J'avoue que je suis un peu paumée.  Alors oui bien sure, je vois mal ton frère se faire passé pour un lycéen pour être à tes cotés mais ce fait mis à part j' ai du mal à suivre.
En quoi je peux vous aider ? Surveiller que t' arrives au boulot en un seul morceau, que tu fasses ton job et que tu repartes en état de conduire. C'est tout ? Je serais surprise que ça soit aussi simple. Je ne suis pas naïve à ce point là.
Mais après tout, les adultes c'est vous . Vous devez savoir ce que vous faites.
Et visiblement ton frère est plutôt content. J'ai même l'impression qu'il se sent un peu plus rassuré alors je vais faire ce qu'il m'a demandé. Et crois moi, je ne vais pas le décevoir. Je ne vais pas te lâcher d'une semelle. De loin, mais où que tu sois dans ces murs je le saurais.

C'est là que le jeu commence.
Objectif de la mission : arrivée la première en cas de problème.
Missions secondaires :
- savoir où tu te trouves en permanence
- m'assurer que tu peux assumer ton job
- garder ton secret quoi qu'il arrive
- ne pas te laisser conduire si tu n'es pas en état de le faire.
Missions acceptées.

Si le motif n'était pas aussi dramatique, le jeu serait presque drôle.

En pratique ? Tous les matins j'attends que tu te gares sur le parking pour aller en cours. Et en parlant de ça si tu pouvais arriver ne serait ce que 5 minutes plus tôt cela m'éviterai de devoir piquer un sprint tous les matins. Parce que à ce rythme là je vais réussir à battre le record du 100m. D'ailleurs pourquoi tu te pointes toujours à la dernière minute ?
Entre chaque cours je fais un détour par ton couloir, je jette un coup d’œil et je file au cours suivant.
Les pauses ? Je te suis du regard. Que ce soit du bout du couloir ou de l'étage d'en dessous je ne te lâche pas du regard.
Le soir ? Je te récupère devant ta salle et on fait le chemin ensemble jusqu'à ta voiture.

Je passe mes journées à courir dans les couloirs. Tous les jours. Tous les jours sauf le vendredi. Ben oui tu ne travailles pas le vendredi. Je hais les vendredi, c'est l'horreur les vendredi. Je tourne en rond, je m'énerve, je m'ennuie. Le vendredi c'est journée déprime.
Et mes amis dans l'histoire ? Ben... je les vois le vendredi, puisque le reste de la semaine je passe pour une folle. Certains m'ont posés des questions ou ont essayés de comprendre après quoi je courrais. Mais je suis restée muette. Mon petit copain ? Et bien jusqu'à la semaine dernière  j'avais un petit copain. Mais je le vie très bien. Me manquer ? Honnêtement pas vraiment. De toute façon je n'ai pas le temps. Est ce que je l'aimais ? Disons plutôt que m'y était attaché.
Le jeu dure déjà depuis deux semaines, pour le moment tout se passe bien.
Mais revenons à Mercredi dernier….

Mon 1er cours magistral

Comme prévu, à la fin des cours vers 12h (oui on est mercredi), on se dirige vers ta voiture, pour aller ensemble à l'hôpital. C'est aujourd'hui que je dois rencontrer ton frère. J'avoue que je suis un peu intimidée. Me retrouver dans ta voiture me procure une drôle de sensation. La dernière fois tu venais juste de m'apprendre la nouvelle. Aujourd'hui, c'est pour aller à l'hôpital. La prochaine fois c'est quoi ? Le cimetière ? Non c'est bon j'ai rien dit. Blague à part j'espère qu'un jour je monterai dans ta voiture pour un truc sympa. Ou tu veux ça m'est égal, tu choisiras, mais quelque chose de joyeux.
Tu pourrais dire quelque chose s'il te plaît ? Parce que le silence c'est vraiment mortel. Oui je sais… mauvais jeu de mots. Pourquoi tu ne dis rien ? Quelque chose ne va pas ? Oui t'as raison, allume l'autoradio...Un CD ? Très bien, on évitera les informations c'est que des mauvaises nouvelles.

''… sans blesser tout ceux qu'il aime. Etre heureux ou malheureux, vivre seul ou même à deux. Oh Oh….vivre….''

Là c'est plus fort que moi, j'éclate de rire.

Toi « - Qu'est ce qui t'arrives ? »

Moi « - Rien. Attends. »

Je sors mon Discman, je te pose le casque sur les oreilles et j'appuie sur play.
'' tous les cris, les SOS, partent dans les airs et dans l'eau laissent une trace…
dont les écumes font la beauté…''

Cette fois ci c'est toi qui éclate de rire.

Daniel Balavoine avait brisé le silence. On a rie à en pleurer. On a commencé à chanter. Tu chantais une phrase, moi la suivante, et ainsi de suite… On a chanté la moitié de l'album en duo, comme si on faisait ça tous les week-end. On s 'est arrêtées lorsque tu t'es garé sur le parking de l'hôpital.
Tout à coup l'ambiance avait changée, ce n'était plus drôle mais plutôt angoissant. Mais c'est vrai, je ne t'ai même pas demandé ce que tu venais faire à l'hôpital tous les mercredi. Voir un médecin ? Pour des médicaments ? Des piqûres ? Mais je crois que je te poserais la question plus tard parce que là t'es totalement crispée, ton visage s'est fermé, tu regardes… rien, et je crois que ce n'est pas le bon moment. Je vais me contenter de poser une main sur ton épaule et de t'accompagner. Ou plus exactement de te suivre, parce que je ne sais pas où l'on va.
Au bout d'un couloir sur une porte il est écrit : ''Local SMUR''. C'est là qu'on va ? A priori oui. La vache !! Sacrés engins garés derrière. Y'en a du matos là dedans...Mais qu'est ce qu'on fait ici ? Quand un type s'avance vers nous. Il te sourie, tu le connais ?

Toi « - Hey !!! salut ! Comment tu vas ? »

Ah ben oui, visiblement tu le connais. C'est qui ce mec ? C'est pas ton frère ça je le sais. Je serais bien étonnée que ton frère te regarde de cette manière. Bon ! Il peut lever les yeux celui là où il veut un coup de main ?

Lui « - Salut ma belle ! Je suppose que tu viens voir ton frère ? Il ne va pas tardé, il est sur inter. Mais je te tiens compagnie si tu veux ? »

Toi « - Je te remercie c'est pas la peine. Et puis je ne suis pas toute seule. Je te présente ma demie sœur. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vues. On s'était un peu perdues de vue »

Pardon ? Ta demie sœur ? Perdues de vue ? Oui, c'est une façon de voir. Je ne vais pas répliquer. J'imagine que tu dois avoir une bonne raison de sortir un truc pareil.

Lui « -Enchanté. Bon il faut que je vous laisse. A plus. »

Moi «-  Heu...je te préviens c'est pas moi qui vais annoncer à ton frère qu'il a une demie sœur »

Toi «  - Il le sait déjà. C'est son idée. Et ne me demande pas pourquoi il m'a demandé de dire ça, je n'en sais rien . Mais tu vas pouvoir lui demander, le voilà»

Attends… ton frère est dans la voiture qui est en train de se garer juste devant ? Celle sur laquelle il est écrit ''Médecin SMUR'' ? Ton frère est médecin ?
Etant donné que le grand brun qui vient de descendre de la voiture pour te serrer dans ses bras à une veste sérigraphiée Médecin SMUR sur le dos, j'en conclue que oui.

Une fois les présentations faites tu t'adresses à ton frère en lui disant :

« - Moi je dois y aller. Je te la laisse. Vas y doucement avec les mots comptent triples du scrabble ou fait lui un lexique. Je devrais redescendre vers 17h, 17h30. A toute... »

Je te regarde t'éloigner dans le couloir, en me demandant ou tu peux bien aller. Et je m’apprête à recevoir un cours particulier. Qu'est ce que tu voulais dire par « mots comptent triples » ? On se dirige dans une salle de repos juste à coté. Je vois une pile de bouquin sur la table : le fonctionnement du cerveau, le système endo….endo quoi ? Endocrinien. Les neurones et le cortex cérébral. Là, je commence à comprendre la blague des mots comptent triples. C'est des livres de médecine tout ça. Je sent que cela ne va pas être simple. Tes dérivés et tes racines carrées, à coté de ce truc c'est niveau maternelle. Je crois que je vais prendre une chaise.

Après 4h30 de cours intensif j'ai compris le fonctionnement et l'essentiel du problème.
Si je résume, il y a une masse située en plein centre du cerveau. Le volume est trop important pour être extraite par les voies naturelles, a savoir les narines. Y accéder par l’extérieur est impossible car elle se trouve en plein milieu. Donc impossible de l'enlever d'où le terme « inopérable ». Ok j'ai compris. C'est donc cette masse qui provoque tes malaises ? Mais pourquoi ? Comment ? Parce qu 'elle provoque une pression sur ce qui se trouve à coté, à commencé par un truc qui s'appelle l'hypophyse, qui contrôle tout le système hormonal. Sachant que l'être humain est bourré d'hormones, si le système se met à déconner je n'ose même pas imaginer les dégâts. Pour les détails c'est le sujet du prochain cours… oui c'est mieux parce que je ne vais jamais tout retenir. Cette pression est influencée par ta tension artérielle, qui , en montant trop haut pourrait augmenter la pression intracrânienne et provoquer un AVC : Accident Vasculaire Cérébral. J'en ai déjà entendu parlé et je sais que c'est pas bon du tout.
J'essaye d'enregistrer et de retenir un maximum d'informations. J'ai compris toutes les explications et je crois que j'en ai appris plus en quatre heures qu'en 4 ans de cours de sciences naturelles.
J'ai encore pas mal de questions mais au moins maintenant je comprends ce que tu as.

Je reviendrais mercredi prochain pour que ton frère m'explique le système hormonal. A priori c'est assez complexe alors j'apprendrai ça la semaine prochaine.

Assise, un verre de soda à la main et en pleine conversation avec ton frère, j'entends la porte s'ouvrir derrière mon dos. Je me retourne… et…. Tu es dans l'encadrement de la porte. Mais… sans vouloir te faire peur, t'as une sale tête.  Les traits tirés, tu as l'air épuisée. T'es pourtant pas sortie en boite toute la nuit. Ils t'ont fait quoi ici ? Parce que, sans vouloir te vexer, tu avais l'air d'aller beaucoup mieux en arrivant que maintenant. Mais c'est vrai j'ai même pas posé la question à ton frère. C'est pas très grave je finirais bien par le savoir. Je ne te cache pas que ce n''est pas très rassurant de te voir comme ça. Mais en fait si, il faut que je te le cache. Je vais sourire et tout va bien se passé. Cela dit ton frère n'a pas l'air de s’inquiéter donc je ne suppose que je ne dois pas le faire non plus. C'est normal ? Le regard dans le vide et la sueur ruisselant sur ton front, tu cherches tes clés de voiture dans ton sac en me faisant signe de te suivre.
Mais tu comptes vraiment conduire dans cet état ? Ton frère ne dit rien, c'est que la réponse doit être oui.

Au retour, le Cd de Balavoine continue de tourner, mais on ne chante plus. Je surveille chacun de tes gestes, chacun de tes regards...juste au cas où.
Arrivées chez mes parents je t'ai demandé de m'appeler une fois arrivée chez toi. Je voulais m'assurer que tout allait bien. Tu prends le numéro de téléphone sans répliquer un seul mot.
Trentes minutes plus tard je t'avais au bout du fil. Tu me dis que tout va bien, mais ce n'est pas l'impression que j'ai. Je n'insiste pas...
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Re: Si je pouvais

le Mer 16 Mai - 17:57
Bientôt Noël

Tous les matins depuis plusieurs semaines, je t'attends sur le parking. Mais maintenant tu arrives à 7H40, je n'ai plus besoin de courir. Je sais aujourd'hui pourquoi tu venais à la dernière minute : pour ne pas croiser tes collègues. Il y a deux semaines, au hasard d'une conversation je t'ai confié que je ne déjeunais jamais le matin. Depuis … tous les matins j'ai le droit à un croissant beurre. Merci.
Tous les jours on passe la grille ensemble avec notre croissant à la main, c'est devenu une habitude.
Je passe mes journées à te courir après. Je te vole un sourire, un regard, au détour d'un couloir ou d'une porte. Le soir ? Le soir il faut faire vite car le bus n'attend pas. Je l'ai loupé 3 fois en 2 semaines. Mais comme c'était de ta faute, tu m'as raccompagnée.
Le mercredi c'est différent. C'est juste toi et moi. Là, on apprend à se connaître. On parle, on rie, on chante… Je t'écoutes autant que tu m'écoutes. Je respecte tes moments de silence. D'autant plus que tes regards en disent bien plus que tes silences. Je devine ce que tu vas dire avant même que tu ouvres la bouche. J'ai l'impression de te connaître depuis … si longtemps. Tu es devenue mon amie.

En cours ? Rien de changer. Toujours incapable de prendre une chaise ne serait ce que 2 minutes. Je rectifie, il t' arrives de prendre une chaise, mais uniquement pour monter dessus. C'est vrai que certains se posent des questions. Ils nous voient ensemble tous les matins. Mais … et après ?
En cours c'est « Vous » comme tout le monde ; En cas de mauvaises réponses je prends un tir comme les autres. Je dirais même... pire que les autres. Je me rappelle très bien du jour où déconcentrée, j'ai malencontreusement écrit dans une copie 5 X5 = 35. Oh ! Ce jour là...Ma boite crâniène se rappelle encore du poids du bouquin. Tout simplement parce que tu connaissais mes capacités et les erreurs de ce type te mettaient hors de toi.

Ce jour là j'ai compris que de te connaître en privé allait m'obliger à faire mieux, à faire plus et à être un cran au dessus des autres. Ton seuil de tolérance envers moi était de 0. Pourquoi 0 ? Parce qu'il y a un mot que tu ne voulais pas entendre. C'est « favoritisme ».

J'ai terminé mes cours particuliers. Et après plus de 20h de cours concernant ton problème je pense avoir compris à quel monstre on avait à faire.

C'est bien pour ton traitement que tu vas tous les mercredi à l’hôpital. Une perfusion. Un produit qui coule dans tes veines pendant 4 heures. Produit qui, après plusieurs séances doit réduire le volume de cette saloperie. On appelle ça de la chimiothérapie. Mais ce produit n'est autre que du poison. Et comme tous les poisons, ton corps à du mal à le supporter. D'où les sueurs, la fatigue et les tremblements à la fin de chaque séance.

On va arrivé aux vacances de Noël, ce qui signifie que je ne te verrais pas pendant deux semaines. L'idée ne me plaît pas du tout. Et puis je vais faire quoi pendant deux semaines ?
On se met d'accord pour se téléphoner tous les jours. Quand aux mercredi, on ne change rien. Tu passes me chercher et je t'accompagne à l’hôpital. Mais qu'est ce que je vais faire de mes journées ?
Rien que d'y penser, j'en suis malade. Ne pas savoir comment tu vas, ne pas te voir… hummm ça ne  va pas me plaire du tout.
Oui, on pourra se parler au téléphone, mais tu peux me raconter n'importe quoi. Tu peux me mentir en me disant que tout va bien même si ce n'est pas le cas. Il n'y a que ton regard qui ne sait pas mentir, et là je ne le verrais pas.

Je sais ce que je vais faire pendant les vacances. J'ai trouvé une formation aux premiers secours alors je vais m'inscrire. Deux jours de formation pour apprendre les gestes qui sauvent. J'ai hâte d'apprendre ce qu'il faut faire devant une personne inconsciente, face à une hémorragie ou encore un arrêt cardiaque.
Et toi ? Tu vas faire quoi pendant les vacances ? A part corriger tes 80 copies. Je sais que tu as un tournoi de Basket sur 2 jours. Tournoi que tu as bien l'intention de gagner et pour lequel tu t’entraînes tous les dimanche matins. Même si je ne suis pas certaine que le basket soit très compatible avec la chimiothérapie, je n'ose même pas essayer de t'en dispenser. Mon petit doigt me dit que je vais me confronter à un mur. Et puis visiblement t'adores ça , alors vas y… fais toi plaisir.
Et le réveillon de Noël ? Chez ton frère évidemment. Logique.
Mais maintenant que j'y pense… c'est peut être ton dernier Noël. L'idée me fait droit dans le dos.
Je n'ose à peine y penser mais c'est pourtant une vraie éventualité.

D'ailleurs j'ai une idée. Avec le reste de la classe on voulait t'offrir un beau stylo pour Noël, histoire de te remercier parce que apprendre avec toi c'est plus que génial. Mais plutôt que le stylo j'ai peut être une autre idée.
Tu veux laisser une trace de ton existence ? Tu veux aider ceux que tu peux ? Tu veux que les gens se rappellent de toi ? Et si je pouvais te prouver a quel point tu es capable de marquer les esprits, t'en dirais quoi ?
Un jour, il y a environ 2 mois, tu nous a dit que pour annoncer une mauvaise nouvelle il était préférable de l'accompagner avec des fleurs. Bien sur ce n'était qu'une métaphore. Mais du coup quelqu'un t'avais demandé quelles étaient tes fleurs préférées. Ta réponse ? Les lys blancs. ( Ce qui m'a bien fait rire le jour, où des années plus tard, j'ai regardé un film nommé : Imagine me and you).
Mais ta réponse n'était pas tombée dans l'oreille des sourds…


Ton cadeau de Noël

Dernier jour de cours avant les vacances. Enfin presque, mais demain c'est vendredi donc tu n'es pas là.
Comme d'habitude on t'écoute, les yeux rivés sur le tableau on te suit depuis déjà 1h30. Il reste 30 minutes de cours et à cet instant...quelqu'un siffle. Il siffle très fort. Pour la première fois tu ne dis plus un mot. Tu nous regardes tous un par un et tu ne comprends pas ce qu'il se passe. Les uns après les autres on ferme nos livres et on range nos classeurs.

Les yeux écarquillés, partagés entre la colère et la surprise tu nous dis :

«  Vous faites quoi là ? »

Et je te réponds (étant la seule à avoir une chance de ne pas se faire fusillée du regard) :

« On arrête le cours. Parce qu'on a une surprise pour vous. »

Pendant que tu restes plantée devant le tableau en ne sachant pas comment réagir, je sors de la classe.
Et je reviens 30 secondes plus tard avec un énorme bouquet de lys blanc dans les bras. Le bouquet était accompagné d'une enveloppe format A4. Je pose le tout sur ton bureau en te disant que c'est de notre part à tous et je retourne m'asseoir à ma place.
Pour la première fois, en cours, tu t'assoies sur une chaise, devant ton bureau.

