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La cliente Emmaüs

le Jeu 17 Aoû - 15:27
C’est Brigitte, la cinquantaine, une dévoreuse de livres passionnée. L’année dernière, nous manquions de bénévoles au planning pour tenir le stand de bouquins. J’en assurais donc souvent la vente. Certains clients ont des demandes spécifiques et c’était son cas. Elle recherchait un livre de psychologie, j’ai oublié le titre et l’auteur. J’ai inscris l’objet de sa demande sur le cahier des doléances clients. Je n’ai jamais su lui trouver ce livre.
Brigitte aime la littérature. J’avais le droit à sa critique et un résumé de ses lectures favorites. J’étais attentive à son récit mais je ne connaissais aucun des écrivains dont elle vantait les talents. Je ne suis pas lectrice. Je n’ai pas été beaucoup à l’école non plus. En classe de BEP, on ne lit même pas les classiques français. Quand le nom d’un auteur lui échappait, elle me prenait à parti « Mais si ! Bien sûr, vous le connaissez… » Non madame, j’en doute.
Peu importe, car Brigitte excelle dans l’art du monologue. C’est le genre de femme qui s’écoute parler. Un moulin à causerie infatigable. Le problème, c’est qu’elle dérange et ne s’en rends pas compte. Mes clients, les bras chargés de piles de bouquins ne pouvaient plus accéder au bureau. Ils ne pouvaient pas même en placer une, pour formuler la demande d’un ticket jaune. Mon rôle étant d’établir le montant pour qu’ils règlent leur achat à la caisse principale. Il m’a fallu décupler mes facultés cérébrales. Écouter Brigitte en indiquant d’un signe et d’un sourire au client d’approcher, en me concentrant sur un calcul mental… en répondant à la question d’un autre client…
Je ne savais plus comment lui dire que je ne partageais pas sa culture littéraire, qu’elle était érudite dans ce domaine qui m’était étranger. Que j’appartenais au stand de livres à même titre que celui de la vaisselle la semaine d’avant, et des vêtements il y a un mois. C’était interchangeable et je n’étais spécialisée en rien. C’est Emmaüs, quoi !
C’est là que j’ai commis l’erreur de lui dire « Je lis très peu. J’écris beaucoup ». D’un coup de baguette magique, Brigitte s’enflamme et me proclame romancière ! Il y a erreur sur la personne. Je n’ai jamais écrit un roman de ma vie. Uniquement des textes courts, quelques poèmes. Pas même une nouvelle. Je ne sais pas tenir la longueur. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Trop tard ! A chaque passage de Brigitte chez Emmaüs, elle colportera la rumeur à qui veut l’entendre autour d’elle, dans le hangar qui fait office de salle de vente. « Mademoiselle est romancière ! Vous saviez ? » Derrière moi, je sens la lourde paluche de mon amie la honte, qui exerce une forte pression sur mon épaule pour me couler au fond de mon siège. Je suis terriblement gênée.
La mangeuse de bouquins ne manque jamais de m’ensevelir sous ses références littéraires, qui semblent aussi riches qu’elles me sont malheureusement inconnues. Mais elle ne le sait pas, car elle ne veut pas entendre l’aveu de ma piètre culture. J’ai abandonné le combat. Cette femme est sympathique mais elle me gonfle ! Alors j’acquiesce sans dire mot.

Un jour, Brigitte me parle de son groupe.

- Dialogue Cosmopolite ! On se réuni souvent à la brasserie Bosco.
- Oh oui, je vois. Place de l’Hermine. Ils font leur bière artisanale biologique.
- C’est ça ! Mais nos lieux de rendez-vous sont aléatoires, on tourne.
- Et il consiste en quoi, le groupe ?
- Nous échangeons dans diverses langues, autour d’un verre. Histoire de parfaire nos accents, avoir l’occasion d’exercer les langues étrangères apprises. Les sujets de conversations sont variés, nous rigolons beaucoup. Vous devriez venir ! C’est le jeudi soir.
- Bien, mais je ne sais parler qu’en français.
- Ce n’est pas grave ! Finalement, nous sommes paresseux : Nous utilisons tous l’anglais ! D’ailleurs, cela a aidé un jeune homme à décrocher un entretien d’embauche. Il devait s’exprimer en anglais. Il pensait échouer à cause de ses prétendues lacunes. Il a réussi haut la main.

Pour Brigitte, nous sommes tous au moins bilingue. Minimum syndical. Bien que j’ai affirmé ne parler que ma langue maternelle, le français. Elle griffonne avec enthousiasme ses coordonnées sur un morceau de papier qu’elle me donne.
- J’espère vous voir bientôt !

Hier, j’ai trié une montagne de fringues dans la réserve Emmaüs. Un Mont Sinaï de pantalons, t-shirts et godasses en tout genre. C’est à peine si l’on pouvait circuler dans la pièce. L’horloge indique 17h45, je rejoins la salle de vente avant la fermeture. Une cliente me saute dessus.

- Hey ! Bonjour ! J’ai demandé plusieurs fois après vous, mais on m’a dit que vous n’étiez pas toujours là !
- Bonjour Brigitte. Non, en effet. Je ne suis pas venue pendant la saison estivale. Aujourd’hui j’étais en arrière-boutique, au tri.
- Vous souvenez-vous du groupe ? Dialogue Cosmopolite ? Vous aviez mes coordonnées mais je me suis rendue compte que je n’avais même pas les vôtres !
- Oui bien sûr. Je me souviens et j’ai toujours vos coordonnées sur papier, dans le tiroir de mon bureau. Je peux vous donner mon adresse e-mail.