Tu te retiens de pleurer, ça se voit. Mais pas une larme ne coulera. Sans un mot tu nous dévisages les uns après les autres. Traduction ? « Vous êtes cinglés, mais merci. Merci infiniment. »
Tu admires le bouquet et tu prends l'enveloppe dans les mains. A l’intérieur ? Une copie double petits carreaux. La meilleure copie que l'on ai jamais rendue.
Dessus ? La classe, la date, la marge..tout y est. Mais à la place des exercices habituels on avait choisis d'inscrire chacun une phrase. Une phrase de toi. Une phrase que l'on avait retenue et qui nous avait marqué : le nul n'existe pas , ce n'est qu'une illusion. Tout le monde est capable d'apprendre. Advienne que pourra. Hakuna Matata (c'était l'époque du roi lion). Basta... et bien d'autres…

Ta réaction ? Inattendue bien sure. Tu sors de la salle.Pour y revenir 5 minutes plus tard avec des gobelets en plastique et des jus de fruits. On a passé un bon moment. C'était vraiment sympa. Mais la sonnerie de fin de journée retenti. Et cette sonnerie signifie qu'il faut te dire au revoir. Je ne te reverrais pas avant mercredi prochain. Pffff !!! C'est loin. Mais je dois y' aller, le car ne va pas m'attendre. Je mets mon cuir sur le dos, mon sac sur l'épaule et doucement, très doucement je m’apprête à partir. Il y a 25 personnes autour de moi et pourtant je n'ai aucune envie de partir sans te dire au revoir face à face. Mais qu'est ce que je peux faire ? Avant même de chercher une réponse je sent ta main sur mon bras, qui me retient et je n'ose plus bouger. Tout le monde est sorti, il ne reste que toi et moi et la seule chose que tu trouves à me dire c'est :

« - Attend moi! Je te ramènes. »

Génial !!! Parce que je n'avais aucune envie de partir comme ça. J'avais l'impression de partir comme une voleuse. Et puis...je n'ai pas envie de te voir partir. J'aime être avec toi, j'aime te parler, t'écouter… ça va me manquer pendant les vacances.

Ah ! T'as changé de CD ? On chante quoi ?

«  ...Je m'en sortirais. Je me le promet et s'il le faut j’emploierai des moyens légaux…
...envole moi, envole moi, loin de cette fatalité qui colle à ma peau..
… envole moi, envole moi, remplie ma tête d'autres horizons, d'autres mots…
..je m'en sortirais, je te le jure, a coup de lime je franchirais tout ces murs... »

Jean jacques Goldman

J'adore, je connais par cœur. Ensemble, en cœur, les paroles raisonnent, on chante plus haut, plus fort. Les mots prennent tout leur sens. Dois je y voir un message ? Ce que tu ne sais pas exprimer, tu l’empreinte dans des paroles de chansons ?
T'en fais pas, j'ai très bien compris . Je n 'ai que 16 ans mais je ne suis pas complètement stupide. Mais je crois que le fait que je n'étais pas stupide tu l'as compris bien avant moi.

Toi «  - Je t'appelle demain ? … et Lundi...et mardi… et puis on se voit mercredi. Ça va aller ? »

Moi « - Oui. A demain ! Rentre bien et fait attention à toi. »

Toi « - Tchao !! »

Et voilà ! T'es partie. Pourquoi j'ai l'impression de tomber dans le vide ? Ce n'est rien, ça va passer.
Et puis je vais suivre ma formation. Mais ça je ne te l'ai pas dit. Je te le dirais quand j'aurais mon diplôme dans les mains.
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Re: Si je pouvais

le Mer 16 Mai - 18:00
Les vacances de Noël

Après deux jours de formation, j'ai enfin mon AFPS( Attestation de Formation aux Premiers Secours) dans les mains. Elle était géniale cette formation. J'ai appris plein de choses. Inconscient = PLS (position latérale de sécurité). Maintenant je sais. Et non je n'ai pas peur. Recommence ton malaise, c'est pas grave, je serais là. Et je sais quoi faire.

Pfff ! C'est difficile de raccrocher avec toi. En plus je t'ai menti sur ce que j'ai fait ces 2 derniers jours, je n' aime pas trop. Mais je t'expliquerai demain. T'as passé la journée à corriger des copies. Y compris la mienne, mais je n'ai pas le droit de connaître ma note. C'est pas gentil. Mais je comprends.
C'est bizarre, tu m'as raconté ton dernier match et je t'ai parlé de mes dernières vacances. On a parlé de ton frère, de mes grands parents. En gros, rien a voir avec le lycée. C'est marrant, toi qui paraît tellement forte, tellement solide, ta voix tremblait quand tu parlais de ton frère. Je sais que tu l'aimes beaucoup. En fait il est tout pour toi. Ce n'est pas seulement ton frère c'est le père que tu n'as jamais connu, enfin pas vraiment.
J'ai l'impression que jusqu'à présent tu n'as pas eu grand monde proche de toi. Ton univers s'arrête à ton frère. Tes amis d'enfance tu les a viré. Y 'a bien tes potes de basket mais tu ne partages avec eux qu'un resto après les matchs. C'est presque à se demander comment tu as fait pour avoir un mec .
Tu l'as sorti d'où celui là ? En fait tu ne m'en a jamais parlé. Tu l'as vraiment effacé de ta mémoire ? Peut être…
Tu passes tes journées au boulot, le mercredi à l’hôpital, les dimanche au basket et tes soirées au téléphone. Mais en réalité ? T'es toute seule.

Plus exactement : tu étais toute seule. Parce que maintenant je suis là. Et je ne sais pas encore ce que je vais pouvoir faire pour t'aider mais je trouverais.


Mercredi 12H30 :
Je t'attends sur le trottoir. Deux minutes plus tard je suis dans ta voiture. Je sourie, je suis contente de te voir. Tu semble aller plutôt bien je suis contente. Je profite de ton sourire parce que je sais qu'au retour ça sera différent . Et il faut que je te dises quelque chose, j'entame la conversation :

« - J'ai quelque chose à te dire.

- Je t'écoutes

- Je t'ai menti. (Etant donné le regard noir qui vient de me transpercer le cerveau j’enchaîne très rapidement). Je n'étais pas chez moi ces 2 derniers jours… regarde...Au moins la prochaine fois je saurai quoi faire »


En voyant mon diplôme tu as fondu en larmes. Je n'avais pas imaginé cela comme ça mais...bon…

Toi « -  C'est super. T'as raison cela pourrais t'être utile. (Tu croyais pas si bien dire… quoi que...). Ça veut dire que je peux tomber dans les pommes quand je veux, tu me ramasseras… c'est cool »
Cool ? Tu te moques de moi ? C'est pas drôle. Si on peut éviter, personnellement j'aimerai autant. Mais si vraiment il faut, alors je serais là.
Ton frère ne travaille pas aujourd'hui mais peu importe je t'accompagne. Je t'attendrais dans ta voiture, j'ai emmené un livre : julie, confession d'une droguée de 15 ans.
Une fois garée sur le parking tu me demandes de t'accompagner en haut, à l'étage, dans le service, là où il te donne ton traitement.
D'un seul coup j'ai la trouille, c'est quoi ce service ? Ils font quoi là haut ? Vu l'état dans lequel tu redescends, je ne suis pas sure d'avoir envie de voir. Mais comme je n'ai pas le cran de te dire non, je te suis.


Ma 1 ère séance

On sort de l’ascenseur, sur le mur il est écrit : « Oncologie,  hôpital de jour » et visiblement c'est là qu'on va. Hôpital de jour ? Pourquoi il y a des hôpitaux de nuit ? Oncologie ? Ça veut dire quoi ? Je demanderai plus tard.
On se présente à la secrétaire, tu donnes ton nom et tu ajoutes qu'aujourd'hui je t'accompagne.

En me regardant (de travers) la secrétaire (d'un ton très sec) me dit :

«  - Vous êtes qui ? »

Et avant même que j'ouvre la bouche, tu lui réponds :

« - C'est ma demie sœur »

Ah ben oui c'est vrai. J'avais oublié ce détail.

Et la secrétaire (subitement beaucoup plus aimable) me dit :

«  Je suppose que vous voulez rester avec elle. Y 'a pas de problème, c'est calme aujourd'hui. Suivez moi »

Rester avec toi ? Je peux ? Chouette, au moins tu seras pas toute seule. Chouette ? C'était peut être pas le bon mot. En avançant dans le couloir je regarde dans les pièces à droite et à gauche .
Mais on est où là ? A la foire aux monstres ? C'est quoi ce service? Le casting du prochain film d'horreur ? Entre ceux qui sont couchés dans un lit comme un sac de linge sur une table a repasser et ceux qui sont vautrés dans des fauteuils comme une veste froissée sur le dossier d'une chaise, là je commence a avoir peur.
C'est quoi ces machines et tout ces tuyaux ? Ils ressemblent plus à des zombis qu'à des êtres humains. Heureusement, toi, tu ne ressembles pas à ça. On t'installe dans un gros fauteuil et on me ramène une chaise pour que je puisse m'installer à tes cotés. Une heure plus tard (oui, il ne faut pas être pressé) un infirmier arrive avec une caisse. Une caisse qui renferme un sac  à ton nom. C'est le produit que l'on doit t'injecter aujourd'hui. Il connecte le tuyau directement sous ta peau près de la clavicule. Je n'avais jamais vu mais en fait tu as une bosse sous la peau, c'est un site sur lequel ils se branchent pour éviter de repiquer une veine toutes les semaines. C'est étrange mais ça n'a pas l'air de te faire mal.

Je suis impressionnée. C'est un univers que je ne connais absolument pas. Je regarde dans tous les sens en essayant de comprendre a quoi servent les machines, les tuyaux… C'est quoi tout ces chiffres sur l'écran ? Rythme cardiaque, tension artérielle… Comment je fais pour détecter un problème ? C'est quoi la normale ? Le seul qui peut me répondre c'est ton frère, je lui demanderai la semaine prochaine. Pour le moment je regarde tomber les gouttes une à une…
Et franchement...je veux bien qu'on me dise que c'est pour te soigner, mais là t'as pas l'air bien.
Qu'est ce que je disais ? C'est quoi cette espèce de cuvette en carton ? Ça fera l'affaire….
Et c'est partie… maintenant tu peux vomir. C'est bon je tient. Evite de mettre tes cheveux dedans s'il te plaît… j'ai deux mains c'est bon… ça va aller. Bizarrement ça à l'air d'aller mieux. Et qu'est ce que je fais de ce machin ? Ah !! Merci monsieur.
C'est comme ça à chaque fois ? Je comprends mieux pourquoi après t'as l'air d'avoir passée une nuit blanche. Parce que même moi, là je suis lessivée.

Deux heures plus tard le sac est vide, c'est terminé. J'avoue que je ne suis pas mécontente. On peut sortir d'ici ? Je n'ai rien contre les hôpitaux mais en toute honnêteté les couloirs ont l'odeur de la mort. Respirer de l'air pur c'est possible ? Allez... on sort d'ici…

Nous reprenons la route calmement. Comment tu arrives à conduire après avoir subit un truc pareil ? T'as pas le choix ? Oui bien sur, mais l'arbre en face il ne va pas choisir non plus. Je sais que t'aime le risque mais là c'est jouer avec le feu. Tant que je suis à coté passe encore, je te parle, je surveille… mais après ? Il te reste 30 minutes de route… seule. Et depuis 8 mois tu fais ça toute seule ? Je commence a comprendre pourquoi ton frère disait que tu avais besoin d'aide.
Personne ne devrait supporter un truc pareil seul.

Une fois rentrée et après ton appel je réfléchie.  En regardant par la fenêtre, je repense à tout ce que je viens de voir. Ces gens avaient l'air si mal en point. Ils avaient l'air de souffrir. Souffrir en silence, seuls sur leur lit ou leur fauteuil. Comment peut on souffrir à ce point ? Je me suis cassée le pouce en VTT, luxer le coude au tennis, plusieurs entorses à la cheville… oui j'ai eu mal….mais là...c'est juste indescriptible.
Pourquoi tu vas dans le même service ? C'est pas pareil. Ils n'ont pas la même chose. Leur cas est visiblement beaucoup plus grave. En même temps si vraiment il ne te reste qu' un an à vivre, comment ça pourrait être plus grave ? Si il ne restait que 2 mois ? Ceci dit c'est peut être leur cas. Ce qui voudrait dire qu'à un moment où a un autre tu leur ressemblera.
Le zombi couché sur le lit qui ne réclame que la mort ça sera toi. J'ai du mal à y croire et je refuse de l'imaginer.


Nouvel emploi du temps

Au retour des vacances on découvre que notre emploi du temps à été modifié. Maintenant je commence à 9H le mardi matin. Et les 2h d'histoire- géo du mercredi (initialement 10h/12h) ont basculées au samedi de 8h à 10h. Super ! Maintenant on a cours le samedi comme si 5 jours par semaine ça ne suffisait pas. Et puis finir à 10h le mercredi ça ne m'avance pas à grand-chose puisque toi tu finis à midi. Comment ça plus maintenant ? Tu m'expliques ? Maintenant tu dois être à  l’hôpital à 11h au lieu de 13H30 précédemment. D'accord, et donc ?  Du coup t'as décalée tes horaires. Jusque là je comprends, mais comment tu as fait pour modifier mon emploi du temps à moi ? (Au jour d'aujourd'hui je ne sais toujours pas).

Mais du coup je pense à quelque chose. Si tu dois être à l’hôpital à 11h au lieu de 13H30 alors cela signifie que l'on ressort à 15h au lieu de 17H30. Par conséquent tu n'es pas obligée de faire toute la route en une fois dans la foulée. Tu as le temps. En conclusion, après la chimio je te ramène chez moi. Je te laisserais partir à 18H30 après t'être reposée un peu et avant que mes parents rentrent du boulot.

Hey !!! Tu as vu j'ai bien retenue ma leçon. Si...alors...par conséquent...conclusion. Une vraie démonstration. Oui je sais, j'ai eu un bon professeur.

Je ne suis pas sure que tu acceptes ma proposition mais franchement je pense que ça serait plus raisonnable. Tu vas me sortir que tout va bien, que t'as l'habitude et que c'est pas la peine. Sauf que c'est faux. Mais si je te laisse l'occasion de me débiter ta pile d'arguments je n 'ai aucune chance de te convaincre. T'es trop douée pour ça. Et si, en prime j'ai le droit à ton regard de ton chien battu, là je suis foutue. Non seulement je te laisse partir, mais en plus je serais encore capable de te faire le plein.
Non ! Il faut que je trouve une autre solution. La seule solution c'est de te prendre au dépourvu et de ne pas te laisser le choix. Mais comment ? Je vais y réfléchir.

En attendant, je recommence à courir. Toutes les heures je vérifie que tout va bien. A courir de cette façon un jour je vais m'étaler dans un couloir. Toi le gringalet devant, t'as intérêt à bouger, il faut que je passe. Tu bouges pas ? Trop tard ! T'es dans le mur.

Moi « - Pardon ! Désolée... »

Le conseiller d'éducation (en hurlant) :

« - On ne cours pas dans les couloirs »

Moi « - Oui, oui. »

Je sais qu'il ne faut pas courir, mais je n'ai pas le temps. Et puis lâche moi les basket, tout ceci ne te regarde pas.

C'est épuisant de courir en permanence. Comment tu fais pour tenir un match de basket ? D'ailleurs j'aimerai bien te voir jouer un de ces quatre. Ça doit être sympa de voir un vrai match de basket.


Mercredi 15H10
On part de l’hôpital. T'es totalement crevée, je le vois. Mais tu ne dis rien. D'ailleurs, tu ne te plaint jamais ? C'est vrai, je ne t'ai jamais entendue dire « je me sent pas bien, je suis fatiguée, j'ai mal à la tête... » Rien, jamais une plainte. C'est presque inquiétant parce que ça doit forcément être le cas de temps en temps. Et puis t'as le droit de ne pas être bien. T'as aussi le droit d'être fatiguée. T'as peur qu'en le disant on te traite comme une malade ? Certainement….

J'adore ta manière de conduire. Si je ne devais pas te surveiller je m'endormirai. Quand tu conduis on dirais une berceuse. La main gauche posée en bas du volant, la droite sur le levier de vitesses en permanence, on dirait que t'as mis le pilote automatique. Malheureusement ce n'est pas le cas. J'aime pas tes grimaces, c'est quoi le problème ? Tu plisses les yeux comme si le soleil te les brûlait. A un détail près, il fait gris et il n'y a pas de soleil.  C'est pas toi qui tient le volant c'est le volant qui  tient ta main.

Moi « - Tu veux qu'on s'arrête ? »

Toi « - Non ! C'est bon, ça va »

Moi « - Arrête ! Je le vois bien que ça ne va pas. On va éviter de prendre un arbre. On a le temps, on peut s'arrêter. »

Toi «  - C'est vrai ! J'ai mal à la tête et j'ai mal aux yeux. Mais on est presque arrivées chez toi, ça va aller. »

D'accord, mais je ne te laisserai pas repartir dans cet état. C'est hors de question et je ne vais pas te laisser le choix. Comment ? Je ne sais pas encore mais je vais trouver.
Arrivées devant chez moi tu te gare sur le trottoir et là...mon cerveau fait 'tilt'. Elle ne gène pas ici la voiture. Elle est très bien là où elle est. Je saute sur le contact et je prends les clés.

Toi « - Mais qu'est ce que tu fais ? »

Moi « - Tu crois que je vais te laisser rouler dans cet état ? Et seule ? Tu vas commencer par dormir et je te les rendrai quand tu iras mieux. N'essaye même pas de discuter y' a rien à négocier »

Ouff, je suis fière de moi. J'ai réussi à te tenir tête. En fait avec toi la solution c'est de ne pas te laisser le choix.
Allez hop !! Tu t'allonges sur mon lit, je ferme le volet et...et rien du tout parce que tu t'es endormie.
(Voilà comment je me suis retrouvée avec une femme dans mon lit pour la 1ere fois).
Maintenant le but c'est de ne pas te réveiller. Mais du coup je fais quoi ? J'ose pas allumer la télé ni la chaîne hifi. Je vais m'asseoir et te regarder dormir. Mais si je m'assoie sur le lit, je risque de te réveiller. Je vais m'asseoir par terre, au moins je suis sure.

Et je suis restée assise par terre, sur la moquette, adossée contre l'étagère de mes VHS, pendant 3H.
Pour la 1ere fois, je t'ai regardée dormir. T'avais l'air si calme, tu semblais détendue, apaisée. Ce qui m'a choquée c'est que c'était comme si je venais débrancher une prise. Je ne t'avais jamais vue comme ça. Là, tu ne pouvais pas faire semblant. Le masque venait de tomber…
Par contre j'espère que tu vas te réveiller spontanément parce que je ne suis pas sure d'avoir le cran de le faire. T'as l'air trop bien là, je ne peux pas…

Mais heureusement pour moi, vers 18H tu ouvres les yeux. La 1ère chose que tu vois, c'est moi, assise par terre en face de toi. Tu me sourie, visiblement tu te sent mieux. Si je devais traduire ton regard, ça donnerait : qu'est ce que tu fais par terre ? T'es quand même pas restée là pendant tout ce temps ? Mais au lieu de ça tu m'as dit :

« - Merci. Je vais beaucoup mieux.

- Tant mieux, c'était le but.

- Il est quelle heure ?

- 18H10

- Déjà ? »

Tu t'es levé d'un bond, comme si quelqu'un t'avais planté un truc dans le postérieur. Et j'avais de nouveau une pile électrique devant moi. Je t'ai rendue tes clés et je t'ai laissée partir.
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Re: Si je pouvais

le Jeu 17 Mai - 1:24
Incroyable ! Cette femme était vraiment incroyable ! Tout ça me touche beaucoup car mon père est justement en pleine chimio en ce moment. Il n'a pas 24 ans, c'est sûr, mais lire qu'elle faisait tout ça sans même se plaindre de douleurs c'est absolument incroyable !
En tout cas elle t'a assurément fait grandir d'un coup très tôt. Ce n'est pas rien à vivre ! Tu faisais toi aussi preuve de beaucoup de courage... Personnellement, j'accompagnerais mon père à l’hôpital si il était seul, bien sûr, mais je n'arrive même pas à imaginer combien ce serait difficile de voir ça.
Et ne t’inquiète pas pour les fautes d'orthographes, je comprend très bien que tu ne puisses pas te relire, et puis c'est le cadet de mes soucis quand je te lis.
Ton histoire vaut vraiment le coup d'être racontée donc merci encore ! Et bravo, tu la raconte très bien et ça doit te demander beaucoup de courage.
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Re: Si je pouvais

le Jeu 17 Mai - 10:38
La sieste

A présent, tous les mercredi on s'arrête chez moi. Je sais que le retour au volant est de plus en plus épuisant pour toi. Tu t'endors avant même que le volet soit fermé. Je ne reste plus par terre, maintenant je m'installe à tes cotés sur le lit. Et en silence, j'en profite pour faire mes devoirs. Ou plus exactement j'essaye. Parce qu'il faut bien avouer que j'ai du mal à me concentrer. Toutes les 10 secondes je me tourne vers toi, comme si je voulais m'assurer que tu respirais toujours. Ce qui est complètement stupide puisque les seuls sons qui envahissent la pièce sont ceux de ta respiration. Je me surprends à te regarder dormir, je pourrais rester des heures, juste à te regarder. Tu es épuisée, à bout de force et en même temps si forte et débordante d'énergie. Je t'admire.
Si un jour j'avais la chance de te ressembler, j'en serai fière.

Tu  commences à t'agiter. C'est la première fois, c'est étrange. Tu dors et en même temps j'ai l'impression que tu te bagarres. Avec qui ? Avec quoi ? C'est ce que l'on appelle un cauchemar ? Qu'est ce qu'il t’arrive? Il faut que je te réveilles ? Mais tu dois te reposer, je ne veux pas te réveiller. Je vois une larme couler sur ta joue. Comment c'est possible de pleurer en dormant ? Pourquoi tu pleures ? Je ne comprends pas. Stop ! Je n'aime pas te voir pleurer, je te réveilles.

Moi « - Hey...calme toi. Tout va bien »

Mais ce que j'ai vu dans tes yeux signifiait tout le contraire. T'avais l'air en colère et terrorisée. En colère pour quoi ? Contre qui ? Qu'est ce qui te fait peur ? Pourquoi tu as peur ?

Tu t'es jetée dans mes bras en me disant (entre deux sanglots) :

« - Je sais. Maintenant ça va... »

Et tu t'es rendormie dans mes bras….
Malgré la crampe qui commençait à me bloquer le bras gauche je n'ai pas eu le cran de bouger. Pas même le petit doigt.
Une heure plus tard tu ouvrais de nouveau les yeux, détendue, reposée… la sieste t'avais apaisée.
On en parle ou l'on en parle pas ? Non ? C'est comme tu veux. Tu finiras bien par le faire à un moment où à autre alors je n'insiste pas.

Toutes les semaines depuis maintenant un mois, tu t'endors calmement et puis tu finis dans mes bras à cause d'un cauchemar. Tu ne crois pas qu'il serait temps de me parler ? T'as si peur que ça ? Ou c'est moi que tu as peur d'effrayer avec ton histoire ? Et même si c'est le cas, au moins tu seras pas toute seule, on sera deux à avoir peur. Il serait temps que tu comprennes que t'es pas toute seule. Mais visiblement non tu l'as pas compris. C' étais quoi ta phrase déjà ? « Supposer ne suffit pas, il faut vérifier. N'imaginez pas ce que pensent les autres , dites leur. » Je crois que je commence à comprendre ce que cette phrase signifie. Tu fais semblant de ne pas comprendre ? Et bien je vais te le dire en face au moins je serais sure.

Moi « - Tu comptes me parler un jour ? T'attends quoi ? De ne plus réussir à fermer l’œil ? Qu'est ce qui te fais si peur ? Explique moi…
Je ne peux pas comprendre ? Peut être..et après ? Parle moi ! Si je suis là, assise à tes cotés maintenant, c'est parce que je le veux. Je ne vais pas m'enfuir. Et peu importe, ce que tu pourras dire ou faire, je ne partirais pas. C'est assez clair ou il faut que je recommence ? 

 - C'est bon ! J'ai compris.

- Je l'espère. Alors je t'écoutes. Qu'est ce qui se passe ?

- Ce n'est rien. C'est juste que… que je me vois...assister à mon propre enterrement.

- Ce n'est rien ? Je comprends mieux pourquoi tu dors aussi mal…raconte moi…

- Tu veux que je te dises quoi ? C'est un enterrement

- Dans ma famille on enterre personne, on les brûle. Et il n'y a pas de cérémonie. Donc je ne sais pas de quoi tu parles. Raconte moi... »

Et tu t'es enfin décidée à parler. A chacun de tes mots, j’associais les images et je m'imaginais la scène. Je sentais les larmes monter mais je ne devais surtout pas pleurer. Je pouvais presque sentir l'odeur de la terre, fraîchement retournée, tellement cela paraissait réel.
Quinze minutes plus tard, à la fin de ton histoire, tu semblais soulagée. Soulagée d'un poids qui devenait trop lourd à porter.
C'est de cette façon que ton cauchemar est devenu le mien…
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Re: Si je pouvais

le Jeu 17 Mai - 10:40
Le capot

Un mardi de Février. Il est 18h : fin des cours. Ce soir je dois te retrouver directement à ta voiture. Tu dois déposer je ne sais quoi dans le bureau du Proviseur avant de partir.
Ça vient de sonner, on peut y aller ? Tu finiras ton speach un autre jour toi… Et puis franchement..les ions négatifs…. Si tu savais…
Je vais être en retard avec tes co*******. Et voilà !! C'est repartie, je recommence à courir. En plus dehors il fait nuit, les lampadaires sur le parking c'est une option qui devait coûter trop cher… Elle est où ta bagnole ? Ah c'est bon je la voit. Je me précipite…
Un peu trop vite peut être. Et là… c'est le trou noir.
Il y 'a 10 secondes je courrais, maintenant je suis vautrée au sol. Sol qui, en prime, est verglacé. Ouhhh que c'est froid. Mais au fait !! T'es où ?

« On ne peut jamais savoir de quoi demain sera fait, parce qu'il faut moins d'une seconde pour faire basculer une vie toute entière »…

C'est quoi cette sirène qui me perce les tympans ? Encore un imbécile qui est en retard pour l'apéritif ! Et c'est quoi ce cirque au milieu de la route, devant la grille ? Il  y' a une promotion sur quelque chose ?
Non ! Non ! C'est pas Possible... C'est toi qui est couchée par terre, sur le sol verglacé, à 3m devant moi. Et la sirène que j'entends, elle se dirige vers nous. Toi ! Pousse toi. Allez ! Dégage… avant que je m'énerve. Laisse moi passer.

Et j'ai hurler à plein poumons :

«-  Dégagez !! Ne la touchez pas. »

Lorsque l'un des Sapeurs Pompiers demande ce qu'il s'est passé, je suis incapable de répondre. C'est vrai, je ne me rappelle de rien. L'un des élèves derrière moi explique que la voiture est arrivée très vite, trop vite au moment où moi j'ai traversée. Et que, quand tu as compris que j'allais me faire renversée tu t'es jetée devant la voiture pour me pousser. Résultat ? C'est toi que la voiture à renversée.

C'est grave ? Oh ? Il va me répondre celui là ?

Moi :  «  - Je vous ai posé une question. C'est grave ?

- Vous êtes qui ?

- Qu'est ce que ça peut….sa demie sœur…

- Trauma crânien avec perte de connaissance, on doit l'emmener passer des examens à l’hôpital de XX.

- Sûrement pas ! Son frère est médecin urgentiste à l’hôpital de XY, donc si vous l'emmener c'est là bas.

- Je vais voir ce que je peux faire. Tu viens avec ?

- Oui oui. (c'était quoi cette question stupide?)

- Ok ! Alors on y va. »

Plus tard dans le véhicule des Pompiers…

Le sapeur pompier : «  Tu connais ses antécédents médicaux ? Si elle prend des médicaments ? »

Moi : « Oui, enfin non ! Je sais pas » (personne c'est personne)

Le sapeur pompier : « T'inquiètes pas, ça va aller. Le collier c'est.. »

Moi : « … à cause du choc. La planche c'est pour protéger la colonne vertébrale, et le tuyau...c'est l'oxygène parce qu'elle est inconsciente. Je sais »

Le sapeur pompier : « heu… oui c'est ça. »

Comment je vais expliquer ça à ton frère moi ? Il va me tuer. Il faudrait déjà que je le trouve. J'espère qu'il est encore au boulot. Mais pourquoi tu t'es jetée sur cette voiture ? T'es complètement cinglée. C'est moi qui devrait être couchée là dessus, pas toi.

Le chauffeur : « Son frère nous attend à l'arrivée. Il injecte et on va directement au scanner »

Au moins je n'aurais pas besoin de chercher ton frère. Mais comment il est déjà au courant ? Peu importe, au moins il sera là.

1h plus tard…
« Le scanner est négatif »
Et en français ça veut dire ? C'est bien ou pas bien ? J'ai souvent l'impression qu'ils parlent une autre langue ici. Vous n' auriez pas un dictionnaire ?

Tu vas devoir rester la nuit en observation mais rien de grave, rien de casser. Ouf !! Quand j'explique à ton frère ce qu'il s'est vraiment passé, il me répond que cela ne le surprend pas. Ah bon ? Personnellement je trouve que de se jeter sur une voiture ça à de quoi surprendre, mais visiblement pas lui. C'est pas juste. C'est moi qui devrait être couchée sur un lit d’hôpital, pas toi.
Après avoir trouver une cabine téléphonique pour expliquer (en gros) la raison de mon retard du jour, ton frère me ramène chez moi.
Et ce n'est qu'une fois dans sa voiture que je commence à comprendre. Comprendre que tu viens de me sauver la vie. Tu viens de risquer ta vie pour sauver la mienne, mais pourquoi ? C'était dangereux et stupide. Tu as autant le droit de vivre que n'importe qui. Ma vie ne vaut pas plus que la tienne, alors pourquoi ? J'espère qu'un jour tu me répondras.

« La vie ne peut être comprise qu' après coup, mais elle doit être vécue de l'avant » c'est de Kierkegaard tu m'as dit. Je comprendrais peut être un jour …

Et puis...le lendemain…
Il me font bien rire à recopier leurs exercices dans le couloir. Ce n'est pas utile. Pour la première fois depuis la rentrée on aura pas cours. Cela dit, je suis la seule à le savoir et comme je ne suis pas censée l'être je ne vous dirais rien. On a pas cours et vous trouvez que c'est génial ? Oui… tout dépend cours de quoi. Si le cours d'Anglais pouvais sauter je trouverai ça génial, mais là...non. Pas vraiment. Mais tout est une question de point de vue. Et ne rêver pas, telle que je la connaît, elle sera la lundi.

Je me trompais. Dès le jeudi tu es revenue travailler. Ton travail c'est ta drogue. Tu te 'shoote' 28H par semaine. Aimer son boulot, je peux comprendre et je pense que c'est mieux que de le détester. Mais de là à en être accroc...il faut que tu m'explique...un jour…
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Re: Si je pouvais

le Jeu 17 Mai - 10:41
La pause

Enfin une bonne nouvelle, ton traitement est terminé. Du moins pour le moment. Tu vas pouvoir souffler, respirer, vivre tout simplement. Fini les mercredi à l’hôpital. Quelques examens ? Oui, mais c'est tout. Tout le reste, c'est terminé. Tu es arrivée au bout. Et si tu savais comme je suis fière de toi…
Te regarder pleurer, dormir, vomir, souffrir en silence...mais c'est fini tout ça. Maintenant le mercredi t'es libre. Tu n'as plus besoin de moi. Alors vas y profite…
Tu vas faire quoi mercredi prochain ? Basket ? Pourquoi non ? On fait quoi ? Comment ça « on » fait quoi, je comprends pas ? (ou plutôt je ne voulait pas comprendre).
Toi les mercredi, tu en avais une idée bien précise et tu ne les imaginais pas sans moi. D'accord, si tu veux. Je ne sais pas te dire non, je ne peux pas.
Alors tu veux faire quoi ?


Toi : «  - Je voudrais….manger une glace en terrasse en plein mois de février.  Visiter le château de Versailles. Voir un match de Basket au POPB. Aller en boite de nuit. Voir un levé du soleil au bord de la mer. Connaître l'ivresse, l'amour et l'envie. Visiter Florence. Appliquer Carpe Diem. Je veux pleurer par amour et vivre pour voir vieillir ceux que j'aime. Ce n'est qu'un rêve, mais je veux rêver. Rêver plus haut que les chants des oiseaux, rêver plus fort que tous les mauvais sorts.»

Ma petite voix intérieure m'a dit :
« Si tu n'es pas prête à entendre la réponse, alors ne pose pas la question. Tu t'attendais à quoi ? Mets toi à sa place. Tu n'as pas 50 possibilités. Tu n'en a que 2 :  Fuir comme tous les autres ou ne pas trahir sa confiance et l'aider à réaliser ses rêves. »

Moi :  « Pour la glace ça peut s'arranger. Pour le reste… laisse moi y réfléchir, je vais voir ce que je peux faire »

La glace en terrasse, j'ai pris vanille et toi chocolat. On avait l'air de deux imbéciles sur une terrasse par 10° dehors. Et on s'en fichait. T'avais l'air heureuse, tu souriais d'un sourire sincère. Comme si l'air froid sur ton visage te rendais plus vivante. Nos après midi c'était tartines et chocolat chaud devant une VHS, ou séances de révisions. Séances de révision ? Je devrais plutôt dire séances de torture. Les exercices chronométrés, à faire et à refaire, encore et encore jusqu'à ce que tout soit juste. (Merci pour le 18 de moyenne). Mais parfois on se contentait de s'asseoir sur mon lit pour parler. Parler de tout, des gens, de ton boulot, de mes parents, de mon avenir et de la vie en règle générale.

La vie ? Vaste sujet. Avant notre rencontre, pour moi, vivre n'était qu'un mot parmi tant d'autres. Mais maintenant ? Les origines de la vie, la naissance, … astre ou cellule ? Vivre pour le meilleur et apprendre à traverser le pire. Mourir un jour mais pourquoi ? Et après la mort? J'ai appris à voir les gens, les choses et les événements sous d'autres dimensions. L'ensemble des réels est irréel. Le nul n'existe pas. J'ai appris à apprécier chaque instant, chaque sourire, chaque regard parce que comme disait Beaudelaire il ne faut pas tuer les instants de bonheur. Ne pas confondre tristesse et mélancolie, joie et bonheur, courage et suicide ou encore ...aimer et manipuler. Il y a un temps pour tout. Un temps pour pleurer, un temps pour aimer, un temps pour rire et un temps pour mourir. Pourquoi on vie ? Pourquoi on meurt ? Pourquoi on rie ? Pourquoi on pleure ?

Si grandir c'est réfléchir, alors je viens de grandir.  Et quelque chose me perturbe. Je ne connais personne de plus cartésien que toi. Pour toi, le hasard n'existe pas, il y a obligatoirement une explication logique. Comme si il était possible de transformer la vie en une équation où la seule inconnue serait la mort. Qu'est ce que tu cherches à prouver ? Ou qu'est ce que tu cherches tout court ?
Je sais que tu ne crois pas en la religion (moi non plus) et tu m'as expliqué pourquoi mais quelle est cette ombre, cette lumière qui plane au dessus de tes pensées ? Pour toi, les religions ne sont que des histoires mal écrites, incomplètes que le temps à transformé en mythe. Récits de voyage ou biographies que des gens de pouvoirs auraient détournés et utilisés au nom de causes soi disant bien plus grandes. Mais combien d'hommes sont morts au nom d'un Dieu ou d'une religion ? Pour toi les religions ne sont rien d'autres que les plus gros mensonges de l'histoire de l'humanité. Cependant, ton esprit scientifique te pousse à reconnaître qu'il existe, ou a existé, quelque chose de bien plus grand que tous les mensonges que nous connaissons, qui est capable de relier l'humanité toute entière. ( C'est à peu près à cet endroit de l'explication que je t'ai perdue).
Quelque chose ? Je veux bien mais quoi ? Attends ! Stop ! C'est quoi le rapport avec les pyramides d' Egypte ?
Il suffit d'étudier la construction des Pyramides et les civilisations disparues, datant de 3000 ans Avant JC, pour comprendre qu'il existe un lien qui s'étend bien au-delà du simple Enfer-Terre- Ciel- Paradis. Un lien, qui pour une raison inconnue à été brisée il y a bien longtemps, et que malheureusement, nos connaissances actuelles sont incapables de restaurer. On sait qu' Albert Einstein n' utilisait que 15 % de ces capacités cérébrales alors à quoi servent les 85 % restants ? La vie, au sens large ne s'arrête pas à notre simple planète. Le ciel, paradis pour certains et enfer pour d'autres, n'est autre qu'un mélange gazeux au-delà duquel il existe une galaxie.

Effectivement, présenté de cette manière il est facile de remplacer le doute par la réflexion.
Une réflexion parmi toutes celles que l'on a pu avoir ensemble. On à parlé de la souffrance, de la haine, de la colère et de la mort aussi. Mes idées bien arrêtées ? Renversées, balayées. Il était loin le monde enchanté des Bisounours.  Et dire que j'étais nulle en Philosophie. Plus exactement mes réflexions ne rentrait pas dans le programme scolaire. Aucune importance, c'était beaucoup mieux qu'un cours de philosophie.

Nos conversations ont définitivement changées ma manière de voir les choses. Mon esprit s'est ouvert sur des horizons que je n aurai jamais osé imaginer.
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Re: Si je pouvais

le Ven 18 Mai - 16:58
Ton histoire donne à la fois envie d'en savoir plus tout en redoutant la fin...
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Re: Si je pouvais

le Ven 18 Mai - 17:02
La fin? exactement comme elle, elle est logique. Mais j'en suis encore loin..
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Re: Si je pouvais

le Ven 18 Mai - 17:07
Prends ton temps, y'a rien de pire que de se précipiter pour écrire.
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Re: Si je pouvais

le Ven 18 Mai - 17:14
Clair comme de l'eau

Fin mai, mercredi.
Parking du lycée 7H42. Pourquoi tu descends pas de la voiture ? Ça ne va pas ? Bouge pas j'arrive.
J'ouvre la portière…

Toi : « - Monte dans la voiture

- Quelque chose ne va pas ?