Elle sort de son sac-à-main un agenda à couverture fleurie, un stylo-plume couleur corail et note à la date du 16 août, mon adresse mail.

Je m’attends à une invitation. Peut-être au bar Bosco. Elle me présentera en anglais, à ses amis du groupe en tant que « romancière » et je me sentirai imposteur dans une ville où l’on parle une langue dont je ne saisis que des bribes, le contexte général de la conversation. Je n’ai que des notions d’anglais, je manque de vocabulaire. Il suffira que plusieurs discussions fusent en même temps, ici et là de la table, et je ne comprendrai plus rien. Je devrais discrètement remettre les pendules à l’heure. Dire en aparté aux gens, que je suis autant romancière que pompier ou coiffeuse. S’ils sont cool, ma présence OVNI pourrait les faire rire. Peut-être de belles rencontres en perspective. Si je meurs sous le poids de l’ennui ou de la gêne, je pourrais toujours m’éclipser et prendre au bar, tabouret et binouze. Discuter avec la barmaid.

Que feriez-vous dans mon cas ?
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Re: La cliente Emmaüs

le Jeu 17 Aoû - 16:09
franchement je ne sais pas. je me suis déjà retrouvé embringué malgré moi dans ce genre d'histoire extraordinaire* et je me rend compte avec le recule que si ça s'est mal passé, c'est parce que je n'ai pas su recadrer à temps, ou plutôt correctement les personnes qui en étaient à l'origine. et puis les autres ont parfois une part de malice insoupçonné quand il s'agit d'humilier ou de rabaisser. je doute que ce soit le cas de cette femme. c'est pourquoi je vais me prépare un sot de popcorns (avec du caramel au beurre salé), et je vais attendre avec impatience la suite des événements.

*quand je dis histoires extraordinaire c'est que parfois sur un malentendu tu peu vivre des trucs sympa cool ou cocasse.
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Re: La cliente Emmaüs

le Jeu 17 Aoû - 16:39
A ta place j’irai à cette invitation. D’après ce que tu dis, la femme dont tu parles ne me semble pas avoir de mauvaises intentions. Et puis au fond tu ne risques pas grand-chose à y aller : au pire tu t’ennuies pendant une heure ou deux, et si vraiment tu te sens trop gênée ou rabaissée tu peux toujours partir (ils ne vont pas t’attacher à la table Voui Sinon, va-t-en dès qu’ils sortent les cordes Razz Effroi ).

Ça peut être l’occasion de faire de belles rencontres et d’apprendre/parfaire ton anglais. Si les gens sont sympas ils vont faire en sorte de t’inclure dans les conversations, même si tu ne comprends pas tout au début. Et tu pourrais être surprise de voir à quelle vitesse on peut devenir à l’aise dans une langue étrangère simplement par la conversation.

En attendant je vais attendre avec Renarde la suite des événements (mmmmh popcorn au caramel TropChou )
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Re: La cliente Emmaüs

le Jeu 17 Aoû - 16:45
Juste une remarque : c'est quoi au fond une romancière ? 

Perso, on m'a qualifiée ainsi il y a 4 ans, alors que je frappe depuis mes 12 ans.
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Re: La cliente Emmaüs

le Jeu 17 Aoû - 16:58
Je pense déjà attendre un éventuel e-mail d'invitation de la part de Brigitte. Inutile de réfléchir sur quoi faire, avant. Elle n'est pas méchante pour un sous. C'est juste qu'elle couvre la voix des gens pour parler par dessus, avec passion, de littérature. Elle m'a fantasmé une existence de romancière malgré moi et je n'arrive pas à lui ôter cette image.

J'ai pensé également que, si un pub a une porte d'entrée, elle fait aussi office de porte de sortie si je me sens mal à l'aise et que je n'ai envie de prendre ni binouze, ni barmaid. Euh, pardon ^^
J'aime les défis et me retrouver dans des situations loufoques m'est souvent arrivé. Je n'ai jamais dramatisé, même quand ça a tourné vinaigre.
Puis pour l'anglais, j'ai déjà engueulé un pote sur l'île de Jersey, qui dans le zoo devant l'enclos des chauves-souris, me traduisait gentiment ce que disait la dame à côté. "Euh... pourquoi tu traduis ? J'avais pigé !" Des infos basiques, genre l'âge de son fils etc... Au Népal également, avec mon franglais je m'en suis pas trop mal sortie. Situation loufoque aussi, d'ailleurs. Car si l'on m'avait montré une vidéo prémonitoire de moi au Népal, 5 jours avant mon départ, j'aurai répondu :"Quelqu'un peut-il me dire ce que je fous au Népal et avec cette fille que je reconnais vaguement, car vue une seule fois ?". Je ne regrette en rien !

Peut-être qu'une romancière, c'est quelqu'un qui arrive à pondre un bouquin de 150 pages minimum, avec introduction, éléments perturbateurs, péripéties, dénouement et conclusion. Et qui sait mener une intrigue de A à Z. Chose que je ne sais pas faire.
Qui sait ?
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Re: La cliente Emmaüs

le Jeu 17 Aoû - 17:31
Perso,  je ne sais pas ce qu'est une romancière,  mais je sais juste que quand je débute la rédaction d'une histoire,  je ne sais jamais où je vais: je laisse mes personnages vivrent leur vie.
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Re: La cliente Emmaüs

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