- Ah non, non. Tout va bien.( En redémarrant la voiture)

- Qu'est ce que tu fais ? J'ai cours dans 15 minutes...et toi aussi

- Je le sais. Je te ferais un mot d'excuse. Je t'embarques.

- Pardon ? Mais on va ou ?

-Tu verras bien….

- ...Heu… t'es sure que tu veux aller par là, parce que le péage devant c'est l'entrée de l' A16

- Je sais. Et oui je suis sure.  »

Deux heures plus tard on était garées en baie de somme, au bord de la mer. Encore une de ces réactions imprévisibles et totalement inattendue dont tu avais le secret. C'était complètement fou et en même temps si génial. Les basket à la main et le bas du jean complètement trempé par l'eau de mer, on est allé manger un plateau de fruits de mer. C'est seulement à cet instant que j'ai percuté ce que l'on faisait ici. Sur les papiers de l’hôpital y' avait ta date de naissance et aujourd'hui c'est ton anniversaire : 25 ans. Je suis d'accord ça se fête. Mais...  tu ne voulais pas le fêter avec ton frère ? Tu manges chez lui samedi, d'accord. Et donc aujourd'hui  .. t'as décidé de sécher… J'avoue que la plage à la place des 2H de Français c'est pas mal. Et maintenant qu'on est là j'ai une idée. Mais il faut que je trouve une cabine téléphonique. Prévenir que je dors chez une copine ce soir. Pour le coup je te ment en te disant que j'ai  juste prévenu que je risquais de rentrer plus tard ce soir. Mais c'était pour la bonne cause.
L'après midi on se pose sur le sable et on contemple la mer. On va devoir bouger parce que la marée remonte et elle remonte vite.

Moi : « -Tu veux manger où ce soir ?

- Ben malheureusement nulle part. On doit rentrer.

- Pourquoi ? Quelqu'un t'attends chez toi ?

- Ah non ! Du tout. Mais..

- Mais quoi ? Tu voulais voir le lever du soleil au bord de la mer, non ? Il se lève à 6H…

- T'es malade !! Non , non. Je te ramène. Tes parents vont s’inquiéter.

- On ira nulle part . C'est moi qui ai les clés de la voiture. Et ils ne vont rien dire du tout. Ils savent que je ne rentre pas. Le coup de fil, à ton avis c'était pourquoi ?

- T'es cinglée…tu m'as pris les clés ? J'y crois pas !!

- Tu m'embarques au bord de la mer un jour de cours et c'est moi la cinglée ? T'es sure ?

- Ok ! Sur ce coup là tu marques un point.

- Etant donné que c'est moi qui ai les clés, je crois que j'ai gagné le match »

T'as éclatée de rire. J'adore t'entendre rire. C'est communicatif. Alors ce soir ce sera crêperie...
En sortant, il fait nuit et c'est maintenant la lune qui éclaire la mer. On entend les vagues frappées les rochers…

«  Comme un fou va jeter à la mer, des bouteilles vides et puis espère qu'on pourra lire à travers…
SOS écrit avec de l'air…. »

« … dans l'eau laissent une trace, dont les écumes font la beauté... »

Les rues sont animées ce soir. Un cortège de voitures descend le boulevard. On entend les cris et le chant des klaxons. Et oui, depuis ce soir, l'OM (Olympique de Marseille) est champion d'Europe.
Bercée par le bruit des vagues, tu as finie par t'endormir sur mon épaule.
On est bien là, il faut vraiment rentrer demain matin ? On est obligées ? Oui je sais.

5H du matin et les premières lueurs du jour. Regarde là bas, au loin...la ligne d'horizon. Le soleil commence à apparaître. On commence à voir son reflet sur l'eau, comme si la moitié trempait dans la mer. Puis doucement il sort de l'eau. Passant du jaune au orange, du violet au rouge, il se lève vers le ciel. Il est 6H, on est déjà en retard, et ça m'est bien égal…Je n'aurais voulu échanger cet instant pour rien au monde.

Une fois sur l'autoroute tu m'as dit :

« Merci. C'est mon plus beau cadeau d'anniversaire. Je n'oublierai jamais cette journée. Merci à toi » (moi non plus je ne peux pas oublier. Merci à toi)

45 minutes de retard ? Oh ben finalement on est pas si mal. On aurait pu faire pire. Je peux avoir un mot d'excuse ? Mais oui. Le pire c'est que oui tu m'as signé mon mot d'excuse. T'avais inscrit quoi ?  En fait je ne l'ai jamais su.
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Re: Si je pouvais

le Ven 18 Mai - 18:18
Je suis touchée et reconnaissante que tu partages cette histoire ici avec nous. Merci beaucoup.

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Re: Si je pouvais

le Ven 18 Mai - 23:22
Oh la la je n'ai plus de mots, elle avait une compréhension de la vie tellement juste (selon moi en tout cas) ! Sérieux, ton histoire m’émeut aux larmes et je sens que je n'ai pas finis de pleurer. Merci merci merci...
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Re: Si je pouvais

le Mar 22 Mai - 15:40
La consultation

Aujourd'hui tu as rendez vous avec le professeur qui s'occupe de ton cas. Il doit t'expliquer les résultats de tes examens et mettre en place le protocole suivant. Le protocole ? Jusqu'ici je pensais que ce terme était réservé à la monarchie anglaise. Mais non, le traitement des malades on appelle ça un protocole de soins. Est ce que je t'accompagne ? Ben évidemment ! Quelle question …
Mais tu veux que je viennes avec toi dans le bureau ? Ah ! Je n'avais pas vu cela de cette manière mais tu as l'air d'y tenir, alors allons y.
La salle d'attente est pleine. Heu...on a tous rendez vous à la même heure, ou le médecin est en retard ? C'est normal, il faut toujours attendre ? Ok ! Si tu le dit.
Bon là c'est long.. on attend depuis plus de deux heures. « Les malades s'appellent des patients ». Oui.. et ? Et quand on est patient il faut apprendre la patience. Super ! Je m'en souviendrai…

Miracle c'est notre tour. Mais ne tremble pas, il ne va pas te punir. Tu ressembles à un élève que l'on vient de convoquer chez le proviseur. Prends une chaise. Oui je sais, mais là tu t'assoies.
Alors ? Qu'est ce qu'il a à nous dire le monsieur ?
La bonne nouvelle c'est que la masse n'a pas grossie. Et la mauvaise ? C'est qu 'elle n'a pas diminuée non plus. Donc ton traitement n'a servie à rien ? Enfin si juste à faire en sorte que la situation n'empire pas. Mais en gros, c'est retour à la case départ. Oh !!! T'es partie ou là ? Tu voudrais pas écouter ce qu'il raconte ? C'est pas grave je vais le faire à ta place. Alors maintenant on fait quoi ? Comment ça rien ? Non rien, visiblement le traitement ne fonctionne pas et on en connaît pas d'autre. C'est une blague ? On peut recommencer, peut être que la deuxième fois ça marchera ? Non parce que le corps s'habitue au produit ce qui fait qu'il n'a plus aucune efficacité. D'accord, alors on laisse tomber ? On abandonne et on attend que ça se passe ? Sans rien faire ?

Pour toi derrière ton bureau, c'est facile de dire ce genre de choses. T'as l'habitude. Il y' en a encore 15 dans la salle d'attente à qui tu vas sortir le même discours. Pour toi c'est juste un dossier au milieu de la pile, mais pour moi c'est bien plus que ça, alors je ne marche pas.
Elle n'a que 25 ans alors tu vas te secouer les neurones et chercher une solution. Pardon ? Tu vas prendre contact avec des confrères ? Voilà c'est mieux, je préfère.. Tu contactes qui tu veux, je m'en moque, mais tu trouves quelque chose à faire. Et je peux t'assurer qu'on va se revoir bientôt, très bientôt…. On va même prendre rendez vous tout de suite au moins je serais certaine que tu ne vas pas nous oublier.

En sortant du bureau tu es livide. En moins de 10 minutes il t'as brisée, anéantie. Je voudrai bien savoir à quoi tu penses, là tout de suite. Mais tu ne décroches pas un mot. Tu te contentes de mettre un pied devant l'autre et c'est déjà beaucoup.
Rentrer ? Conduire ? Non, là je pense que t'es pas en état. On va se prendre un truc à la cafétéria.

La serveuse : « - Qu'est ce que je vous sert ? »

Toi : «  Une vodka orange »

Pardon ? J'ai bien entendue ? Depuis quand ? Mais non ! En même temps ...je comprends. C'est bon.. vas y.. »

Moi : « Une vodka orange et...un café s'il vous plaît »

Quoi ? Oui je sais, d'habitude je ne bois pas de café. Jusqu'à aujourd'hui. Et je pense que c'est le premier mais certainement pas le dernier…

1h plus tard une dame hospitalisée, portant une robe de chambre rose, passe devant notre table..

Toi :  « Regarde ! Il y a un éléphant rose qui se promène dans le hall. »

Effectivement madame est en surpoids (un peu…) . Mais...Aiie !!! Elle a fait mal la vodka. Je ne peux pas te laisser conduire dans cet état. T'es à peine capable de marcher. Je sais ce qu'il me reste à faire. Tu ne bouges pas d'ici, je vais chercher ton frère.

Ce jour là c'est ton frère qui nous a ramenées. Je m'en suis voulu pour la vodka jusqu'à ce que ton frère m'explique que si j'avais dit non, tu aurais fait la même chose, seule chez toi. Donc dans un sens c'était mieux comme ça.
Dans d'autres circonstances la situation aurait pu être drôle. Et je te jure que je ne te ment pas en te disant qu'un lampadaire ne peut pas parler et qu'une poubelle ne marche pas toute seule…
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Re: Si je pouvais

le Mar 22 Mai - 23:35
Déjà la fin de l'année


Novembre ? C'était hier. Il s'est passé tellement de choses. J'ai passé l'année à courir sans m'en rendre compte. J'ai découvert énormément de choses, dont un univers que je ne soupçonnais même pas. J'ai appris tellement à tes cotés, bien au-delà de tes cours. Et en parlant de cours il faut que je te dises : je redouble. Non ! Ne t’énerves pas, c'est pas grave. Résultats insuffisants dans les matières littéraires. Mais j'ai pas l'intention de faire écrivain alors..pfff je m'en moque.
Ce qui m'ennuie c'est les vacances qui arrivent. Je dois partir chez grands parents et ensuite avec mon oncle. C'est super parce qu'on visite plein de trucs, on va se baigner, on fait les brocantes ...mais...je ne te verrais pas.
Et toi ? Tu fais quoi pendant les vacances ? Stage avec le club de basket et 3 semaines dans le sud avec ton frère c'est plutôt cool. Tu vas pouvoir te changer les idées et te reposer, c'est bien.
Je vais te donner tous les numéros de téléphone, juste au cas où. Et ne t'inquiète pas je ne t'oublie pas, je t'appellerais une fois par semaine.
Avec de la chance on arrivera peut être à se voir juste avant la rentrée, on va essayer.

Je garde la tête haute en te disant que tout va bien se passer. Qui est ce que j'essaye de convaincre ? Toi ou moi ? Je n'ai aucune envie de te regarder partir mais je n'ai pas le choix. Je dois te laisser partir. Deux mois c'est vite passé. Mensonge. Deux mois sans te voir ? L'enfer .
En rentrant chez moi, je réalise. Tu me manques… tu me manques déjà..
Je sors une feuille blanche, je prends mon stylo et je commence à écrire (copie du texte original :


«  On s'est quitté sur un trottoir
le même depuis presque une année
Mais ce jour là , c'était le dernier.
Je suis là, pour te dire au revoir
Ecouter ta leçon d'espoir ?
Celle que je garde en mémoire.
Ton dernier sourire, il disait :
Ça sera 'moins pire '.
Ton regard persuasif
Qui m'a dit : reste positif.
Là , t'es montée dans ta voiture.
T'as attachée ta ceinture
Et t'es partie...loin d'ici
loin de ma vie.
Je garde en mémoire
nos histoires, notre histoire.
Soit le serment et l'engagement
de se servir de nos souvenirs
pour affronter deux mois d'été. »
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Re: Si je pouvais

le Jeu 31 Mai - 0:01
La rentrée

7H40 : je t'attends sur le parking. On reprend les bonnes habitudes. J'ai vraiment hâte de te revoir, tu m'as tellement manquée. Au téléphone tu m'as assurée que tout allait bien mais je voudrais m'en assurer par moi même. Je vois ta voiture au feu rouge, te voilà. Je te sauterai bien dans les bras mais… y 'a 300 élèves autour qui risqueraient d'être surpris. Sans compter que je ne veux pas te mettre dans l’embarras. Je vais peut être reculer d'un pas c'est plus sure...Mais … c'est toi qui m'a prise dans tes bras.

Moi « - Qu'est ce que tu fais ?

- Ce que j'ai envie.

- Tu sais qu'on nous regarde ?

- Ça m'est égal. Je suis contente de te voir. J'en avais besoin et...il y 'a ton croissant sur le tableau de bord »

Et ? Tu allais me dire quoi avant de dévier sur le croissant ? Je peux savoir ? Non ? Dommage…
Comme si on s'était quittées la veille on passe la grille avec notre croissant à la main.
C'est repartie pour une nouvelle année scolaire. Je viens d'avoir 17 ans et je me demande ce que nous réserve cette nouvelle année. (je n'allais pas tarder à le savoir).

Nouveaux professeurs, nouvel emploi du temps. C'est quoi cette grille pleine de trous ? Mardi 13H30/15H30 permanence. Mercredi, on finis à 10H. Jeudi on commence à 11H et pour finir on a cours le samedi. Super !!! Mais ce n'est pas le pire. Pourquoi ce n'est pas ton nom en face de ta matière ? C'est une mauvaise blague ? Non c'est juste une erreur ? Comment ça c'est pas une erreur ? Ah non ! C'est hors de question. Je ne veux pas un autre professeur. C'est toi que je veux. Ça ne se passera pas de cette manière. Je vais aller voir le proviseur et je vais changer de classe. Je dois changer de classe.

Une heure plus tard, en larmes, hystérique et hors de tout contrôle je fonce dans le bureau du proviseur. Je déboule dans son bureau comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Moi d'un naturel discret je suis en train de crier au scandale dans le bureau du proviseur. Le conseiller d'éducation essaye en vain de me raisonner. Ils font de leur mieux mais je n'en démord pas, je ne sortirais pas d'ici, je veux changer de classe. Ne comprenant absolument rien à la situation ils ont finis par aller te chercher. Tu leur a juste dit : « je m'en occupe » et deux secondes plus tard j'étais plaquée contre le mur du couloir. Impossible de me calmer ou de m’arrêter de pleurer. Pour la première fois je ne t'écoute absolument pas. Tu m'as traînée à l'autre bout du couloir près de la sortie de secours... et là… j'ai pris une gifle énorme, dont ma joue droite se souvient encore (ça muscle le basket). La gifle m'a arrêté nette. C'est à ce moment là que tu m'a dit à peu près ça :

« Je ne veux plus t'avoir comme élève. Je ne peux plus. Plus maintenant. On ne changera rien, on se verra je te le promets. Alors arrête de pleurer, ça ne sert à rien et j'aime pas ça. Je suis désolée pour la gifle mais maintenant on est à égalité »

Pour la gifle, effectivement on m'avait prévenue. Mais tu as fais fort quand même, je l'ai sentie passée celle là. Tu ne veux plus m'avoir comme élève ? Mais pourquoi ? Qu'est ce que j'ai fais ? J'ai l'impression d'être punie sans même savoir pourquoi. Tu ne peux plus ? Je comprends pas… On se verra quand même ? Ben oui j'y compte bien mais comment je fais pour savoir ce qui passe en cours ? Si tout va bien, Si tu assumes tes cours..Je pactise avec ta classe ? Je crois que c'est la seule solution. Je connais personne mais bon…

Je n'ai appris que bien plus tard que tu avais parlé au Proviseur en ma faveur. Je n'ai jamais su ce que tu lui avais raconté mais il n'y a jamais eu de suites.

De retour en classe tout le monde se demande pourquoi je voulais changer de classe. Mais seuls deux personnes ont osés me le demander. Je leur explique que ayant eu une prof géniale l'année dernière je voulais la garder. Un peu surpris ils ne poursuivent pas l'interrogatoire.

(Je t'en ai voulue, énormément. Pourquoi tu ne voulais plus m'avoir comme élève ? C'était une chose que je n'avais même pas envisagée alors imagine ma déception. Mais il faut bien avouer que cela à simplifié pas mal de choses. Mais je ne l'ai compris...qu'après coup…)


Quoi de neuf professeur ?

Aujourd'hui on a rendez vous avec le professeur. Et j'espère qu'il s'est secoué les méninges parce que je n'ai pas l'intention de rester les bras croisés. Rester gentiment, simplement à tes cotés et attendre ton dernier souffle ? Ah non ! Désolée mais je refuse. Il existe forcément une alternative. Laquelle ? J'en ai aucune idée mais lui c'est son boulot. Il est payé pour, et visiblement assez cher, alors à lui de trouver. Mais une chose est sure la réponse : « Il n'y a aucun autre traitement. On ne peut rien faire » il peut se la garder. Si il ose prononcer ne serait ce que le début de la phrase, je crois que...que je lui retourne son bureau.
Toute seule dans ma tête, dans la voiture, je m’énerve. La colère monte et je commence à bouillir intérieurement. Mais face à toi ...je rie, on chante. Et on chante…

« …Friends will be friends, when you're through with life and all hope is lost,hold out your hand cos friends will be friends right till the end…
Trad : Les amis resteront des amis, quand tu en as marre de la vie et qu'il n'y a plus d'espoir, tend la main car les amis seront amis jusqu'à la fin... »
Queen

Je pourrais frapper dans un mur. Je trouve ça tellement injuste, illogique, anormal, dénué de sens et carrément dégueulasse.
Alors qu'il nous dise ce qu'il a à dire. Je suis prête, je l'attends. En fait, ça fait déjà 2h qu'on l'attend, comme d'habitude. « La ponctualité c'est la politesse des rois, pas celle des médecins ». Je veux bien mais plus on attend et plus je me dit que je vais lui rentrer dedans. C'est à tes risques et périls mon gaillard…
Et de te voir toi là, assise à coté de moi depuis 2H, à te faire un sang d'encre en te demandant à quelle sauce tu vas être mangée…. J'en peux plus. C'est trop cruel.

C'est enfin notre tour ? Pas trop tôt. Alors on fait quoi? Pardon ? Qu'on prenne une chaise ? Ça fait 2H qu'on a le cul sur une chaise alors si je prends une chaise ça ne va pas être pour m'asseoir dessus. Il va parler celui là…

Le professeur :« Il existe un protocole expérimental que l'on peut éventuellement essayer ».

Ok ! Maintenant on peut s’asseoir. En clair ? Explique nous tout ça coco…

20 minutes d'explications plus tard...On ressort du bureau avec une pile de documents à remplir. Si tu acceptes, on peut commencer le traitement dans 2 semaines. Mais… oui je sais… tu hésites. Personne ne t'obliges à signer dans la seconde, on peut en parler d'abord. Tu veux l'avis de ton frère ? Normal.  Ne me regarde pas de cette façon, ça va. Non, je ne suis pas déçue. Je comprends et on va prendre le temps d'y réfléchir. Tu vas prendre le temps d'y réfléchir. Bien sur que je voudrais que tu signes. Parce que, si il existe ne serait ce que l'ombre d'un espoir que ça fonctionne alors je prends mais ce n'est pas non plus sans conséquence alors pas de panique.

D'ailleurs c'est pas aujourd'hui qu'on va en parler. Là tout de suite, t'as besoin de respirer, alors on sort d'ici et...laisse moi réfléchir deux secondes….
Je sais qu'il y a un bowling pas loin, c'est parfait tu pourras te défouler sur les boules. Je vais perdre mais ça n'a aucune importance. (je confirme j'ai perdu)

La partie de bowling c'était une manière de suspendre le temps, d'appuyer sur pause. Passer un bon moment, te défouler, passer ta colère sur les boules, rire, chanter et...réfléchir ensuite.


Réfléchir ? Oui. Depuis 10 mois maintenant, je sais que la situation va être compliquée. Et effectivement aujourd'hui ça se concrétise. Il va falloir prendre une décision. Ta décision. Qui dit protocole expérimental signifie que l'on ne connaît pas vraiment les résultats. Aucune garantie. Et un annuaire d'effets secondaires possibles, dont on ne sait pas grand-chose. Dangereux ? Partant du principe que l'on te propose de t'injecter un dérivé radioactif directement dans les veines je dirait que oui. Mais ne rien faire l'est peut être encore plus. Toi seule peut prendre la décision. Malheureusement nous on est impuissants. Notre avis ? A t' on vraiment le droit de te le donner ? En étant pas à ta place bien sure que je vais te dire de le faire mais est ce que j'en ai vraiment le droit ? Qui suis je pour t'imposer un tel calvaire ? Tu as le droit de refuser mais si tu dois abandonner, ce que je ne souhaite pas, il faut que ça soit par choix et non par défaut.

Mais qu'est ce que je raconte moi ? Le choix il est simple. Tu signes t'as une chance de vivre, tu ne signes pas tu meurs. Alors tu vas signer ce truc. Oui c'est plonger dans l'inconnu. Marchera ou pas personne ne sait. Mais c'est bien toi qui répète tout le temps « qui vivra verra, Hakuna matata,... » « Carpe diem » rappelle moi...profite du jour présent, alors fait le. Vie chaque jour l'un après l'autre et fait en sorte qu'il y en ai le plus possible. Si je dois te tenir la cuvette ou te porter sur mon dos je le ferais mais...signe.

Quoi ? Tu n'as pas le droit de m'imposer un truc pareil ? Ben disons que pour le coup je prends le gauche. Tu ne m'imposes rien. C'est mon choix. Je ne me suis pas sauvée le soir où tu es tombée devant moi, ce n'est certainement pas aujourd'hui que je vais le faire. Je n'aurai pas du tout imaginé me retrouver dans cette situation il y a un an, c'est vrai. Mais aujourd'hui j'y suis et j'y reste. Je ne m'enfuirais pas, je ne t'abandonnerai pas. Parce que si je le faisais je ne pourrais plus jamais me regarder dans un miroir. Et je n'ai que 17 ans alors je vais trouver le temps long.

Ma phrase t'as fait rire. Puis tu t'es mise à pleurer. T'as pris ma main et pour la 1ere fois t'as croisé tes doigts dans les miens. Ton geste était en fait une question. Et oui tu as très bien compris. Si je dois te tenir la main je le ferais et je répète : « Non je ne te lâcherai pas, je ne t'abandonnerai pas ».

Le lendemain tu m'as remise une enveloppe contenant les documents….signés.


Injections

Tu commences ton nouveau traitement la semaine prochaine. Mais on va devoir s'organiser parce que en plus de recevoir une injection par semaine tu vas devoir avoir un suivi régulier pour tout contrôler. Ce qui signifie une batterie d'analyses toutes les semaines et une prise de sang tous les deux jours. Tu pourrais faire venir une infirmière à domicile le matin, avant de partir bosser. Mais au lieu de ça tu préfères aller à la maison médicale à proximité du lycée, pour ne pas te lever à 5h du matin tous les jours. Ce qui n'est pas complètement stupide. En effet, si tu ne dors pas suffisamment tu ne tiendras jamais le choc.
Mais je ne vais pas te laisser y aller toute seule. A partir de maintenant je ne mangerais plus à la cantine, on ira pendant la pause de midi.
Après tout, si tu dois subir tout ça, j'y suis quand même un peu pour quelque chose alors je t'accompagne.

La 1 ère injection s'est bien passée, malgré ton malaise, au moment où ils ont poussés le produit dans la seringue. D'ailleurs, ils auraient peut être pu prévenir que la seringue ressemble plus à une seringue vétérinaire qu'autre chose. C'est quand même impressionnant. J'ai essayé de ne pas te le montrer mais c'est vrai qu'en voyant cette seringue j'ai vraiment eu peur. Je me suis même dit que c'était de la folie et qu'on était peut être en train de faire une énorme connerie.
Malgré les tremblements, les sueurs et les vomissements provoqués par le produit tu ne me parles pas d'arrêter. T'es assez forte pour le supporter ? Visiblement oui. Selon toi, c'est juste un mauvais moment à passer. Je ne sais pas ou tu vas chercher cette force, cette résistance...courage ou folie ? Ton frère te disait tête brûlée, c'est sans doute vrai, mais c'est plus que cela. T'es parfaitement consciente de ce que tu fais, des enjeux et des risques aussi. Mais malgré tout tu fais face. Tu fais face comme un chêne soumis à la tempête du siècle mais qui a décidé de ne pas plier. Je te respecte depuis le 1er jour, bien avant de te connaître vraiment, mais là…merci. Merci pour cette leçon.

Tous les midis je te récupère dans ta salle de cours et on part ensemble en voiture. Ce qui n'échappe pas à certains de tes élèves. Je vois bien que certains se posent des questions. Ceux qui pensent que moins on passe de temps avec ses professeurs et mieux on se porte, me prenne pour une cinglée. Mais sincèrement je m'en moque. Moi je sais ce que je fais là. D'autres sont un peu plus subtiles, ils nous regardent partir tous les midis sans rien dire. Et je les ai même surpris à surveiller notre retour. C'est un petit groupe, ils sont quatre et sont dans ta classe de 1ère S. Que veulent ils ? Que cherchent ils ? Pourquoi ils nous surveillent ? Je sais que toi tu n'y a pas prêté attention mais moi je les vois tous les jours. Ce sont les derniers à sortir de ta classe, à chacun de tes cours. Je me méfie.

L'air de rien, je me renseigne sur eux. Ce sont les meilleurs élèves de ta classe, ils sont sérieux et tu les apprécie. A force de se croiser, eux et moi, maintenant on se dit bonjour et on échange des banalités. J'en profite pour leur demander comment se passe les cours. La réponse est sans équivoque :

« C'est génial. C'est une super prof. On a jamais eu de prof comme elle. En cours on ne voit pas le temps passer. Quand on ne comprend pas elle est capable d'expliquer de quatre manières différentes, et jusqu'à ce que l'on comprenne. On rigole en cours, on fait même des paries et en même temps personne ne bronche, elle sait se faire respecter. »

Ça me fait plaisir d'entendre ces paroles. Je vois que tes cours n'ont pas changés et j'en suis très heureuse. Visiblement je ne suis pas la seule que tu as réussie à « envoûter » avec tes cours. Eux aussi, ils t'admirent. Je suis rassurée. Et je suis maintenant convaincue qu'ils ne te surveillent pas pour te nuire. Ils t'apprécie vraiment, et tant mieux, mais je ne peux rien leur dire. Je n'ose même pas leur dire que tes paris, ils n'ont aucune chance de les gagner. Le jeu : l'élève place la poubelle où il veut dans la salle et si tu n'arrives pas à lancer la boule de papier dedans il ne passe pas au tableau. La salle est beaucoup trop petite pour que tu n'y arrives pas, ils n'ont donc aucune chance. En fait tu triches, mais ils ne le savent pas.




Dur, le traitement

Plus les semaines passent et moins tu supportes les injections. Les sueurs et les tremblements je m'y suis habituée. Mais il y a 15 jours, arrivées chez moi tu m'as vraiment fait peur. Ce n'était pas que des sueurs, t'es monté à plus de 40° de température. Tu commençais à délirer. Je voulais même appeler les urgences mais tu m'as supplié de ne pas le faire. J'ai utilisé je ne sais combien de serviettes pour faire descendre ta température. Tu me racontais n'importe quoi, tes phrases n'avaient aucun sens. J'ai même fini par te mettre sous la douche. Deux heures plus tard tu allais beaucoup mieux. Mais tu m'as vraiment fait peur. Je sais que la montée en température était l'un des nombreux effets secondaires possibles. Mais entre le savoir et y être confronté il y a une sacrée différence.

Aujourd'hui on est mercredi et c'est vrai, j'avoue, j'appréhende. L'injection en elle-même prend 10 minutes mais après ?
Tu me dis que ça va mais est ce que je peux vraiment te croire ? T'es blanche, tu trembles, tu transpires et on a 25 bornes à faire. Tu te sent capable de conduire ? Tu me réponds que oui mais pour la 1ère fois j'ai du mal à te croire. T'es à bout de force je le voit bien. Mais qu'est ce que je peux faire pour t'aider ? Cela dit, j'ai fait tellement de kilomètres avec toi, à tes cotés et en surveillant chacun de tes gestes que je sais exactement à quel moment tu changes de vitesses. Et le problème est là c'est que tu n'a même plus la force de pousser le levier. Alors fait moi confiance, j'ai une idée.

J'ai placé ma main gauche sur la tienne, accrochée au levier de vitesse. Maintenant tu me fais confiance, tu regardes la route, t' embrayes et je m'occupe du reste.
Nos regards se sont croisés et tu m'as fixé droit dans les yeux, sans enlever ta main. Sans un mot, t'as démarré. Comme pour me dire : « Ok, je te fais confiance ».
Je sentais ta main tremblée dans la mienne. Je pouvais compter les gouttes de sueur qui coulaient de ton front et comme pour te donner du courage je me suis mise à chanter. Le seul texte qui m'est venu à l'esprit à cet instant c'est celui d'une chanson dont mon père est fan et avec laquelle j'ai grandie. Sans musique je me suis lancée :

«  Terre brûlée au vent
Des landes de pierres
Autour des lacs, c'est pour les vivants
Un peu d'enfer, le Connemara
Des nuages noirs qui viennent du nord
Colorent la terre, les lacs, les rivières
C'est le décor du Connemara

Au printemps suivant, le ciel irlandais était en paix
Maureen a plongé nue dans un lac du Connemara
Sean Kelly s'est dit 'je suis catholique', Maureen aussi
L'église en granit de Limerick, Maureen a dit oui... »
Et à ma grande surprise, t'as enchainée :

« De Tipperary, Barry-Connely et de Galway
Ils sont arrivés dans le comté du Connemara
Y'avait les Connors, les O'Connolly, les Flaherty du Ring of Kerry
Et de quoi boire trois jours et deux nuits... »

Ce texte est tellement complexe qu'Il faut avoir grandit avec pour le connaître par cœur. Quasiment personne n'y arrive.
Et on a continué, ensemble :

« Là-bas au Connemara
On sait tout le prix du silence
Là-bas au Connemara
On dit que la vie, c'est une folie
Et que la folie, ça se danse

Terre brûlée au vent, des landes de pierres
Autour des lacs, c'est pour les vivants
Un peu d'enfer, le Connemara
Des nuages noirs qui viennent du nord
Colorent la terre, les lacs, les rivières
C'est le décor du Connemara

On y vit encore au temps des Gaëls et de Cromwell
Au rythme des pluies et du soleil
Aux pas des chevaux
On y croit encore aux monstres des lacs
Qu'on voit nager certains soirs d'été
Et replonger pour l'éternité
On y voit encore
Des hommes d'ailleurs venus chercher
Le repos de l'âme et pour le cœur un goût de meilleur
L'on y croit encore
Que le jour viendra, il est tout près
Où les Irlandais feront la paix autour de la Croix
Là-bas au Connemara
On sait tout le prix de la guerre
Là-bas au Connemara
On n'accepte pas
La paix des Gallois
Ni celle des rois d'Angleterre »
Michel Sardou.

Cette chanson est devenue un vrai cri de guerre.

On a conduis à deux, on a chanté ensemble et j'avais cette étrange sensation que l'on ne faisait plus qu'une. Ta main c'était la mienne, tes mots c'était les miens, tes pensées sont devenues les miennes, parce que c'était toi.

Une fois chez moi, je t'ai couchée. Comme on couche un bébé, je t'ai quasiment portée dans l'escalier parce que tu n'avais plus la force de monter les marches.
Une heure plus tard, c'est les nausées qui t'ont réveillée. T'en fais pas je gère, la cuvette n'est pas loin. Et c'est partie….
Par contre, je ne te demande pas de te couper les cheveux ( j'adore comment ils bouclent sous la pluie) mais donne moi la pince avant qu'ils trempent dedans.
Comment on peut vomir en continue pendant plus d'une heure ? Je sais que t'as mal, même si tu le dis pas. Tenir une cuvette c'est pas compliqué. Dit moi ce que je peux faire de plus. Je voudrai pouvoir partager et soulager ta douleur mais je vais me contenter de sécher tes larmes parce que je ne peux rien faire de plus.

C'est passé ? Ça va mieux ?
Allez… dors…

« Dors, bébé dors…il pleut dehors, dors encore…
...il nous reste quelques heures de quiétude et de tiédeurs

Et moi j'écoute les bruits de nos silences
dans notre îlot de chaleur et de confiance... »

Jean jacques Goldman
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Re: Si je pouvais

le Dim 3 Juin - 11:00
On pactise ?

J'attends dans le couloir que les 3 mousquetaires (tes 4 meilleurs élèves) sortent de ta salle. J'attends ...mais pas jusqu'à demain quand même. Il se passe quoi ? Pourquoi ils ne sortent pas ? C'est étrange… tant pi je prends le risque, je rentre…
Ah ! D'accord...je comprends mieux…

Un élève : «-  elle est devenue blanche...et…. »

Moi : « - Fermez moi cette porte, tout de suite.

- Je vais chercher le conseiller.

- Non ! Vous ne bougez pas d'ici »

Ok ! Petit indien, je fais une montagne, je renverse la montagne. Voilà t'es en PLS. Maintenant on attends. Mais reviens à toi rapidement parce que là tu leur fait peur. Allez ouvre les yeux, c'est ça… T'inquiète pas tout va bien, je gère.
Pour répondre à la question que tu n'auras pas le temps de me poser : oui, ils étaient là et oui ils ont tout vu. Mais ça je m'en charge. Toi tu restes tranquille.

A nous maintenant ! C'est bon, ne me regardez pas de cette façon je ne suis pas un extraterrestre. Cela dit je peux comprendre votre incompréhension. C'est sans doute la tête que je devais faire la première fois. Et avant de me faire harceler de questions je vais faire simple :

« -Ce que vous venez de voir n'est jamais arrivé. Si l'un d'entre vous le raconte, je le saurai et croyez moi si je vous dit qu'il a plutôt intérêt a avoir un bon dentiste. C'est clair ?

- C'est bon, on ne dira rien. Mais qu'est ce qui se passe ? C'est grave ?

- Non. Je m'en occupe.

- C'est pour ça que tu es toujours avec elle ?

- Oui. Et maintenant, vous le savez c'est bien, mais ça s'arrête là. »

Il était certain que cela se produirait un jour. Il serait temps que tu comprennes que tu dois ralentir. Tu es épuisée et tu dois te reposer. On est presque à la fin de ton traitement, c'est pas le moment de lâcher.  Alors tu vas apprendre à faire doucement. Doucement ? Ce mot ne fait pas partie de ton vocabulaire, je le sais, mais il va falloir que tu l'apprennes.
Une fois ton traitement terminé on va arriver aux vacances de Noël, et tu vas en profiter pour te reposer. Et je ne veux même pas entendre parler de stage de basket, de karting, ou je ne sais quoi encore. Si il faut tu viendras à la maison, au moins je serais sure que tu te reposes. On regardera des films et ….je mangerai mes exercices…
Oui je sais. Les cours c'est important, je dois avoir un bon bulletin. Ça doit faire 100 fois que tu me le répète, je ne suis pas sourde.
Je ne vais pas te dire (parce que tu vas mal le prendre) que pour moi ta santé est plus importante que mes cours, mais pourtant je le pense.

Quand aux 3 mousquetaires… t'en fais pas pour ça. Je suis convaincue qu'ils ne parleront pas et je vais m'en assurer.

Qu'est ce que je disais… ils viennent me voir. Si c'est pour me tirer les vers du nez vous pouvez oublier, je ne parlerais pas. Ah non ! C'est autre chose.
Vous voulez faire quoi ? Lui offrir un cadeau pour Noël. Oui, excellente idée. Ça me rappelle des souvenirs…
Juste vous 4 ? Non, c'est une idée de toute votre classe. Génial. J'ai comme l'impression que son existence va marquer plus d'une scolarité. Mais vous ne savez pas quoi lui offrir... je vois…
C'est quoi votre idée ? Des fleurs et une boite de chocolats mais vous ne savez pas lesquels. D'accord, je vous donne la réponse : Les lys blancs et Léonidas au lait.
Et vous voulez que je vienne lui offrir dans votre classe avec vous ? Heu … je veux bien mais pourquoi ? Parce que vous avez peur de sa réaction et au cas où…
Ce qui n'est pas totalement stupide. Moi non plus je ne sais pas ce que l'émotion est capable de provoquer. D'autant plus que pour les Lys Blanc aucun d' entres vous ne peut le savoir.

Poussée par la curiosité j'accepte leur proposition. J'ai hâte de voir la tête que tu vas faire parce que je sais que tu ne t'y attends pas du tout. Mais il y a une chose à laquelle moi même je ne m'attendais pas. C'est que ce jour là plus de la moitié de ma classe de l'année dernière était là aussi. Tout ceux qui avaient eu la possibilité de venir étaient là...pour toi.
Plus de 45 élèves en face de toi, dont le but était de te remercier pour tout ce que tu nous avait apporté, donné et appris. Pour toi c'était un énorme cadeau, et je suis fière d'y avoir contribué.

Évidemment tu as finie en larmes, mais pour une fois c'était des larmes de joie. Partagée entre larmes et sourires une chose est certaine : on a réussi à te clouer le bec. C'était peut être même le meilleur moyen pour que tu comprennes à quel point tu pouvais avoir de l'importance pour les autres. Ce qui signifiait que tu allais devoir te battre pour ne pas les décevoir.

Mais ça c'était encore une autre histoire…
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Re: Si je pouvais

le Dim 3 Juin - 11:01
Repos bien mérité

Un an déjà. Je n'ai pas vu le temps passé. Il est censé ne te rester que 5 mois à vivre mais je n'y crois pas une seconde et je t'interdit de le croire. Rien est écrit à l'avance, maintenant je le sais. Combien il te reste ? Je ne sais pas. Mais la seule réponse que j'accepte c'est : le plus longtemps possible.
Pour l'instant tu es là et je compte bien en profiter.
On a deux semaines de vacances pour les fêtes alors on va en profiter. Et oui bien sur que tu peux venir à la maison. Vu que t'es privée de Basket si tu restes chez toi tu vas tourner en rond. Alors oui tu peux venir tous les jours sans aucun problème. Mes parents ? Ils bossent. Ta voiture ? Les voisins ? C'est quoi le problème ? C'est pas comme si ils ne connaissaient pas la voiture.
Et même si tu dis que tu n'aimes pas les surprises j'en ai une pour toi. Jeudi midi j'ai invité tes 3 mousquetaires à manger. Ben oui je me dit que si on peut avoir quelques alliés c'est pas plus mal.

Je redoutais un peu ta réaction mais finalement… on a passé une super après midi. On a parlé films, musiques et on a fait un space crusade. Une après midi normale entres amis. Avoue que ça change.
Je sais que tu appréhendes leur réaction en cours vis à vis de toi, mais tu n'as aucune inquiétude à avoir. Ils ne sont pas stupides, ils sont capable de faire la part des choses et de rester à leur place. Comme tu le dis si bien : « Il ne faut pas tout mélanger. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place ».

….

J'ai repensé à ton discours, sur ce lien particulier qui serait capable de relier les hommes. Et même si je ne sais pas trop ce que tu entends par là, ni exactement en quoi cela consiste je voudrais te montrer un film. J'ai vu ce film au cinéma, avec mon père, quand j'avais 10 ans et il m'a beaucoup marqué. Ce film c'est « Le passage », une fiction dans laquelle l'amour entre un père et son fils est tellement fort qu'il est capable de les sauver tous les deux. Au delà de la mort.
La bande originale du film ? Bien sur que tu la connais. Tout le monde la connaît…

« Promets-moi si tu me survis 
D’être plus fort que jamais 
Je serai toujours dans ta vie 
Près de toi, je te promets 

Et si la mort nous programme 
Sur son grand ordinateur 
De ne pas en faire un drame 
De ne pas en avoir peur 

Pense à moi, comme je t’aime 
Et tu me délivreras 
Tu briseras l’anathème 
Qui me tient loin de tes bras 

Pense à moi, comme je t’aime 
Rien ne nous séparera 
Même pas les chrysanthèmes 
Tu verras, on se retrouvera 

L’amour est plus fort que tout 
Ni l’enfer ni leur paradis 
Ne se mettront entre nous 

Et si la mort nous programme 
Sur son grand ordinateur 
Elle ne prendra que mon âme 
Mais elle n’aura pas mon cœur 

Pense à moi, comme je t’aime 
Et tu me délivreras 
Tu briseras l’anathème 
Qui me tient loin de tes bras 

Pense à moi, comme je t’aime 
Rien ne nous séparera 
Même pas les chrysanthèmes 
Tu verras, on se retrouvera »

Francis Lalanne.

Ce film t'as bouleversée. Parce que bien que n'étant qu' une pure fiction, il soulève une question. Existe t 'il un lien reliant la vie et la mort ? Quand on est pas tout a fait mort, ni tout a fait vivant… peut on passer de l'un à l'autre ? C'est quoi ce passage ? Comment ça marche ? Le cerveau humain est il capable de l'utiliser ? Rêve, chimère, idée stupide ou réalité ? L'idée qu'un lien de l'esprit puisse exister allait totalement à l'encontre de toute ta logique. Et pourtant… tu m'as dit une phrase que je n'ai pas comprise (une de plus): « Je trouverai le moyen de le faire exister ».

J'avoue que j'ai cherché longtemps ce que cette phrase voulait dire. Faire exister quoi ? Un lien au-delà de la mort ? De quoi tu parles exactement ? Réincarnation ? Pas possible, tu n'y crois pas. Alors, quel lien ? Avec un peu de chance je comprendrai plus tard…


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Re: Si je pouvais

le Dim 3 Juin - 11:15
C'est pas Versailles, mais…

Il reste 3 jours de vacances et aujourd'hui on a de la route à faire. Tu ne le sais pas encore mais ce soir on ne rentre pas. Cette fois ci c'est moi qui t'embarques. Prend le volant je t' indiques le chemin. Au fait, tu pourras remercier ton frère parce que même si c'était mon idée, l' enveloppe que je tiens dans les mains, elle vient de lui. Dans l'enveloppe ? De l'argent et le formulaire de réservation de l’hôtel.  Je t’emmène ou ? Ah...ça...prends direction sud. On passe le péage de St Arnoult et après c'est toujours tout droit.

Il y a longtemps que j'ai compris qu'avec toi il ne faut pas te laisser le choix. Si je t'en avais parlé avant tu aurais refusé. Là, je ne te laisse pas le choix. Roule, on a 300 kilomètres à faire. Je veux te montrer quelque chose.

Le sourire aux lèvres et sans poser de questions t'as commencé à rouler. Comme un réflexe j'ai posé ma main gauche sur la tienne. Et même si ce jour là tu n'avais pas besoin de moi pour passer les vitesses, tu as croisé tes doigts dans les miens pour que je ne l'enlève pas.
On a rie, et comme d'habitude...on a chanté (faux bien sur).
Francis Cabrel, Daniel Balavoine, Queen, et Jean Jacques Goldman….


«...  Regarde ma vie tu la vois face à  face 
Dis moi ton avis que veux-tu que j'y fasse 
Nous n'avons plus que ça au bout de notre impasse 
Le moment viendra tout changera de place ... »

« ... J'irais au bout de mes rêves, tout au bout de mes rêves
où la raison s'achève, tout au bout de mes rêves... »

Tes rêves ? Justement parlons en…
Au bout des 300 kilomètres ? Une grande allée très large bordée de vieux chênes.

Moi : « - Gare toi là.

- Mais on est où ? Qu'est ce qu'on fait ici ? (tout en descendant de la voiture)

- Retourne toi… je pense que ça devrait te plaire... »

Derrière toi (oui j'avais fait en sorte qu'on se gare dans le bon sens) il y' avait ça :








Le château du Prince de Talleyrand, dont la devise était : 
« La parole que tu gardes est ton esclave, celle que tu as lâchée est ton maître. »

Un des plus prestigieux châteaux du Val de Loire. Construit au XIXème siècle et magnifiquement entretenu, cet édifice est un lieu hors du temps. Toutes les salles du château contiennent du mobilier d'époque et des mannequins costumés, une sorte de tableau en 3D. La grande galerie n'a rien à envier à la galerie des glaces de Versailles. Quand au parc et jardins...étendus sur 53 hectares, les fleurs, les bassins et le parc aux daims offrent aux visiteurs une promenade loin des klaxons de la ville. Un moment de paix et de sérénité. Un voyage dans le temps, dans une autre époque, ou la vie courante, les problèmes et la médecine restent de l'autre coté des grilles.

Comment je connais cet endroit ? Simple. J'y vient tous les ans pendant les vacances voir le spectacle sons et lumières depuis l'age de 10 ans.
Je sais que c'est pas Versailles mais c'est un lieu auquel je suis attachée et j'ai pensé qu'il te plairait alors voilà pourquoi on est là…

Toi :  « - Tu plaisantes ? Non c'est pas Versailles, c'est encore mieux. C'est juste magnifique. Merci. Merci pour tout.

- De rien, ça me fait plaisir. Et…. Joyeux Noël. »

La nuit commence à tomber…. Regarde….




Direction l’hôtel, on rentrera demain. Je suis sympa je te laisse le grand lit, je prends le lit superposé…

Le lendemain.
La tête pleine d'images magnifiques et de souvenirs en pagaille, on a pris le chemin du retour…

«  Terre brûlée au vent
Des landes de pierres
Autour des lacs, c'est pour les vivants
Un peu d'enfer, le Connemara... »
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Re: Si je pouvais

le Dim 3 Juin - 11:18
Courir encore…

On a repris les cours. Tes élèves sont devenus des amis. Au moins maintenant je sais que si il se passe quelque chose ils viendront me chercher. Ce qui me rassure un peu, mais un peu seulement.
Oui je sais, il ne faut pas courir dans les couloirs. Mais quelle idée aussi de mettre les salles de sciences à l'autre bout du bâtiment.  

Les jours se suivent, s’enchaînent les uns derrière les autres. Les semaines passent. Le midi on mange au parc, on discute. On parle de tout, de toi, de moi, des cours et même de tes parents. Là en revanche je ne m'y attendais pas. Et je me rend compte que malgré la rancœur que tu traînes depuis des années, ils sont et resteront tes parents. Ceux, sans qui tu n'existerais pas. Je ne les connais pas mais personnellement j'aurais plutôt tendance à vouloir leur dire merci. Ta haine envers ton père s'est transformée en déception au fil du temps. Et bizarrement aujourd'hui tu en parles comme si tu en attendais quelque chose. Mais quoi ? Ton frère et toi n'avez pas vécu les choses de la même manière je le sais. Et je sais aussi que la dernière personne avec laquelle tu parleras d'eux c'est bien ton frère.

J'ai comme l'impression que tu essayes de me dire quelque chose mais que tu n'y arrives pas. C'est si douloureux que cela ? La blessure psychologique est pire que la douleur physique, je l'ai bien compris mais parle moi.
Je vois bien que ça te perturbe, mais si tu ne me parle pas je suis incapable de t'aider. Donne moi les  moyens de le faire. Aide moi ! Parle moi !

Je vois que ce que tu caches est en train de te ronger de l’intérieur. Plusieurs fois déjà je t'ai surprise les larmes aux yeux. Mais tu me dis que tout va bien. Sans doute un effet secondaire...je n'y crois pas une seconde.

De mieux en mieux, tu laisses ta voiture ouverte sur le parking, tu pars sans papiers et pire… ce matin tu as carrément oublié les énoncés du contrôle des 1ere S. Là, tu ne me feras pas avaler que tout va bien, c'est faux. Tu ne vas pas bien, pas bien du tout.
En clair, depuis deux semaines tu me ment et je ne vais pas laisser passer longtemps. Tu m'as appris la patience, mais elle a ses limites. Alors maintenant ça suffit. De gré ou de force tu finiras par parler.

Je n'ai aucune idée de ce qui te ronge, mais ce que je vois c'est que tu en souffres. Et je ne le supportes plus. Lire ta douleur dans tes yeux à cause des traitements, ça frôle l’intolérable mais je me console en me disant que je ne peux rien faire de plus.
Mais là c'est différent. C'est autre chose. Et j'ai l'intime conviction, prétentieuse peut-être, que je peux t'aider. Alors explique moi, parle moi.

Mais non, tu ne parles toujours pas. Laisse moi deviner, tu as réussie à te convaincre de ne pas m'ennuyer avec ça. Parce que quoi ? Parce que j'ai déjà fait beaucoup pour toi ? C'est du baratin de comptoir….J'ai fait ce que je voulais faire parce que j'avais envie de le faire un point c'est tout. Ton frère à raison t'es têtue comme une mule et tu n'as toujours pas compris. Tu pourras m'annoncer n'importe quelle merde je ne m’enfuirais pas, je ne te laisserai pas. C'est pourtant pas compliqué. Tu vas juste réussir à m'énerver mais si il le faut vraiment…
Je dois faire quoi pour que tu comprennes ? Je dois te le dire comment ? Dans une autre langue ? En anglais t'oublies, à part la traduction de Queen je suis nulle… Je fais quoi ? Un graphique ? Une équation ?
A/ je ne m 'enfuirais pas
B/ je ne te laisserai pas
X/ ta vie

C'est plus clair comme ça ? Tu m’énerves….

A force de ruminer dans mon cerveau, j'ai vraiment fini par m'énerver. Et un soir, sur le parking :

« - Stop ! J'en peux plus, tu m’énerves. T'en as pas marre de me prendre pour une conne ? Ça fait des semaines que tu me dis que tout va bien alors que ce n'est pas vrai.  Qu'est ce que tu me caches ? Et pourquoi ? Arrête de faire semblant, ton regard te trahie. C'est quoi le problème ? Tes parents ? Explique…
Mais non...tu préfères pleurer toute seule dans ton coin. C'est vrai, c'est mieux que de m'ennuyer avec tes histoires…
Bien sur, t'as raison ! Entre entendre un problème et essayer de le résoudre, ou te regarder pleurer sans rien faire, à ton avis ? Je choisie quoi ? Avant de m'énerver..oui parce que t'as réussie, j'ai eu le temps de réfléchir. Comme tu n'as toujours pas compris je vais te le dire avec un langage qui te parle : si l'axe des abscisses représente la ligne du temps alors mes sentiments pour toi sont représentés sur l'axe des ordonnées par une courbe exponentielle qui tend vers l'infini.
Alors parle moi, bordel !

- Au moins tu auras retenue quelque chose de mes cours.

- C'est pas drôle.

- Je sais. Et oui j'ai compris.

- Mouai...je demande à voir.

- D'accord, mais monte dans la voiture parce que là on fait spectacle ».

Oups !!! Effectivement j'ai peut être parlé un peu trop fort. Et puis quoi ? On leur a jamais dit de ne pas écouter aux portes ? On est sur un parking, et alors ? Ils sont pas obligés d'écouter. Et puis je m'en fou des autres…

Pourquoi tu démarres pas ? T'attends quoi ? Oui je suis en colère. Je t'en veux de m'avoir obligée à te  parler de cette façon. T'es vraiment une emmerdeuse...Bon ! Tu démarres ? Ah, quand même…
Ben passe la 1ere sinon on ira pas loin. Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? Arrêtes tu vas me faire chialer...Non...pas ce regard, c'est de la triche…
Tu as pris ma main, tu l'as posée sur le levier de vitesse...et t'as commencé à rouler…
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Re: Si je pouvais

le Dim 3 Juin - 16:55
Merci, c'est toujours aussi agréable et bouleversant à la fois de te lire Smile
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Re: Si je pouvais

le Lun 4 Juin - 23:09
Au revoir Papa

Huit kilomètres plus loin, on s'est arrêtés sur un parking. Et enfin !!! Tu t'es décidée à me parler. J'allais enfin avoir l'explication. Ça ne peut pas être si terrible que ça quand même.. Allez vas y je t'écoute…

Retranscription approximative de notre conversation :

Toi : « - Mon  père est mort.

- Quoi ? Quand ? Mais je croyais que…

- Je sais. Mon frère t'as dit que l'on ne savait pas où ils sont. Lui non, mais moi oui.

- Mais...tu les voyais ?

- Pas vraiment.

- Mais alors comment… et il est mort quand ?

- Il y a un mois.

- Et c'est seulement maintenant que...bref passons...je vais te tuer...mais explique d'abord…

- Quand les médecins m'ont dit que j'étais condamnée, j'ai voulu leur dire. Je voulais les retrouver. Je n'attendais rien de leur part, je voulais juste qu'ils le sache.

- Ok. Je peux comprendre mais tu les a vus ? Tu leur a dit ?

- Je les ai vus mais je n'ai rien pu leur dire.

-Pourquoi ? Qu'est ce qu'il s'est passé ?

- Mon père était en phase terminale d'un cancer des poumons, alors je n'ai pas eu le courage.

- Ah ben je comprends mieux pourquoi tu oublies la moitié des trucs. Comment tu as pu garder un truc pareil aussi longtemps ? Personne ne le peux. C'est un coup à devenir cinglée.

- Je ne pouvais pas le dire à mon frère et il ne le sait toujours pas.

- Oui effectivement. Ton frère je comprends… Mais moi ? Moi bordel ! Tu ne pouvais pas me le dire ? Je sert à quoi ? Je veux bien t'aider à conduire ou même à vomir, mais je sais écouter aussi. Tu croyais quoi ? Que ça passerai et que je ne me rendrais compte de rien ? Que tu pourrais le garder pour toi et vivre avec ? Les injections t'ont cramées le cerveau ou quoi ? On se remet tout seul d'un zéro en maths mais pas d'un truc pareil. Sans déconner tu réalises là ? Ton père, que tu n'avais pas vu depuis des années est décédé. T'as pu lui dire au revoir au moins ?

- Au revoir ? Comment ça ? Je l'ai vu à l’hôpital deux jours avant sa mort.

- Et depuis ?
- Quoi depuis ? Ben depuis il est décédé.

Pensée intérieure :
J'y crois pas. C'est pas possible tu le fais exprès. Si tu ne lui dit pas au revoir tu ne feras jamais le deuil. Tous les films, tous les livres le disent. Les phases du deuil : l'adieu, la colère, le dénie, la tristesse...punaise ça ne te dit rien ? Non ? C'est juste bon pour les autres ? Je fais quoi ? Je te colle la tête dans le pare brise ? Histoire de te remettre les idées en place… Comment je vais te faire comprendre ça en douceur ? Ok. Reprenons…

- Ça j'ai bien compris. Mais tu as assisté aux obsèques ? Il est enterré ou ? Tu ne passeras jamais par dessus si tu ne lui dit pas au revoir. Le fait que tu parles dans le vide, devant un mur, une photo ou ce que tu veux ne change rien. Mais tu n'as pas le choix tu dois lui dire au revoir.

- Au cimetière militaire et non je n'y suis pas allée. Tu veux que je lui dises quoi ? On ne se connaissait même pas.

- Tu dois y aller. Quand à ce que tu peux lui dire...tu le sauras quand tu y seras.

- Je ne peux pas.

-Pourquoi tu ne peux pas ?

- Je ne peux aller sur sa tombe, j'aurai l'impression de voir la mienne.

- Parce que tu crois que je vais te laisser y aller seule ? Bien sur que non. Je serais là et je te jure que tout va bien se passer. Fais moi confiance. »


Un jour j'apprendrais à me taire. Tu dois le faire, je le sais. Mais tu as raison sur une chose : lui dire quoi ? J'en sais foutre rien. Dit lui ce que tu as sur le cœur depuis tant d'années. Objectivement le but c'est de te soulager toi, le reste honnêtement...bof…
Le seul problème c'est que j'ai eu l'idée de génie de te dire que je viendrais avec toi. Jusqu'au cimetière oui...mais y rentrer...Je déteste les cimetières, je ne supporte pas les cimetières, j'étouffe là dedans et c'est moi que tu vas ramasser. Réfléchir avant de parler ? Je devrais y penser la prochaine fois. Je n'ai aucune idée de comment je vais réussir à rentrer la dedans. C'est purement psychologique ? Oui merci je le sais. Mais ça ne m'aide pas. Et si je n'arrive pas à passer la grille tu n'iras pas, ça aussi je le sais. En clair je n'ai pas vraiment le choix. Et j'en suis déjà malade…
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Re: Si je pouvais

le Lun 4 Juin - 23:10
Le cimetière


J'ai l'impression de mâcher de la poussière depuis ce matin. Disons que j'ai connu des jours meilleurs. Je t'ai fait la promesse de t'accompagner au cimetière voir ton père et je vais le faire. Je ne sais pas comment mais je vais y arriver.
Après les cours on part directement, on ne va pas jouer à j'y vais, j'y vais pas, on a pas le choix… tu dois y aller.

Ça vient de sonner. Je courre te récupérer devant ta salle et direction le parking. Pourquoi j'ai l'impression d'aller à l’abattoir ? C'est ton père pas le mien, et pourtant… j'ai la tête qui tourne.
Vas y met un CD parce que le silence je ne supporte pas, je vais explosé une vitre.

« Y a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout
Et la colère qui nous suit partout
Y a des silences qui disent beaucoup
Plus que tous les mots qu'on avoue
Et toutes ces questions
Qui ne tiennent pas debout... »

France Gall.

Ah d'accord ! C'est ce que tu as écouté ce matin en venant ? Au moins c'est de circonstances mais… t'es sure de toi là ? Parce que dans moins de 2 minutes on pleure toutes les deux. Ah ben non !! Trente secondes suffisent…
C'est encore loin ? On est presque arrivées ? Génial… je vais adoré.

Maintenant on est garé. C' est bien, mais il va falloir descendre de la voiture. C'est ici que ça se complique. J'ai les jambes qui tremblent c'est une horreur. Mais regarde moi toi ! Ouai, Pas mieux. Bon on continue de se regarder sans bouger ou on trouve une solution ? Tu te sent pas bien ? Moi non plus. T'es terrorisée ? Moi aussi. Tu n'y arrivera pas seule ? Moi non plus. Mais tu n'es pas seule et moi non plus. Séparément on est incapable de rentrer là dedans, c'est certain. Mais ensemble oui. Alors viens. Donne moi la main et viens avec moi. Viens...allez...viens…
Voilà c'est çà. Ne lâche pas ma main, ça va aller.
Un pied devant l'autre, un pas après l'autre on a arpenté les allées jusqu'à se retrouver devant la croix de ton père. Tu t'es figée nette. Une vraie statue, honnêtement tu me fais peur. Ton regard dans le vide, droit devant… a quoi tu penses ?  Tu veux peut être que je te laisses seule un moment ? Je fais un pas à gauche… Aiie ! C'était mes doigts. D'accord je reste, je bouge pas. On a tout notre temps...Mais s'il te plaît ne sert pas si fort, je ne sent plus mes doigts. Je ne vais pas partir, je te le promets.

Après plus de 15 minutes, plantées comme deux idiotes, silencieuses devant cette croix tu as enfin réussie à parler. Je me souviens très bien de ce que tu as dit, de tout ce que tu as dit. Des mots touchants, parfois blessants mais surtout éclatants de sincérité. Ces mots t'appartiennent, à toi et à toi seule. Ils resteront gravés dans ma mémoire mais n'en sortiront jamais.

Sans un mot on a rejoint la voiture. On a réussie à y rentrer et même à en ressortir. Maintenant je peux respirer. Je suis soulagée...mais je me sent pas bien…

Toi : « - Ca va pas ? (je devais avoir une salle tête)

- Non, pas trop. Je crois que je vais vomir (voilà c'est fait)

- Qu'est ce qui t' arrives ?

- Rien. Maintenant ça va mieux. Pour une fois que c'est pas toi. Comme quoi ça arrive à tout le monde..

- Oui d'accord. Mais pourquoi ?

- Parce que je ne supporte pas les cimetières. L'idée même du cimetière me rend malade. Mais maintenant ça va, on est dehors. T’inquiètes pas je vais bien.

- D'accord ! Je vois. Et donc là ...je ne te demandes pas pourquoi t'es venue ? Non. T'as raison je connais la réponse. T'es juste une grande malade… Allez... on se tire d'ici. »

Manger ? Heu...bof...léger alors… Pizza ? Heu….si tu veux. C'est toujours mieux qu'une tartiflette.
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Re: Si je pouvais

le Lun 4 Juin - 23:11
Sur le départ


Dans un mois je suis censée partir en voyage pour une semaine. Un voyage scolaire sur le thème de la géologie. Quatre classes doivent partir, dont ta classe de 1ere S. Le programme est intéressant et les profs qui nous accompagnent sont plutôt sympa. Mais pour le moment,  j en ai parlé ni à mes parents, ni à toi. On doit rendre les formulaires et le chèque dans une semaine mais... je ne sais pas.
Je ne connais personne à part les 3 mousquetaires. Eux y vont et voudraient que je vienne, mais si on part tous qui va s'assurer que tu vas bien pendant notre absence? Et puis si je pars cela signifie te laisser seule pendant une semaine, j'en ai aucune envie. J'aurai l'impression de t'abandonner et je t'ai promis le contraire; je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas partir.

Partir loin de toi? Ca n'a pas de sens. Pour faire quoi? Avec des ados que je ne connais pas. Les nanas qui ne pensent qu'à draguer... elles sont déjà en train de réfléchir à comment faire pour s'éclipser le soir... mais honnêtement moi mon problème c'est comment je fais pour avoir de tes nouvelles? Comment je rentre en cas de problème? A qui j'en parle, a qui je m 'adresse puisque personne ne sait?
Non c'est pas possible je ne peux pas partir. Et je ne veux pas partir.

Si? Je dois y aller? Comment ca? Pourquoi j'irais? Parce que tu veux que j'y aille? Oui je comprends, oui c'est une super opportunité, mais non je ne te laisse pas seule. Tu vas bien et une semaine tu peux gérer? Bien sur! Pourquoi j'ai du mal à te croire? Ton frère sera là... Oui la dessus je suis d'accord sauf que ton frère tu lui parles tous les jours mais tu ne le voit pas tous les jours donc tu peux lui raconter ce que tu veux.  Ca me fera du bien de voir autre chose, et de passer du temps avec des gens de mon age. Peut être mais je n'en ai aucune envie. Passer une semaine entourée de gamins accrocs aux jeux vidéo, à Nirvana, ou  aux voitures... franchement quel bonheur! J'ai hâte! Non, sérieusement j'ai pas envie . Tu savais que je dirais ca? Ben voilà donc j'ai pas besoin de développer t'as compris? Et c'est pour ça que tu as remplie les papiers à ma place...Ah!!! Pourquoi je n'y ai pas pensée plus tôt? Et t'as fais le chèque aussi? Non mais... oui je sais .Si il faut t'es capable de le faire je sais. Donc si je comprends bien tu veux vraiment que je partes.
J'aime pas l'idée mais si tu y tiens à ce point c'est que tu dois avoir tes raisons.

J'avoue que depuis notre rencontre j'ai passé plus de temps à l’hôpital qu'en boite ou au cinéma. Et alors ? C'est pas normal, c'est pas logique… à 17 ans je ne devrais pas vivre de cette façon c'est ce que tu penses ? Parce que savoir qu'on va mourir à 25 ans c'est normal ? C'est logique ? Je ne crois pas. Et je me fou de la normalité, c'est comme ça un point c'est tout.

Tu veux vraiment que je parte ? D'accord j'irais. Mais gare à toi si il se passe quoi que soit. Parce que je te jure que je n'aime pas me mettre en colère mais si il le faut je le ferais. Et tu te débrouilles comme tu veux mais je ne reste pas sans nouvelles pendant 8 jours. Tu vas trouver ? Ben j'espère…

8 jours plus tard je remettais le chèque et j'essayais de me réjouir pour ce futur voyage…
Je ferais mon sac la veille juste au cas où. Ca va être génial, youpi…
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Re: Si je pouvais

le Lun 4 Juin - 23:12
Le voyage scolaire

On est tous installés dans le car et nous voilà partis pour 6H de voyage. Six heures à tourner la tête vers la fenêtre pour ne pas qu'on voit mes larmes couler. Ils ne comprendraient pas. Il faut que j'arrête de pleurer, je vais finir par me faire griller, mais c'est plus fort que moi. J'ai l'impression de t'abandonner et je ne le supporte pas. Tu voulais que je parte pour me sortir de notre quotidien, pour que je vive la vie normale d'une ado de 17 ans. Je le sais, j'ai bien compris. Puisque c'est ce que tu veux je vais essayer, mais honnêtement je ne te promets rien. Tout simplement parce que ma vie c'est pas cinéma et boites de nuit. C'était le cas avant. Mais aujourd'hui tout est différent et c'est toi qui a tout changé. Ce n'est pas un reproche, bien au contraire. Je suis très heureuse de t'avoir rencontrée et j'apprécie tout ce que l'on partage ensemble. Les bons moments comme les plus difficiles. Et sincèrement, ma vie d'avant je la trouve sinistre, superficielle et artificielle. Ce que j'ai vécue à tes cotés jusqu'à présent c'est tout le contraire. C'est la vraie vie, difficile c'est vrai mais bouleversante. Et ça me plaît. Non ! Pas l’hôpital, je ne suis pas sadique. Mais ce que je lit dans ton regard me plaît. La vérité et la sincérité.

Tu voulais que je vienne ici, j'y suis. Alors oui je vais faire un effort. Je vais faire comme tout le monde, je vais faire semblant. Semblant que je vais bien, semblant d'être heureuse d'être ici, semblant que tout va bien... semblant d'être tout simplement.
« On peut observer les strates volcaniques. Regardez les différentes couches…..et…. » et mon regard se perd vers l'horizon. La vue sur la montagne, les yeux vers le ciel je cherche. Je cherche ton sourire, ton regard...et je n'écoute pas grand-chose.

Pendant que certains se coursent dans les couloirs, un polochon à la main, moi je suis allongée sur mon lit, le casque sur les oreilles. Ce qui n'échappe pas aux 3 mousquetaires qui viendront me traîner avec les autres. L'un d'entre eux finira par comprendre pourquoi je suis en retrait et passera ses soirées avec moi.  Au bout du 3eme jour j'ai fini par enlever le casque et on a passé nos soirées à parler de toi. En bien je te rassures. De tes cours, de tes habitudes, de tes phrases philosophiques, de tes paries… Mais rassures toi je n'ai rien dit. La seule chose que j'ai finie par avouer c'est que tu me manquais. Ce qui n'a surpris personne car il y a bien longtemps que tout le monde savait que l'on était proches. Sans comprendre pourquoi mais peu importe.

Mardi soir.
Le directeur du centre où nous logions pour la semaine est venue me chercher dans les dortoirs. Un appel pour moi dans son bureau. Pardon ? Pour moi ? Mais de qui ? C'est grave, il est arrivé quelque chose ? Mes parents vont bien ? Oui, c'est ma demie sœur au téléphone.
Là je retrouve le sourire et je commence à courir (ça devait me manquer). Ah !! Vous voulez savoir depuis quand j'ai une demie sœur.. Heu...je vous expliquerais...un jour peut être.

Enfin !! Le téléphone… Même si ta voix tremble et je ne sais pas pourquoi, je suis heureuse de t'entendre. Tu sembles aller bien même si je n'en suis pas tout à fait sure. Mais au moins je t'entends c'est déjà bien. T'as moins de cours, c'est reposant. T'en profites pour aller jouer au basket. Parfait profites en. Moi ? Je vais bien. C'est sympa le stage, super intéressant. On a fait des batailles de boules de neige en haut du glacier, on s'est bien amusés. On passe de bonnes soirées, dans l'ensemble c'est plutôt cool. On ne dort pas beaucoup mais aucune importance après le stage c'est les vacances de Pâques.
On se voit la semaine prochaine ? T'as pas changé de programme ? Ok super !!

A posteriori :
On a fait très fort ce jour là. Pas une pour rattraper l'autre. Il y' avait plus de mensonges en 3 phrases que dans le discours d'un ministre en période électorale.
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Re: Si je pouvais

le Sam 9 Juin - 14:01
La lettre

On est rentré depuis 2 jours et on se voit dans une heure. Je peux enfin sourire. J'ai hâte de te revoir.   On fait quoi aujourd'hui ? Ou plutôt tu veux faire quoi ? Ce que tu veux je te suis…

La sonnerie du téléphone me sort de mes projets éventuels. C'est ton frère.

Lui :  «-  Ne me demande pas pourquoi, je ne sais pas. Mais il faut que tu ouvres ta boite aux lettres. Ma sœur t'as laissée une lettre. Je ne sais pas ce que c'est je n'ai rien compris et lorsque j'ai essayé de lui poser la question elle m'a raccrochée au nez . Si tu sais quelque chose tiens moi au courant s'il te plaît. »

Dans la boite il y avait effectivement un courrier cacheté sur lequel il était inscrit : « Ne pas ouvrir avant une date bien précise (anniversaire familial) ».
A cet instant j'ai compris que tu ne viendrais pas. Mais pourquoi ? La réponse est dans la lettre ? D'accord mais la date c'est dans 5 jours. En attendant je suis censée faire quoi ?
Tu ne décroches pas quand j'appelle. Tu ne réponds plus à ton frère non plus. Bon sang ! C'est quoi le problème ? A quoi tu joues ? C'est vraiment pas drôle. Cela dit ce n'est pas le type de jeu que tu affectionnes et mon petit doigt me dit que si tu agis de cette manière c'est plus pour nous protéger que pour nous faire du mal. Mais explique. Que peut il y avoir de si grave pour que tu agisses de cette façon.

Cinq jours à regarder l'enveloppe, à imaginer le pire et son contraire. Cinq jours à tourner en rond, en me posant 500 000 questions. C'est pas contre nous je le sais mais alors quoi ? Que se passe t 'il ?

Le jour J, j'ouvre la lettre et je lit :
( Copie du texte original)

« Tu me connais mieux que ma propre mère et tu sais que si j'écris au lieu de te parler ce n'est pas par soucis d'esthétisme. Je ne peux pas te le dire en face, je n'y arriverai pas. C'est lâche, je le sais mais s'il te plaît ne m'en veut pas. Et puis je sais que tu vas pleurer, la cause de tes larmes c'est moi et je n'ai aucune envie de voir ça.  Égoïste ? Oui c'est vrai. Que tu pleures à cause de moi j'ai beaucoup de mal à l'accepter. J'ai déjà écrit 10 lignes mais je ne t'ai encore rien expliqué. J'essaye mais crois le ou non ce n'est pas si facile.
La semaine dernière j'ai revue notre cher professeur. Non ! Ne t'énerves pas laisse moi finir. Oui c'était prévu. Et oui c'est la raison pour laquelle je tenais tant à ce que tu partes. Je sais ce que tu penses, mais tu en as déjà fait beaucoup je ne me sentais pas le courage de t'imposer encore une consultation et trois heures en salle d'attente. Alors j'y suis allée seule.
C'était le jour ou je t'ai appelé. Et je t'ai menti en te disant que tout allait bien. Je t'ai appelé parce que je savais que ça me ferai du bien de t'entendre mais, je n'ai rien dit parce que c'était de ma faute si j'étais seule.
Je suis parfaitement consciente des sacrifices que représentent tout ce que tu as déjà fait pour moi. Je ne peux pas t'en imposer plus. Tu n'as pas à le faire. Je n'ai pas le droit de te voler ta vie. Tu as fait énormément et saches que sans toi je n'aurais pas accepté le protocole expérimental et par conséquent, je serais peut être déjà six pieds sous terre (quoique ça je vais réfléchir), bref je ne serais plus là.
Mais si il y a une chose que je refuse de t'imposer c'est que tu me regardes mourir comme j'ai quasiment vu mourir mon père. Alors Stop ! On arrête là. Plus de traitement, plus de piqûres, j'en peux plus et de toute manière ça ne sert à rien. Je vais rendre ma licence, je termine le programme scolaire et je pars. Panique pas je ne parle pas de suicide j'ai juste demandé ma mutation.
Tu vas devoir me supporter encore deux mois ensuite je disparaîtrais de ta vie et crois moi c'est mieux comme ça. Tu as le bac à passer et toute la vie devant toi. Ne la gâche pas pour moi cela n'en vaut pas la peine. Peu de gens ont tes qualités, merci. Et ne laisse jamais personne te marcher dessus. Promets le moi.
N'oublie jamais que « disparue veut aussi dire vivant », alors si dans deux ou dix ans tu pleures en mangeant un croissant beurre.. dit toi que c'est normal. On efface pas le temps qui passe et l'on ne peut pas faire marche arrière. Ca va faire très très mal, t'auras comme un goût amer dans la bouche, un goût de poussière sans doute . Tu ne trouveras plus aucun sens à ta vie c'est vrai. Mais même si ca change tout, au fond ca ne change rien. Il faut rire pour des bêtises comme des enfants, chanter sur cet accord que t'aimais tant, et tout cela même si ce ne sera plus jamais comme avant. Telle que je te connais tu vas tout garder, tout mémoriser, mais promets moi de te servir de tes souvenirs pour affronter notre futur passé.
Je sais que là tout de suite tu voudrais me gifler. Je comprends. T'as le droit mais n'essaye pas de me faire changer d'avis. Maintenant tu sais tout et je ne veux pas qu'on en parle. S'il te plaît...Non !
Je te dirais bien de brûler cette lettre mais tu ne le feras pas alors garde la précieusement dans un tiroir, comme le testament d'un vieux fou*. Et si le passage existe..je le saurais avant toi. Et si ce n'est pas le cas je trouverais un moyen de le faire exister. »

Toi

* extrait du film « le passage »
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Re: Si je pouvais

le Sam 9 Juin - 14:02
La réponse par écrit

Il m'aura fallu deux heures pour arriver en bas de cette lettre. Chaque ligne a été un véritable coup de poignard en plein cœur. Ce que j'ai ressentie en lisant cette lettre ? Beaucoup de choses : la déception, la colère, la haine, l'échec, l'impuissance, la peur, l’incompréhension et quelque chose d' indéfinissable.
Déçue parce que là t'abandonnes, t'arrêtes de te battre et je pensais avoir réussie à te donner envie de vivre, d'où le sentiment d'échec. Oui je suis en colère, mais je suis incapable de dire si c'est contre toi ou contre cette saloperie qui te ronge le cerveau. La haine et l'impuissance, parce qu on arrête pas de vivre à 25 ans et en même temps je ne peux rien y faire. J'ai peur parce que ton discours déterminé et catégorique me fait peur. Je ne comprends pas comment on est passé de « je vais y' arriver » à « j'abandonne » il me manque un morceau. Qu'est ce qu'il a bien pu te dire pour te démolir à ce point ? T'es plus forte que lui, plus forte que ça alors comment il a réussi à t'abattre ? Et puis Non ! T'abandonnes pas. Moi je ne veux pas que t'abandonnes. Et là c'est moi qui devient égoïste mais je deviens quoi sans toi ? Je te dirais bien que tu n'as pas le droit d'abandonner, pas le droit de nous laisser tomber, pas le droit de me laisser...mais c'est faux. T'en a parfaitement le droit, c'est ta vie. Et même si ça ne me plaît pas, je n'ai pas mon mot à dire. Je le sais, mais je ne veux pas que tu partes. Tu veux abandonner ? Si c'est ton choix je m'écrase, mais reste. Reste…

Tu refuses qu'on en parle ? Très bien. Mais tu m'as pas interdit d'écrire. Et je vais te dire ce que je pense de ton idée totalement stupide.
(Copie du texte original)

« j'ai passé tellement de temps à surveiller ta route
qu'il m'a suffit d'un instant pour comprendre que tu doutes.
Tu cherches à sortir du trou noir
tu ne vois plus l'espoir.
Tu ne sais plus ou tu vas
Ni pourquoi tu y va.
Tu prends cette décision
comme on joue au tarot.
As tu tort ou raison ?
Moi je dis que t'as tout faux.
Y a pas de destin, pas de hasard
il n'est jamais trop tard.
Tu ne dois pas partir
Tu vas juste te punir.
Tout ce que tu veux c'est fuir.
Mais c'est pas demain que tu vas mourir.
Même à 800 bornes d'ici
Tu ne changeras pas ta vie.
Tu crois vraiment que la distance
va y donner un sens ?
Rien efface les souvenirs
Rien effacera tes sourires.
On oublie le jour où l'on a eu zéro
mais jamais celui où l'on passe pour un héros.
Dit toi que c'est juste une finale,
que c'est toi qui a la balle.
Tu peux rentrer le panier
qui te fera gagner.
Le temps s'arrête, et puis il s’accélère..
Et là dans ta tête, tu mets le temps à l'envers.
Tu peux continuer
alors pourquoi abandonner ?
Tu veux vraiment t'en aller ?
Tu vas juste t'asphyxier.
Tu veux t'enterrer
Là ou personne ne peux t'aider ?
Tu crois que c'est le mieux ?
Et nous ? On fait un vœux ?
Par fierté tu veux pas nous voir pleurer ?
Tu préfères nous laisser plantés ?
Tu vies pour tes élèves
parce que c'était ton rêve
et là tu laisses tomber juste pour les épargner ?
Toi tu vas sombrer et nous on va couler.
Tu t'es pas dit que tu allais nous manquer ?
On fera tout pour te voir rester
Je peux te le jurer.
Et si vraiment tu pars
C'est forcément quelque part.
Je trouverais le moyen de te retrouver.
Le même que tout ces mots plaqués sur une feuille de papier,
qui expriment les pensées de deux grands déglingués.
Ne sachant plus parler en face de tes pensées
Je préfère te l'écrire parce que ça nous déchire,
que tu décides de partir au lieu d'affronter ton avenir.
Je veux bien tout ce que tu veux
Mais on est plus fort à deux.
On fera ce que l'on pourra
Mais laisse moi guider tes pas.
Si tu pars je te déteste
alors s'il te plaît RESTE »


Il était beaucoup plus facile d'écrire ce texte que de te le donner. J'ai même franchement hésité. Mais il fallait que tu le lises, il fallait que tu saches. Envahie par la colère j'ai même faillie te le jeter au visage. Mais non parce que ma colère ne t'étais pas adressée, c était contre cette injustice qui allait me priver de ce a quoi je tenais le plus : Toi.
Pendant trois jours tu ne m'a pas décrochée un seul mot. On marchait l'une a coté de l'autre sans un mot.  Volontairement je ne t'ai posée aucune question je n'ai même pas cherchée à savoir si tu l'avais lu. J'ai juste attendu que tu me parles…
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Re: Si je pouvais

le Sam 9 Juin - 14:03
Vrai de vrai ??

Midi le 3ème jour après la réponse écrite. Pourquoi tu prends les clés de la voiture ? Tu veux manger ailleurs ? A priori oui mais j'en ai un peu marre des histoires sans paroles. Tu voudrais pas m'expliquer ? Et tu te gares en plein milieu du parking du Parc de la ville ? Oui, si tu veux. T'as l'intention de me parler ?

Toi : « - J'ai lu ta lettre….

- Et ? Je t'écoutes, continue…

- Pour que t'écrives en rimes c'est que tu étais bien énervée.

- Exact. Mais je crois qu'il y a de quoi. N'est ce pas ? Si c'était l'inverse tu aurais réagis comment ?

- Je t'en collais une.

- On est d'accord. Et je m'en rappellerais. Donc ? On fait quoi ?

- Je suis désolée, j'ai juste pensée que..

- T'as pensé n'importe quoi. La prochaine fois avant de penser tu commences par parler. On démêle tout et on réfléchie. Mais tu fais pas n'importe quoi. Bon dieu qu'est ce qui t'as pris ? Tu crois quoi ? Que je m'en fou ? Passons ...la seule chose que je veux entendre c'est que tu restes. Alors je t'écoutes.

- C'est bon. Je reste. Je reste mais il faut qu'on parle.

- Je sais, mais plus tard. Pour l'instant on va manger. »

Quel soulagement ! J'ai vraiment eu peur que tu partes. Et je sais que t'en est capable. Mais je ne veux pas. Et pour que tu comprennes, si jamais t'avais encore un doute, je me suis jetée dans tes bras. J'ai fondue en larmes… et tu m'as suivie. Le temps s'est arrêté et quand on a regardé l'horloge du tableau de bord il restait 10 minutes avant la reprise des cours et on a sauté le repas de midi. Mais c'était pas le plus important. Le plus important c'est que tu restes ici.
Et je sais aussi ce que ca implique, ou plutôt j'en ai une vague idée. Mais à partir de maintenant plus de mensonges. Et une chose après l'autre. Il faut s'attendre à une suite de problèmes qu'il va falloir gérer. Ca m'est égal je n'ai pas peur.  Je sais qu'à deux on peut faire beaucoup plus que seul. Mais ce n'est pas le fait d'être deux qui fait qu'on peut être fortes. C'est juste parce que c'est toi. C'est ce lien indéfinissable et incompréhensible qui nous unies… c'est lui qui parfois me donne l'impression que toi et moi ensemble on peut soulever des montagnes.
Mais c'est quoi ? C'est un sentiment que je ne connais pas et il semble si puissant qu'il en serait presque effrayant….
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Re: Si je pouvais

le Ven 15 Juin - 1:57
Il faut qu'on parle.

Assises sur mon lit, on se regarde droit dans les yeux, mais aucune de nous n'ose entamer la conversation. Pourquoi ? Parce que ce qui va ressortir de cette conversation ne va être agréable ni pour toi ni pour moi. Je le sais et tu le sais. Mais a t' on vraiment le choix ? Si je veux t'aider il faut que je sache. Et si tu acceptes mon aide il va falloir que tu me dises tout. Alors on va commencer par le début.

Résumé de la conversation :

Moi :«- Il t'as dit quoi notre cher professeur pour que tu te braques à ce point ?

- Le dernier traitement n'a pas eu le résultat attendu. Ca a juste diminué la taille d'un demi millimètre. N'étant pas totalement inefficace il propose de recommencer en augmentant les doses. Mais je ne peux pas. Et comme il n'existe rien d'autre il n'y a rien a faire. Ce qui signifie que le compte à rebours est enclenché pour de bon. Voilà pourquoi je voulais partir. Je voudrais que l'on garde nos meilleurs souvenirs et je n'ai aucune envie que tu me regardes mourir en sachant que l'on ne peut rien faire pour l'éviter. Tu veux que je reste, je peux comprendre.  Je n'ai pas réellement envie de partir non plus. Mais réfléchie deux minutes. Tu ne veux pas assister à la chute. Personne ne le veux.

- Attends. Un demi millimètre c'est mieux que zéro ou pire provoquer l'effet inverse. C'est plutôt une bonne nouvelle, je ne comprends pas. Continuer le traitement ? Ben oui, il faut continuer.

- Non ! Je ne peux pas. Je suis désolée.

- Désolée de quoi ? Pourquoi tu ne peux pas ?

- Tu veux la vérité ?

- Mais ouiiiii. Explique moi.

- Ce traitement c'est l'enfer sur terre. Imagine toi avoir la tête dans un étau pendant des heures, tu sent la pression suffisamment pour que ça fasse mal, très mal mais pas assez pour que ca explose. Tu promènes Alien dans ton estomac pendant des jours jusqu’à ce que enfin il accepte de sortir. Et tu en arrives a supplier la terre entière de bien vouloir te faire vomir. Et quand enfin tu y' arrives tu te demandes quand ca va bien vouloir s'arrêter. Quand tu n'as plus rien a vomir mais que tu continues encore et encore t'as juste l'impression que tout tes organes vont sortir par la bouche.
Je suis fatiguée. Si tu n'avais pas été là je ne serais pas allée jusqu'au bout. Et là on me demande de recommencer avec des doses plus fortes. Je n'y arriverai pas. Je n'en ai pas la force. Je suis désolée.
Sans parler des effets secondaires que l'on ne connaît pas.

Tu t'es mise à pleurer et bien sur 3 secondes plus tard on était deux à pleurer.

- Comment t'as réussie à endurer un truc pareil sans un cri, sans rien dire ? Tu n'as plus la force ? Je ne suis pas d'accord…

- Je savais que tu allais essayer de me convaincre mais vraiment…

- Attends. Laisse moi finir. La 1 ère fois t'as tout encaissée seule. Mais t'es pas seule. Ca fait mal ? Alors cogne, hurle, mord, venge toi. Ne garde pas la douleur à l'intérieur. T'es a bout de force ? C'est normal. On est peut être pas obligé de recommencer tout de suite. Repose toi, reprends des forces et on verra après.

- Il veut recommencer maintenant.

- Ben il est marrant lui. Non ! Si t'es pas prête tu le fais pas. Mais entre pas maintenant et pas du tout il y a une différence.

- Attendre ne changera rien. Je n'y arriverai pas.

- Pardon ? Avant de dire je n'y arriverai pas commence par essayer . C'est bien ta phrase, pas la mienne ? Je veux bien retenir et appliquer ce que t'essayes de m'apprendre mais si tu veux être crédible, c'est le moment de montrer l'exemple. Alors essaye ! Moi je sais que tu peux. Parce que t'es comme les chevaliers Jedi, la force elle est en toi (ça t'as fais rire et c'était le but). Mais pour réussir à le supporter il va falloir que t'apprennes à me parler. Et oui, te connaissant c'est compliqué. Ce que t' arrives pas à dire avec des mots et bien tant pi dit le autrement. Invente un langage si tu veux, je m'en moque mais communique.

- T'es complètement cinglée. Comment veux tu parler sans mots ?

- Les sourds muets ils y arrivent alors débrouille toi. Donne moi juste le mode d'emploi c'est tout ce que je demande. Et si tu trouves l'idée stupide t'as le droit mais alors trouves en une autre parce que je ne laisserai pas tomber.

- Et on dit que moi je suis têtue comme une mule ? Je pense que j'ai trouvé mon alter ego : toi. D'accord. Je veux bien essayer, mais je ne peux rien te promettre ;

- Je ne veux pas de promesses. Mais c'est bien toi qui m'a dit : il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets, alors essaye. Je ne veux pas me réveiller un matin en me disant que j'aurais peut être du essayer de te convaincre.

- C'est bon, j'ai compris. T'es bien la première qui retourne ce que je dis sur moi…

- Ben ca prouve que j'ai bien appris mes leçons...tu veux manger ? Carbo ca te va ? Ne dis rien je connais la réponse… allez.. on descend... »

J'ai fait la maligne avec mes phrases à deux balles mais pour être sincère quand tu m'as expliqué ce que te faisais le traitement je me suis vraiment sentie mal. Parce que oui bien sur j'ai vu que c'était difficile, je me doute que ça fait mal même si tu dis rien mais quel être humain est capable d'endurer un truc pareil sans broncher. Superman ? Ah ben non il n' était pas humain.
Je n'ai aucune idée de ce qui va se passer. Je ne sais pas comment tu vas réagir au nouveau traitement, personne ne le sait mais si je dois avoir mal à ta place ou souffrir avec toi, et bien … qu'il en soit ainsi. Je ne sais pas à quoi m'attendre mais j' y arriverais, on y arrivera ensemble. Quitte à faire un bras de fer, je ne lâcherai pas tant que toi tu ne lâcheras pas et je ne céderais pas. Ne compte pas la dessus.
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Re: Si je pouvais

le Ven 15 Juin - 1:59
26 ans

Un soir début Mai.
Téléphone pour moi ? D'accord je le prends en haut. Ah bah c'est ton frère. Vous vous êtes encore engueulés ? Ah non même pas. Oui je sais que son anniversaire c'est à la fin du mois mais je réfléchie.

Ton frère : « - J'ai réfléchie à ce que je pourrais lui offrir pour son anniversaire mais j'ai besoin de toi.

- De moi ? Pour ?

- Je me suis dit que je devrais l'emmener quelque part au calme. Ou elle pourrait se reposer. Et puis sortir d'ici, voir autre chose. T'en penses quoi ?

- Excellente idée. Si seulement ca pouvait la rebooster un peu…

- Justement. Rappelle toi quand tu l'as emmenée au château quand elle revenue. C'est plus efficace qu'une cure de vitamines. Mais t'aurais pas une idée, parce que là je sèche ?

- Une idée ? C'est pas une idée je sais exactement où elle veut aller mais…. Tu vas y laisser ton salaire…

- Alors ça si tu savais… je t'écoutes..

- Emmène la à Florence, en Italie.

- Ok. Je m'en occupe. Merci »



Il y a déjà un an et demi que tu m'as parlé de Florence mais tu vois je n'ai pas oublié. En revanche pourquoi Florence je n'en ai aucune idée mais on le saura peut être un jour.

Trois semaines plus tard…
Donc tu veux qu'on mange au restaurant Samedi soir pour ton anniversaire ? Heu… oui excellente idée, avec plaisir. Et comment je fais pour te dire que tu ne seras pas là samedi ? Je vais être obligée de te mentir et je n'aime pas ça. Et tu veux manger où ? Oui….pas de problème.  Si tu veux je réserve j'ai le numéro chez moi. (oui je sais c'est pas bien de mentir)

Vendredi soir 19h le téléphone sonne :

Toi : «  T'étais au courant ? Mon frère est chez moi il veut que je fasse ma valise je sais même pas ou l'on va. Et je met quoi dans le sac si je sais pas ou l'on va ?

- Ben … un tee shirt, un short, et un maillot de bain ca devrait suffire…

- Donc tu le savais ?

- Emmène la crème solaire...
- Tu te fous de moi en plus ? Mais on va ou ?

- Curieuse... tu verras bien. Tu le sauras a l'aéroport.

- Quoi ? On prend l'avion ?

- Oui c'est plus rapide.

- Je vais vous tuer tous les deux.

- Mais non… allez… bonnes vacances, a bientôt...bip bip…. »

Je peux l'avouer, je suis fière de moi. Mais je voudrais bien être une petite souris juste pour voir ta tête en voyant s'afficher Florence sur le tableau d'affichage. Mais ton frère me racontera je n'ai aucun doute là dessus.
Trois heures plus tard tu décollais direction Florence.
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Re: Si je pouvais

le Ven 15 Juin - 2:00
Retour de Florence

Je t'attends sur le parking et je ne sais pas pourquoi mais je pense que je vais en prendre pour mon grade.
7h36 Et tu es déjà au feu rouge. Ça va être ma fête.
Ah … tu as bonne mine ça fait plaisir. Le soleil t'as fait du bien on dirait.

Toi :  « - Comment tu le savais ? Je sais que c'est toi qui lui a soufflé. Comment tu le savais ?

- Tout simplement parce que tu me l'as dit.

- Quand ? On en a jamais parlé.

- C'est vrai on en a jamais parlé. Pourquoi Florence, Je n'en ai aucune idée mais je sais que tu rêvais d'y aller parce que tu me l'as dit il y a un an et demi.

-Pardon ? Un an et demi ? Et y' en d'autres comme ça ?

- Heu...plus ou moins…

- Je vois. Si je comprends bien tu ne me diras rien ?

- Non. Mais c'est quoi le problème ? T'aime pas les surprises ? C'était pas bien ?

- Non, si. Si c'était génial. Merci. T'es quand même une grande malade...et c'est peut être pour ça que….

- Que quoi ?

- Rien. On doit y aller. On en parlera ce midi. Allez zou..file en cours »

En gros tu râles et tu souries en même temps. C'est très fort...j'adore.



La sonnerie vient de retentir, il est midi. Pousse toi ! Allez je cours, couloir de droite , escalier, je monte, couloir de gauche, hiiiii freinage. C'est bon, je suis là. On va manger au parc ? Cool en plus il fait beau.
Alors ? Tu m'explique pourquoi Florence ? A cause d'un film italien qui s'appelle « journal intime ». D'accord, chacun ses références mais je ne connais pas. Il date de 1961, c'est peut être la raison pour laquelle je ne connais pas mais cela dit tu n'étais pas née non plus. Je le verrais peut être un jour. Et le film parle de quoi ? C'est un drame entre deux frères séparés après la mort successive de leurs parents. Ah ben te connaissant je vais dire que je ne suis pas surprise. Après « love story » c'est très original...Non je ne moque pas j'adore « love story » mais t'aurais pas plus gai comme film ? Si « retour vers le futur », alors là on part à l’extrême c'est pas vraiment le même style mais oui aussi…

Cela dit j'espère que ton cadeau d'anniversaire t'as plu ? Nous des malades ? Non je t'assures on va très bien. Jusqu'à preuve du contraire la plus malade de nous trois c'est toi. Ok, je reconnais la blague est pourrie mais avoue que tu l'as cherchée ?
T'as quelque chose pour moi ? Mais c'est ton anniversaire pas le mien, je suis née en septembre mais tu le sais. Alors ? Tu m'explique ?

Pour toute explication tu m'as donné une petite boite. Dans la boite il y avait une chevalière gravée d'un S. C'est mon initiale c'est vrai mais pas seulement. Quand j'ai ouvert la boite tu m'as dit quelque chose comme ça :

« - Dans l'armée américaine, l'élite c'est les Marines dont la devise est Semper Fi, Semper Fidelis en latin, toujours fidèle. Et pour moi tu es l'amie la plus fidèle que l'on peut avoir. A la vue de cette chevalière je voudrais que tu restes fidèle à tes idées, à qui tu es, ne change jamais. Si tu as peur, si tu doutes, regarde la et souviens toi. Protectrice ou bouc émissaire sert toi d'elle. Tout comme moi elle te restera fidèle. Ne l'oublie jamais. »

Ce jour là... tu m'as bel et bien passé la bague au doigt. Au sens propre du terme.

La signification de cette chevalière est allée bien au-delà du métal d'argent dans lequel elle a été fabriquée. Le S de Semper Fi n'est plus gravé sur une chevalière en argent, il est gravé à l’intérieur de moi, il fait partie de moi.
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Re: Si je pouvais

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